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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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20 septembre 2012

Savoir citer pour bien passer à la postérité et sauver le monde par la même occasion

Classé dans : Humour, Judaïsme, Langue, Littérature, Peinture, dessin — Miklos @ 13:40


“Allons, Jefque [petit Jef], conduis-moi à la postérité.”
Source: Universtätbibliothek Heidelberg.

ואמר ר"א אמר רבי חנינא כל האומר דבר בשם אומרו מביא גאולה לעולם שנאמר ותאמר אסתר למלך בשם מרדכי
- תלמוד בבלי, סדר מועד, מסכת מגילה, דף טו עמוד א

— Pourquoi représente-t-on la Vérité sortant du fond d’un puits ? — Parce qu’elle est souvent altérée. (Commerson, Pensées d’un emballeur, 1851)

Le Talmud de Babylone, vaste compilation datant du VIe siècle de discussions de sages juifs exilés en Mésopotamie, est essentiellement constitué de jurisprudences concernant la loi juive. Mais on y trouve aussi des maximes (ainsi que d’autres passages à caractère non juridiques) à caractère éthique, qui ont principalement pour but d’indiquer non pas ce qu’il est nécessaire, autorisé ou interdit de faire – ce que précisent ces jurisprudences –, mais comment le faire, avec quelle intention.

C’est ainsi qu’on peut y lire : « R. Eleazar, citant R. Hanina, dit : celui qui dit quelque chose au nom de celui qui l’a dit amène la rédemption au monde ». Ou, comme l’écrivait Eugène Sue dans Arthur quelques treize siècles plus tard : « Citez vos sources, comme disait toujours mon vénérable ami Arthur Young. »

Malgré cette recommandation bien plus que séculaire, on remarque que cette amusante réflexion :

J’aimerais mieux aller hériter à la poste que d’aller à la postérité.

est souvent attribuée à Alphonse Allais (par exemple : par l’« Encyclopédie » du site l’Internaute), parfois à d’autres : à Pierre Dac selon le magazine Lire ; à « un écrivain de ce siècle » d’après le Monde de l’éducation de 1998 ; à l’avocat Sirven – petit-neveu de celui qui avait donné son nom à la fameuse affaire qui avait mobilisée Voltaire – par La vie parisienne à travers le XIXe siècle, éd. par Charles Simond ; à Alexandre Breffort par le site Évène, qui l’attribue ailleurs correctement…

Or elle est tirée des Pensées d’un Emballeur pour faire suite aux maximes de François de la Rochefoucauld du journaliste Commerson (1802-1879) – qui disait de lui-même qu’il faisait des calembours jusqu’à la dysentérie –, recueil publié en 1851 (on peut voir ci-dessous l’annonce de sa publication), trois ans avant la naissance d’Alphonse Allais… Il était très apprécié de Perec qui aimait en citer ce bon mot.

En voici quelques autres du même, trouvées au hasard de nos lectures de cet ouvrage :

J’ai sur ma cheminée un marbre qui est beaucoup plus poli que certains individus de ma connaissance.

Il n’y a aucun rapport entre un âne et un musicien ; pourtant l’un et l’autre aiment le son.

Savez-vous pourquoi nous aimons tant la musique qui passe ? Parce qu’elle passe et va nous échapper.

La nature ayant horreur du vide, j’en conclus que je suis très nature quand je me trouve à l’Odéon.

J’aime mieux embrasser une femme que la profession d’avocat.

Si le chaste Joseph n’avait pas eu de manteau, je me demande par où la Putiphar aurait pu le retenir ?

Une jeune dame (fort jolie, ma foi !) me disait l’autre jour : « Vous avez une santé de fer, vous. — C’est vrai, madame, lui répondis-je, je suis de fer, mais vous êtes l’aimant ! ! !… » (Cette galanterie de ma part m’a valu une récompense honnête.)

Un amant est une agrafe. Un mari est un crampon.

Il est plus aisé de purger son enfant que de purger une hypothèque.

J’ai toujours pensé que le Mont-de-Piété était un tribut levé sur les pauvres pour soulager les indigents.

On y rajoutera quelques-unes des définitions de son Dictionnaire du Tintamarre (le Tintamarre était un hebdomadaire satirique co-fondé par Commerson), sans en omettre l’ultime :

Amitié. — Droit de se faire et de se dire les choses les plus désagréables.

