Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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27 août 2016

La liste de diffusion : un média de communication comme un autre

Classé dans : Sciences, techniques, Société — Miklos @ 21:10

(source)

Une liste de diffusion est un dispositif infor­matique sur l’Internet comprenant essen­tiel­lement une adresse élec­tro­nique et des abonnés. Chaque abonné (et pour certaines listes, pas que des abonnés) qui envoie un message à cette adresse le voit être auto­ma­ti­quement retransmis aux adresses élec­tro­niques de tous les autres abonnés. Ce dispo­sitif permet donc à ses abonnés d’échanger sur un sujet d’intérêt commun : le propos de la liste.

Chaque abonné peut se désinscrire de la liste, en général en envoyant un message type à une adresse distincte de celle utilisée pour y envoyer des contenus, et/ou sur un site destiné à gérer la liste.

Chaque liste a, en principe, un ou des administrateurs chargés de veiller à son bon fonc­tionnement. Ce sont eux qui déter­minent le degré d’ouverture de la liste : est-ce que les messages doivent être validés par eux avant d’apparaître sur la liste (on dit alors que la liste est « modérée », un anglicisme de plus) ou non ; est-ce que la liste est ouverte aux messages provenant de non abonnés ou non, etc. Une adresse générique de mail (différente des deux autres) est attri­buée à l’ensemble de ces mo­dé­rateurs que l’on peut joindre indé­pen­damment.

Ce texte, écrit après une « crise » dans une liste de dif­fusion spé­cia­lisée consa­crée à la com­mu­ni­cation et aux médias, se voulait une cri­tique rai­sonnée et raison­nable de ce qui s’y était passé. Il n’y a pas été (encore ?) validé par le(s) ges­tion­naire(s) de la liste 24 heures après son envoi.

Ouverte auparavant à tous (non modérée), cette liste autre­fois assez léthargique – moins d’une demi douzaine de messages depuis janvier – a vu soudain s’y diffuser plus de 70 mes­sages en quelque 12 heures, et puis silence total : appa­rem­ment main­tenant modérée et muette comme une tombe, elle a dû être verrouillée par ses admi­nis­trateurs sans l’annoncer aux abonnés, effet boomerang si commun en politique : après le laxisme, le tour d’écrou.

La récente poussée de fièvre sur cette liste de diffusion consacrée à l’« histoire de la com­mu­nication – temps médias société » par le groupe éponyme de Sciences Po. et en relation avec la revue Le Temps des Médias, pourrait faire l’objet d’une étude scientifique (ou d’un article dans leur revue ?), ce que ce billet ne se targue pas d’être. Son auteur ayant déjà assisté à un phénomène quasi identique sur une autre liste – bien plus technique dans son propos – il tente de faire ici un bref résumé des événements assorti de quelques réflexions post liminaires.

___

C’est le 25/8 à 20h32 que l’épidémie s’est déclarée, lors d’un message envoyé à la liste demandant d’en désabonner son auteur, alors qu’il aurait dû être envoyé à l’adresse destinée à gérer les abonnements (ou à passer par son site). Un second message – qui y faisait référence (puisque son contenu se résumait à « Moi aussi ») – est arrivé 5 minutes plus tard, et puis la cadence et le nombre de demandes se sont accélérés. Le dernier message (public) demandant d’être désinscrit est arrivé le lendemain à 9h28.

Des plus de 70 messages échangés sur la liste au cours de cette épidémie de relativement courte durée mais parfois intense (au vu des majuscules et points d’exclamation) – l’auteur de ces lignes, un abonné parmi d’autres, en a fait le décompte exact – 45 demandaient qu’on les désabonne, 6 indiquaient comment le faire soi-même, et le reste contenait des demandes de non désabonnement, des commentaires sur ce phénomène (allant du « Que se passe-t-il ici ? » à des demandes insistantes de ne plus encombrer les boîtes mail de tous et même un « Bonjour Edgar » à vous-savez-qui). Enfin, un seul message concernait le propos de la liste (et non son fonctionnement) : il s’agissait d’un appel à communications pour un numéro futur d’une revue, appel probablement noyé dans le bruit et la fureur.

