Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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12 septembre 2018

Mes langues – mélanges.

Classé dans : Langue, Littérature, Politique — Miklos @ 13:46

Cadeau de Miriam, 1955.
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Avant-hier, je tombe par hasard sur un livre en hébreu. Il se trouvait dans une des nombreuses piles de livres qui parsèment mon appartement telles des montagnes russes, livres lus pour certains, en attentede lecture pour d’autres. Il m’arrive de prendre une de ces piles, au hasard, et de regarder ce qui s’y trouve. Ce livre, qui porte à son dos une pastille « Livre Paris » – pourtant récent puisque publié en 2015 –, je ne me souviens même pas l’avoir acheté. Le nom de l’auteur, Sayed Kashua, ne me dit quasiment rien, sinon qu’il est Arabe.

J’avais commencé à apprendre à lire l’hébreu au jardin d’enfants, en Israël, pays où j’étais arrivé à l’âge de 6 mois et quitté quelque six ans plus tard. Le cahier de dessins que m’ont offert mes camarades de ma première classe à l’école à mon départ en comprend un : un petit personnage – moi ? – y est assis à une table près de laquelle se trouve un meuble, on dirait une bibliothèque remplie de livres. Il y en avait beaucoup chez nous. En français mais aussi en russe et quelques-uns (notamment des Agatha Christie) en anglais – ceux de ma mère avec laquelle je parlais le français –, en hébreu et en yiddish, ceux de mon père qui me parlait en hébreu.

C’étaient, techniquement parlant, leurs secondes, voire troisièmes langues. Ma mère, née à Odessa, était arrivée seule à Paris à l’âge de 14 ans, envoyée par ses parents qui avaient tout perdu à la Révolution d’Octobre. C’est là qu’elle apprend le français – mais aussi l’anglais, le latin, et sans doute aussi un peu d’allemand –, placée dans une institution catholique pour jeunes filles « de bonne famille » (elle se convertira d’ailleurs plus tard au catholicisme), puis commençant des études à la Sorbonne.

Quant à mon père, né dans un shtetl de Galicie, à l’est de la Pologne, il parle le yiddish à la maison, le polonais à l’école – il n’en fera que les six premières classes – puis l’hébreu, d’abord celui du culte, la famille étant pratiquante, puis comme langue vivante, dans le mouvement de jeunes sionistes religieux de gauche qu’il fréquente. Il part en Palestine par idéal vers les années 1933 (ce qui le sauvera), est envoyé après la guerre en Turquie où il passe un an à aider à l’immigration alors illégale des juifs dans le pays occupé par le mandat britannique, puis en France. Il arrive à se débrouiller en français qu’une collègue et amie turque avait commencé à lui enseigner, ainsi qu’en anglais, appris je ne sais où et qu’il connaîtra pendant longtemps mieux que le français.

Mes parents.

Ils se rencontrent fortuitement : l’organisme d’immigration clan­des­tine dans lequel mon père œuvre alors se trouve apparemment dans le même bâtiment que l’agence de voyages familiale où travaille ma mère. Rencontre plus qu’improbable entre une très belle jeune femme issue d’une famille d’industriels juifs assimilés de la pharmacie et devenue entre temps catholique et le fils d’une famille juive pratiquante et fort modeste, n’ayant à l’origine aucune langue en commun. C’est en français qu’ils communiqueront, langue avec laquelle mon père aura toujours du mal, autant pour la prononciation que pour l’orthographe. Comme il était un homme de peu de paroles – à l’opposé de ma mère –, ce n’aura pas été un problème majeur…

Mon premier livre de français : La grammaire nouvelle et le français des petits (classe enfantine des lycées et collègues), par A. Souché. Librairie Fernand Nathan, 1949.
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Revenu à Paris à l’âge de 6 ans, j’y reprends mes études en 11e, mais cette fois en français. J’ai bien du mal avec le porte plume – en Israël on utilisait à cet âge le crayon – et me mets souvent de l’encre jusqu’au coude, mais en ce qui concerne la lecture, que ma mère avait commencé à m’enseigner avant notre retour, je suis un as : notre instituteur me demande, quand c’est mon tour de la faire à haute voix, de lire plus lentement pour que les autres puissent suivre.

C’est au lycée à Paris que je commence à apprendre l’anglais, puis l’espagnol. « Apprendre » bien malgré moi : les instituteurs de ces matières, contrairement à ceux des mathématiques – étaient nuls, donc je l’étais aussi : 4/20 pour l’anglais dans mon livret scolaire, c’est pour dire. Quant à l’espagnol, je me souviens uniquement du ¡Burro! ¡Cambia de sitio! que lançait périodiquement notre instituteur à tel ou tel élève trop bavard : toute la rangée se levait, ledit instituteur étant affecté d’un strabisme grave qui lui donnait un regard panoramique.

David Sipress: Man Eating Book.

Vers mes 14-15 ans, nous repartons en Israël. En prévision du retour, mon père me trouve une jeune professeure particulière qui m’enseigne la grammaire de l’hébreu à l’aide d’une méthode géniale, simple, intuitive et logique, celle de Uzi Ornan, intitulée (en hébreu) La grammaire de la bouche et de l’oreille. Au lycée que je rejoins à Haïfa, même si mon vocabulaire est relativement limité – je ne le parlais vraiment qu’avec mon père, à la maison –, ma connaissance de la grammaire est la meilleure de la classe, et elle l’est encore aujourd’hui. Quant à la lecture, j’y arrive, mais je préférerai toujours lire en français ou en anglais, ce qui me permettait de dévorer des livres en un clin d’œil, quasiment. Ainsi, lorsqu’on nous a demandé de lire la première partie de Guerre et paix en classe de littérature (en hébreu), je me suis lancé dans l’édition française en Livre de poche et ai lu tout le roman d’une traite. C’est pour dire qu’il m’avait passionné. De mémoire, le seul livre que j’ai lu à l’époque en hébreu, par plaisir, était… La Grève (Atlas Shrugged) d’Ayn Rand, que m’avait prêté une cousine après m’en avoir mis l’eau à la bouche. Depuis, je suis bien revenu de la pseudo moralité de « l’égoïsme rationnel », de Rand, bien heureusement.