Automate. — Sauce mécanique. Exemple : Bœuf automate.

Conscience. — Ustensile en caoutchouc.

Divan. — Conseil du grand Turc, composé d’un sommier élastique et de trois coussins.

Empaler. — Manière de fusiller chez les Turcs.

Étudiant. — Jeune homme qui va tous les trois mois à l’École de Droit prendre une inscription.

Faufiler. — Mettre un faux en circulation.

Galérien. — Pensionnaire de l’État.

Homard. — Grosse écrevisse pudique qui rougit dans l’eau bouillante.

Madame. — Femme défleurd’orangée.

Mademoiselle. — Fille qui demande à l’être.

Nubile. — Garçon ou fille en âge d’aller au bois.

Odéon. — Monument théâtral qui gêne l’accès du Luxembourg. Son utilité n’est appréciée que les jours de pluie, à cause de ses arcades.

Quinte. — Toux âcre et violente, en forme de violon, dont on se sert au jeu de piquet pour marquer l’intervalle de cinq notes consécutives, y compris les deux extrêmes. [Ce qui ne manquera pas de rappeler à nos lecteurs attentifs ce billet-ci.]

Reins. — Partie du corps qui se trouve au bas de l’épine du dos, et dont les bords sont magnifiques à visiter pour les voyageurs.

Rossignol. — Oiseau dont le chant ouvre les portes.

Viole. — Instrument de musique sévèrement puni par le Code pénal.

Zero. — Valeur du présent Dictionnaire.

Pour finir, on peut se demander si Allais ne s’était pas inspiré de l’une des définitions qu’on vient de voir pour son quatrain, intitulé Les Mots célèbres :

Tamerlan, conquérant farouche,
Dans un combat fit vingt captifs.
Il les fit empaler tout vifs :
On n’dit pas si c’est par la bouche..
                    Malheur aux vaincus !


Page de garde du Tintamarre du 19 janvier 1851, annonçant la publication des Pensées d’un Emballeur de Commerson. Source : Gallica (BnF).
Cliquez pour agrandir.

31 mai 2012

Bien avant John Cage, Malevitch, Soulages et Yves Klein : Alphonse Allais

Classé dans : Arts et beaux-arts, Danse, Humour, Littérature, Musique, Peinture, dessin — Miklos @ 19:43

Tout le monde a entendu – qu’il en soit conscient ou non – 4’33”, le chef d’œuvre de John Cage en trois mouvements et à l’instrumentation particulièrement originale. Certains ont vu – qu’ils aient aimé ou non –, le Carré blanc sur fond blanc de Malevitch ou les outre-noirs de Pierre Soulages récemment exposés au Centre Pompidou, sans parler des fameux bleusÔ d’Yves Klein.

Ce qu’on sait moins c’est qu’ils n’avaient rien inventé : dans sa communication « Plaisanterie, subversion, exercice de style : quelques œuvres loufoques » lors du colloque Figures du loufoque à la fin du XXe siècle organisé en 2001 par le Cierec, Joël Gilles nous apprend qu’Alphonse Allais s’était présenté ainsi dans le catalogue de 1884 des Incohérents : « Artiste monochroïdal. Élève des maîtres du XXe siècle. ». Il poursuit (avec quelques approximations signalées entre crochets) :

Prémonition étonnante dont il est impossible de décider s’il n’y croyait pas lui-même.

Aux Incohérents de 1883, Allais expose une feuille de papier blanc, simplement punaisée au mur et titrée Première communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige et en 1884 un monochrome noir, le célèbre Combat de nègres dans une cave, pendant la nuit, ainsi qu’une Récolte de tomates sur les bords de la mer Rouge par des cardinaux apoplectiques.

On en conserve les reproductions, si l’on peut dire, dans l’Album Primo Avrilesque publié à Paris chez Ollendorf en 1897, auxquelles il ajoute cinq autres monochromes dont un gris, la Ronde de pochards dans le brouillard et un bleu : Stupeur de jeunes recrues devant ton azur, Ô Méditerrannée. On y trouve également le pendant musical de ces monochromes, la Marche funèbre composée pour les funérailles d’un grand homme sourd (les grandes douleurs sont muettes) [la mention entre parenthèses est absente de la partition publiée par Ollendorf, cf. ci-dessus] qu’il recommande de jouer lento rigolando et dont la partition se présente sous la forme de trois portées [faux, il y en a huit : il faut tourner la première page, comme il l’est indiqué…] sans aucune note. John Cage s’en souviendra peut-être pour sa partition de 4’33” de silence [sic] en 1952.

