Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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25 novembre 2020

Apéro virtuel II.24 – mercredi 25 novembre 2020

Lise Deharme – Square du Sacré-Cœur, in Paris des rêves d’Izis
(Israëlis Bidermanas, 1911-1980), 1950. Cliquer pour agrandir.

Jean-Philippe, Françoise (C.) et Sylvie étant arrivés à la queue-leu-leu, Michel explique le choix de son arrière-plan : les chaises en métal du Jardin du Luxembourg qu’on aperçoit dans l’une des photos de Sabine Weiss qu’il avait montrées hier lui avait rappelé celle d’Izis (un des grands photographes huma­nistes, mouvement auquel la Biblio­thèque nationale de France avait consacré une exposition en 2006), dans un bel ouvrage comprenant en regard de chaque photo un texte manuscrit – en vers ou en prose – par des écrivains et poètes connus (Paul Éluard, André Breton, Jean Tardieu, Jean Paulhan, Jules Supervielle, Gilbert Cesbron, Louise de Vilmorin…) ou moins connus., y compris un anglophone et non des moindres (Henry Miller). Dans cette photo-ci, non seulement le poème de Lise Deharme fait écho au contenu de la photo (« deux amants sur un escalier »), mais son style d’écriture n’est pas sans rappeler la forme des dossiers de ces chaises d’antan qu’il avait connues.

En préambule, et pour rester dans l’air du temps – ou plutôt, d’antan – Michel diffuse le début d’une splendide vidéo, produit de la restauration et de l’enrichissement (couleur, sonorisation) d’un film d’archives en noir et blanc montrant le Paris de la Belle Époque dans quelques quartiers de Paris (on pourra lire ici quelques informations sur l’auteur de ce travail et les techniques utilisées pour ce faire). En regardant ce travail, on a presque l’impression que ces scènes, si réalistes par la fluidité et la qualité des images, viennent d’être filmées, et pourtant elles remontent à plus d’un siècle… Ce n’est pas le seul travail de restauration effectué par l’auteur de ce travail, ni par d’autres personnes ou organismes ; on peut voir là une autre vidéo de Paris au début des années 1900.

Sur ces entrefaites, Léo se joint à l’apéro. Michel montre enfin quelques doubles-pages de cet ouvrage, en lisant les textes (ou leur début, pour le dernier) qui font face aux photos.

Léo donne enfin la clé du mystère : pourquoi Superman n’était-il pas parti à la guerre pour sauver les US ? Réponse : il a été réformé en 1942, non pas pour son superbe physique, mais pour sa vision de taupe. Incroyable, dites-vous ? Lisez la bande dessinée ci-dessus (et au cas où votre vision est encore plus mauvaise que celle de Clark, la raison c’est que celle de Superman était trop bonne). Ceci a permis aux auteurs de ses aventures de ne pas produire des aventures de Superman en guerre – le personnage aurait vaincu les Allemands en une pichenette, ce qui évidemment n’étant pas le cas, aurait pu s’interpréter comme une critique des soldats américains…

Ensuite, Léo fait entendre un enre­gis­trement d’une lecture (accom­pagnée de la Marche funèbre de Chopin au piano) qu’il a faite d’un extrait de Figurec (2006), roman de Fabrice Caro, écrivain et auteur de bandes dessinées (Zaï zaï zaï zaï fait hurler Léo de rire, à lire, et aussi Et si l’amour c’était aimer) plus connu maintenant sous le nom de Fabcaro. Le narrateur est un habitué des enter­rements :

L’enterrement de Pierre Giroud m’a énor­mément déçu, c’était une céré­monie sans réelle émotion. D’accord il y avait du monde, bien plus qu’à celui d’Antoine Mendez, mais tout cela manquait de rythme, de conviction. Même la fille de Pierre Giroud – du moins celle que je supposais être la fille de Pierre Giroud – n’était pas très en verve. Elle hésitait en permanence entre une pudique retenue et des sanglots bruyants de qualité très médiocre. Le résultat était assez caricatural, sans nuances. La mère de Pauline Verdier, ça oui, ça c’était une vraie femme éplorée, toujours sur le fil, très présente, improvisant des envolées lyriques qui vous arrachaient des larmes, rien à voir avec la fille Giroud. Il faut souligner pour la défense de celle-ci que son père avait quatre-vingt-huit ans et que tout le monde dans son entourage attendait l’issue fatale d’un jour ou l’autre – à la différence de Pauline Verdier qui s’est encastrée dans un platane en rentrant de discothèque. Mais ça n’excuse pas tout. […]

Après cet enterrement, Françoise (P.) se joint à l’apéro.

Sylvie et Jean-Philippe s’engagent alors dans une lecture alternée de quelques-uns des Exercices de style de Raymond Queneau, variantes stylis­tiques d’une même histoire : « Le narrateur rencontre dans un bus un jeune homme au long cou, coiffé d’un chapeau mou orné d’une tresse tenant lieu de ruban. Ce quidam échange quelques mots assez vifs avec un autre voyageur, puis va s’asseoir à une autre place. Un peu plus tard, le narrateur revoit le même jeune homme cour de Rome devant la gare Saint-Lazare en train de discuter avec un ami qui lui conseille d’ajuster (ou d’ajouter) un bouton de son pardessus. » On entendra successivement : Gastronomique, Alors, Sonnet, Moi je, Interrogatoire – ce dernier dit à deux voix.

