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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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20 octobre 2016

De la rivière disparue de Paris et de quelques prédécesseurs de Boby Lapointe et de Bourvil

Classé dans : Histoire, Langue, Lieux, Photographie — Miklos @ 19:01


Eugène Atget : La Bièvre à Gentilly. 1915-1927 (source)
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Paris Zigzag, « le site des Parisiens curieux » lancé en 2011 par des « passionnés de Paris »Soit dit en passant, tous aussi anonymes que les textes qu’ils y publient, mais il s’agit en fait de deux cadres en marketing, Fabien Pinkham et Ludovic Girodon., consacre une page à la Bièvre, affluent de la Seine à Paris quasiment disparu et dont la relativement récente noto­riété est due à l’un des résidents de la rue éponyme.

Par curiosité, on a jeté un œil dans GallicaLe fort riche pendant numérique de la BnF., où l’on a appris entre autres que la rue de Bièvre existait déjà en 1692 et qu’une autre célébrité de l’époque y habitait (grâce au Livre commode contenant les Adresses de la ville de Paris, et le Tresor des almanachs pour l’année bissextile 1692) ou qu’en 1743 elle était déjà un « ruisseau bourbeux » (selon l’Histoire de l’académie royale des inscriptions et belles lettres, tome XIV).

De fil en aiguille, on est tombé sur le Marquis de Bièvre que l’on vous laisse découvrir.

Le Marquis de Bièvre

«Boileau a fait une satire contre l’équivoque ; il eût dû bien plutôt en écrire contre les homonymes, ces mots de notre langue, qui semblables par leur orthographe ou leur pronon­ciation, mais différents de sens, donnent lien à tant de confusions, à tant de jeux de mots, dans lesquels les étrangers eux-mêmes tombent invo­lon­tairement. On sait l’histoire de cet Anglais qui ayant mangé du bouilli à son dîner et voyant un bœuf passer dans la rue, se mit a dire :

« — Oh ! le bouilli qui court ! »

Et cet autre, en voyant une grosse averse :

« — Il pleut de manière à rappeler le général déluge ! »

Pendant ce temps un vieux grognard murmurait en tordant sa moustache :

« — Je connais tous les généraux d’Europe, mais je ne connais pas celui-là ! »

C’est grâce à cette déplorable élasticité de notre langue, et aussi à la frivolité de notre esprit, que le marquis de Bièvre est assuré d’une célébrité dont ne jouiront pas nombre d’esprits sérieux et méritants. Il a fait vivre le royaume du calembour ; il est resté le modèle du genre, et sa vie est un perpétuel jeu de mots.

Le marquis de Bièvre était fils de Maréchal, un des chirurgiens les plus estimés de Louis XIV. Les seigneurs de Versailles plaisantèrent plusieurs fois de Bièvre sur l’idée qu’il avait eue de changer de nom :

« — Vous devriez, lui disaient-ils, vous appeler Maréchal de Bièvre. »

Celui-ci comprenait toute la méchanceté de cette épigramme, mais il ne pouvait se fâcher contre ceux qui le combattaient avec ses propres armes. De Bièvre était né calembouriste, comme d’autres naissent poètes ou cuisiniers. Son début dans le monde fut un coup de maître, et attira du premier jour l’attention sur lui. C’était une facétie intitulée : Lettre écrite à madame la Comtesse Talion, par le sieur de Bois-Flotté, étudiant en droit fil. Voici l’entrée en matière de cette œuvre picaresque :

« L’abbé Quille descendait en droite ligne de compte d’un eunuque blanc de poulet de Mithridate. Son père le mit dans une pension viagère, où on lui donna tous les maîtres de maison possibles : un maître de dessin prémédité, un maître à chanter pouille. À douze ans il connaissait déjà toutes les langues fourrées ; à treize, il fit une ode en vers luisants ; à quatorze, il donna une pièce de deux sous en cinq actes de contrition, qui de l’aveu de tout le monde était un chef-d’œuvre de l’art rance. Un soir qu’il sortait du sermon, il rencontra un dragon volant qui lui marcha sur le pied de la lettre. Dans le premier mouvement de pendule, l’abbé Quille lui donna un soufflet de forge, à quoi l’autre répondit par un coup de pied en cap, et un coup de poing d’Alençon qui lui fit perdre une quantité prodigieuse de sang-sues. Arrive le guet-à-pens, qui l’emmène chez lui, où il mourut deux heures après. Le lendemain son corps de garde fut mis dans une bière de mars, pour être porté en terre cuite. »