La plaisanterie monochroïdale n’est pas une exclusivité d’Allais, il n’en est pas l’inventeur, et d’autres après lui s’y adonneront. […]

Dès 1843, apparaît dans la Critique comique du Salon du Charivari l’Effet de nuit qui n’est pas clair… de lune, acheté subito par Mr. Robertson, fabriquant de cirage  […].

Alphonse Allais ne fait donc pas preuve d’une grande originalité, en s’inscrivant dans cette tradition, à ceci près que ses monochromes, réellement exposés, peuvent prétendre à l’aura de l’œuvre d’art. Au point que lors de l’exposition du Musée des Arts décoratifs de 1973 : « Équivoques » Peintures françaises du XIXe siècle, on pouvait voir à côté des Bouguereau, Chassériau, Carolus Durand, Géricault ou Delacroix, la reconstitution du monochrome blanc avec la précision « bristol moderne, punaises d’époque », dont la reproduction, dans le catalogue, était accompagnée d’une critique de Félix Fénéon.

Ce qui ne manquera pas de faire sourire ceux d’entre nous qui sont fâchés avec un art plastique contemporain aussi minimaliste que l’est, dans le domaine des arts de la scène, la non-danse.

24 avril 2012

À propos de Luc

Classé dans : Histoire, Humour, Langue, Littérature — Miklos @ 10:58

Disons-le tout de suite, il ne s’agit pas ici de Charles de Luc, l’auteur du Recueil de tout soulas et plaisir et parangon de poésie comme épistres, rondeaux, balades, épigrammes, dizains et huictains, nouvellement composé et publié en 1552, ni de son presque-homonyme et imaginaire Charles du Luc, jésuite et héros de polars historiques d’une certaine Judith Rock, ni même de Charles Emmanuel de Vintimille de Luc, né au château de Versailles en 1741.

Il s’agit de Messire Luc, dont le nom est venu à notre attention en tombant sur le titre de ce curieux ouvrage :

Français, Françaises, vous m’avez compris. On nous trouvera peut-être culotté d’aborder ce sujet, mais de grâce épargnez-nous la déculotée.

Cet ouvrage s’ouvre par une série d’envois plus gratinés les uns que les autres, en français, en latin, en grec, en charentais, en allemand, en russe et même en yiddish :

L’un d’eux, en forme de sonnet, pourrait avoir été écrit par Brassens – qui, soit dit en passant, avait le même esprit potache et grivois – si le livre en question n’avait été publié bien avant sa naissance (en 1850, selon certaines sources) :

Le noble but que se sont fixé ses auteurs, on l’aura deviné, est celui de classer les nombreux ouvrages concernant « l’art de se débarrasser du superflu des aliments », dans un esprit qui « fournit à l’esprit un repos et un exercice salutaire ». Ils ajoutent :

Pour les personnes sédentaires, le rire est une ressource qu’on devrait utiliser ; c’est une gymnastique interne, c’est une course en dedans. […] Malheu­reu­sement nous sommes bien loin du temps où tout en France finissait par des chansons ; mais Béranger l’a dit :

On ne rit guère aujourd’hui :
            Est-on moins frivole ?

Triste constat qui vaut aussi de nos jours. On ne peut donc que vous recom­mander la lecture attentive de ce traité.

À propos de cette partie fondamentale de l’être humain, on citera une autre œuvre, poétique celle-là, publiée à Anvers (il fallait prendre ses distances) et intitulée Sur l’enlè­vement des reliques de saint Fiacre, apportées de la ville de Meaux, pour la guérison du cul de Monseigneur de Richelieu, dont on trouvera le texte intégral ici.

Il s’avère que le célèbre cardinal souffrait horriblement d’hémorroïdes (pardon my French, comme disent les Américains en proférant goulûment des mots que leur morale réprouve) et avait fait venir de Meaux, en grande pompe, les reliques de saint Fiacre, réputées pour leur effet curatif en l’occurrence. Ce qui ne fut pas le cas. (source)

Pour finir, voici une liste (qui ne vise pas à l’exhaustivité) des contextes dans lesquels on trouve ce fameux mot de trois lettres. Il est de ceux qui, seuls, peuvent offusquer les chastes oreilles des jeunes filles en fleur et des culs-bénits, mais qui, utilisés en contexte, perdent leur verdeur tout en en relevant parfois le goût, telle une pincée de poivre ajoutée à bon escient.