Dans la conversation qui s’ensuit, Léo mentionne avoir beaucoup aimé Les fleurs bleues, et, pour ceux qui aiment les mots compliqués et/ou longs, il évoque l’usage qu’a fait Queneau du mot antépénultième, ainsi que le relate François Le Lionnais dans l’Atlas de Littérature potentielle (cf. ci-contre). Sylvie rappelle avoir posé, lors d’un apéro au cours du précédent confi­nement, des devinettes concernant des rues de Paris tirées de Connaissez-vous Paris ? de Queneau, ouvrage qu’elle a reçu en cadeau après avoir elle-même écrit un livre sur Paris. Françoise (P.) évoque Zazie dans le métrosorti aussi à l’écran (réalisateur : Louis Malle), avec, entre autres, Philippe Noiret (et non pas Jean-Pierre Marielle) –, tout à la fois amusant et tragique. Léo trouve que ce texte a un peu vieilli.

Après une conversation sur les mots devenus désuets, puis les mots particulièrement longs, et de là (vous voyez certainement le rapport) la composition des maillots de bain des enfants dans les années 1950, Françoise (P.) lit quelques citations d’un livre qu’elle avait acheté après une exposition sur les cocottes qui s’était tenue à Orsay (s’agit-il de Splendeurs et misères. Images de la prostitution, 1850-1910, en 2015 ?) ou au Centre Pompidou (Cocottes et poulettes, début 2020 ?) : « Un amant, c’est de l’amour ; deux amants, c’est du tempérament ; trois amants, c’est du commerce. » (attribué à Alphonse Allais), et évoque en passant La Belle Otero (1868-1965, ci-contre) et Mata Hari (1876-1917).

La conversation erre brièvement dans les méandres du nouveau site web du Centre Pompidou où l’on ne retrouve aucune trace des expositions passées qu’on y recherche, puis s’engage sur le chemin des blagues de mathématicien et de physiciens (et parfois, pire, d’ingé­nieurs !), pour finir sur la plus courte des blagues de matheux, que cite Léo : « Soit epsilon négatif ». L’expli­cation en est forcément plus longue… Après quoi, Michel remarque que l’usage de l’alphabet grec en mathématiques apprend de fait aux matheux à déchiffrer des mots grecs (même s’ils ne s’en rendent pas compte, et même s’ils ne comprendront rien au sens), et leur donnera aussi des bases de l’alphabet cyrillique (utilisé en russe et quelques autres langues slaves, chacune avec ses variantes).

24 novembre 2020

Apéro virtuel II.23 – mardi 24 novembre 2020

Classé dans : Arts et beaux-arts, Littérature, Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 23:59

Place de la Concorde, ca. 1982. Photo : Miklos.

Jean-Philippe, Léo, Françoise (C.) et Sylvie arrivent rapidement l’un après l’autre. La dernière arrivée prend la parole la première pour informer les présents qu’elle devra quitter l’apéro bientôt pour une conférence zoom « Après les élections américaines » sur le site de Jcall ; Léo s’empresse de remarquer qu’elle s’était tenue hier, et qu’il y avait assisté (d’où son absence de cet apéro-là)… Tant pis pour Sylvie (elle pourra tout de même en regarder la vidéo, quand elle sera mise en ligne), tant mieux pour les autres, elle partagera l’intégralité de cet apéro-ci. Elle en profite pour mentionner que le festival du cinéma israélien de Paris aura lieu en ligne du 25 au 29 novembre, mais comment fait-on pour s’inscrire ? La réponse : on choisit un film ici, on clique sur l’imagette, on choisit la séance, et puis on achète sa place.