Et ainsi de suite pendant tout un volume. Remarquez toutefois qu’en sautant les calembours imprimés en italique vous avez une narration simple et naturelle. De semblables pochades feraient aujourd’hui les délices du Tintamarre et n’iraient pas plus loin. Au siècle dernier il n’en était point ainsi. Cette facétie remplit, un joli petit volume qui est ardemment recherché par les bibliophiles. Et il n’était pas le premier de son genre. En 1630, Deveau de Caros avait fait paraître un ouvrage du même genre, intitulé : Histoire de ma mie de pain mollet ; et vingt ans avant de Bièvre, un anonyme avait écrit l’histoire du prince Camouflet, écrite dans le même style : ce petit volume est une merveille bibliographique. Lorsque Voltaire revint à Paris, en 1774, il trouva la plus haute société entichée de la manie du calembour. Il entendit, à l’Académie, M. d’Aguesseau dire : « Je suis ici pour mon grand-père. » et M. de Bauzoé lui répondre : « Et moi j’y suis pour ma grammaire. » Il s’éleva avec force contre cette déplorable mode des jeux de mots qui étaient la mort de la conversation et l’éteignoir de l’esprit :

« Ne souffrons pas, écrivait-il à. madame, du Deffand, qu’un tyran aussi bête usurpe l’empire du grand monde. »

Vains efforts ! le mouvement était donné, et le marquis de Bièvre était l’homme à la mode, surtout depuis sa tragédie de Vercingétorix, où il faisait parler le héros matinal en calembours :

Il faut de nos malheurs rompre le cours la reine.
Aussi vous, dont l’esprit est plus mûr mitoyen,
Donnez-moi des conseils dignes d’un citoyen.
Et surtout de droguet, dans nos vertus antiques,
Rétablissez le sort de mes sujets lyriques.

Toutefois il n’écrivait pas que dans ce style-là. Il composa une comédie, le Séducteur, qui réussit assez bien à la Comédie-Française. Au même moment, la tragédie de Laharpe, les Brahmes, étant tombés à plat, de Bièvre mit la phrase suivante dans la bouche de Laharpe : « Quand le Séducteur réussit les Brahmes (les bras me) tombent. » Le critique ne pardonna jamais cette saillie au marquis.

De Bièvre était trop célèbre pour que Louis XV ne se le fit pas présenter.

— Faites un calembour sur moi, lui dit-il.

— Sire, répliqua le marquis, vous n’êtes pas un sujet.

Comme le monarque insistait, de Bièvre voyant qu’il portait des pantoufles de couleur vert-uni :

— Sire, fit-il, vous avez l’univers (l’uni-vert) à vos pieds.

En montant les degrés du palais de Versailles, de Bièvre avait vu trois dames qui le descendaient ; l’une boitait, l’autre était habillée de noir, et la troisième de blanc. Aucune n’était jolie :

— Voilà, dit-il à ses compagnons, une croche, une noire et une blanche qui ne valent pas un soupir.

Le comte d’Artois le rencontrant au sortir de cette audience, le pria, lui aussi, de lui faire une pointe, lui recommandant qu’elle fût courte :

— Monseigneur, l’usage des courtes-pointes est superflu en cette saison.

On était au cœur de l’été.

Chaque événement de la cour, grand ou petit, lui fournissait matière à un bon mot ; et on pourrait faire l’histoire intime de Versailles à cette époque, rien qu’avec ses réparties. Apprenant que le ciel du lit de M. de Calonne s’était détaché et lui était tombé sur le corps : Juste ciel ! s’écria-t-il.

Hélas, il n’est rien ici-bas qui n’ait son revers : il n’est pas de célébrité, si minime soit-elle, qui ne trouve ses détracteurs et ses envieux. On se lassa d’entendre répéter les bons mots du marquis de Bièvre, comme on se lassait à Athènes d’entendre appeler Aristide : le juste ! plus d’une leçon sévère lui vint de la part de ceux qui l’avaient le plus admiré. Un jour dans un grand dîner, on lui fit la plus mauvaise farce qu’on puisse imaginer pour un estomac affamé. On feignit de chercher des calembours dans toutes ses paroles, et on ne répondait à aucune de ses demandes. Demandait-il des épinards, loin de lui en donner, on s’ingéniait à voir quel jeu de mot pouvait se cacher derrière ses paroles, et on le laissait devant une assiette vide, tandis que les autres convives fonctionnaient avec un appétit qui redoublait ses angoisses. Il sortit de ce repas, comme le renard de celui où il avait été convié par la cigogne. Pourtant il avait fait ce jour-là un de ses mots les plus jolis. Un des convives trouvant que le melon servi au commencement du dîner avait de pâles couleurs :

— N’en soyez pas surpris, s’écria de Bièvre, il relève de couches.