Voici la répartition horaire des deux catégories de message les plus pertinentes : les demandes de désabonnement, et les instructions pour ce faire :

Heure
d’envoi
 

Demandes
de désabonnement

Instructions
pour se désabonner

20-21

2

21-22

12

2

22-23

6

2

23-00

1

00-01

0

01-02

1

02-03

1

03-04

1

04-05

0

05-06

1

06-07

1

07-08

4

08-09

10

2

09-10

7

Total

45

6

On pourrait se poser quelques questions :

Pourquoi ces demandes sont-elles parvenues à la liste – et donc à tous les abonnés ?

Il y a deux explications possibles : l’une, c’est que le pied-de-page de chaque message diffusé sur la liste indique (fort ma­len­con­treu­sement – c’est l’un des reproches que l’on peut faire à la façon dont est configurée cette liste) que pour ce faire « il suffit de le signaler par retour de mail. » Faux : « on » aurait dû y indiquer soit l’adresse mail des administrateurs, soit une procédure de désa­bon­nement automatique. La première réaction du destinataire moyen de ces messages – et la réactivité est une des carac­té­ristiques de ce phénomène – est de suivre litté­­ra­­lement cette directive, et donc d’envoyer une demande de désinscription à la liste et donc à tous ses abonnés que cela n’intéresse absolument pas.

Mais on est en droit de se demander comment il se fait que des personnes intéressées souvent professionnellement par les médias (sinon pourquoi s’abonner à cette liste ?) ne connaissent pas les bases du fonctionnement des listes de diffusion, qui existent depuis belle lurette. Celles-ci comprennent en général deux adresses : l’une utilisée pour permettre à chaque abonné de communiquer avec tous les autres abonnés, et l’autre pour communiquer avec les gestionnaires (humains ou automatiques) de la liste. Ce qui se passe dans l’office de la cuisine ne doit pas déborder dans le salon, Madame Michu.

Or là c’est ce qui s’est passé. Il aurait dû être évident à tout usager d’une liste qu’envoyer une demande de désinscription à la liste l’enverrai à tous ses abonnés, tout en n’atteignant pas forcément son but, et ayant pour double effet celui de la contamination (on en reparlera) et de l’exaspération, avec à la clé d’autres demandes de désinscription. Un tel usager utiliserait alors son moteur de recherche favori pour trouver comment le faire – il lui aurait suffi d’un clic en l’occurrence pour trouver le site de gestion de la liste comprenant une page pour se désinscrire.

Quand bien même les participants à cette foire d’empoigne n’auraient pas été au fait des modalités de désinscription de listes de diffusion, pourquoi ont-ils persisté à y envoyer des messages, tout en étant eux-mêmes inondés par les demandes précédentes ? Il s’agit probablement d’une combinaison de mimétisme de foule (il est plus facile de lancer un moi aussi que de réfléchir à une solution prag­ma­tique) à l’emprise croissante du passionnel, de la réactivité et de l’instan­tanéité sur le rationnel et sur la réflexion posée (phéno­mène commun dans les commu­nications électroniques), avec pour consé­quence une atmosphère qui ressemble plus à des criailleries d’enfants trépignant de dépit dans une cour de récréation qu’à une société savante.

O tempora ! O mores !

Pourquoi se désinscrire ?

Avant ce big bang, la liste était particulièrement calme : on a compté moins d’une demi-douzaine de messages pertinents envoyés depuis janvier, ce qui en fait moins qu’un par mois.

Il est plausible qu’une partie des abonnés s’y soient inscrits sans trop connaître le propos de cette liste, ou, avec le temps, s’en soient désintéressés. Un des abonnés, bardé de titres, a même envoyé un message virulent à l’auteur de ce message (après qu’il ait indiqué en public comment se désinscrire) le critiquant pour l’y avoir inscrit sans qu’il l’ait demandé, une autre a parlé d’« abonnements d’office ».

La rareté des messages jusqu’à hier était telle que le « bruit » qu’ils généraient pour ces personnes était sans doute négligeable. Mais avec le début, puis le nombre croissant, de messages de désinscription a rendu ce bruit insupportable, probablement même pour ceux qui étaient réellement intéressé par le propos de la liste, devenu inaudible.

Enfin, on ne peut ignorer aussi l’effet d’entraînement dans une foule, aussi virtuelle soit-elle (par exemple le nombre de clics « J’aime » sur un item vous-savez-où, souvent sans trop savoir de quoi il s’agit vraiment).

Pourquoi continuer à envoyer des demandes publiques de désinscription après l’arrivée des messages qui expliquaient comment le faire ?