Entre temps, Léo en profite pour s’affubler d’une petite moustache à la Hercule Poirot, grâce aux effets spéciaux de Zoom. Jean-Philippe suit son exemple par d’autres moyens et se transforme en un des frères Marx. Quant à Michel, il garde la sienne, naturelle(ment). Sur ces entrefaites, Françoise (P.) se joint à l’apéro. Léo explique alors que son arrière-plan est une des illustrations de sa prochaine intervention sur les Lois de la robotique d’Asimov (auteur que Michel avait brièvement évoqué il y a dix jours), et mentionne leur rapport entre les robots, les super héros (d’où l’illustration de Stan Lieber) et le Golem, nom provenant de l’hébreu, apparu pour la première fois dans la Bible (Psaume 126 selon Léo ; non, mais presque) et dont le sens originel était : masse brute, inerte (en hébreu contem­porain, le mot sert aussi d’insulte pour qualifier quelqu’un de parti­cu­liè­rement bouché). Il dénote une créature, à l’origine masse inerte de terre ou d’argile, qu’une personne – dotée de pouvoirs ou de savoirs particuliers – peut animer, en général en lui écrivant sur le front un mot (le nom ineffable de Dieu, ou alors le mot hébreu signifiant « vérité ») ; doté de force quasi surhumaine, son rôle est d’aider son inventeur jusqu’à ce que celui-ci efface le mot (ou une partie ; dans le cas du mot « vérité », si on en supprime la première lettre, il se transforme en un autre mot, signifiant « mort »). C’est d’évidence l’illustration du fantasme de l’homme d’égaler son Créateur en en devenant un lui-même en insufflant la vie dans l’inerte… Le personnage du Golem apparaît au fil des siècles dans des légendes, notamment celle du MaharalMot hébraïque composé des initiales de « Notre maître le Rabbin Loew »., chef spirituel de la communauté juive de Prague au XVIe siècle, et qui aurait créé un Golem qu’il pouvait animer selon que de besoin ; dans la littérature, à l’instar du roman éponyme de Gustav Meyrink, publié en 1915, ou celui d’Isaac Bashevis Singer ; et évi­demment à l’écran dès le début du XXe siècle et dans les bandes dessinées (on pense à Superman, et plus récemment à Johann Sfar). Quant au mot robot, il a été inventé par l’écrivain tchèque Karel Čapek (1890-1938) pour sa pièce de théâtre R.U.R., à partir d’une racine slave qui veut dire « travail ». Parmi les nombreux person­nages inspirés par le Golem, on évoque la créature du Frankenstein de Mary Shelley, ou le balai animé dans le poème L’Apprenti sorcier de Goethe et qui à son tour a inspiré le poème symphonique éponyme de Paul Dukas, qui fait son apparition dans le film d’animation Fantasia de Walt Disney. Enfin, si vous avez peur des robots, lisez ce qu’a écrit Sylvie à ce propos.

À la question de Françoise (C.) sur le noir-et-blanc de son incarnation, Michel explique qu’elle est due à la présentation qu’il va faire, et qu’il illustre par la photo en arrière-plan – une vendeuse de marrons, deux policiers coiffés de képis (ça date) et une camionnette de vente de glaces, qu’il avait prise sur la place de la Concorde vers 1982. Avant que de passer à la présentation en question, il affiche une photo extraordinaire (cf. ci-contre, cliquer pour la source) d’insectes à l’apparence de branches et de feuilles (appelés phasmes, merci Jean-Philippe et Léo), qui leur permet de se dissimuler soit pour se protéger de prédateurs, soit pour attraper une victime ne soupçonnant pas leur présence. Jean-Philippe mentionne qu’on peut en acheter à Paris, à la Ferme Tropicale, 54 rue Jenner dans le 13e arrondissement. À propos d’insectes prédateurs, Françoise (P.) raconte avoir vu une émission qui montrait à quelle point la jolie et gentille (d’apparence !) coccinelle est un terrible prédateur dès son état larvaire.

Michel passe à sa présentation, celle d’une trentaine de photos en noir et blanc – mises en ligne sur Facebook – du Paris des années 1950 de Sabine Weiss, qui, à 96 ans, est la dernière repré­sen­tante de l’école humaniste, incarnée par Doisneau, Ronis ou Brassaï ; comme on peut le voir sur son site et dans la vidéo ci-dessus – et, comme le signale Jean-Philippe, comme on peut l’entendre dans Boomerang d’il y a une dizaine de jours –, elle est toujours alerte et active, et vient de décrocher le Prix Women In Motion 2020 (attribué par Kering et Les Rencontres d’Arles) pour la photographie. Ces photos, accompagnées de leur titre et d’informations concernant la photographe, ont été mises en ligne par un profil Facebook « John d’Orbigny Immobilier », profil qui ne contient que des photos et des vidéos plus remarquables les unes que les autres du Paris d’époque. Patrick Marsaud, dirigeant de cette agence, s’en explique ici. Pour certaines, elles rappellent à certains des présents des souvenirs d’enfance, par exemple les chaises dans les jardins publics (ci-contre au Jardin du Luxembourg, en 1952) qu’il fallait payer (à une chaisière) pour pouvoir s’y asseoir, la fumée des locomotives dans les gares, les amoureux qui s’bécottent sur les bancs publics… Françoise (P.) se souvient des tentures (de deuil, funèbre, mortuaire…), draperies noires accrochées au-dessus et sur les côtés de la porte d’entre de la maison d’un défunt, avec les initiales de son nom au centre, le registre de condoléances dans le hall… ; des enterrements de 1ère, 2e et 3e classes… : des marchands de glaces qui passaient avec un cheval en criant « Glaces ! Glaces ! Glaces ! »… Michel, lui, se souvient des vitriers (et de la chanson qui en parle). Sylvie mentionne le groupe Facebook « DOISNEAU ou Ce Paris Disparu », avec des photos et des petites histoires du Paris des années 1950. Françoise (C.) mentionne le groupe « J’aime Paris » (mais comme il y en a plusieurs qui portent ce nom, difficile de savoir lequel !). Quant au noir et blanc des photos, pour Michel, il correspond si bien à Paris, ville qui, pour lui, est en noir et blanc et tous les gris intermédiaires, ce qui n’enlève rien à son charme, sa profondeur, sa légèreté ou sa noirceur.