Rentré chez lui, il trouva chez ses domestiques la même opposition et la même habileté à le battre avec ses propres armes.

— Potiron, dit-il à son valet, apporte-moi ma robe de chambre,

Celui-ci, au lieu d’obéir, ouvrit une grande bouche, et passa une demi-heure à chercher quel calembour il pouvait bien y avoir là-dessous, c’était la continuation de la scène du dîner.

De Bièvre impatienté, et voulant passer sa mauvaise humeur sur quelqu’un, fit venir sa servante et lui demanda la note du mois. Cette servante s’appelait Inès ; mais comme elle avait la main malheureuse, de Bièvre ajouta à son nom celui de casse-trop ce qui faisait Inès de Castro. Celle-ci présenta la note, en tête de laquelle figurait une somme de trente francs pour la laitière.

— Comment ? je dois 30 francs à ma laitière? s’écria-t-il en bondissant.

— Monsieur sait bien que rien ne monte comme le lait, répliqua tranquillement Inès.

Désarçonné par une semblable réponse, de Bièvre sortit de chez lui. En route, il fut surpris par la pluie. Apercevant un de ses amis qui passait en voiture, il lui fit signe de s’arrêter ;

— Mon cher, fit-il, je vous demande une place, je suis trempé.

L’ami feignit de réfléchir un instant.

— Décidément je ne comprends pas celui-là.

Et il ordonna au cocher de continuer sa route. De guerre lasse, il entra dans un café, et se trouva à côté de Carle Vernet, qui était très célèbre également par ses jeux de mots. Le peintre lui ayant tendu un morceau de pain :

— Voilà qui est bien peint, fit de Bièvre.

Ça, répliqua Vernet, ce n’est qu’une croûte.

L’infortuné marquis vit que son règne était fini. Il se serait pendu de désespoir, si la Révolution n’était venue donner un autre cours à ses préoccupations. Il suivit le courant de l’émigration et se réfugia à Spa. Là il tomba malade et fut bientôt à l’extrémité.

— Mes amis, dit-il à ceux qui l’entouraient, je m’en vais de ce pas (de Spa).

Et il expira sur un dernier calembour.

Il faut dire à la décharge de notre nation, que ce n’est pas seulement chez nous qu’on a joué sur les mots, et que toutes les langues sont un peu coupables de cette sorte de plaisanterie. Les hommes les plus connus s’en sont permis également.

Dans Homère, lorsque Polyphème a été aveuglé par Ulysse, qui s’était donné le nom de Personne, et qu’il pousse des cris lamentables :

— Qui t’a blessé ? lui demandent ses compagnons accourus à ses cris.

— C’est Personne.

— Eh bien ! si ce n’est personne, de quoi te plains-tu ? font-ils en s’en allant.

Jésus-Christ a dit à saint Pierre :

— Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église.

Charles-Quint, à qui ses conseillers disaient de détruire la ville de Gand, coupable de révolte, répondit en montrant la magnifique cité :

— Combien faut-il de peaux d’Espagnols pour faire un Gand comme celui-là.

Bonaparte recevant les envoyés de Milan qu’il assiégeait, leur dit que si la ville ne se rendait le soir même, le lendemain elle serait prise et livrée au pillage.

— Vous êtes bien jeune pour parler avec tant d’assurance, fit un des parlementaires.

— Je suis jeune aujourd’hui, mais demain j’aurai mille ans (Milan).

Dupin, le Bièvre du dix-neuvième siècle, disait un jour où les orateurs s’étaient succédés à la tribune aussi nombreux qu’ennuyeux :

— La tribune est comme un puits, à mesure qu’un seau descend, un autre remonte.

Le calembour n’est pas l’esprit français ; il n’en est que la débauche. Cet esprit est représenté, non par le marquis de Bièvre», mais par les Narbonne, les Boufflers, les Villemain, et tant d’autres qui ont su allier la finesse de la pensée à la délicatesse de l’expression.

Adrien Desprez. « Le Marquis de Bièvre », in Musée universel : revue illustrée hebdomadaire, 1874.

20 août 2016

Faut-il que vous soyez voussoyé ?, ou, Des bienfaits de la douche

Classé dans : Langue, Littérature — Miklos @ 16:22


Article du Trésor de la langue française. Cliquer pour agrandir.