Eadweard Muybridge: The Horse in Motion: Sallie Gardner. 1878.
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J’avais de la chance dans les cours d’anglais : grandi avec l’alphabet latin et le français, je lisais et comprenais plus facilement que mes condisciples. Tout est relatif, mais je ne pense pas avoir été une lumière à l’époque. Ce n’est que deux ans plus tard que je tombe sous la férule d’un instituteur qui en avait vu d’autres : il détecte rapidement que j’ai des facilités pour les langues mais que je suis assez paresseux question études – du moins pour ce qui ne m’intéresse pas : ainsi, je m’investissais corps et âme dans les mathématiques, et ce depuis ma plus tendre enfance, et puis, selon tel ou tel instituteur qui savait éveiller mon intérêt, dans une matière pendant l’année où j’étais son élève, à l’instar de la biologie, par exemple. Tel un cavalier averti qui stimule sa monture avec ses éperons équipés de molettes à dents, cet instituteur me lance à bride abattue dans l’étude effrénée de la langue ; ce n’étaient pas uniquement ses remarques acerbes à mon intention qui ont fait de l’effet en titillant intelligemment mon orgueil, sans me bloquer, mais surtout : c’était un instituteur rigoureux, excellent et passionnant : il n’enseignait pas que le vocabulaire, la grammaire et la syntaxe, mais la langue et la littérature dont j’apprenais à ressentir quasi littéralement le goût jouissif des mots et des phrases, à voir la splendeur des paysages et à en découvrir les chefs-d’œuvre.

Si j’étais un élève médiocre au début de cette année-là, je l’ai terminée excellent et ai passé l’été à dévorer la cinquantaine de pièces de théâtre de George Bernard Shaw (on avait étudié, entre autres, son Caesar and Cleopatra ; soit dit en passant, il serait enfin temps que j’en vois le film dont la Cléopâtre est Vivien Leigh..) – en anglais, s’il vous plaît. Je ne suis pas sûr d’avoir tout compris, mais qu’importe ? Puis je me suis mis aux mots croisés du Jerusalem Post, le quotidien israélien de langue anglaise. Et ma bibliothèque personnelle a commencé à s’enrichir de livres en anglais de toutes sortes, qu’il était facile de trouver en Israël.


« You say To-maah-to, I say To-may-to… ». Fred Astaire et Ginger Rogers dans Shall We Dance (L’Entreprenant Monsieur Petrov), 1937.

C’est ainsi que, bien après le bac (passé en hébreu), bien après mes études de premier cycle (en hébreu), bien après quelques années de travail (en hébreu) que je pars aux États-Unis pour y effectuer un troisième cycle dans une bonne université. Je m’aperçois d’abord que l’anglais que j’avais appris était plutôt britannique, et que question accent, prononciation et vocabulaire, c’était quelque peu différent de ce que j’avais entendu jusque là, la télévision et les séries américaines n’occupant aucune place à la maison durant mon adolescence et jeune vie d’adulte. Mais aussi, que certains mots qui m’étaient devenus familiers par la lecture ou l’écrit ne sonnaient pas du tout de la façon dont je me l’était imaginé. Après une brève période de résistance à l’accent ambiant, je surmonte mes préjugés et me laisse envahir par l’américain tel qu’il se cause.


« You say To-maah-to, I say To-may-to… ». Gene Kelly dans Un Américain à Paris, 1951.

Et c’est ainsi qu’à mon retour à Paris quelques années plus tard – ville (et pays) que j’avais quitté adolescent –, je suis replongé dans le français que je me retrouve parler avec un certain accent américain, ce à quoi se rajoutent mes lacunes du vocabulaire – non seulement quotidien, mais professionnel (qui devinerait que computer se dit ordinateur ?) – et mon prénom officiel qui font qu’on me prend – quelle honte ! – pour un Américain à Paris. Je me forcerai à corriger au moins cet accent et à en adopter un plus neutre. Et si j’ai finalement comblé certaines des lacunes de vocabulaire, en fin de journée il m’arrive encore maintenant de ne plus trouver un mot plus que commun en français mais uniquement en anglais (qui est, je le rappelle, ma troisième langue) ; le pire, ce sont les confusions sonores entre librairie et library, travel et travail, ou alors les noms des fruits et légumes : zucchini me vient plus facilement que courgette (alors qu’enfant en Israël et maintenant derechef c’est plutôt courgette que kishu qui me vient en premier à l’esprit), berry que baie…

Illustration de Tarakan (Le Cafard) de Korneï Ivanovitch Tchoukovski.
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Mais qu’en est-il des langues maternelles de mes parents ? Ma mère avait commencé à m’apprendre le russe. Ma facilité pour les langues, combinée à ma paresse naturelle, ont fait que je peux le lire (et l’écrire) quasi couramment, que mon accent en tromperait plus d’un surtout lorsque je récite l’amusant et long poème Tarakan (Le Cafard) de Korneï Ivanovitch Tchoukovski, mais je ne peux faire illusion longtemps : mon vocabulaire et ma grammaire sont nuls…

Ma voisine de classe de yiddish.

Quant au yiddish, langue que mon père parlait (avec quelques proches) encore couramment et lisait avec plaisir, ma mère considérait que c’était un patois inintéressant. Si j’entendais la musique de cette langue – et de bien d’autres en cet Israël polyglotte où j’avais grandi –, je n’y comprenais presque rien, même si je savais en imiter l’accent fort bien. Ce n’est qu’une dizaine d’années après mon retour en France des États-Unis que je m’inscris à un cours pour débutants. Or si j’étais bien un débutant question vocabulaire et grammaire, je pouvais, contrairement aux autres élèves, lire le yiddish couramment : bien que ce soit une langue d’origine germanique (avec imports slaves et hébraïques), elle s’écrit avec l’alphabet hébreu que je connaissais parfaitement. Ne devant faire aucun effort de déchiffrage, ma paraisse congénitale m’a aussi induit à ne pas en faire pour les autres aspects de la langue. J’éprouvais pourtant un profond plaisir, un indicible plaisir, à l’entendre, à en écouter la musique surtout lorsque parlée par ce grand yiddishisant qu’était l’un de nos maîtres, Yitskhok Niborski, un des rares spécialistes mondiaux de cette langue, de sa littérature et de sa culture, dans laquelle il baigne depuis sa naissance. J’en ai tout de même tiré un bénéfice inattendu : en classe, j’étais assis à côté d’une élève bien plus assidue que moi – elle fait du théâtre, et donne des récitals de chant en yiddish, maintenant –, avec laquelle nos premiers échanges se résumaient à : « Ferme la fenêtre ! », « Ouvre la fenêtre ! » (devinez qui disait qui). Nous sommes devenus meilleurs amis.

