Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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11 juin 2017

Devinette d’actualité

Classé dans : Actualité, Humour, Langue, Politique — Miklos @ 14:19

Veaux (source)

– Question : de quoi abreuve-t-on les jeunes bovins aujourd’hui ?

– Réponse
On leur donne à boire du thé.
Parce que, comme on le proclame partout en France à haute voix en ce jour, « À veau – thé ! ».

1 février 2014

Of the importance of punctuation in the oratory and musical arts

Classé dans : Humour, Langue, Musique — Miklos @ 18:53

The wonderful late Danish comedian and pianist Victor Borge presents his phonetic punctuation system and illustrates it with an except from a “pick pocket edition of a Johann Sebastian Shakesphere’s short story”.

In the open window there suddenly came light. Beautiful Eleanor had alone dreaming of but one thing. – Two years had passed, since she met Sir Henry. She could still remember the unhappy evening, when her father had thrown him out. They had been sitting in the park and Henry had said: “Darling! Is this the first time you have loved?” She had answered: “Yes – but it is so wonderful, that I hope it shall not be the last!”

Suddenly she heard a well known sound. It was he. In two strikes he was near her, embraced, kissed and caressed her. “Henry! What is love?” she asked. He answered: “Well, I couldn’t live without!”……….. She asked: “Where have your thoughts been?” He answered: “With thee, my lady.” Suddenly he had gone. All she heard was the well-known sound of his departing horse.

In another show, Borge teaches Dean Martin his system and they alternate practice and performance in a series of well-known songs: Remember (“Re­mem­ber the night you said ‘I love you!’, remember?”), Never on a Sunday (“Oh, you can kiss me on a Monday / A Monday, a Monday is very very good”), Fly Me To The Moon (“Fly me to the moon / And let me play among the stars”), Maria (“I just met a girl named Maria / And suddenly that name / Will never be the same / To me”), Wunderbar (“Wunderbar, Wunderbar! / What a perfect night for love / Here I am, here you are, / Why, it’s truly wunderbar!”), Shall We dance? (“Shall we dance? / On a bright cloud of music shall we fly? / Shall we dance? / Shall we then say, goodnight and mean goodbye?”) and Do-Re-Mi (“DO – a deer, a female deer / RE – a drop of golden sun / MI – a name, I call myself”).

A French standup comedian (some happen to like his “humor”, I happen not to) did a much more recent act which is essentially a French (and vulgar) adaptation of Borge’s classical (and classy) act, without giving any credits whatsoever to its creator.

22 juin 2013

Une excellente recette traditionnelle : la confiture de nouilles

Classé dans : Cuisine, Humour — Miklos @ 14:52

Cette recette, l’un des premiers sketches de Pierre Dac, que nous recommandons tout aussi vivement que le charmant hôtel si typiquement parisien Au sommeil tran­quille, provient de la même source intarissable. Il s’agit d’un enregistrement datant de 1933. La transcription qui suit est fidèle à cet enregistrement, et diffère quelque peu de celle que l’on trouvera .

Fabrication de la confiture de nouilles

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

La confiture de nouilles, qui est une des gloires de la confiserie française, remonte à une époque fort lointaine ; d’après les rensei­gnements qui nous ont été communiqués par le conservateur du Musée de la Tonnellerie, c’est le cuisinier de Vercingétorix qui, le premier, eut l’idée de composer ce chef-d’œuvre de gourmandise.

Il faut reconnaître d’ailleurs que la nouille n’existant pas à cette époque, ladite confiture de nouilles était faite du gui ; mais alors, me diront les ignorants : « Ce n’était pas de la confiture de nouilles, c’était de la confiture de gui ! » « Erreur », que je leur répondrai, « c’était de la confiture de nouilles fabriquée avec du gui. »

Avant d’utiliser la nouille pour la confection de la confiture, il faut évidemment la récolter ; avant de la récolter, il faut qu’elle pousse, et pour qu’elle pousse, il va de soi qu’il faut d’abord la semer. Les semailles de la graine de nouille, c’est-à-dire les senouilles, repré­sentent une opération extrêmement délicate.