Il semblerait que ce soit dû aux intitulés (ligne « Sujet ») de certains de ces messages. Le tout premier qui expliquait comment se désinscrire est arrivé à 21h26, une petite heure après le début des événements et après que 8 demandes soient parvenues à la liste. Portant comme intitulé « Re : me désabonner de la liste Temps media. » comme tous les messages qui le précédaient et qui avaient demandé une désinscription, il se peut que les personnes intéressées à le faire ne l’aient même pas ouvert pour le lire et aient ainsi loupé l’occasion de se taire en public.

Soit dit en passant, un quart d’heure plus tôt (donc à 21h10, après l’apparition des quatre premières demandes) l’auteur de ces lignes avait envoyé à la liste un message intitulé « Comment se désabonner sans envoyer votre message au monde entier » dans lequel il expliquait comment le faire. Ce message n’est jamais parvenu à la liste, l’adresse d’émission n’étant pas la bonne… et le moteur de la liste n’ayant pas renvoyé un message d’erreur ou de transmission au modérateur (deuxième problème de configuration de la liste).

Quoi qu’il en soit, il semblerait que ce soient deux messages, envoyés à quelques minutes près vers 8h30 qui aient finalement attiré l’œil de ceux qui souhaitaient quitter la liste (pour autant qu’il y en avait encore…), intitulés respectivement « POUR SE DESABONNER SANS POLLUER » et « Arrêtez svp d’envoyer ces messages en rafale sur cette liste pour demander inutilement à vous désabonner, il y a un autre moyen… » qui aient fait de l’effet, quoiqu’au ralenti : 11 demandes de désabonnement sont arrivées dans l’heure qui a suivi ces deux messages : elles font en fait suite (« réponse ») à des demandes de désabonnement arrivées dans la boîte aux lettres de ces personnes avant les deux messages en question.

Ceci soulève l’intéressante question de l’arborescence des messages (qui répond à qui) qui, en général, n’est pas affichée dans nombre d’applications de lecture de mail qui en font une présentation linéaire qui réduit parfois ad absurdum les « fils de sens » qui se ramifient graduel­lement et peuvent parfois diverger consi­dé­ra­blement tout en s’affichant dans une séquen­tialité temporelle qui les mêle tous.

À quoi servent les intitulés des messages ?

On peut se le demander, par exemple à la lecture d’un message dont l’intitulé est « me désabonner de la liste Temps media » et le contenu « Idem ». On en déduirait que son auteur souhaite quitter la liste ? Eh bien non, il répondait à un précédent message portant le même intitulé, mais dont le contenu indiquait explicitement que son auteur souhaitait rester sur la liste…

Le plus curieux intitulé dans ce lot aura été sans doute « La Gratuité à quel prix ? », et dont le contenu était « Veuillez me désabonner de votre liste ». L’auteur « répondait » en fait à un message datant de… mars 2015 et annonçant la publication d’un ouvrage sur ce thème.

Le plus curieux contenu aura été le mail privé qu’a reçu l’auteur de ce texte en réponse à son message public expliquant comment se désinscrire, et qu’on ne résiste pas à citer (en omettant l’auteur et sa bardée d’une demi-douzaine de titres universitaires) :

La faute est à vous. Je n’avais nullement demandé d’être inscrit sur votre liste. Et, ayant répondu aux instructions affichées pour m’en désabonner, apparemment c’est à moi maintenant de perdre encore plus de temps à suivre vos instructions pour trouver un autre moyen de le faire. Vous exagérez.

Il est amusant de constater qu’une telle sommité n’avait pas compris que l’auteur n’était qu’un des usagers exaspérés par ce bruit et cette fureur et qui, au lieu de crier « Moi aussi » avait préféré répondre à la profonde détresse de l’abonné-malgré-lui et de celui-ne-sachant-pas-comment-faire.

Et l’administration de la liste, alors ?

On peut se le demander, mais on n’a pas de réponse. Tout ce qu’on peut dire, c’est qu’une liste de diffusion, aussi sérieux que soit son propos, ne peut fonctionner sans que quelqu’un garde un œil sur ce qui s’y passe. On n’est pas dans une cour de récréation, tout de même…

— Un abonné qui résiste encore à la vague (de désinscriptions).

Post-scriptum 1

Après avoir écrit ce texte, son auteur l’a envoyé à la liste. Oh surprise ! En retour, il reçoit une notification que son message a été transmis aux modérateurs, ce qui n’était pas le cas quelques heures avant, quand il y avait envoyé un message indiquant comment se désinscrire : ce dernier y avait été automatiquement retransmis et, on l’espère, aura contribué à la baisse des demandes publiques de désincription..