Sayed Kashua en entretien (en anglais) avec Rachel Harris à l’Université d’Illinois
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Avant-hier, donc. J’ouvre alors le livre de Sayed Kashua, et dès les premières lignes j’y suis inexorablement aspiré. Ce sont des chroniques hebdomadaires que cet écrivain et scénariste palestinien a écrit pendant une dizaine d’années dans l’excellent quotidien israélien Haaretz (dont le nom signifie « Le pays », d’où le jeu de mots intra­duisible du titre en hébreu de ce livre, qui signifie « Fils du pays/du journal Haaretz »). Au-delà de la forme qui m’en rend la lecture plus facile qu’un long essai ou un roman – deux à trois pages chacune (leur brièveté me rappelle celle des nouvelles d’Edgar Keret, tiens ! Je devrai me mettre à les lire en hébreu maintenant) –, son style d’apparence léger et discrètement humoristique, parfois à son encontre et à celui de ses proches, sa langue tout à la fois riche et simple me frappent comme un mets délicieux dont je ne peux me rassasier : il aborde pourtant des sujets graves voire dramatiques, finalement, même si avec cette légèreté qui aide à respirer : le quotidien d’un Arabe et de sa famille en Israël, qui, même lorsqu’ils possèdent à perfection tous les « codes » (à commencer par la langue), resteront toujours « des Arabes » pour les juifs ; ses critiques de l’occupation des territoires, de l’inégalité, ne seront pas lues comme celles d’Israéliens (sous-entendu : juifs, pas comme lui) même si mot à mot identiques, mais comme celles d’un Arabe, donc d’un ennemi potentiel. Eux, ce sont les autres : il n’existe pas de possibilité d’avoir une identité complexe, Israélien et Arabe, Israélien et juif, mais uniquement Arabe ou Israélien (ce même problème identitaire se retrouve là où le nationalisme existe). Non pas que Kashua veuille effacer ses racines, bien au contraire : il veut pouvoir les vivre à l’égal de ses concitoyens juifs et à leurs côtés, dans ce pays dont il se sent citoyen à part entière : c’est d’ailleurs ainsi qu’il se définit dans la tribune qu’il publie en 2015 dans Haaretz et traduite dans Libération.

En 2014, Kashua part avec sa famille pour un an aux États-Unis (douce ironie : au département d’études juives à l’Université d’Illinois…), la vie en Israël devenant trop insupportable : d’un naturel sensible (il lui arrive souvent de pleurer lorsque l’émotion le submerge), il ne peut plus avoir le recul nécessaire pour parler avec légèreté de la souffrance de ce qu’il faut bien appeler l’apartheid que lui et les siens subissent au quotidien. Il y était encore, en 2018, ne sachant si ni quand il reviendra en Israël : la nouvelle loi votée récemment par le parlement israélien, définissant de jure Israël comme le pays des juifs, déclassifiant l’arabe, pourtant parlé par quelque 20 % de la population, comme langue nationale qu’elle était à l’égal de l’hébreu, encourageant les colonisations des territoires palestiniens occupés, ne faciliteront certainement pas son souhait de retrouver son village natal, ses proches.

Peu après la guerre de Six jours (1967), qui suscita la (re)naissance puis le développement d’un nationalisme expansionniste, mon père me disait avec tristesse qu’il ne reconnaissait plus le pays dans lequel il était venu par idéal quelque trente ans plus tôt. Je me dis aujourd’hui avec tristesse que l’Israël d’aujourd’hui n’est plus celui dont j’étais parti il y a bientôt 40 ans.

J’ai fini ce livre de plus de 200 pages en quelques heures, moi qui n’avais pas lu un livre entier en hébreu depuis des décennies. Au-delà du mérite qu’il a de m’éclairer sur ce pan tragique de la réalité israélienne, il m’a rouvert à la lecture en hébreu, cadeau improbable d’un Arabe vivant aux États-Unis à un Israëlien à Paris. Journaliste, écrivain, cinéaste, Sayed Kashua mérite d’être connu. Lisez-le.

19 février 2018

Wikipedia, we want the facts, just the (true) facts

Classé dans : Cinéma, vidéo, Musique, Politique, Racisme, Sciences, techniques — Miklos @ 16:27

How some of the Wikipedias introduce Harry Belafonte Jr.
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Harry Belafonte, who will turn 91 on March 1st, is not only a singer and an actor, but a courageous civil rights and peace activist (as was his mentor the great Paul Robeson). It is interesting to see that not all the Wikipedias mention this last but not least facet.

It is also interesting to see how they don’t agree on the versions of his full current name (with or without the Jr.?, or maybe with juunior?) or on his birthname (Bellanfanti, Belafonete, Belafonte…). Devrait-on s’en étonner…

31 octobre 2017

Something to believe in for everyone || Vous y croyez, vous ?

Classé dans : Langue, Littérature, Philosophie, Politique, Religion, Société — Miklos @ 16:38

Some words ending in –ism.
Some words ending in –ism (fuller list below).
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The liberal is your true undying friend
But disagree with him and that’s the end.

The radical, however, claims no friend
Except his catechism, which can bend.

In the revolution there are always cracks:
The Communists killed Trotsky with an ax.

The guns of the Idealists are red-hot:
Whoso commits nonviolence is shot.

Karl Jay Shapiro (1913-2000), ISMs.