«Il n’est personne, peut-être, qui n’ait souri, sans grande réflexion, en lisant que Buffon n’écrivait qu’en habit de velours avec des manchettes de dentelles.

On connaît moins une femme de la cour, à peu près contemporaine de Buffon, qui rendait à l’amour le culte que Buffon rendait à la nature et à la muse, et qui n’écrivait pas à son amant qu’elle n’eût fait sa toilette complète, et ne se fut mise en grande parure.

Eh bien, je pensais, il n’y a qu’un instant, que nous faisons tous un peu comme Buffon et comme cette chère et dévote femme, et que la plume à la main, il est rare que nous ne nous imposions pas la gêne de certaines conventions, de certains préjugés, etc.

Par exemple, en commençant cette lettre, mon bon, mon vieux, mon illustre camarade, je me suis demandé s’il serait bienséant de te tutoyer, comme nous avons l’habitude de le faire mutuellement depuis un peu plus d’un. demi-siècle.

Il y a, dans la politesse convenue; de singulières nuances. — La question n’en serait pas une, si j’écrivais en vers. — On tutoie en vers des gens qu’on ne s’aviserait pas de tutoyer en prose.

Grand Roi, cesse de vaincre, ou -je cesse d’écrire,

disait Boileau à Louis XIV.

Prends ta foudre, Louis, et va, comme un lion,

etc., disait Malherbe à Louis XIII.

Les Anglais tutoient Dieu, et je crois qu’ils ne tutoient que Dieu.

C’est du reste un singulier usage que le vousoiement par lequel on parle à an homme comme s’il était plusieurs. J’en ai trouvé le sens et dans Cicéron et dans Mme de Sévigné.

« II y a eu, dit Cicéron, quatre Jupiter — quatre Mercure et six Hercule — et on a attribué à un seul et même de ces personnages les actes plus ou moins réels appartenant à tous ceux qui portaient le même nom. »

Mme de Sévigné, parlant à sa fille d’un de leurs amis qui s’appelait je crois d’Hacqueville.

Je dis : je crois, car j’écris à Saint-Raphaël hors de ma maison, sur une table d’ardoise et sous des rosiers en fleurs le 20 janvier et tu me pardonneras de citer de mémoire pour ne pas me déranger.

Mme de Sévigné dit que cet ami est si obligeant, si dévoué, si actif, qu’il rend si vite un si grand nombre de petits services, qu’on ne peut les attribuer à un seul homme, et qu’on l’appelle « les d’Hacqueville ».

Dire vous à une femme ou à un homme signifie :

O femme, tu offres à mon admiration tant de beautés, de grâces et de charmes, que c’est trop pour une seule mortelle, trop pour une seule déesse; tu réunis les perfections des plus belles et des plus séduisantes ; tu es à la fois Vénus, Junon et Pallas et je vous adore toutes trois en une seule.

O homme, tu es si brave, si noble, si généreux, si savant, si spirituel, si éloquent — tu réunis en toi des vertus et les qualités si diverses qu’on ne peut les attribuer à un seul homme — que je vois en toi Hercule, Jupiter, Decius, Voltaire, Rousseau,» etc., — je vous présente mes respects.

[…]

Alphonse Karr, « Lettres de Saint-Raphaël. IV. À Monsieur Ernest Legouvé, de l’Académie française », in Le Figaro, journal non politique, 21 janvier 1877, p. 1.

12 mars 2016

Ouille ouille ouille ! Dire qu’une seule lettre, une seule, fait toute la différence…

Classé dans : Langue, Musique — Miklos @ 15:32

Bouille. Ancienne mesure de capacité pour le vin. Hotte pour la vendange. Mesure de charbon de bois. Bidon à lait. Ventre, panse. Longue perche dont les pêcheurs se servent pour remuer la vase et troubler l’eau, afin que le poisson entre plus facilement dans les filets. Marque de plomb apposée sur les pièces de drap et d’autres étoffes déclarées au bureau des fermes du roi ; droit payé pour l’apposition de cette marque. Tête, expression du visage. (TLFi)

Couille. Bijou de famille. (TLFi) Il y a bien cette chanson… on vous laisse la trouver.