– bas-du-cul, bout-de-cul, cul-bas (personne petite, courtaude)

– coupe-cul, jouer à (jouer une partie de jeu sans revanche)

– cucu, cul-cul (stupide)

– cul à fauteuil (académicien)

– cul-bas, cubas (sorte de jeu de cartes)

– cul-béni(t) (personne bigote)

– cul-blanc (motteux, bécasseau, guignette)

– cul-blanc de rivière (chevalier bécasseau)

– cul-brun, cul-doré (bombyx)

– cul comme des hannetons, se tenir par le (se dit de personnes qui sont toujours ensembles)

– cul-d’âne (actinies)

– cul d’artichaud (fond d’artichaud)

– cul-de-basse-fosse (cachot creusé dans les soubassements des constructions fortifiées du moyen âge)

– cul de baril, de barrique, de bouteille, de chaudron, de chope, de flacon, de gamelle, de hotte, de panier, de poêle, de pot, de seau, de tambour, de tonneau, de verre… (base, fond de …)

– cul de chapeau (chapeau dont on a coupé tout le bord jusqu’au lien, c’est-à-dire jusqu’au bas de la forme)

– cul-de-chaudron (néflier amélanchier)

– cul-de-cheval (actinie)

– cul-de-chien (nèfle)

– cul-de-jatte (personne sans jambes ni cuisses)

– cul-de-four (voûte en quart de sphère)

– cul-de-lampe (clef pendante, support en encorbellement d’une statue ou d’une colonne ; petit ornement gravé qu’on met à la fin des livres, des chapitres ou d’autres endroits d’un ouvrage imprimé ; esp. de coquille univalve)

– cul-de-mulet (variété de figue et parfois de la coquille nommée gondole)

– cul-de-plomb (bureaucrate, personne qui ne prend pas d’exercice, ou très assidue à son ouvrage ; personne moralement immobile)

– cul de porc (épissure d’arrêt formant le bout du filin)

– cul-de-poule (moue où l’on avance les lèvres la bouche fermée)

– cul-de-sac (voie sans issue)

– cul-de-singe (coquille de genre buccin)

– cul-de-Vénus (actinie)

– cul d’or (esp. de merle d’Afrique)

– cul et de tête, y aller de (s’employer avec ardeur et sans précaution pour faire réussir quelque chose ; on rajoute parfois comme une corneille qui abat des noix)

– cul et chemise, être (se dit de deux personnes qui sont complices, solidaires)

– cul goudronné (matelot)

– cul-jaune (esp. de cassique)

– cu(l)-levé ou lève-cul, jouer à (jeu à deux où celui qui perd, s’en va pour laisser sa place à un autre)

– cul levé, tirer au (tirer le gibier au moment où il prend son vol)

– cul luisant (femelle du ver luisant)

– cul-nu (amour représenté tout nu)

– cul par-dessus tête (culbuté, à la renverse, la tête vers le bas)

– cul pour des chausses, prendre (se tromper grossièrement)

– cul-rond (sorte de grand bateau de pêcheur en forme de gondole)

– cul-rouge (variété d’épeiche et du rossignol de muraille)

– cul-rousset (sorte de fauvette)

– cul sec (boire, vider un verre d’un seul coup)

– cul sur pointe (Montaigne : sans-dessus-dessous)

– cul-terreux (paysan)

– cul tout nu (mendiant)

– cul-tout-nu (colchique)

– écorche-cul, à (au jeu : en glissant, en se traînant sur le derrière ; au figuré : de mauvaise grâce, avec répugnance)

– faux cul (culot, masse de matière qui se forme sur les pilons des moulins de poudre à canon ; au figuré : hypocrite)

– gratte-cul (rosier sauvage, églantier)

– petit cul, gros cul, vieux cul (personne méprisable, très antipathique)

Et puisqu’en France tout se termine par une chanson :

20 mars 2012

Trophées du Salon du Livre 2012

Jean-Claude Beaune (éd.), La mesure. Instruments et philosophes. Actes du colloque qui s’est tenu au Centre d’analyse des formes et systèmes de la faculté de philosophie de l’université Jean-Moulin-Lyon III les 28 et 29 septembre 1993. Champ Vallon, 1994. [De la mesure en toute chose, ce qui est d’autant plus pertinent à l’ére du numérique.]