Ableism ⋅ Abolitionism ⋅ Absenteeism ⋅ Absolutism ⋅ Abstractionism ⋅ Absurdism ⋅ Academicism ⋅ Academism ⋅ Achromatism ⋅ Acrotism ⋅ Actinism ⋅ Activism ⋅ Adonism ⋅ Adoptianism ⋅ Adoptionism ⋅ Adventism ⋅ Adventurism ⋅ Aeroembolism ⋅ Aestheticism ⋅ Ageism ⋅ Agism ⋅ Agnosticism ⋅ Agrarianism ⋅ Alarmism ⋅ Albinism ⋅ Alcoholism ⋅ Aldosteronism ⋅ Alevism ⋅ Algorism ⋅ Alienism ⋅ Allelism ⋅ Allelomorphism ⋅ Allomorphism ⋅ Alpinism ⋅ Altruism ⋅ Amateurism ⋅ Amoralism ⋅ Amorphism ⋅ Amyraldism ⋅ Anabaptism ⋅ Anabolism ⋅ Anachronism ⋅ Analogism ⋅ Analphabetism ⋅ Anarchism ⋅ Anecdotalism ⋅ Aneurism ⋅ aneurysm ⋅ Anglicanism ⋅ Anglicism ⋅ Animalism ⋅ Animatism ⋅ Animism ⋅ Anisotropism ⋅ Antagonism ⋅ Anthropocentrism ⋅ Anthropomorphism ⋅ Anthropopathism ⋅ Antialcoholism ⋅ Antiauthoritarianism ⋅ Antiblackism ⋅ Anticapitalism ⋅ Anticlericalism ⋅ Anticolonialism ⋅ Anticommercialism ⋅ Anticommunism ⋅ Antielitism ⋅ Antievolutionism ⋅ Antifascism ⋅ Antifeminism ⋅ Antiferromagnetism ⋅ Antihumanism ⋅ Antiliberalism ⋅ Antimaterialism ⋅ Antimilitarism ⋅ Antinepotism ⋅ Antinomianism ⋅ Antiquarianism ⋅ Antiracism ⋅ Antiradicalism ⋅ Antirationalism ⋅ Antirealism ⋅ Antireductionism ⋅ Antiritualism ⋅ Antiromanticism ⋅ Antiterrorism ⋅ Aphorism ⋅ Apocalypticism ⋅ Apocalyptism ⋅ Arabism ⋅ Archaism ⋅ Arianism ⋅ Armirianism ⋅ Asceticism ⋅ Assimilationism ⋅ Associationism ⋅ Asterism ⋅ Astigmatism ⋅ Asynchronism ⋅ Atavism ⋅ Atenism ⋅ Atheism ⋅ Athleticism ⋅ Atomism ⋅ Atonalism ⋅ Atropism ⋅ Atticism ⋅ Autecism ⋅ Auteurism ⋅ Authoritarianism ⋅ Autism ⋅ Autoecism ⋅ Autoeroticism ⋅ Autoerotism ⋅ Automatism ⋅ Automorphism ⋅ Baalism ⋅ Bábism ⋅ Bahaism ⋅ Baptism ⋅ Barbarianism ⋅ Barbarism ⋅ Bathouism ⋅ Behaviorism ⋅ Behmenism ⋅ Benthamism ⋅ Benzhuism ⋅ Biblicism ⋅ Bibliophilism ⋅ Bicameralism ⋅ Biculturalism ⋅ Bidialectalism ⋅ Bilateralism ⋅ Bilingualism ⋅ Bimetallism ⋅ Bimoism ⋅ Binarism ⋅ Biologism ⋅ Bioregionalism ⋅ Bipartisanism ⋅ Bipedalism ⋅ Biracialism ⋅ Blackguardism ⋅ Bogomilism ⋅ Bogyism ⋅ Bohemianism ⋅ Bolshevism ⋅ Boosterism ⋅ Bossism ⋅ Botulism ⋅ Bourbonism ⋅ Boyarism ⋅ Brahmanism ⋅ Briticism ⋅ Brominism ⋅ Bromism ⋅ Brutism ⋅ Bruxism ⋅ Buddhism ⋅ Bureaucratism ⋅ Cabalism ⋅ Cabbalism ⋅ Caciquism ⋅ Caesarism ⋅ Calvinism ⋅ Cambism ⋅ can-do-ism ⋅ Cannibalism ⋅ Capitalism ⋅ Careerism ⋅ Casteism ⋅ Castroism ⋅ Catabolism ⋅ cataclysm ⋅ Catastrophism ⋅ Catechism ⋅ Catharism ⋅ Catholicism ⋅ Cavalierism ⋅ Centralism ⋅ Centrism ⋅ Ceremonialism ⋅ Charism ⋅ Charlatanism ⋅ Chauvinism ⋅ Chemism ⋅ Chemotropism ⋅ Cheondoism ⋅ Chimaerism ⋅ Chimerism ⋅ Chrism ⋅ Chromaticism ⋅ Cicisbeism ⋅ Cinchonism ⋅ Civicism ⋅ Civism ⋅ Cladism ⋅ Classicism ⋅ Classism ⋅ Clericalism ⋅ Clonism ⋅ Cocainism ⋅ Cockneyism ⋅ Collaborationism ⋅ Collectivism ⋅ Colloquialism ⋅ Colonialism ⋅ Colorism ⋅ Commensalism ⋅ Commercialism ⋅ Communalism ⋅ Communism ⋅ Communitarianism ⋅ Conceptualism ⋅ Concretism ⋅ Confessionalism ⋅ Conformism ⋅ Confucianism ⋅ Congregationalism ⋅ Connubialism ⋅ Conservatism ⋅ Constitutionalism ⋅ Constructionism ⋅ Constructivism ⋅ Consumerism ⋅ Controversialism ⋅ Conventionalism ⋅ Corporatism ⋅ Corporativism ⋅ Cosmism ⋅ Cosmopolitanism ⋅ Cosmopolitism ⋅ Countercriticism ⋅ Counterculturalism ⋅ Counterterrorism ⋅ Creationism ⋅ Credentialism ⋅ Cretinism ⋅ Criticism ⋅ Cronyism ⋅ Cryptorchidism ⋅ Cryptorchism ⋅ Cubism ⋅ Cultism ⋅ Cynicism ⋅ Czarism ⋅ Dadaism ⋅ Daejongism ⋅ Daltonism ⋅ Dandyism ⋅ Darwinism ⋅ de Gaullism ⋅ Defeatism ⋅ Deism ⋅ Demonism ⋅ Denominationalism ⋅ Despotism ⋅ Determinism ⋅ Deviationism ⋅ Diabolism ⋅ Diamagnetism ⋅ Diastereoisomerism ⋅ Diastrophism ⋅ Dichroism ⋅ Dichromatism ⋅ Diclinism ⋅ Dicrotism ⋅ Didacticism ⋅ die-hardism ⋅ Diffusionism ⋅ Dilettantism ⋅ Dimerism ⋅ Dimorphism ⋅ Dinkoism ⋅ Dioecism ⋅ Discordianism ⋅ Ditheism ⋅ Divisionism ⋅ Docetism ⋅ Doctrinairism ⋅ Dodoism ⋅ Dogmatism ⋅ do-goodism ⋅ Don Juanism ⋅ Donatism ⋅ Druidism ⋅ Dualism ⋅ Dudeism ⋅ Dwarfism ⋅ Dynamism ⋅ Dysphemism ⋅ Ecclesiasticism ⋅ Echoism ⋅ Eclecticism ⋅ 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Paralogism ⋅ Paramagnetism ⋅ Parasitism ⋅ Parecism ⋅ Parkinsonism ⋅ Parochialism ⋅ Parsiism ⋅ Particularism ⋅ Passivism ⋅ Pastoralism ⋅ Paternalism ⋅ Patriotism ⋅ Pauperism ⋅ Pedestrianism ⋅ Pentecostalism ⋅ Peonism ⋅ Perfectionism ⋅ Personalism ⋅ Pessimism ⋅ Phallicism ⋅ Phallism ⋅ Pharisaism ⋅ Phenomenalism ⋅ Philhellenism ⋅ Philistinism ⋅ Photochromism ⋅ Photojournalism ⋅ Photoperiodism ⋅ Phototropism ⋅ Physicalism ⋅ Pianism ⋅ Pictorialism ⋅ Pietism ⋅ Plagiarism ⋅ Platonism ⋅ Plebeianism ⋅ Pleinairism ⋅ Plenism ⋅ Pleochroism ⋅ Pleomorphism ⋅ Plumbism ⋅ Pluralism ⋅ Plutonism ⋅ Pococurantism ⋅ Poeticism ⋅ Pointillism ⋅ Polycentrism ⋅ Polyglotism ⋅ Polyglottism ⋅ Polymerism ⋅ Polymorphism ⋅ Polytheism ⋅ Populism ⋅ Porism ⋅ Positivism ⋅ Postmillenarianism ⋅ Postmillennialism ⋅ Postmodernism ⋅ Pragmaticism ⋅ Pragmatism ⋅ Predatism ⋅ Predestinarianism ⋅ Prelatism ⋅ Premillenarianism ⋅ Premillennialism ⋅ Presentism ⋅ Priapism ⋅ Priggism ⋅ Primitivism ⋅ Prism ⋅ Privatism ⋅ Probabilism ⋅ Professionalism ⋅ Prognathism ⋅ Progressivism ⋅ Prosaism ⋅ Proselytism ⋅ Prostatism ⋅ Protectionism ⋅ Protestantism ⋅ Provincialism ⋅ Prussianism ⋅ Pseudoclassicism ⋅ Pseudomorphism ⋅ Psychologism ⋅ Ptyalism ⋅ Puerilism ⋅ Pugilism ⋅ Purism ⋅ Puritanism ⋅ Puseyism ⋅ Pygmyism ⋅ Pyrrhonism ⋅ Pythagoreanism ⋅ Quackism ⋅ Quakerism ⋅ Quietism ⋅ Quislingism ⋅ Quixotism ⋅ Quranism ⋅ Rabbinism ⋅ Racemism ⋅ Racialism ⋅ Racism ⋅ Radicalism ⋅ Raelism ⋅ Rationalism ⋅ Reactionaryism ⋅ Realism ⋅ Rebaptism ⋅ Recidivism ⋅ Reconstructionism ⋅ Reductionism ⋅ Reformism ⋅ Refugeeism ⋅ Regionalism ⋅ Relativism ⋅ Representationalism ⋅ Republicanism ⋅ Restorationism ⋅ Restrictionism ⋅ Revanchism ⋅ Revisionism ⋅ Revivalism ⋅ Rheumatism ⋅ Rhotacism ⋅ Rightism ⋅ Rigorism ⋅ Ritualism ⋅ Robotism ⋅ Romanism ⋅ Romanticism ⋅ Rosicrucianism ⋅ Rousseauism ⋅ Routinism ⋅ Rowdyism ⋅ Royalism ⋅ Ruffianism ⋅ Ruralism ⋅ Sacerdotalism ⋅ Sacramentalism ⋅ Sadism ⋅ Sadomasochism ⋅ Salvationism ⋅ Samaritanism ⋅ Sansculottism ⋅ 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23 octobre 2017