Douille. Partie d’un instrument ou pièce de métal, creuse et généralement cylindrique, destinée à recevoir une tige, à assembler deux pièces, ou à servir de manche, de poignée. Tube cylindrique, de cuivre ou de laiton destiné à recevoir le culot d’une lampe électrique ou les broches terminant le culot d’un tube électronique et à assurer la connexion avec le circuit d’alimentation. Tube cylindrique qui contient l’amorce et la charge explosive d’une cartouche pour arme à feu. Instrument de forme conique adapté à une poche de toile forte, qui sert à former un ruban de crème dont on décore les pâtisseries. Argent. (TLFi)

Fouille. Excavation pratiquée dans le sol. Action d’examiner minutieusement l’intérieur d’une chose ou les vêtements d’une personne pour y trouver ce qui peut y être caché. Poche d’un vêtement. (TLFi)

Gouille. Boue, mare, fondrière. Lac, mer. (TLFi)

Houille. Combustible solide résultant de la fossilisation de végétaux au cours des temps géologiques, et qui se présente en gisements. Charbon. (TLFi)

Jouille. L’Officiel annonçait, il y a quelques jours, la nomination dans l’ordre de la Légion d’honneur d’un simple préposé des douanes nommé Jouille. Entre autres états de service, Jouille a tenu en échec, tout seul, dans les montagnes du Jura, une troupe de contrebandiers commandée par le fameux Paul Rabbe, dit le Malin, et plus connu encore sous le nom de Nul-s’y-Frotte. Lorsque les secours arrivèrent, la bande avait disparu, mais Jouille avait déjà fait deux prisonniers. (Le Voleur illustré, cabinet de lecture universel. Paris, 10/1/1873)

Mouille. Creux dans le lit à fond mobile d’un cours d’eau, localisé le plus souvent au sommet de la courbe d’une sinuosité. Avarie de tout ou partie d’une cargaison par suite d’humidité ou d’inondation. Source de faible débit ; dans un pré, suintement qui favorise la pousse de l’herbe au printemps ; endroit humide, marécageux, dans un champ ou dans un pré. (TLFi) On se mouille : on commence à se griser. (Dictionnaire du jargon parisien : l’argot ancien et l’argot moderne. Paris, 1878)

Nouille. Pâtes alimentaires. Personne niaise et peu énergique. Style en arts décoratifs. (TLFi)

Ouille. La crique de l’Ouille, entre Collioure et Le Racou.

Pouille. Pauvreté extrême et sordide ; aspect misérable d’un lieu, de personnes. Avarice, lésinerie honteuse. Lieu où l’on déposait les habits des malades pauvres dans un hôpital. Lieu ou objet misérable, sordide. Ensemble de personnes très pauvres ou très malpropres. (TLFi)

Rouille. Produit de corrosion (hydroxyde de fer) de couleur brun orangé qui se forme sur un métal ferreux exposé à l’air humide. Ensemble de taches roussâtres dues à l’humidité, qui apparaissent avec le temps sur certains matériaux. Altération du tain d’un miroir ; rousseurs qui apparaissent sur un miroir dont le tain est altéré. Sauce provençale froide à base de gousses d’ail et de piments rouges pilés avec de la mie de pain et de l’huile d’olive, qui accompagne la soupe de poisson et la bouillabaisse ; p. ext., mayonnaise à l’ail relevée de piments rouges. Tache naturelle que l’on peut observer à la surface de certains granits et qui est due à la présence de biotite ou d’hématite dans la pierre. Maladie cryptogamique des végétaux et en particulier des céréales caractérisée par l’apparition de taches orangées sur la tige et les feuilles des plantes atteintes. Mordant composé avec un sel ferrique, qui est utilisé dans la teinture en noir de la soie. Action destructrice du temps écoulé. Engourdissement intellectuel ou moral. Effet pernicieux d’un mal ; le mal lui-même. D’une couleur brun orangé rappelant celle de la rouille. La couleur elle-même. (TLFi)

Souille. Lieu bourbeux où le sanglier se vautre. Réduit servant de chambre, maison très petite où l’on se niche, ou s’isole. Empreinte que laisse l’étrave d’un bâtiment échoué dans le sable fin ou la vase. Fosse creusée et draguée au pied d’un quai permettant de recevoir des bâtiments de grande calaison. Puisard qui recueille l’eau infiltrée dans la cale au niveau de l’arbre d’hélice. Tranchée, sillon creusé dans le sol. Excavation allongée creusée sous l’eau pour recevoir une canalisation, des caissons, des blocs de béton lors de la construction d’une jetée. Sillon, trace que laisse dans le sol, un obus qui ricoche. Taillis médiocre, clair, à sous-bois peu épais à cause des grands arbres de futaie qui l’étouffent. Enveloppe d’oreiller, de traversin ou de matelas. Blouse. (TLFi)

Touille. L’action d’agiter, remuer pour mélanger. (TLFi)

Zouille. Quoi ! disent aujourd’hui nos coquettes Jeannetoun, vous voulez que j’accepte pour danser le radotage de nos chabrettaïres ! Bravo le violon ! bravo la clarinette ! La chabrette, ça n’est plus qu’une vieille zouille dont il n’est plus permis de faire cas, pas plus que de cette mauvaise guenille qu’on appelle encore notre pimpant barbichet. (Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin, T38. Limoges, 1891.)