Françoise (P.) présente la petite vidéo ci-dessus, mais tous sauf Léo l’avaient déjà vue (elle date de juin) ; on décide d’un commun accord de la signaler dans le compte-rendu – dont acte – et d’en arrêter la diffusion. Françoise montre alors un livre consacré au Bauhaus (1919-1933), qu’elle a acheté après avoir vu la récente expo­sition consacrée à ce mouvement qui s’était tenue au Centre Pompidou. Elle men­tionne avoir été parti­cu­liè­rement inté­ressée par les dessins, les objets, qui ont été créés à cette époque, ainsi que le mouvement intel­lectuel qui l’accom­pagnait. Après cette expo­sition, il y en a eu une autre non moins intéressante – mais différemment – sur les cocottes (non, pas l’instrument culinaire) et les endroits mal famés.

23 novembre 2020

Apéro virtuel II.22 – lundi 23 novembre 2020

Classé dans : Arts et beaux-arts, Littérature, Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 23:59

Gregory Crewdson, Alone Street, 2018-2019.

Françoise (C.) identifie bien les US dans l’arrière-plan de Michel, mais elle n’y a visité que Washington et New York (à plusieurs reprises). Michel, lui, y a vécu pendant cinq ans, et a pu y voir une (petite) partie de la variété des villes et des paysages, pour certains splendides. Françoise a aussi visité le Canada, où elle a remonté les rives du Saint-Laurent depuis Ottawa jusqu’à Québec, Bona­venture… mais, à la question de Michel, elle n’est pas passée par Saint-Louis-du-Ha ! Ha !, qu’il avait traversé dans son parcours en voiture au Québec rien qu’à cause de son nom.

Sylvie arrivée, elle relate son rôle d’animatrice dans le passé – profes­sion­nellement, d’abord, dans le domaine du marketing (des « focal groups », en bon français de marketing), mais aussi dans des réunions publiques de démocratie participative, dans le cadre du projet Clichy-Batignoles.


Jean-Philippe, puis Françoise (P.) s’étant joints à l’apéro, chacun indique ce qu’il a dans son verre. Non, répond Jean-Philippe à une question, ce n’est pas du champagne, mais du coca. Quant à Sylvie, elle entonne Quand je bois du vin clairet – tout en précisant que dans le sien (saumur blanc) il y a du miel, du gingembre, de la cannelle et « d’autres épices » – puis commence son exposé : « C’est dans la nuit du 21 novembre (on remarquera la proximité de l’anniversaire de cet événement) ou 18 juillet de la même année que les frères Fauderche ont jeté les bases de cet extraordinaire appareil dont la conception révolutionnaire risque de bouleverser toutes les lois communément admises tant dans le domaine de la physique nucléaire que celui de la gynécologie dans l’espace… » On aura reconnu (enfin, pas tout le monde) Le Schmilblick des frères Fauderche de Pierre Dac, que l’on peut entendre dans son intégralité ci-dessus, l’appellation « schmilblick » provenant vraisemblablement des deux mots yiddish « schmil » (de « schlemiel », imbécile, idiot) et « blick » (regard).

Michel dit préférer de loin l’humour d’un Pierre Dac (sous-entendu : à celui d’un Devos). Françoise (P.) aime beaucoup l’incon­gruité des quatre… frères Marx (il ne s’agit pas de Karl et de ses sept frères et sœurs), à quoi Michel rajoute que, pour un humour en langue étrangère qu’on maîtrise moins bien que sa langue maternelle, c’est souvent cette manifestation – le comique de situation – qu’on est à même d’apprécier plutôt que celui basé sur la richesse de cette langue et de la variété des jeux de mots qu’elle peut offrir.

Françoise (P.) se tourne vers Francis Blanche, grand comparse de Pierre Dac, très cultivé (il a été le plus jeune bachelier de France, à l’âge de 14 ans) et en lit une vingtaine de citations bien tournées et que l’on retrouvera, avec d’autres, ici. Parmi ses autres œuvres : les Signé Furax avec Pierre Dac. Sylvie se souvient les avoir entendus régulièrement les dimanches sur Paris Inter ; et, dans le même esprit, elle cite un de ses oncles, qui avait un sens de l’humour quelque peu pince-sans-rire : « Il vaut mieux se laver les dents dans un verre à pied que se laver les pieds dans un verre à dent. »