Des honnêtes gens d’alors et d’aujourd’hui

Classé dans : Histoire, Philosophie, Politique, Progrès, Religion, Société — Miklos @ 13:03


Sylvain Maréchal : Almanach des honnêtes gens. 1788.
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[En cette période de violences ethniques et religieuses de tous ordres de par le monde et du rejet de l’autre sous prétexte d’une différence quelconque, il est salutaire de relire attentivement l’Almanach des honnêtes gens que Sylvain Maréchal avait publié en 1788, ce pourquoi il avait été emprisonné pendant quatre mois et l’Almanach condamné à être « lacéré & brûlé » selon un Arrêt de la Cour de parlement, qui, lui aussi, mérite d’être lu – on l’a également reproduit ci-dessous : les arguments de la Cour d’alors, à peine plus d’un an avant la Révolution française, sont si semblables à ceux des ultra conservateurs de nos jours ! ne croirait-on pas entendre, ici et là, la voix de la fondatrice contemporaine du Parti chrétien-démocrate ?]

Présentation de l’Almanach par son auteur

Dans ce calendrier tout profane, on n’a pas prétendu faire loi. Mais comme mal­heu­reu­sement les habitants de la terre sont divisés de culte, on a tenté de les rapprocher par un lieu commun de fraternité. Le proverbe dit : Il y a des honnêtes gens partout. C’est d’eux & pour eux qu’on s’est occupé ici. L’Almanach des honnêtes gens pourra être consulté également par le catholique & le protestant, le luthérien & l’anglican, le chrétien & le Mahométan, l’idolâtre & l’hébraïsant. On ne doit cependant regarder ceci que comme le germe informe d’un ouvrage plus important ; comme le portique ébauché d’un édifice de paix, où les hommes se trouveront un jour plus à leur aise que partout ailleurs.

Qu’on ne fasse pas l’injure à l’espèce humaine de croire qu’elle n’a produit de grands hommes que ceux dont les noms se trouvent ici, on n’a inscrit que ceux dont on a pu découvrir la date un peu certaine de la naissance & de la mort, indiquées par une n ou par une m.

Les changements qu’on s’est permis s’expliqueront assez d’eux-mêmes.

On a divisé chaque mois de cet Almanach des honnêtes gens par décades, c’est-à-dire de dix en dix jours en sorte qu’il y a dans l’année 36 décades : les 6 jours excédant les 360 jours, serviront d’Chacun des jours que les anciens Égyptiens ajoutaient à leur année de 360 jours pour la faire coïncider avec l’année solaire.épagomènes & peuvent être consacrés si l’on veut à des solennités purement morales : Par exemple,

Une fête de l’Amour au commen­cement du printemps, le 31 mars ou Princeps,

Une fête de l’Hyménée, au commen­cement de l’été, le 31 mai ou Ter.

Une Fête de la Recon­naissance en automne, le 31 août ou Sextile.

Une fête de l’Amitié, en hiver le 31 décembre.

La fête de tous les grands Hommes, aémères, c’est-à-dire, dont on ne sait point la date de la mort & de la naissance, le 31 janvier ou un-décembre,

Quand au choix des personnages, à l’exemple du rédacteur on sera libre d’y substituer tous ceux qui paraîtront mériter la préférence, ou bien d’imiter chacun dans sa famille, ce que le rédacteur a fait pour la sienne, au 21 d’octobre. Un almanach composé en entier dans cet esprit ne pourrait tourner qu’au profit des mœurs.

Le défaut de place n’a pas permis de citer l’année de la naissance & de la mort des grands Hommes de ce Calendrier. On désirerait aussi que chacun d’eux eût été peint d’un trait. On tâchera d’y suppléer dans un petit livret portatif qui paraîtra dans le cours de l’année sous le titre de Dictionnaire des honnêtes gens.

Sylvain Maréchal, Almanach des honnêtes gens, 1788.


Page de garde de la réédition de 1836 de l’Almanach des Honnêtes Gens.

