Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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7 mai 2020

Apéro virtuel XLVI : des réseaux et des labyrintes de tous ordres ; et encore : de l’amitié

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts, Société — Miklos @ 18:24

L’apéro de ce soir a pris une tournure quelque peu différente des précédents : si la plupart des présents se trouvaient chez eux, souvent à proximité d’un verre garni de liquides de couleurs variables, l’un de nous – François – se promenait dans son quartier (dans le rayon autorisé) et nous faisait partager, selon son parcours et en filigrane des autres interventions, les bâtiments notables devant lesquels il passait, l’un d’eux d’ailleurs ayant un rapport avec un des auteurs cités (à tort) la veille.

Fidèle à la thématique de l’amitié, Jean-Philippe a commencé par la lecture de deux lettres du peintre Eugène Delacroix à son ami de toute une vie, Achille Piron, dont il fera plus tard son légataire universel : ils avaient fait connaissance au Lycée impérial (aujourd’hui Louis-le-Grand) où ils étaient tous deux entrés en 1806, âgés de 8 ans. Dans la première lettre, datée du 20 août 1815 (ils avaient alors 17 ans), il relate à son ami – auquel il écrira le lendemain, en post scriptum d’une autre lettre, « Je t’aime de tout mon cœur » – avoir perdu la tête au moment d’avoir revu « après des siècles, un objet qu’on croyait avoir aimé et qui était presque entièrement effacé du cœur », se décrivant en train de bâtir « des châteaux de chimères et [...] divaguant et extravagant dans la vaste mer de l’illusion sans bornes et sans rivages ». Il conclut ainsi cette lettre à son ami : « je ne suis pas encore amoureux : mais c’est à toi à décider si je dois le devenir ou non »… Cette lettre illustre de façon frappante les différences entre l’amitié absolue, l’état amoureux et la passion fantasme. Dans la seconde lettre, écrite quatre ans plus tard à ce même ami, il lui parle d’un autre ami : le livre, à propos duquel il écrit entre autres : « Les livres sont de vrais amis. Leur conversation silencieuse est exempte de querelles et de divisions. Ils vous font travailler sur vous-même, et, chose rare dans les discussions avec les amis de chair et d’os, ils vous insinuent tout doucement leur avis, et vous font goûter la raison, sans que vous vous regimbiez contre son évidence et sans que vous ayez l’air d’être vaincu à vos propres yeux. » L’une de ces deux lettres est extraite d’une anthologie de lettres intitulée Lettres vives. La correspondance, et l’autre trouvée sur Internet. On les trouvera aussi dans Lettres intimes d’Eugène Delacroix, publié par Gallimard en 1954 et réédité (même choix?) en 1995. À une question de Michel, Jean-Philippe a répondu qu’il ne savait pas ce qu’il était advenu de la passion amoureuse dont parle Delacroix dans la première lettre.

À propos de « lettre trouvée sur l’internet », Michel mentionne une citation donnée lors du précédent apéro et attribuée à Diderot : c’est en effet ce qu’on trouve (et même sur des sites « sérieux », ici celui de Ouest-France, là sur celui du Monde ! hélas…) en effectuant une brève recherche. Il a même demandé à Jean-Philippe s’il était certain de l’attribution de la seconde lettre qu’il avait lue, trouvée sur internet (et dans Facebook, même ! lieu de bien de turpitudes…), à quoi ce dernier a répond qu’elle était datée du 20 août 1815 – mais tout le monde peut mettre n’importe quelle date sur n’importe quel texte (ce qu’on a fait pour le pastiche du pastiche de la lettre de la célèbre marquise). Il a recommandé de consulter quelques bibliothèques numériques sérieuses, provenant de la numérisation d’ouvrages papier publiés ces quelques derniers siècles, à l’instar de :

  • Gallica (de la Bibliothèque nationale) ;

  • l’Internet Archive : les ouvrages proviennent aussi principalement de fonds sérieux ; en ce qui concerne les fonds contribués par « la communauté » (et identifiés comme tels), on y trouve de tout et souvent du pire (à l’instar de films de propagande néonazis..) ;

  • Google Books : on peut penser ce qu’on veut de Google, mais ce qui s’y trouve – consultable en version intégrale ou non selon les dates de publication – provient de sources référencées ;

  • en ce qui concerne des ouvrages principalement en anglais, la British Library ou Hathy Trust ;

  • Europeana pour des fonds partagés de bibliothèques, archives et musées européens (et donc souvent dans leurs langues res­pec­tives).