27 février 2016

Un conte édificatoire pour apprendre l’français tel qu’il s’cause

Classé dans : Langue, Littérature — Miklos @ 22:43

« — Pour lorsse, commença le sapeur Beaupoil, un de ces soirs de janvier 71 où, l’armistice signé, nous cantonnions, au nombre d’une centaine, sous la toiture ajourée d’une vaste remise, pour lorsse j’avais finablement tapé dans l’œil du père Briquemol, et tout « à la coule » qu’était mon vieux colon, vous pensez bien que je ne tardai pas de m’inaugurer pour le taper d’autre façon.

Voilà donc qu’un beau matin de juillet que j’avais une Soif.pipie à tout casser, vu que je m’étais pas soûlé depuis plus de quinze jours, je me prends par-dessous le bras et je fais Irruption.éruption chez le colonel, que je le trouve qui se promenait dans son jardin, les deux mains derrière le dos en lisant son journal.

Je me file d’abord sur ses derrières sans qu’il me visse, et je l’emboîte tout le long d’un carré d’artichauts, la main à mon bonnet-z’à-poil, que je l’avais justifié sur mon crâne à l’instar d’une grande prise d’armes, ainsi que mon tablier de peau et tout le bataclan, sauf néanmoins mon n’hache, ébréchée z’à fendre du bois pour la colonelle, dont auquel je l’avais portée chez le rétameur — mon n’hache, pas la colonelle.

Arrivé z’à l’extrémité limitrophe du jardin, le colon fait demi-tour et me Dévisage.défigure aussitôt, fixe, la main gauche sur la couture, même qu’en se pivotant brusquement, il se fout sur moi et m’écrase mes cors aux pieds.

Ça va bien, je ne bronche pas !…

— Sacré nouillemolle, que dit mon supérieur, tu peux donc pas faire attention ! un peu plus tu m’marchais sous les pieds ! Quoi qu’tu fous là, derrière mon cul, en grande tenue ?…

Ça y était !… Quand le père Briquemol vous avait engueulé, appelé tourte, andouille, et surtout nouillemolle — son mot favori — on pouvait y aller. Ça le flanquait en rigolade pour au moins un quart d’heure !

Pour lorsse, je prends mon air la plus congratulatoire, et je réponds :

— Mon colonel, que c’est z’une circonstance fondamentale et commémorable qui vient de m’arriver, et que si j’ai z’ingurgité mon bonnet-z’à-poil, c’est à seule fin de vous annoncer, avec tous les honneurs duquel vous êtes susceptible, que je viens malheureusement d’avoir le bonheur d’être père !…

— Toi, père, qu’y dit?… T’es donc marié ?… Depuis quand ?… Par quelle autorisation ?…

— Non, que j’dis, mon colonel ; j’veux pas vous tromper. Ça c’est passé sur le derrière de la Mairie.mairerie ; et néanmoins que le petit il est venu z’au monde tout de même sans papiers, et aussi sans fourniment, et que pour lorsse…

— Bon ! je vois c’que c’est, qu’y dit le père Briquemol d’un ton Narquois.narcotique ; t’as infibulé un’ pauv’ jeunesse de tes petites saloperies membraneuses et nauséabondes, et à présent tu comptes sur moi pour la layette. Et alorsse, combien qu’y t’faut, mon salaud ?…

De le voir si bien disposé, j’savais plus quoi demander. Enfin je dis cent sous, au petit bonheur, avec le trac qu’y m’envoie paître, mais ouiche !…

— Quéqu’tu veux foutre avec cent sous ! qu’y dit en Haussant.exauçant les épaules. Tiens, v’là quarante francs.

Et y me colle deux jaunets dans la main en ajoutant :

— Tache moillien que le mioche y soit bien ficelé, et n’en liche pas la moitié en route. Puisque te v’la père d’un enfant, c’est le quart d’heure de prendre des idées Circonspectes.circonflexes, conformes à la situation, et d’être sobre et tempéré.