Avertissement de Génin pour la réédition de cet Almanach en 1836

Le hasard m’ayant fait découvrir dans cet almanach une particularité fort extraordinaire, en la rapprochant des événements qui ont suivi sa publication, je me décide, d’après la demande de Entre autres M. le baron de Vincent dont la mort récente laisse de si justes regrets.plusieurs personnes recommandables, à le faire réimprimer à un très petit nombre d’exemplaires ainsi que l’arrêt du Parlement dont je l’ai trouvé accompagné dans la bibliothèque de M. Moüette, mon beau-père, qui le possédait depuis 1788, époque où il fut publié.

Cet imprimé, confondu avec plusieurs productions de ce temps, n’attira d’abord mon attention que par sa conformité avec le calendrier républicain, décrété quelques années plus tard ; en effet, les mois y sont divisés par décades, et les jours excédant cette division y figurent comme jours complémentaires à la fin de chaque mois de 31 jours ; les noms des saints y sont remplacés par ceux des hommes les plus célèbres de l’antiquité ou des temps modernes, et chacun suivant le jour de sa naissance ou de sa mort ; ainsi Jésus Christ y est porté au 25 décembre, jour de la Nativité, et l’amiral Coligny au 24 août, jour de la Saint Barthélemy… ; mais quelle ne fut pas ma surprise lorsque, parcourant cet almanach avec plus d’attention je remarquai qu’un seul jour de l’année n’était rempli d’aucun nom… et se trouvait être le 15 août !… jour de la naissance de Napoléon !!… Cette lacune est en effet tellement étrange qu’on ne sait à quoi l’attribuer ; serait-ce au hasard?.. ou l’auteur de cet almanach n’a-t-il trouvé aucun nom célèbre à placer à cette date?.. ou enfin voulait-il se la réserver pour lui-même parce qu’il était né le 15 août ?… On ne peut le supposer, puisque rien ne l’empêchait d’user du privilège qu’il accorde à chacun de ses lecteurs, de se substituer à tel nom qu’il voudra, comme il l’a fait au 21 octobre, jour de la naissance de son père…. ; mais, quelque soit la cause ou le motif de cette lacune, toujours est-il qu’elle est si remarquable par l’application qu’on peut lui faire aujourd’hui du nom de Napoléon, qu’elle ne devait pas rester plus longtemps inconnue.

Un ouvrage publié en 1813 par M. Sallier, ancien nombre du parlement de Paris, intitulé Annales françaises depuis 1774 jusqu’en 1789, Page 304 . « Parmi les écrits de ce temps, dit M. Sallier, il y en a un qui ne fut regardé alors que comme une débauche d’imagination, et qui devint par la suite le type d’une loi importante ; il avait été imprimé dès l’année précédente, mais la censure du parlement en avait arrêté la publicité. Il reparut avec éclat, à la faveur de la licence de 1789. C’était un calendrier intitulé Almanach des Honnêtes Gens pour l’an Ier de la raison : les divisions des mois étaient de dix jours appelés décades ; il y en avait trente-six par année et cinq jours laissés dans les mois de trente et un jours. On proposait de a faire de ces cinq jours excédents, que l’on nommait Épagomènes ou intercalaires, des fêtes à l’amour, à l’hymen etc., etc……. Cette feuille portait un nom d’auteur, celui de Pierre-Sylvain Maréchal. »fait bien mention de cet almanach comme ayant été réimprimé en 1789 a la faveur de la licence de ce temps. Mais, l’auteur ne parlant pas de la lacune que je remarque sur l’original (quoiqu’en 1813 Napoléon fût parvenu à l’apogée de sa gloire), je suis porté à croire qu’elle n’existait point dans l’almanach réimprimé que Sallier avait alors sous les yeux, ou plutôt qu’il ne l’a pas aperçue; car je viens de la découvrir encore dans Cette réimpression, qui ne porte point de date et contient exactement la lacune, offre cependant une différence avec l’orignal : c’est la suppression du dernier paragraphe de l’almanach, indiquant la demeure de l’éditeur et finissant, comme le porte l’arrêt du Parlement, par ces mots : soit ployé dans un étui. Aussi l’arrêt, reproduit à la suite de ce petit almanach, pour être d’accord avec cette suppression, porte-t-il que l’imprimé se termine par ces mots : Dictionnaire des Honnêtes Gens, qui sont ceux de l’avant–dernier paragraphe.un de ces almanachs réimprimés depuis avec l’arrêt du Parlement, sous le format d’un almanach de poche. De plus, cette même lacune n’est point signalée dans la Biographie nouvelle des contemporains, qui cependant fournit J’ai cru devoir reproduire cette notice à la suite de l’arrêt du Parlement, pour mieux faire connaître l’auteur de l’Almanach des Honnêtes Gens.une notice assez étendue sur M. P. Sylvain Maréchal ; enfin l’Almanach des Honnêtes Gens y est désigné comme livre, et non comme simple calendrier ou almanach de cabinet en feuille tel que le mien. Sylvain Maréchal aurait-il composé un Almanach des Honnêtes Gens plus développé que celui condamné par le Parlement, et auquel on pouvait donner le nom de livre ? ou C’est tort qu’on attribue à Sylvain Maréchal les Anecdotes peu connues sur les journées des 10 août, 2 et 3 septembre 1793, Paris 1793. J’ai entre les mains une brochure in-16, portant bien la même date et ayant pour titre Almanach des Honnêtes Gens, avec des prophéties pour tous les jours de l’année et des anecdotes peu connues ; mais cet ouvrage est loin d’être l’œuvre de Sylvain Maréchal, car il est composé dans un esprit tout à fait opposé aux idées politiques du temps. Peut-être son auteur a-t-i1 voulu sauver son livre par le titre et se donner, sous l’enveloppe du républicanisme, le droit de le persifler tout à son aise. Je dirai même que le calendrier, donné dans cet almanach, n’est que le calendrier ordinaire et non celui de Sylvain Maréchal ; qu’enfin tout ce qui est traité dans ce petit outrage, sous le titre d’Éclipses, de Prédictions, etc., n’est qu’une suite d’allusions mordantes contre les désordres de l’époque et les auteurs de la révolution.