Sur ces entrefaites, François nous a montré la fontaine Molière (rue Thérèse) devant laquelle il passait, et nous a lu une plaque – de circonstance, il s’avère ! – apposée sur un immeuble à proximité : « Diderot, philosophe et littérateur, principal auteur de l’Encyclopédie, né à Langres, le 5 octobre 1713, est mort dans cette maison, le 31 juillet 1784. » Il s’agit de l’ancien hôtel de Bezons, que Catherine II avait loué pour Diderot, au 39 de la rue de Richelieu. En face, au numéro 40, une autre plaque porte : « Ici s’élevait la maison où Molière, né à Paris le 15 janvier 1622, est mort le 17 février 1673. » (l’immeuble actuel date de 1765). À ce propos, on a évoqué le fait que Molière était né simultanément dans plusieurs endroits distincts : 96 rue Saint-Honoré, 33 rue Pont-Neuf… En ce qui concerne de telles plaques, Françoise (C.) nous a montré son exemplaire du livre Sur les murs de Paris. Guide des plaques commémoratives d’Alain Dautriat, et qui en reproduit deux mille, parmi lesquelles cinq concernant Molière. Ensuite, François nous a montré un vieux tacot qui a rappelé à certains d’entre nous les taxis G7 d’antan. Françoise (P.) a raconté qu’elle en prenait un tous les jeudis, et qu’il y avait une vitre entre les passagers assis à l’arrière et le conducteur. Jean-Philippe a rappelé le terme « cab «  qui dénotait cette cabine du conducteur et dont il avait récemment parlé. Enfin, François nous a montré une dernière plaque, au 9 rue de Beaujolais : « Dans cette maison, Colette a vécu de 1927 à 1929 et de 1938 jusqu’à sa mort, le 3 août 1954. » Il devrait y avoir un nombre élevé de plaques la concernant, au gré de ses multiples déménagements…

Françoise (C.) nous a lu un dialogue qu’elle venait de recevoir par mail, celui opposant Virus et Chloroquine, et inspiré de Racine, que l’on trouvera ici à la suite d’un « Ô rage, ô désespoir, ô virus ennemi » fortement cornélien, tous deux de la plume de Philippe Zard.

Michel a alors projeté un diaporama consacré tout d’abord à l’étymologie et à l’évolution des sens du mot réseau, puis à une liste des quelques principaux réseaux informatiques qui se sont succédé jusqu’à la victoire de l’internet sur tous ses prédécesseurs et/ou concurrents. Il a terminé cette partie de sa présentation par le mot « nable » (vous en connaissez Bouchon qui ferme le trou de vidange percé dans le fond d’un canot ; p. méton., ce trou lui-même.le sens ?), non pas tellement à cause de sa signification, mais pour Réseau… nableune raison que Jean-Philippe a été le premier à trouver, et qui faisait écho à la proposition initiale de la thématique de cette soirée, « réseaux – raison », suivi par la citation fort à propos du Devil’s Dictionary d’Ambrose Bierce, illustrant la fin de ce compte-rendu, et enfin une devinette sur la preuve de l’origine du SARS-CoV-2 dans l’empire perse, entre 559 et 539 av. J.-C. (bon, C’est parce qu’entre ces années y régnait VI-rus (VI = 6…).OK…).