Rebondissant sur un épisode de l’apéro d’avant-hier, Jean-Philippe nous lit un texte qui commence ainsi : « Je suis allé pour la première fois à Paestum dans les années cinquante. Avec Simone de Beauvoir et Sartre, nous passâmes là presque un jour entier, du dur soleil de midi à la nuit tombante, en laissant aux colonnes doriques le temps de blanchir jusqu’à l’os. Je suis revenu à Paestum à tous les âges de ma vie. » Puis plus loin, « C’est bien plus tard, puisqu’elle n’a été découverte qu’en 1968, que j’ai vu pour la première fois, sans pouvoir m’en arracher, la tombe du divin plongeur. Souvent j’étais resté trop longtemps dans l’enceinte des temples, arrivant au musée après la fermeture, ou, d’autres fois, le trouvant en travaux, qui pouvaient durer des semaines ou des mois. Jamais je n’aurais imaginé être touché en plein cœur, tremblant et bouleversé au tréfonds de moi-même, comme je le fus le jour où il m’apparut, arc parfait, semblant plonger sans fi n dans l’espace entre la vie et la mort. Plongée poignante, car il est véritablement dans le vide, sa chute ne s’arrêtera peut-être jamais, on ne comprend ni d’où il s’est élancé, ni où il s’abîmera. Ce n’est peut-être pas une chute, il paraît planer. Si je cherche une permanence, une cohérence, une unité à ma vie, ou aux cent vies dont on dit qu’elles furent miennes, le divin plongeur — c’est le nom, au musée de Paestum, de la fresque qui ornait le plafond de sa tombe — occupe une place centrale, qui n’est pas seulement d’ordre esthétique, contemplation de l’art et de la beauté, mais pour moi opératoire aussi, indissolublement esthétique et opératoire. »

Il s’agit des premières pages de la préface de l’ouvrage Le Divin Plongeur de Claude Lanzmann (Gallimard NRF 2012, replublié dans la collection Folio), « recueil de textes écrits, eux aussi, à différents âges de [sa] vie, en des occurrences radicalement étrangères les unes aux autres, publiés dans des revues, des magazines, des quotidiens très divers, aujourd’hui introuvables, oubliés ou ignorés. »

Dans la conversation qui s’ensuit, on évoque les environs de Paestum, et notamment la côte amalfitaine, région splendide autant pour ses villes et villages que ses paysages. Michel se souvient encore de l’odeur enivrante d’un citron qu’il avait acheté dans un marché de Sorrente, qui lui rappelle celle de citronniers en fleurs et en fruits en Israël, ce que confirment et Sylvie et Françoise (P.).

Michel a récemment reçu un lien vers un article de Connaissance des arts, Le rêve américain : dans l’envers du décor avec Gregory Crewdson, consacré à une exposition des photos de Crowdson à la galerie Templon qui se trouve dans le même pâté de maisons que l’appartement de Michel.

Après avoir lu le tout premier paragraphe de l’article, où l’auteur décrit ainsi la photo en exergue :

« Égarée sur l’asphalte encore maculé de flaques, une vieille Buick stationne sur un carrefour désert. Depuis le porche de son immeuble, un homme tatoué contemple la scène une bière à la main, indifférent au landeau abandonné sur le trottoir. En face, clouées aux fenêtres, des planches de bois protègent une maison en brique d’un danger passé ou imminent. »

il remarque non seulement la faute d’orthographe, mais, en regardant de près la photo, que cette description ne correspond pas vraiment : la Buick ne stationne pas sur le carrefour mais s’est arrêté au feu orange, comme le requiert la loi américaine (on en aperçoit le conducteur qui regarde légèrement à sa gauche – pour voir si une autre voiture arrive ?) ; l’homme tatoué n’a rien à la main, celle-ci étant posée sur la balustrade de son porche ; la petite tache blanche devant sa main n’est pas une cannette de bière, ce pourrait être une bouteille de lait, mais est probablement une ouverture dans la balustrade opposée qui laisse entrevoir le mur de la maison mitoyenne ; la maison d’en face n’a des planches de clouées que sur une des fenêtres, et sur une des quatre petites ouvertures sous ces fenêtres, il est donc probable qu’elles s’y trouve parce que cette fenêtre était cassée. Par la fenêtre de gauche, on aperçoit comme une toile claire jetée sur des cartons ou des meubles, ce qui laisserait penser que cette maison est plutôt abandonnée, ce qui expliquerait son état dégradé.

En en discutant aujourd’hui, Jean-Philippe remarque que le feu tricolore qui se trouve au sol dans le caniveau devant la maison de l’homme tatoué était celui destiné aux piétons (celui du trottoir de gauche est encore debout), et l’on en aperçoit encore les accroches sur le poteau gris clair de droite, au bout duquel sont accrochés les feux destinés aux véhicules, habituellement suspendus au-dessus des carrefours plutôt qu’accrochés sur les côtés. Sylvie mentionne l’analyse qu’elle avait faite du comportement des conduteurs (en France) arrivant devant un feu orange. Sa conclusion ? sur 13 conducteurs, trois adoptent des comportements égocentrés, les 10 autres sont situationnels (sic).

Quoi qu’il en soit pour ces détails, Michel commente que ce type de maisons en bois, d’un étage, avec un porche, est très commun aux États-Unis, et pas nécessairement uniquement pour les plus pauvres (mais ici, comme dans d’autres photos de Crewdson, on perçoit bien que c’est un village paumé, ses habitants se trouvant dans une immensité désolée) : lorsqu’il y est arrivé pour faire ses études dans une des meilleures universités américaines, c’est dans une maison de ce style, en très bon état, qu’il avait loué une chambre.