Il n’en est pas de même de l’Almanach des Républicains, Paris 1793, broch. in-16, par l’auteur de l’Almanach des Honnêtes Gens : on retrouve dans cet ouvrage tout ce que promettait le premier, et de plus le cynisme politique qui avait gagné les plus chauds partisans de ce temps de désordre. Dans cet Almanach des Républicains, pour servir à l’instruction publique, l’auteur avait conservé une grande partie des noms placés dans son almanach de 1788. Mais il avait cherché à leur donner alors quelques titres & l’admiration des républicains. C’est ainsi que dans son commentaire sur Moïse, qu’il place toujours au Ier mars, il dit : « Moïse, ce grand homme possedait à fond la théorie des insurrections, et il sut la mettre en pratique en délivrant les hébreux, qui ne le méritaient guère, de l’aristocratie égyptienne. »

« Turenne, Quel capitaine c’eût été sous la république française ! »

« Ninon de l’Enclos, Citoyens, nous vous demandons grâce pour cette femme, c’était une républicaine en amour et un homme en affaires. »

Ce qu’il dit de Fénelon, de Catinat, de Voltaire, de Washington, de Machiavel et de Sully, n’est pas moins ridicule et bizarre. Je dois aussi faire observer que, dans cet almanach, la lacune laissée au 15 août dans l’almanach de 1788 est remplie par le nom d’Urceus, poète philosophe et critique sévère. Mais ici, l’auteur ne pouvait pas laisser de lacune, puisque chaque jour de l’année devait offrir son commentaire pour l’instruction publique.se trompe-t-on sur la forme et le contenu de cet almanach, faute d’un exemplaire qui appartienne à l’époque même de sa publication ? Dans cette hypothèse, la réimpression de cette pièce et de l’arrêt qui l’accompagne doit offrir un nouvel intérêt, et pourra satisfaire la curiosité des amateurs, jaloux de rechercher les moindres documenta relatifs aux annales de ce temps surtout s’ils se rattachent à l’homme extraordinaire qui a si longtemps rempli le monde de son nom et de sa gloire.

J’ai fait réimprimer l’almanach et l’arrêt du Parlement avec toute la précision d’un fac simile (hors cependant la forme plus perfectionnée des caractères qui servent aujourd’hui à l’impression), afin que ceux qui auraient entre les mains des exemplaires de ces deux pièces puissent juger si elles sont de l’édition primitive ou de celles qui ont paru postérieurement, et ne présenteraient pas dèd lors tous les caractères de l’original que je possède : car ce que j’ai dit dans, une des notes qui précèdent prouve assez le peu d’exactitude des réimpressions qui ont été faites. Au surplus l’arrêt du Parlement, rendu presque aussitôt que la publication de l’almanach, doit nécessairement avoir atteint une très grande partie des exemplaires qui avaient déjà paru ; et le mien, devenu fort rare, se trouvera du moins reproduit par cette réimpression, dont je ne compte disposer qu’en faveur de quelques bibliothèques publiques et particulières, où elle pourra être consultée. Quant à l’original, j’offre très volontiers d’en donner communication aux amateurs qui désireront s’assurer de tous les caractères d’authenticité qu’il présente et y voit la lacune que personne jusqu’ici n’avait encore relevée, et qui rend cette production si extraordinare.

GÉNIN.

Nancy, le 17 Avril 1856.


Page de garde de l’arrêt de la cour du Parlement, 7 janvier 1788.
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« Arrêt de la cour de Parlement, qui condamne un imprimé, sans nom d’imprimeur, ayant pour titre : Almanach des honnêtes gens »

Arrêt de la Cour de Parlement
qui condamne un imprimé, sans nom d’imprimeur, ayant pour titre : Almanach des honnêtes Gens, à être lacéré & brûlé, par l’Exécuteur de la Haute- Justice, dans la Cour du Palais, au pied du grand Escalier d’icelui.

Extrait des registres du Parlement,
Du sept Janvier mil sept cent quatre-vingt- huit.

Ce jour, à l’issue de l’Audience du Rôle, les Gens du Roi sont entrés ; &, Me Antoine-Louis Séguier Avocat dudit Seigneur Roi portant la parole, ont dit :

Messieurs,

Nous venons de prendre communication de l’Imprimé que la Cour nous a fait remettre, dont elle nous a chargés de lui rendre compte, & sur lequel elle nous demande des conduirons.

Nous nous arrêterons d’abord au titre de cet écrit vraiment scandaleux ; il est intitulé Almanach des honnêtes Gens. Pourrait-on se flatter de comprendre quel est le but de l’auteur de cette misérable production ? Veut-il que ce soit un Almanach à l’usage des honnêtes gens seulement, ou plutôt n’a-t-il pas voulu présenter ce catalogue, comme devant servir à remettre sans cesse sous les yeux tous les hommes, prétendus honnêtes, dont il pense que les noms doivent faire époque dans les fastes du genre humain ? Cette question serait un problème, si le rédacteur de cet Almanach n’avait pris la peine de nous instruire lui-même de son intention.

On lit dans une note : Il y a des honnêtes gens partout, & c’est d’eux & pour eux qu’on s’est occupé ici. Cet aveu fait disparaître jusqu’au moindre doute. Ce Calendrier nouveau est fait pour les honnêtes gens, & ne contient que la nomenclature des gens honnêtes : c’est-à-dire, que tous ceux qui y sont compris, ont droit de prétendre au titre d’homme honnête, titre honorable, si prodigué aux sectateurs du matérialisme par les philosophes modernes, & si rare parmi eux en effet, d’après l’absurdité de leurs principes, puisqu’ils ne pourront jamais croire la doctrine qu’ils enseignent.

Si de l’examen du titre, nous descendons dans le détail des noms compris dans ce nécrologe, nous voyons, avec douleur, que cet esprit insensé, sous prétexte d’amuser ou d’intéresser la curiosité publique, s’est: permis de publier une collection bizarre de personnages, étonnés de se trouver réunis, & d’avoir tous le même genre de célébrité. L’auteur place à son gré à chaque jour de l’année combinée suivant le style ancien, les noms les plus respectables à côté des noms les plus dignes de mépris ; ou du moins qui ne sont pas exempts de blâme. On est indigné de voir Moïse rangé dans la même classe que Mahomet. Hobbes, Spinoza, Voltaire & Freret sont sur pris d’être honorés comme Bossuet, Pascal, Fénelon & Bourdaloue. Socrate & Platon ne sont pas plus recommandables qu’Épicure & Démocrite ; Spartacus est égal à Cicéron ; Caton n’est pas plus vertueux que l’assassin de Jules César ; Vespasien ressemble à Marc Aurèle ; Titus est mis en parallèle avec Cromwell ; & Julien se trouve à côté de l’Empereur Trajan.

Quelle idée 1’auteur s’est-il donc fait de ce qu’on peut appeler un honnête homme ? Quelle est sa façon de penser sur ces êtres privilégiés qu’on doit proposer pour modèles aux siècles à venir ? Quel est son système, lorsqu’il place sur la même ligne Plutarque & Boindin, Soliman & Louis IX, Sully & Machiavel, Wolf & Colbert, Bayle & d’Aguesseau ? Que devient l’honneur & la vertu de la plus belle moitié du genre humain, si l’espèce de célébrité honteuse que Ninon Lenclos s’est acquise doit consacrer son nom, & lui attirer l’hommage dû à Eudoxie, épouse infortunée du jeune Théodofe.