N’a pas plutôt fini Le speech.l’espiche que je me dépêche à fout’ mon camp. J’avais qu’un’ peur, en l’voyant couper à fond, c’est qu’y propose d’être parrain, car la maîtresse du sapeur Beaupoil, c’était alorsse, comme à présent, pas autre chose que Melle Marie Chopine. Quant aux nourrissons, vaut mieux que Je n’en aie.j’en aille pas d’autre que le trou que le bon Dieu m’a percé sous l’nez, et qu’il a eu le soin de marquer sa noblesse au moyen de cet ornement invulnérable et prépondérant qui l’entoure et qui est donc ma barbe.

Avec les quarante francs, j’nous en colle un’ biture soignée, à moi et aux camarades, que l’tambour-major, qu’était de la cérémonie, Naturellement.turellement, il en rotait encore quarante-huit heures après.

Nonobstant, tout ça Se déroule.s’écoule réglementairement et par principes.

— Ça va bien ! que je me pense, mais faudrait voir un de ces quat’matins à repiquer au truc. Y a encore du bon par-là dedans !

Un mois plus tard, qu’y faisait un nom de Dieu d’soleil à vous en désossifier la calebasse, et soif à proportion, j’en pose une du même tonneau kifre-kifre au père Briquemol, sauf que cette fois je m’étais falsifié d’une bobine compatissante, comme qui dirait avec des larmes sèches par derrière l’œil, vu qu’il n’est pas compatible à l’honneur d’un soldat français de Pleurer.chialer pour de vrai.

M’a pas plutôt Remarqué.distingué, que l’colon me demande ce que j’ai à faire une « gueule de tourte » comme ça, et si je viens de perdre une tante. Alors je lui glisse la chose, que mon pauvre l’enfant chéri y venait de devenir mort, et que je savais pas comment faire pour l’enterrer avec les pompes Funèbres.funiculaires dont il convient d’obséquer le fils regretté d’un sapeur douloureux.

Nom de Dieu! y me lâche un petit bleu !… cent francs !… un billet de cent !…

Oh ! alorsse, ça été la bombe, la surbombe, l’extrabombe, l’archibombe !

Pendant trois jours, on n’a pas dessoûlé, même Ceux.les ceusses qu’étaient de service, vu que nous autres, les vieux de la vieille, les hommes à poil, nous ons cette superficie, en plus que les mortels Vulgaires.vulnéraires, de marcher encore plusse droit, quand que nous sommes nonobstant raides comme la justice.

L’après-midi du troisième jour, nous étions encore qu’au soixante-troisième Litre.kilo, quand v’là que l’sapeur Petipatapon—que je l’avais Intimé.intitulé de tenir la caisse, vu que c’était un individu idiot, mais notoire pour jamais semer l’argent quand même qu’il fusse plus soûl que la bourrique à Robespierre—v’ià donc que le sapeur Petipatapon me tire par le coude et m’amène dans un coin, oùsqu’il Profère.perfore ces paroles :

— Dis donc, vieux, y a plus que quarant’ sous dans la tirelire.

Bougre.Boufre ! que j’dis, quelle heure donc qu’il est ?

— N’est qu’six heures ; jamais nous pouvons durer jusqu’à dix, et finir de nous soûler prop’ment avec quarant sous.

— Bon ! qu’j’y fais, T’inquiète.t’épate pas : quand y en a plus, y en a encore !… Hé ! vous autres !… Attendez-moi.Tendez-moi là un quart d’heure, j’vas faire un p’tit tour jusque chez mon banquier, et j’reviens.

J’dis au patron de l’établissement d’apporter du cacheté, pour vaporiser les camarades d’idées odoriférantes en m’attendant, et qu’ils croient pas que j’allais « S’éclipser sans payer son dû.pisser à l’anglaise » ! Puis je me défile.

Seulement, je m’aperçois pas que je pars du pied droit, vu que j’étais déjà salement dans les brindezingues, et que ce veau de Petipatapon m’avait collé sens devant derrière mon bonnet-z’a-poil !… Foutue tenue pour un vieux Militaire.mélétaire, qu’il doit jamais se Départir.déporter d’un respect Vénérable.vénérien pour le nuniforme, quand qu’il serait « cuité » jusque dans ses bottes !

Le père Briquemol, je savais qu’il prenait sa consommation d’absinthe et autres au grand café de l’Esplanade, qu’est donc sur la belle place du cochon de pays oùsque nous tenions garnison pour la circonstance de la chose.