On imagine donc qu’un administrateur a finalement vu ce qui se passait, et a changé le mode opératoire de la liste, de « non modérée » à « modéré », avec pour conséquence que tout message qui y est envoyé doit forcément être validé avant sa rediffusion. Or depuis 8h51, la liste est muette.

Quant bien même ce serait le cas, on se demande pourquoi ils n’ont pas (encore ?) autorisé la retransmission de ce texte-ci.

Post-scriptum 2

Tout vient à point à qui sait attendre : un courriel personnel envoyé trois jours plus tard par la modération – qui, non connectée durant les quelques heures en question, avait sans doute dû éplucher la centaine de messages publiée sur la liste durant ces douze heures – a, entre autres, indiqué que la configuration de la liste avait changé de modérée à non modérée, pour une raison encore inconnue, ce qui avait causé son emballement (soit dit en passant, on comprend maintenant la raison du pied-de-page indiquant que, pour se désinscrire de la liste, il suffit de le demander en répondant à un message quelconque, cette réponse devant parvenir à la modération).

Ce qui soulève la question de la « nécessité » (sociale et/ou technique) de la connectivité permanente – les modérateurs de la liste auraient-ils dû surveiller la liste 24 heures sur 24 pour le cas où « la machine » se serait détraquée ? (on pense à Metropolis, aux Temps modernes ou à Mon Oncle) – voire uni­quement pour modérer instan­ta­nément les messages envoyés à cette liste en général si calme ? On est bien dans l’ère de l’emprise de la réaction sur la réflexion dont on a parlé plus haut.

Ô temps, suspends (un peu) ton vol !

23 octobre 2015

Si vous ressentez une différence fondamentale…

Classé dans : Actualité, Religion, Société — Miklos @ 15:19

…à la vue de ces paires de photos, regardez plutôt en vous-même.


La barbe et le couvre-chef chez un chrétien orthodoxe
et chez un juif pratiquant.


La calotte chez un religieux catholique et chez un juif religieux.


Le voile chez une musulmane pratiquante et chez une religieuse catholique.


Visages masqués chez des musulmanes et chez des Japonaises.

22 octobre 2015

« L’identité juive génère des fantasmes »

Classé dans : Histoire, Religion, Shoah, Société, antisémitisme, racisme — Miklos @ 17:04


L’écrivain israélien A. B. Yehoshoua lors de son exposé en septembre 2015.
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C’est le titre d’une passionnante communication (en excellent français) de l’écrivain israélien A. B. Yehoshoua – grand par ses qualités non seulement littéraires mais aussi éthiques et morales –, tenue dans le cadre d’une conférence organisée par l’association lacanienne internationale en septembre 2015.

La source de la peur dont il parle ici ne serait-elle pas en fait dans ces prémices (d’il y a 2000 ans ! cf. ses citations des philosophes grecs) de la modernité contemporaine induite de nos jours entre autres par les moyens de transport de plus en plus rapides, et qui s’exprime, alors comme maintenant, par une identité unique et multiple, fragmentée et cohérente tout à la fois ? Sauf qu’alors, avant toutes les évolutions techniques qui n’ont de cesse de bouleverser le monde, il y avait la nécessité de développer l’imaginaire – et donc la créativité – pour y situer, pour y ancrer cette identité qui ne pouvait se loger facilement dans le monde d’alors du fait de la dispersion du peuple juif, ce qui la rendait d’autant moins saisissable. Or, comme le montre Yehoshoua, c’est aussi le cas de nos jours.

D’autre part, la transmission orale des textes talmudiques (« la loi orale ») qui définissent la partie religieuse de l’identité juive anticipait en quelque sorte de deux millénaires les moyens de communication dématérialisés et quasi oraux actuels ; elle avait de quoi faire d’autant plus peur à ceux qui y voyaient des règles secrètes d’un peuple diffus et quasi extra terrestre menaçant la société bien établie dans sa matérialité.

Soit dit en passant, cette peur (voire cette révulsion) de la modernité est aussi visible par exemple dans un tout autre domaine – celui de l’art contemporain (ou des arts contemporains – que ce soit l’écriture, la musique, la peinture, la sculpture…) – qui « explose » aussi l’identité structurée et claire de l’œuvre d’art, et donc la facilité à définir, à cerner, à comprendre rapidement, sans prendre la peine de « faire connaissance », ce qui prend forcément du temps.