Tout d’abord, le choix d’un terrain propice à la fécondation de la nouille demande une étude judicieusement approfondie. Le terrain nouillifère type doit être, autant que possible, situé en bord de route départementale et à proximité de la gendarmerie nationale.

Les senouilles sont effectuées à l’aide d’un poêle mobile dans lequel est versée la graine, laquelle est projetée dans la terre par un dispositif spécial dont il ne nous est pas permis de révéler le secret pour des raisons de défense nationale que l’on comprendra aisément. Après cela, on arrose entièrement le champ avec de l’eau de seltz dans la proportion d’un verre à bordeaux par hectare de superficie, on sèche avec du papier buvard, et on n’a plus qu’à s’en remettre au travail de la terre nourricière généreuse et démocratique.

Lorsque les senouilles sont terminées, les nouilliculteurs, qui sont encore entachés de superstition, consultent les présages ; ils prennent une petite taupe et la font courir dans l’herbe. Si elle fait : « ouh ! », c’est que la récolte sera bonne ; si elle ne fait pas « ouh ! » c’est que la récolte sera bonne tout de même, mais comme cela les croyances sont respectées, et tout le monde sera content.

Au mois d’août vient alors le temps de la moisson. Celui qui n’a pas vu moissonner les nouilles n’a rien vu. Les paysans mettent les nouilles joyeusement en gerbes, les gerbes en bottes, et les bottes en meule.

La nouille, encore à l’état brut, est alors expédiée à l’usine et passée immé­dia­tement au laminouille qui lui donne l’aspect définitif que nous lui connaissons. Le laminouille est une machine extrê­mement perfec­tionnée, qui marche au guignolet-cassis et qui peut débiter jusqu’à 80 kilomètres de nouilles à l’heure.

À la sortie du laminouille, la nouille est automatiquement passée au vernis cellulosique qui la rend imperméable et souple ; elle est ensuite hachée menue à la hache d’abordage et râpée.

On verse alors la nouille dans un grand réci­pient placé sur un réchaud à alcool à haute tension. Puis on verse dans le fût du récipient : du sel, du thym, du sucre, de la magnésie bismurée, du riz, du vin blanc et des piments rouges. On mélange lentement ces ingré­dients avec la nouille à l’aide d’une cuiller à pot et on laisse mitonner à petit feu pendant 21 jours.

La confiture de nouilles est alors virtuellement terminée. Lorsque les 21 jours sont écoulés, on saisit le récipient très délicatement, avec d’infinies précautions et le maximum de prudence, et on balance le tout par la fenêtre parce que c’est pas bon !

Voilà, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, en résumé l’histoire de la confiture de nouilles, c’est une industrie dont la prospérité s’accroît d’année en année, elle fait vivre des milliers d’artisans, des ingé­nieurs, des chimistes, des huissiers et des fabricants de lunettes. Sa réputation est universelle et en bonne ambassadrice, elle va porter dans les plus lointaines contrées de l’univers, et par-delà les mers océanes, la bonne parole et le renom de notre industrie républicaine, une, indé­fec­tible et démocratique.

18 janvier 2013

Drôles de chefs d’orchestre

Classé dans : Humour, Musique — Miklos @ 21:16


Danny Kaye et le New York Philharmonic Orchestra

 


Rowan Atkinson et la Cinquième symphonie de Beethoven

 


Victor Borge : « À quoi sert un chef d’orchestre ? »

 


The French frog conductor dans la Cinquième symphonie de Beethoven

 


GTX 2007 XL, ou, Sébastien, le cyber chef d’orchestre

 


Jonathan et la Cinquième symphonie de Beethoven

14 janvier 2013

« Quand le soleil se lève, les ténèbres s’évanouissent. »

Classé dans : Arts et beaux-arts, Histoire, Humour, Littérature, Photographie — Miklos @ 2:14


Albert et Alice Delacour (à gauche) ; Hégésippe Simon
Cliquer pour agrandir.