Sur ce, on lève le coude puis la séance.

5 février 2020

Bernard Palissy

Classé dans : Littérature, Photographie, Sculpture — Miklos @ 0:03

À droite : monument à Bernard Palissy réalisé par le scupteur Louis-Ernest Barrias (1841-1905), square Félix-Desruelles à Paris. Érigé à une date ultérieure à la publication de ce poème, ce n’est pas le monument mentionné au dernier vers et érigé à Saintes, ville où Palissy a effectué ses recherches sur la céramique blanche, et lieu de l’édition de ce poème.
Cliquer pour agrandir.

I

En ce siècle appelé du nom de Renaissance,
Époque merveilleuse, où notre belle France
Revivait à l’amour des lettres et des arts ;
Quand le culte du Beau passionnait les âmes,
L’artisan, humble outil, loin des magiques flammes,
À sa glèbe attaché végétait sans égards.

Il était de la classe ignoble et destinée
À lutter, à souffrir, tout aussitôt que née ;
Machine douloureuse ayant pour mission
De produire sans trêve et toujours de produire ;
Aux maîtres seuls le droit de vivre, de s’instruire.
Travail signifiait : misère, abjection !

Et le peuple naissait et mourait dans sa fange,
Condamné, croyait-on, par un travers étrange,
Au déplorable état que nul n’adoucissait.
L’oisiveté des grands était noble, princière ;
Le travail demeurait la honte roturière ;
Dans son antre assombri nul rayon ne glissait,

Nouveau Tantale auprès de la coupe d’ivresse,
Il ne récoltait rien que douleur et détresse
Lui qui porte l’aisance au sein des nations !
Lui dont les serviteurs, fous s’ils n’étaient sublimes,
Honnis et bafoués, sont martyrs ou victimes
D’un culte fait d’obstacle et d’abnégations !

— Ô travail méconnu ! levier plein de puissance !
Antagoniste né de l’humaine ignorance !
Glorification de l’homme de labeur !
Raison, amour, patrie, humanité, justice,
Toute idée est féconde et régénératrice
Qui prend sa source en toi, principe et pur moteur !

Qui doit te révéler à la nature humaine,
Pour que le malheureux, qui s’agite et se traîne,
Suive tes durs sentiers sans se lasser de toi ?
Pour que l’humble ouvrier, en proie à la misère,
Estime le métier plus haut que le salaire,
Et s’honore de vivre en mourant sous ta loi ?

À nous de proclamer ta juste prescience !
Marcheur infatigable et qui de la science,
Ô travail ! as été le premier bégaiement.
À nous d’encourager l’artisan, de lui dire :
« Garde, garde en ta main l’outil qui la déchire,
» L’outil du travailleur est un noble instrument !

» C’est aux constants efforts qu’appartient la victoire !
» Sois fier de ton métier, premier pas vers la gloire !
» Si tu portes en toi l’amour des saints combats.
» Le travail ennoblit la plus vile matière..,
» Regarde Palissy, l’humble potier de terre,
» Qui d’obscur devint grand sur les grands d’ici-bas !

» Jamais tu n’apprendras mieux qu’en voyant cet homme
» Comme on s’immortalise en travaillant, et comme
» Toute condition possède sa grandeur !
» Véritable grandeur d’autant plus noble et pure
» Qu’elle est moins dans le nom et plus dans la nature.
» Qu’elle est conquise au prix d’un incessant labeur ! »

II

L’esprit est libre et fier : la matière servile.
Palissy, jeune encore, en pétrissant l’argile
Destinée à former la brique cuite, au four,
Dans l’humble tuilerie où travaille son père,
Pensif en façonnant cette glaise grossière,
Rêve de lui donner un plus noble contour.

L’art qu’il a pressenti, qu’en secret il contemple
À travers les vitraux coloriés du temple,
À son âme ravie un jour s’est révélé.
La terre qu’il pétrit lui paraît de la boue ;
Il comprend qu’en ce verre où le soleil se joue
À des corps plus subtils l’esprit est mieux mêlé,

Et que, sous l’action d’un foyer plus intense,
Il a pu contracter sa molle transparence
Et sortir éclatant des mains de l’ouvrier.
C’est un pas vers cet art qui l’attire et l’appelle ;
Quittant sa tuilerie et son humble truelle,
Le jeune homme devient artiste verrier.

C’est alors qu’on le voit prenant sur son salaire,
Prenant sur son sommeil, s’appliquer et se plaire
À l’étude pénible ; il travaille, il apprend.
Ignorant parmi ceux de sa race en détresse,
Pour atteindre son but, il luttera sans cesse…
Fils de lui-même, un jour comme il doit être grand !

Ses mains et son esprit acquièrent même somme ;
Palissy se faisant artiste s’est fait homme ;
Il pressent l’infini par delà le réel,
Car tel est ici-bas l’attribut du génie
De mêler à la fois l’idée et l’harmonie,
D’aspirer vers le beau, le Dieu, l’universel.