Pierre Benoît, Le Roi lépreux. Avec une préface d’Adrien Goetz. Le Livre de Poche n° 174, 2012. [Je me souviens de la délectation et des émois avec lesquels j’avais dévoré L’Atlantide, n° 151 dans le Livre de Poche, et que j’avais lu dans l’édition de 1963 que je possède encore.]

Patrick Boman et Christian Laucou, La typographie cent règles. Le Polygraphe, éditeur, 2005. [J’aurais préféré un bon, gros, traité bien structuré, mais à défaut, j’y trouve tout de même mon compte.]

Victor Dallet et Serge Guérin, Le Chocolat. Histoire anecdotes et recettes. Les Éditions du Coq à l’Âne, 2005. [Fait par un chocolatier, il ne parle pas beaucoup de la concurrence, et surtout pas de Bonnat, le chocolat français que je préfère.]

Régis Debray, Un mythe contemporain : le dialogue des civilisations. CNRS Éditions, 2007. [Petit opuscule intéressant qui m’a fourni une citation pour mon introduction à la table ronde La Bibliothèque dans le nuage au Salon du Livre.]

Denis Diderot, Regrets sur ma vielle robe de chambre, ou, Avis à ceux qui ont plus de goût que de fortune, suivi de la Satire contre le luxe. Éditions de l’éclat, 2011. [Les éditions de l’éclat méritent bien leur nom : discrète, c’est une maison de grande qualité, qui diffuse des livres qui rayonnent. Et ce qui ne dépare pas : la non moins grande civilité de Michel Valensi, son directeur.]

Pierre Duplan, Le langage des images. Atelier Perrouseaux éditeur, 2010. [Analyse au scalpel de l’image, de ses composantes, de sa grammaire et de ses usages.]

Antoine Germa, Benjamin Lellouch et Évelyne Patlagean, Les Juifs dans l’histoire. Champ Vallon, 2011. [Plus de 2300 ans en 900 pages, ça fait combien à la page ?]

Jean-Noël Jeanneney, L’État blessé. Flammarion, 2012. [À la veille d’une échéance électorale, lecture critique et salutaire des cinq années qui se terminent. Dédicace : « Pour Michel Fingerhut, bon compagnon dans les bons combats, en chaleureuse amitié ! Jean-Noël Jeanneney. 18 mars 2012 »]

Serge Lehman, Le Haut-Lieu et autres espaces inhabitables. Denoël, 2008. [Un ailleurs juste à portée de la main.]

Franck Médioni (éd.), Le goût de l’humour juif. Mercure de France, 2012. [Vous connaissez l’histoire de ces trois mères qui discutent des qualités respectives de leur fils… ?]

Jean-Noël Mouret (éd.), Le goût des villes imaginaires. Mercure de France, 2011. [Les imaginations de Poe, Tzara, Borges, Perec ou Le Corbusier… !]

Étienne Pédron, Chansons socialistes. Les Éditions Raison et Passions, 2011. [Ah, si le parti socialiste chantait ainsi ! Il n’y a plus qu’un Mélanchon pour porter ce type de protestation, et il ne le fait même pas en chantant…]

Georges Perec, Les mots croisés. Précédé de considérations de l’auteur sur l’art et la manière de croiser les mots. P.O.L., 2009. [Après ceux de Tristan Bernard, voici ceux de Georges Perec.]

Francis Poulenc, Journal de mes mélodies. Grasset, 1964. [Et dire que l’auteur de ces mélodies si délicates aimait les camionneurs !]

Jorge Semprún, Une tombe au creux des nuages. Essais sur l’Europe d’hier et d’aujourdhui. Climats, 2010. [L’essai qui donne son nom à l’ouvrage est disponible en ligne avec l’aimable autorisation de l’éditeur]

Victor Serge, L’extermination des Juifs de Varsovie et autres textes sur l’antisémitisme. Joseph K., 2011. [D’origine russe, apatride dans sa Belgique natale et en France, traité quasiment comme un juif par la préfecture pétainiste sans pour autant « avoir l’honneur » de l’être, comme il l’a dit lui-même, ses écrits tentaient d’alerter ses contemporains sur le sort tragique qui les frappait.]