Cette célèbre lapalissade est due à Hégésippe Simon, dit aussi « Le Précurseur » (cf. Paul Birault, Hégésippe Simon, précurseur. Éditions de L’Éclair, 1914). Enfant, j’avais découvert l’existence de cet illustre personnage dans les w.c. de Monsieur et Madame Delacour : y trônait la petite statue d’un grand homme (puisque corpulent et barbu). Sur le socle, on pouvait lire :

À Hégésippe Simon
Le Précurseur

dénomination qui ne manquait de m’intriguer ; j’aurais été encore plus impressionné si j’avais su qu’on le disait même « prophète, ancêtre et champion de la démocratie ». Quant à son nom, je le confondais avec celui du poète Hégésippe Moreau, mort prématurément (il me semble que je comprenais « précurseur » comme indiquant le fait d’avoir disparu jeune après avoir laissé une œuvre importante, ce qui contribuait à la confusion).

Nés l’un comme l’autre dans les années 70 ou 80 du xixe siècle, les Delacour n’en étaient jamais tout à fait sortis. Monsieur Delacour – Daddy – avait une grande barbe blanche rectangulaire comme l’on pouvait en voir arborées par des présidents du conseil et autres personnages de la iiie république (je ne sais s’il aurait apprécié la comparaison, il me semble me souvenir qu’il était bonapartiste). Au dîner, il nouait une grande serviette blanche autour de son cou, et sirotait une tasse, grande et blanche elle aussi, de vin chaud. Ma mère m’avait dit qu’il avait connu Apollinaire. Madame Delacour – Mammy – épluchait les oranges avec un petit couteau en plastic, et aimait bien boire, de temps à autres, un peu de Marie-Brizard.

Monsieur-et-Madame-Delacour – ils semblaient parfois ne faire qu’un – avaient recueilli ma mère adolescente et avaient été en quelque sorte mes grands-parents. Je me délectais dans leur appartement, lieu paisible qui semblait plongé dans une pénombre et où le temps paraissait suspendu. Il contenait, pour l’enfant que j’étais, une infinité de trésors : manuscrits, livres (du xviie au début du xixe s.) et revues (les tous premiers Je sais tout avec les aventures d’Arsène Lupin !) dans lesquels je me plongeais avec délectation, objets désuets ou mystérieux tel cet appareil à visualiser des photos en 3D, vases aux décorations chinoises, meubles Boulle et directoire, un poêle Salamandre que l’on peut apercevoir dans la photo ci-dessus… Julien Gracq écrit d’ailleurs à son propos dans une lettre à ma mère :

J’ai conservé un souvenir très particulier de cet appartement silencieux qui restait un peu en dehors du monde, et où « Monsieur et Madame Delacour » me semblaient aller et venir à l’arrière-plan à l’état de fantômes (bienveillants) éveillés seulement par la parole. Je dois bien avoir écrit deux ou trois pages sur l’atmosphère singulière de cet appartement, où il était difficile de parler autrement qu’à voix basse.

Gracq avait connu les lieux une dizaine d’années avant moi, mais ils n’avaient pas dû changer depuis des décennies.

Comme je l’ai appris bien plus tard, Hégésippe Simon n’a pas existé : il est le produit d’un canular fort réussi du Paul Birault sus-cité ; prenant comme prétexte le centenaire de la naissance de cette personnalité imaginaire, il était arrivé à convaincre, nous dit La Renaissance en 1914 (un an après les faits), « cinquante parle­mentaires, dénués de méfiance et d’esprit critique » à lui faire ériger une « vraie statue en pied et en redingote […] dans les cinquante bourgs pourris où notre astucieux confrère de L’Éclair, M. Paul Birault, l’inventeur de cette mystification, avait pris la précaution de faire naître son homuncule afin d’intéresser plus sûrement à la célébration quelques mares stagnantes et leurs représentants. »

Quant à la phrase en question qui lui est attribuée, elle reprend peu ou prou une remarque de saint Augustin (De consens. Evang., III, 24) selon laquelle « quand le jour se lève, les ténèbres qui restent encore vont en s’abaissant d’autant plus que la lumière gagne davantage. » (Somme théologique de S. Thomas d’Aquin, trad. F. Lachat, 1859)

Comme quoi, La Palisse avait eu un digne précurseur.

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