Il y a donc bien de quoi faire peur à l’homme unidimensionnel d’alors comme à celui d’aujourd’hui : « le Juif » est irréductible, autant par son physique que par sa pensée, par son statut social ou politique, par ses langues et par ses cultures, à une définition simple, sans ambiguïté. Or lors de la rencontre de l’« autre », de l’inconnu, s’impose le besoin animal de savoir rapidement si c’est un ami ou ennemi, et donc si l’aspect est en trop différent (couleur, traits réels ou imaginés…) ou à l’inverse indiscernable (« ils sont partout »), c’est forcément un ennemi, que ses caractéristiques de caméléon social rendent d’autant plus dangereux.

Il s’agirait finalement de cet imaginaire commun qui forge l’identité des Juifs aux destins multiples et souvent incomparables qui serait à la source de la révulsion fantasmatique suscitée chez la majorité des individus et des sociétés ancrées dans des référentiels purement matériels.

27 avril 2015

La femme aux deux vizages (sic)

Classé dans : Cinéma, vidéo, Littérature, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 15:45


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Même équipé de lunettes de vue multi­focales, de micro­scope élec­tronique ou du télé­scope spatial Hubble, on n’arrive à distinguer les deux noms que donne l’ency­clopédie en ligne mondiale à cette extra­or­dinaire femme de lettres qu’était Christine de Pisan. Soit dit en passant, ce n’est pas cette particularité ono­mastique qui la distingue ainsi, comme nous l’avions évoqué dans une note à notre transcription de l’ouvrage De l’égalité des deux sexes, où l’on voit l’importance de se défaire des préjugés de Poullain de la Barre (lui aussi un phéno­mène en son genre), mais son métier et ses idées, en avance de bien des siècles sur son temps.

Le mystère s’éclaircit lorsqu’on consulte quelques-unes des autres versions de sa biographie dans la dite encyclopédie, où l’on constate que la variante occultée ici est « de Pizan », forme utilisée d’ailleurs par notre Bibliothèque nationale dans sa description de la version en ligne du manuscrit des œuvres de la dite demoiselle, et où on l’y distingue sans lunettes, microscope ou télescope :


Détail du manuscrit datant de 1399-1402 des œuvres de Christine de Pizan (source). On peut y lire : « Cy commencent les rebriches de la table de ce present volume fait compile par xpine [Christine] de Pizan demoiselle. »
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20 avril 2015

As you like it, ou, Ce qu’aimer (ne) veut (pas) dire

Classé dans : Cinéma, vidéo, Langue, Photographie, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 17:18


La guerre des boutons.

« Aimer veut dire chez vous autres haïr un peu moins. Vous n’êtes capables d’aimer que vous-mêmes… » Lessing, Le Misogyne, ou L’ennemi des femmes, comédie en trois actes, 1748.

« Aimer c’est essentiellement vouloir être aimé. » Jacques Lacan, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, 1973.

On aime ou on n’aime pas les réseaux sociaux, mais ceux qui aiment se doivent aussi d’aimer ce qu’ils voient et le signaler d’un clic sur le bouton « Like ». Même s’ils n’en voient qu’un bout, une ligne, ou mieux une image. S’il fallait une preuve que l’amour est en général aveugle, on l’a là. La laire lon lon.

Dans leur velléité de conquérir le monde, ces sites, même si conçus à l’origine en anglais (de cuisine ou non, ce marché étant leur cible principale) sont disponibles en plusieurs langues. Dont celle de Molière.

Mais leurs concepteurs n’étant pas forcément polyglottes, les traductions, qu’elles aient été effectuées par ces humains-là ou des machines, laissent parfois à désirer. Ainsi, on peut voir comme un problème dans la francisation de ce site :

où le bouton « Like » a été traduit par… « Comme ». C’est d’ailleurs un problème connu en linguistique, comparez-donc :

(1) Time flies like an arrow.

avec :

(2) Fruit flies like an apple.

où des mots, identiques en position et orthographe, n’ont pas du tout la même fonction ni le même sens : flies est le verbe voler dans (1) avec comme sujet Time mais un substantif au pluriel dans (2), fruit flies (= drosophiles) étant le sujet du verbe like (aimer), qui, en (1), est une préposition comparative (comme)…

En résumé, I like you ne veut pas dire Moi comme toi, surtout en ces temps de pseudo individualisme roi et de communautarisme meurtrier.

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