Dominique Wolton, Informer n’est pas communiquer. CNRS Éditions, 2007. [La dimension anthropologique de la communication

Il est un air pour qui je donnerai tout Rossini, tout Mozart et tout Weber…

Classé dans : Humour, Lieux, Littérature, Musique, Nature — Miklos @ 13:37

Au fâcheux qui nous reprendrait pour cet usage de « qui », on demandera de bien vouloir signaler sa demande d’erratum à Gérard de Nerval (au passage, on lui précisera qu’ici « Weber » se prononce « Vèbre »). Chaque fois qu’il vient à l’entendre, rajoute le poète, l’air en question fait rajeunir son âme de deux cents ans. Ô vertus éternelles de la musique !

Quant à cet air que nous venons de noter (en y doublant deux notes, pour faciliter la lecture des paroles), à défaut de posséder une grande qualité mélodique (mais tous les goûts sont dans la nature), c’est un calembour musical : il n’est pas nécessaire de connaître le solfège pour identifier les noms des notes : le texte en est la parfaite homonymie. Lisez donc :

La, fa, mi, do, ré, la, mi,
La, do, ré, la, sol, do, si.

C’est grâce à Gallica que nous avons pu retrouver cette petite perle dont les paroles nous trottaient dans la tête depuis notre enfance. Il est l’objet des deux derniers couplets du « Chant bucolique », lui-même sixième des dix chants que constitue La Grande Complainte de Fontainebleau, par une Société de Savants et de Poètes, et signée « Pour la Société de savants et de poètes : Amédée Métivié ».

Publiée en 1855 à Fontainebleau, cette amusante parodie du genre, écrite par une « docte compagnie d’artistes, de gens de lettres, d’amateurs et de gais camaradesSelon G. de La Landelle, Dettes de cœur : la semaine des bonnes gens. 1882. », potaches maîtrisant aussi bien la plume que la langue et connaissant les chansons populaires de l’époque, est tout à l’honneur de… Fontainebleau, évidemment. Bien plus poétiquement que le Guide Michelin, elle en relate l’histoire en remontant jusqu’à Attila et en n’oubliant pas de s’attarder sur l’« assez mauvais moment » que la reine Christine y fit passer à son amant qui l’avait trahi pour une italienne, le 6 novembre 1657, la renaissance du lieu sous Napoléon.

Ensuite, quelques considérations météorologiques nous apprennent que, s’il y pleut c’est qu’il y tombe de l’eau, mais que jamais il n’y neige au milieu de l’été, c’est toujours ça de gagné pour le voyageur errant, Juif ou croyant de l’Évangile, imberbe ou barbu, chauve ou chevelu : il y trouvera cafés, auberges, guinguettes, restaurants et cabarets. La joyeuse complainte va jusqu’à y préciser les enseignes, comme le fait tout honorable guide. Mais pour les amoureux qui voudraient se réfugier dans la forêt, qu’ils se rassurent : on n’y voit ni éléphant ni baleine. « Sans crainte », poursuit le texte, « et sous nos ombrages allez donc, et, deux à deux, errez, jeunes amoureux. Les ramiers dans les feuillages répondront à vos discours en roucoulant leurs amours ». Et s’il faut vraiment chaud,

La bière, la limonade
Et des fruits plus ou moins verts
Plusieurs fois vous sont offerts
Durant votre promenade ;
Fleurettes, mousse et gazon
Sont les tapis de saison.
 
Acceptez, femme charmante,
Et vous, cavalier galant,
Payez ! allons-y gaîment,
Pour que le rossignol chante :
« La, fa, mi, do, ré, la, mi,
La, do, ré, la, sol, do, si. »
 
Ce que l’on pourrait traduire :
« La femme y dort, et l’ami,
L’adoré, là, solde aussi ; »
Mais la belle d’un sourire
Va le payer à son tour :
Vive l’herbette et l’amour !

On vous laissera découvrir ce panégyrique, et l’on espère qu’il vous incitera à vous y rendre sans tarder par ce beau premier jour du printemps. À toutes fins utiles, on vous signale que c’est direct depuis la gare de Lyon.

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