À ce moment, François se trouvait devant non pas le bœuf sur le toit, mais le veau sur le toit : il s’agit en fait de la devanture d’un fromager, La Fermette (au 86 rue Montorgueil), au sommet de laquelle trône un jeune bovin.

Sylvie a alors pris la parole, en mentionnant que ce veau faisait une liaison parfaite avec l’histoire de taureau qu’elle allait nous raconter, et pas n’importe laquelle : il s’agissait de la légende de Minos et de Pasiphaé, punis par Neptune de ne pas lui avoir sacrifié un magnifique taureau blanc : Pasiphaé s’éprend dudit taureau et ils mettent au monde le Minotaure, que Thésée va finalement tuer, tombant amoureux d’Ariane, fille (humaine, elle) de Minos, mais qu’il abandonnera sur une île, et rentre en bateau chez son père, Égée, qui lui avait demandé de mettre un drapeau blanc en cas de victoire. Thésée ayant la tête ailleurs, c’est le voile noir qui flottait dans l’air, et Égée se jette dans la mer. Thésée devient le roi d’Athènes (on peut se demander si ce n’était pas ce qu’il voulait, en fait, et qu’il avait la tête sur les épaules). Par coïncidence, le fond d’écran de Michel illustrait cette légende – lui comme Sylvie ayant fait l’association réseau – labyrinthe. Jean-Philippe a montré une jolie statue de Minotaure en sa possession.

François arrivant alors à la place des Victoires, Michel a demandé à la cantonade si quelqu’un savait quelles étaient les statues qui entouraient par le passé celle de Louis XIV à cheval. François a répondu qu’il s’agissait en fait des quatre nations enchaînées (appelés Quatre captifs, ou Quatre Nations vaincues) se trouvant au musée du Louvre. La statue du roi, ayant été fondue à la Révolution, celle actuellement présente sur la place date de 1816.

À l’occasion de l’anniversaire de feu son mari, Françoise (P.) a parlé de deuil et d’amitié : il est plus facile en général de faire son deuil d’une personne disparue que d’une amitié rompue. Quant aux réseaux : à l’occasion d’un anniversaire de son mari, c’est avec l’aide de réseaux sociaux que Françoise et sa fille sont arrivés à identifier un correspondant allemand de son mari (dont elles ne connaissaient même pas le nom) qu’il adorait, et à le faire venir avec sa femme à la fête organisée en la circonstance.

L’apéro s’est terminé par une promenade (virtuelle) grâce à François devant la Bourse, qui n’a plus aucune activité boursière, cette dernière étant devenue aussi virtuelle. Jean-Philippe a dit alors que la mairie de Paris avait l’intention de transformer le bâtiment en un musée de l’activité économique…

Sur ce, après avoir levé le coude, on leva la séance.

6 mai 2020

Apéro virtuel XLV : vrais et faux amis, amis Facebook… et l’amour dans tout ça ?

Classé dans : Arts et beaux-arts, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 2:05