Je le guigne de loin, qu’était sur le devant du sussedit mastroquet, avec l’colon du 4e dragons et trois ou quatre pékins en civils, des crétins pleins de monocles sur l’œil, de gants de paille, de sous-pieds de guêtre et autres équipements distinctifs et emmerdatoires.

Me canulait bien un peu D’interpeler.d’interjecter mon supérieur dans tout ce bric-à-brac de monde ; mais que je m’dis :

— Vas-y, mon vieux, va !. Le sapeur Beaupoil, il peut passer partout, et ailleurs aussi, sans Dérogation.détonation dans les usages, dont il n’en a jamais déplacé nulle part !

Le chiendent, c’est qu’à force de vider le Verre.guindal je m’rappelais plus de la bourde de l’enterrement du gosse, et j’croyais d’être encore à la chose de layette du mois précédent.

Ça va bien !

J’arrive vers la table du père Briquemol, je prends la position, en faisant le salut militaire :

— D’où qu’tu sors, vieux fourneau ? qu’y m’dit comme ça le colon en me toisant depuis mes empeignes jusqu’à la crête de mon bonnet-z’à-poil…

Faut dire qu’il avait z’un air si tellement Furieux.ferrugineux, qu’ça m’allait pas du tout.

— Ah ! oui, qu’y répercute, c’est ton loupiot d’garçon… t’es encore en train d’noyer tes chagrins…

— Mon colonel, que j’le coupe, si j’ai du chagrin, voyez-vous, c’est la joie !… vu que d’être père deux fois dans la même, c’est trop, c’est trop !…

— Comment ! qu’y m’dit en me dardant son œil de Lynx.larynx — signe que ça allait se gâter — quéqu’tu m’emberlificotes ?… c’est-y donc que ta payse…

— Elle vient z’encore d’accoucher, mon colonel !… c’est z’une fille, cette fois. Qu’avec l’autre ça fait deux : un gémeau et une jumelle !… et qu’y demandent qu’à téter, mon colonel, que c’en est touchant et mucilagineux si qu’on les verrait s’enlacer tous les deusses, dans leur étreintement fraternelle du sein de leur mère !…

— Ah ! ah ! qu’y ricane le père Briquemol en me regardant fixement de travers ; alorsse ta payse elle accouche comme ça tout les mois, et les mioches que t’enterre continuent à téter pis que jamais !… Tiens, regarde donc l’adjudant qui passe à l’autre bout de la place… Le vois-tu ?…

Et comme je me retourne du côté qu’il me montrait avec le doigt, plouf !… il m’envoye un grand coup de soulier dans le cul, en m’ajoutant :

— Prends d’abord çà pour ton rhume !… Bon !… maintenant, va dire de ma part à ce sous-officier qu’il te foute Au cachot.dedans illico !… Demain, je m’occuperai de toi !… Quinze jours de prison !… trente jours!… Tribunal.conseil, nom de Dieu ! pour t’apprendre à te fout’ de ton colonel !…

Je couchai au clou.

Le lendemain matin, le colon se faisait ouvrir la porte et, me voyant tout penaud, que je m’en cachais la Physionomie, visage.physiolomomie dans ma barbe Luxuriante.luxurieuse, y m’dit avec douceur, d’une voix pleine de Mansuétude.mensualité : -

— Beaupoil, t’es un cochon, mais je te pardonne !. Seulement que la première fois que ça te rarrive, je te fais raser si de près que ta hure s’en Métamorphosera.métamorphinera kifre-kifre la culasse mobile d’une vieille Mouquière : Femme arabe. Les mouquières ont coutume de s’épiler entièrement certaines parties du corps.mouquière !… Rompez !

»L’était comme ça, le père Briquemol, gueulard, mais bon enfant. Aussi que c’était, entre lui z’et moi, à la vie et à la mort !

Bibi-Tapin, « Les Farces de Beaupoil : Les Jumeaux », in Almanach de Bibi-Tapin pour 1900, par l’auteur des Mésaventures de Bistrouille. A.-L. Guyot, Éditeur.

17 février 2016

Question d’auxiliaires, ou, Fait divers crapuleux en quatre ph(r)ases.

Classé dans : Langue — Miklos @ 1:08

Grand Larousse de la langue française en six volumes.
Tome troisième, Es-Inc. 1973.

Il est monté.
Il l’a monté.
Il l’a descendu.
Il est descendu.

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