Dessin, géométrie et calcul et peinture,
La main qui doit plus tard imiter la nature
Sait déjà se ployer aux délicats travaux ;
Et son esprit ardent en même temps se forme ;
Philosophe, penseur, poète, il se transforme ;
Bientôt il rêvera ses merveilleux émaux.

Oui, l’infini dans l’art, c’est Dieu dans la nature !
Palissy les adore à cette source pure,
Dans l’herbe, dans la plante et l’insecte des eaux ;
Bientôt, obéissant à l’esprit qui l’entraîne,
Il va de ville en ville, erre de plaine en plaine ;
Son âme se dilate, aux horizons nouveaux.

Les Alpes ont fixé sa course vagabonde ;
Sur les hardis sommets, dans la gorge profonde,
Grâce, force et grandeur de la création,
Épiant les secrets de Dieu, suprême artiste,
Bernard, à son insu, devient naturaliste ;
Il assimile tout à sa profession.

Dans les joncs, il surprend le tortueux reptile,
L’insecte qu’il fera revivre sur l’argile ;
Il scrute, infatigable, et les monts et les bois,
Pour former le trésor qu’il amasse en ses courses,
Interrogeant les rocs, les sables et les sources,
Il observe, étudie et compose à la fois.

Mais l’esprit satisfait, bientôt il vient une heure
Où l’homme fatigué souhaite une demeure,
Une épouse au foyer, doux repos du labeur !
Palissy se souvient… au fond de sa pensée,
Une image charmante à son tour s’est dressée…
Pour un temps las d’étude, il a soif de bonheur.

III

Ce fut dans nos vallons, aux bords de la Charente,
Que Bernard Palissy voulut dresser sa tente,
Et nous l’y retrouvons époux, père, homme heureux,
Après les ans trop courts d’une paix sans nuage,
Et travaillant alors au métier d’arpentage,
Pour nourrir ses enfants qui survenaient nombreux.

Le bonheur aisément fait oublier la gloire.
Bernard s’oubliait : l’art lui revint en mémoire
À l’aspect d’un tesson de faïence émaillé.
Pensif, il se remet à son métier de terre,
Pilant le dur caillou, pulvérisant la pierre,
Qu’il arrache du sol incessamment fouillé.

Muni des éléments qu’il compare et mélange,
Il étudie, essaie et renouvelle et change
Les produits imparfaits de ses vastes travaux.
C’est l’heure de lutter rudement et sans trêve.
Pour fondre cet émail qui scintille en son rêve ;
Brique à brique il bâtit ses modestes fourneaux.

La science est l’outil de tout esprit vulgaire ;
Au chercheur qui gravit son douloureux calvaire,
Faute d’instruction, elle manque souvent ;
Mais qu’importe au génie ! il s’en passe ou l’invente,
Et la saisit enfin et la fait sa servante,
La plie à son usage en son effort puissant.

Comme une algue à Colomb révèle un nouveau monde,
Le fragment égaré qu’il interroge et sonde,
Pousse Bernard au but à travers mille maux ;
Ignorant les secrets, sans appui, sans modèle,
Sans guide pour aider sa recherche nouvelle ;
Il réussit pourtant à former ses émaux !

Et nul n’eut deviné les transes et les veilles
Que devaient lui coûter les naïves merveilles
Qu’à nos yeux étonnés retracent ses produits.
Dans les récits poignants que chacun devrait lire,
Mieux qu’aucun écrivain, lui seul a pu décrire
Le labeur de ses jours, l’angoisse de ses nuits.

Seul dans l’obscurité, quand soufflait la rafale,
Sur ses fourneaux courbé, haletant, maigre et pâle,
Que de fois il perdit le fruit de ses labeurs !
Puis chassé par les vents, la pluie et la tempête,
Aux angles des vieux murs heurtant sa noble tête,
Il retrouvait chez lui de nouvelles douleurs !

L’idéal, le réel ou l’art, et la matière,
Tel est l’antagonisme : En son ardeur première,
Comme il était vaillant ! mais après tant d’efforts,
Au foyer désolé trouvant l’épouse morne,
Les enfants affamés, un désespoir sans borne
Dans son cœur accablé ressemblait au remords.

Mais l’esprit lutte encore quand le besoin nous lie ;
En vain découragé, plein de mélancolie,
Bernard renonce au but si longtemps envié.
Possédé de génie et d’âme consciente,
Plus fort il se relève après chaque tourmente ;
L’espoir nouveau sourit : le mal est oublié ?