Mardi 5/5/2020

La thématique proposée pour ce soir étant « amitié, ami(e)(s) », le fond d’écran de Michel, que l’on voit ci-dessus, était conçu pour donner des indices sur la nature de son intervention. Jean-Philippe, iden­tifiant à droite un Écossais qui garderait le magot de la perfide Albion, a émis l’hypothèse qu’il s’agirait des liens privilégiés entre l’Aquitaine médiévale et la Grande-Bretagne. « Trop compliqué pour moi », répond Michel, en précisant que l’image à droite était la couverture d’un ouvrage publié à Leipzig pendant la Première Guerre Mondiale, de la plume d’Alfred Geiser (1868-?). Autre hypothèse de Jean-Philippe : la miniature de gauche ne représenterait-elle pas Dante et Virgile ? « Que nenni. » C’est Françoise (C.) qui se rapproche de la réponse, en disant que cette miniature représente en tout cas deux amis. Un indice supplémentaire s’est retrouvé dans l’image suivante, qui reproduisait la page de garde de deux ouvrages du même auteur, Jules Derocquigny : Les Faux amis, ou les pièges du vocabulaire anglais (une réédition de 1949, alors que l’édition originale parlait des trahisons du vocabulaire anglais), et Autres mots anglais perfides. Tout s’explique : l’image précédente faisait référence à deux textes sur l’amitié (à gauche, De vera amicitia – ou Laelius de amicitia, Laelius sur l’amitié – de Cicéron, rédigé en 44 av. J.-C., la page représentée ici étant tirée d’un manuscrit du début du XVe siècle se trouvant à la bibliothèque vaticane ; au centre, les Essais de Michel de Montaigne, qui en comprennent un sur l’amitié), et à l’un sur la perfide Albion : il s’agissait donc des faux amis linguistiques anglais-français. Michel afficha alors une liste de quelques mots en anglais (cf. image ci-contre), dont la ressemblance avec le français est trompeuse et cause de contre-sens parfois fort amusants, comme celui-ci, où l’original en anglais est He has ideas above his station (inspiré d’une réplique quasi identique dans la pièce French without tears de Terrence Rattigan), où le mot station en anglais ne signifie pas gare mais position sociale ; une meilleure traduction aurait donc été Il pète plus haut que son cul. Le défi proposé était de trouver leur traduction correcte en français, que l’on pourra voir ici. Parmi ces mots, library signifie bibliothèque (alors que librairie en français se traduit par book store), mais il faut savoir que le sens premier de librairie (en français) est bien… bibliothèque (comme l’indique le Trésor de la langue française). À propos de traductions trop littérales, Sylvie mentionne Sky! My husband! (Ciel ! mon mari !), alors qu’on aurait pu le traduire (correc­tement) par Heavens! My husband! (heaven signifiant fir­ma­ment). Michel mentionne que Sky My Husband! est le titre d’un ouvrage de Jean-Loup Chiflet, et conclut en disant qu’une solution de facilité est celle de parler franglais, comme l’a démontré Miles Kington, auteur à propos duquel il mentionne deux collections de chro­niques hila­rantes (ou plutôt d’humour british) qu’il avait tenues dans Punch.

Betty a pris le relai pour parler de l’amour et de l’amitié, en commençant par quelques citations sur le sujet qu’elle apprécie. La première : « L’amitié ne consiste pas dans ces démons­trations exces­sives, dans cette ardeur effrénée qui n’appar­tiennent qu’à l’amour. C’est un feu doux, mais toujours égal, qui nous échauffe sans nous consumer. », attribué à Diderot, in De l’amitié. [Il s’avère, à la rédaction de ce compte-rendu, que cette définition de l’amitié apparaît dans un essai intitulé De l’amitié (1761) dont l’auteure est Marie-Geneviève-Charlotte Thiroux d’Arconville. Diderot n’a pas écrit d’ouvrage sur l’amitié ; en revanche, son Encyclopédie comprend un article qui lui est consacré, et qui ne comprend pas cette citation] Ont suivi des citations de Tahar Ben Jelloun (in Éloge de l’amitié), de Catherine Deneuve, de Nicolas Hulot, de Marie Valyère et d’un auteur anonyme. Une citation qu’elle a fait sienne : « Un ami, c’est quel­qu’un qui vous connaît bien mais qui vous aime quand même », attri­bué diver­sement à Marie von Ebner-Eschenbach ou Hervé Lauwick. Puis elle diffuse un enre­gis­trement de Pierre Vassiliu chantant Amour – amitié. Dans la discussion qui s’en est suivi, Jean-Philippe a conseillé d’écouter une autre chanson qu’il apprécie de Pierre Vassiliu – J’ai trouvé un journal dans le hall de l’aéroport. Puis Michel s’est demandé où était la « limite » entre amitié et amour dans cette chanson (mais en général aussi), qui paraît beaucoup plus proche de l’amour.