Cet assemblage monstrueux de personnages, choisis dans l’étendue des siècles, ce rapprochement de noms également célébrés ou fameux, cette réunion enfin des hommes qui ont fait la gloire & les délices de la Terre avec ceux qui ont fait la honte & le malheur de l’humanité, annonce le projet formé depuis longtemps d’anéantir, s’il était possible, la religion chrétienne, par le ridicule qu’on veut répandre sur ses plus zélés défenseurs.

Peut-on lire sans indignation, que cet Almanach est donné pour l’an premier du règne de la Raison, comme si la raison ne pouvait dater son empire que de l’époque qu’un vil troupeau d’incrédules veut bien lui assigner ; comme si le monde avait été jusqu’à présent dans les ténèbres ; comme si les novateurs du siècle étaient venus l’éclairer du flambeau de la vérité. Mais en quoi consiste donc cette lumière de la raison nouvelle qu’on veut faire briller à nos yeux ? Elle consiste à supprimer de nos anciens calendriers les noms de tous ceux qui se sont distingués par leur piété & leurs vertus, & à substituer à leur place les noms des payens, des athées, des Pyrrhoniens, des incrédules, des comédiens, des courtisanes, en un mot des détracteurs outrés ou des ennemis déclarés de notre religion sainte ; & si ces derniers se trouvent confondus avec des noms respectés & respectables, c’est: pour accorder aux premiers une célébrité politique, qui, dans l’intention de l’auteur, s’allie avec son plan destructeur de toutes les institutions religieuses.

Mais ce que nous ne pourrions jamais croire, si nous n’en avions la preuve entre les mains, c’est de trouver le saint nom de Jésus Christ au milieu de cette foule d’imposteurs & d’impies.

Quel blasphème d’associer le nom de notre divin sauveur, Dieu & Homme tout ensemble, le seul objet de notre culte & de notre adoration, à une multitude d’idolâtres & même de scélérats !

Non seulement les mystères de notre sainte religion sont pour ainsi dire écartés, comme les fruits de l’ignorance & de la crédulité, mais l’auteur propose de substituer à nos fêtes solennelles, la Fête de l’Amour profane, celles de l’Hyménée, celle de la Reconnaissance & de l’Amitié, qu’il érige en divinités païennes, pour nous replonger dans l’aveuglement de l’idolâtrie.

C’est en rougissant que nous rendons compte à la Cour des conséquences absurdes & révoltantes qui résultent de cet ouvrage d’impiété, d’athéisme & de folie. Nous ne pouvons envisager l’auteur que comme un frénétique dont l’imagination ne produit que des idées extravagantes & inconciliables. Mais le scandale inouï qu’un tel Ouvrage peut causer dans le public, & le cri général qui s’est élevé au moment même de sa distribution, nous forcent, malgré nous-mêmes, de proposer à la Cour de lui donner une sorte de publicité par une flétrissure éclatante ; & puisque l’auteur n’a pas craint de mettre son nom à la fin de son Almanach, pour se donner à lui-même le juste tribut de louange qu’il croit mériter, en requérant que cet écrit soit condamné aux flammes, comme scandaleux & blasphématoire, nous nous élèverons contre l’auteur, comme impie & blasphémateur.

C’est l’objet des conclusions par écrit que nous avons prises, & que nous laissons à la Cour avec l’imprimé qu’elle nous a fait communiquer.

Et se sont les Gens du Roi retirés, après avoir laissé sur le bureau ledit imprimé & les conclusions par eux prises par écrit sur icelui.

Eux retirés.

Vu l’imprimé commençant par ces mots : Almanach des Honnétes Gens, & finissant par ceux-ci, soit ployé dans un étui. Conclusions du Procureur Général du Roi. Ouï le rapport de Me Gabriel Tandeau, Conseiller. La matière mise en délibération.

LA COUR ordonne que ledit imprimé sera lacéré & brûlé dans la cour du Palais, au pied du grand escalier d’icelui, par l’exécuteur de la haute justice, comme impie, sacrilège, blasphématoire, & tendant à détruire la religion : Enjoint à tous ceux qui en ont des exemplaires de les apporter au greffe de la Cour, pour y être supprimés : fait inhibitions & défenses à tous libraires, imprimeurs, d’imprimer, vendre & débiter ledit écrit, & à tous colporteurs, distributeurs & autres, de le colporter ou distribuer, à peine d’être poursuivis extraordinairement, & punis suivant la rigueur des ordonnances : Ordonne qu’à la requête du procureur général du Roi, & par-devant le conseiller qui sera commis par la Cour, il sera informé contre les auteurs, imprimeurs ou distributeurs dudit écrit, pour l’information faite, rapportée & communiquée au procureur général du Roi, être par lui requis, & par la Cour ordonné ce qu’il appartiendra : Ordonne que le nommé M. P. Sylvain Maréchal sera pris & appréhendé au corps, constitué prisonnier dans les prisons de la Conciergerie du Palais, pour être ouï & interrogé par-devant le conseiller rapporteur, sur les faits sur lesquels le procureur général du Roi voudra le faire ouïr & interroger ; & où ledit Sylvain Maréchal ne pourrait être pris ni appréhendé, sera, après perquisition faite de sa personne, assigné à quinzaine, ses biens saisis & annotés, & à iceux établi commissaire, jusqu’à ce qu’il ait obéi, suivant l’ordonnance. Ordonne que le présent arrêt sera imprimé, publié & affiché partout où besoin sera, & copies collationnées dudit arrêt envoyées aux bailliages & sénéchaussées du ressort, pour y être lu, publié & registré : Enjoint au substitut du procureur général du Roi au Châtelet de Paris, & aux substituts du procureur général du Roi dans les sièges royaux, de tenir la main à l’exécution dudit arrêt, & d’en certifier la Cour dans le mois. Fait en Parlement, le sept janvier mil sept cent quatre-vingt-huit. Collationné Lutton.

Signé YSABEAU.

Et le Mercredi neuf janvier mil sept cent quatre-vingt-huit, ledit imprimé ci-dessus énoncé, ayant pour titre : Almanach des Honnêtes Gens, a été lacéré & brûlé par l’exécuteur de la haute justice, au pied du grand escalier du palais, en présence de moi Étienne Timoléon Ysabeau, écuyer, l’un des greffiers de la grand’ chambre, assisté de deux huissiers de la Cour.

Signé YSABEAU.

11 juin 2017

Devinette d’actualité

Classé dans : Actualité, Humour, Langue, Politique — Miklos @ 14:19

Veaux (source)

– Question : de quoi abreuve-t-on les jeunes bovins aujourd’hui ?

– Réponse
On leur donne à boire du thé.
Parce que, comme on le proclame partout en France à haute voix en ce jour, « À veau – thé ! ».

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