À demi consolé, son grand cœur plus à l’aise,
L’artisan revenait alors à sa fournaise,
Recommençait l’essai peut-être plus heureux,
Dans chaque erreur il puise une clarté nouvelle,
C’est un progrès de plus qu’un faux pas lui révèle ;
Tant d’efforts devaient être enfin victorieux. •

IV

L’art, pour être saisi dans sa magique essence,
Veut la lutte, l’effort, la longue patience
De l’homme qui perçoit son mobile horizon.
Tel sublime aux appels de son ardent génie,
Fort devant la douleur, fier devant l’ironie,
Bernard brûle les ais, les lits de sa maison ;

Tel l’esprit de l’artiste en lui dominant l’homme
Et voulant l’art pour l’art, mais non pas pour la somme,
Calme, il brise aux regards d’envieux détracteurs
Les essais imparfaits qui ne peuvent lui plaire
Mais dont il eût pourtant tiré quelque salaire
S’il n’estimait plus haut sa gloire et ses labeurs.

Tous le traitent de fou : mais l’art à son disciple
Se révélait alors sous son aspect multiple ;
L’artiste méconnu soudain s’est relevé ;
Il a lutté vingt ans ! Qu’importe? la victoire
A couronné son front d’une immortelle gloire.
Triomphant il peut dire : Eurêka ! J’ai trouvé !

Et l’émail apparaît pur, brillant et limpide ;
Et ses plats onduleux sous une mousse humide,
Par un attrait charmant retiennent les regards ;
Le poisson en fuyant semble ouvrir un sillage
Sur les bords de la coupe où dort le coquillage,
Et la grenouille verte et les jeunes lézards.

Car Palissy n’est plus l’humble broyeur de pierre
Poète et créateur de l’inerte matière
Qui s’épure et palpite en sortant de ses mains,
L’art répond aux besoins de sa tendresse immense ;
Il a conquis aux siens la nouvelle existence
Pleine de jours heureux et d’heureux lendemains.

Aujourd’hui, les puissants se disputent ses œuvres ;
Ses limaçons baveux, ses rampantes couleuvres
Ornent tous les dressoirs. Par les rois appelé,
Des honneurs, sans orgueil, il a gravi le faite ;
Sa. mission pourtant lui paraît imparfaite ;
Dans l’ouvrier heureux l’homme s’est révélé.

Il renaît écrivain, philosophe, poète ;
Aux observations d’autrefois qu’il complète,
S’unit l’expérience ; et d’un style enchanteur,
En ses écrits naïfs il nous fait la peinture
Des beautés qu’il découvre au sein de la nature,
Dont il est demeuré l’ardent adorateur.

En décrivant son art, il dévoile son âme ;
Son style est éclairé d’une étonnante flamme
De grandeur et d’amour et de naïveté ;
On y sent bouillonner la sève jaillissante
D’une langue inconnue, imagée et touchante,
Qui prend sa source au cœur, non dans l’antiquité.

Il étend ses travaux d’histoire naturelle ;
Son esprit organique et puissant se révèle ;
Procédant par le fait, non par l’induction,
Il détrône à jamais le rêveur scolastique ;
Il fonde deux grandeurs en France : art céramique,
Et science d’étude et d’observation,

V

Ce n’était pas assez pour cet homme sublime ;
Son âme infatigable à la plus haute cime
En montant trouve Dieu principe et vérité !
À son art ? Il donna sa maison, sa jeunesse !
À sa foi ? Ce bonheur des jours de sa vieillesse,
Il donnera sa vie avec sa liberté !

En défense, il s’oppose à l’attaque civile ;
Quand le sang protestant inonde chaque ville,
Bernard le réformé doit y mêler le sien.
En ces temps sur lesquels pleure encore l’histoire
Le travail et l’honneur, le génie et la-gloire
Pouvaient-ils protéger un pauvre homme de bien ?

On massacrait alors au nom de l’Évangile !
Aux victimes bientôt sa vertu l’assimile ;
Dans un étroit cachot on jette le martyr,
Et quand, ému, le roi, pour prix d’une bassesse,
Offre de libérer le grand homme qu’il presse,
Fier et calme il répond : « Sire, je sais mourir ! »

Salut, ô Palissy ! sublime patriarche,
Pur et vaillant lutteur, vrai gardien de l’arche,
Du travail qui milite au sein de l’atelier !
Emblème de courage et de persévérance,
Tu restes le patron du génie eu souffrance,
De l’art victorieux et de l’ingrat métier.

Ta vie est bien penser, et bien faire, et bien dire !
Elle est un livre ouvert que nos fils doivent lire,
Où chaque mot renferme un grave enseignement.
Au travail ennobli ton aspect dit : Victoire !
Et pour que l’ouvrier grandisse à ta mémoire
Ton pays, ô Bernard ! t’élève un monument1 !…

Maria Gay, 1875.

___________________

1. Statue de Bernard Palissy [réalisée par le sculpteur Ferdinand Talluet], inaugurée à Saintes le 2 août 1868.

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25 février 2019

Solario : La Crucifixion. 1503 (Musée du Louvre)

Classé dans : Arts et beaux-arts, Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 12:34

Andrea di Bartolo, dit SOLARIO (v. 1465-1524) : La Crucifixion (cartel). 1503. Musée du Louvre. Cliquer pour agrandir.

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Andrea di Bartolo, dit SOLARIO (v. 1465-1524) : La Crucifixion (détail). 1503. Musée du Louvre. Cliquer pour agrandir.

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