Françoise (P.) s’est attachée à définir l’amitié, qui, par contraste avec l’amour, n’inclurait pas l’attirance physique. Dans le débat qui a suivi, Michel a objecté que le mot amour recouvrait aussi, par exemple, l’amour parental, qui lui n’a rien d’érotique. Françoise (P.) a ajouté qu’il arrive que de très vieux couples n’aient plus d’attirance physique l’un pour l’autre, mais que l’amour est toujours là. Finalement, on n’est pas arrivé à trouver ce qui définirait et distinguerait clairement ces deux mots. Dans son essai sur l’amitié qui le liait à La Boétie, Montaigne dit bien « Si l’on me presse de dire pourquoi je l’aimais… », ce que certains trouvent ambigu comme sentiment. Françoise (P.) a rajouté qu’il faut avoir plusieurs amis, pour éviter de trop encombrer chacun de choses qui pourraient le gêner, l’ennuyer ; il faut respecter ses amitiés et ne pas leur déverser tout ce qu’on a sur le cœur. Michel a répondu que dans l’amour aussi il faut ne pas peser, et d’ailleurs dans certaines cultures les hommes pouvaient avoir plusieurs femmes – et les femmes plusieurs hommes dans quelques autres cultures, a rajouté Sylvie. Jean-Philippe pense que ce qui distingue l’amour de l’amitié est le sentiment de dépendance affective, d’addiction, à l’autre, allant jusqu’au chantage, dans le couple. Françoise (B.) a alors dit que dans ce cas il s’agit de passion plutôt que d’amour, où il y a beaucoup de dimensions. Jean-Philippe a répondu que finalement c’était peut-être une question de vocabulaire trop simplifié – et qu’il faudrait revenir à des termes du passé, tels que filia, eros, carita. agape… qui rajoutent des dimensions. Pour Michel, la différence entre l’amitié et l’amour tient en une seule lettre, le i (absent de « mon cher » mais présent dans « mon chéri »).

Sylvie n’est pas arrivé à trouver des citations ou des textes auxquels elle aurait adhéré. Quant à la fable Les deux amis de La Fontaine, elle y a trouvé la même ambiguïté – ou plutôt ambivalence – que dans l’essai suscité de Montaigne, en était-ce « resté là ou allé plus loin ? » (ce n’est pas l’opinion de Michel). Françoise (P.) a cherché quel terme décrirait le contraire de l’amitié. Sylvie a répondu en lisant la liste des antonymes que fournit le Cnrtl au terme amitié, alors que Michel proposait tout simplement inimitié. Françoise (P.) a alors demandé si on était d’accord que dans l’amitié il y a aussi de l’amour, à quoi Michel a répondu qu’effectivement, il y a de l’amour dans l’amitié, mais que ce n’est pas le même amour que dans un couple ou l’amour entre parents et enfants. Du reste, le sens de l’amitié a été dévoyé par l’usage omniprésent de Facebook, où l’on peut avoir des milliers de friends (sont-ce des amis? Michel a réduit de 2/3 la liste de ses contacts pour la limiter à des gens qu’il connaît personnellement et dans la « vraie » vie). La discussion a alors glissé sur les usages de ce moyen de communication – personnel, professionnel –, comme mode de contact personnel ou de groupe et d’information (réception et/ou diffusant) pour certains et pas pour d’autres. Betty a mentionné qu’elle s’en servait entre autres pour diffuser des informations sur les concerts qu’elle donne, annonces qui sont vues par nombre de ses contacts au vu des « likes », mais, ajoute-t-elle, aucune personne venue à ses concerts ne l’a appris par Facebook, en d’autres termes Facebook n’a pas vraiment servi cette finalité. Ce qui n’étonne pas vraiment Michel : la majorité des gens qui cliquent sur une des vignettes de « like » n’a fait que regarder l’image et éventuellement son sous-titre, mais n’a pas pris le temps de cliquer et de lire la page qui se serait ouverte avec l’information détaillée [comme quoi, c’est finalement l’équivalent d’un tweet]. Françoise (C.) s’en sert surtout pour communiquer avec tous ses amis égyptiens et échanger des articles, des photos, des idées et des opinions…

Sur ce, après avoir levé le coude, on leva la séance.

23 avril 2020

Apéro virtuel XXXII : Al Jolson, suite et fin – de Couronnes à Belleville – des Marx Brothers et de Casablanca – illétrisme et cinéma

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts, Lieux, Société — Miklos @ 1:42

Mercredi 22/4/2020

Michel a d’abord démontré comment faire pour que les masques (sauf ceux en plexiglas) ne cachent pas les sourires de ceux qui les portent. Puis il a diffusé le quatrième extrait du Chanteur de jazz, celui où Al Jolson chante en blackface (qu’il n’avait pu montrer hier pour des « raisons techniques »), suite à quoi il a cité un court documentaire sur Al Jolson (et mentionné l’existence de Al Jolson The Real Story, documentaire de fond sur Al Jolson, qui brosse sa vie), qui raconte comment il s’était investi activement pour l’égalité des Noirs et contre leurs discriminations, sans hésitation et avec générosité. Ce documentaire précise d’ailleurs que les Noirs avaient apprécié dès ses débuts ses performances blackface, et que ce sont les Blancs qui l’ont critiquée comme raciste bien ultérieurement. Cette façon de montrer aux Blancs certains aspects de la culture des Noirs en se grimant en noir mais d’une façon qui ne faisait pas illusion, a rappelé à Michel, toutes proportions gardées, les deux principaux acteurs du film La Cage aux folles, qui montraient aux Française ce qu’étaient les homos, tout en n’étant d’évidence pas des « vrais » homos. Jean-Philippe a alors mentionné une évolution des 30 dernières années chez les Noirs (ou Afro-américains) refusant d’être caricaturés par des Blancs, ce qui s’est traduit par une politique de quotas « raciaux » au cinéma qui a sombré dans des extrêmes absurdes. Sylvie a évoqué ces tweets racistes à l’encontre de la jeune métisse choisie pour incarner Jeanne d’Arc dans les fêtes johanniques à Orléans en 2018. Qui peut, qui a le droit, d’incarner, de jouer le rôle d’un « autre » ? Insoluble…  Le sujet de la soirée étant le cinéma, Michel a ensuite montré une courte vidéo, réalisée par la Société américaine des projectionnistes, brossant l’histoire de ce qui est le plus invisible au cinéma : la caméra.

Sylvie nous a alors parlé du MOOC (formation à distance pour grand nombre de participants) qu’elle avait suivi : proposé par l’École des Gobelins, il enseignait comment faire de la vidéo avec son smartphone. Suite à une proposition de la médiathèque Marguerite Duras concernant l’histoire de Belleville, elle a réalisé en 2018 en binôme la vidéo De Couronnes à Belleville : la fin d’un quartier populaire, résultant d’interview de commerçants du quartier qu’elle n’a pu nous montrer suite à des problèmes de mauvaise bande passante de sa connectivité au réseau. Une discussion sur certains aspects techniques s’en est ensuivie.

Françoise (P.) nous a alors parlé des Marx Brothers : précocément mauvais élèves, ils ont été poussés tôt vers le music hall, et sont devenus des « petits chanteurs à la Torah de bois ». Mais c’est l’humour qui a pris le dessus et lancé leurs carrières : Chico (pianiste, joueur et dragueur), Harpo (harpiste, le farfelu des cinq), Groucho (qui, trois jours avant de mourir, aurait demandé à son fils d’être enterré au-dessus de Marilyn Monroe), Gummo (devenu agent d’artistes, et seul des cinq à n’avoir eu qu’une seule femme) et Zeppo (lui aussi devenu homme d’affaires), à une riche filmographie. Un film leur a causé des problèmes pour son titre, Nuit à Casablanca, du fait du récent Casablanca (avec Humphrey Bogart et Laureen Bacall). Françoise a cité leur joliment insolents réponse à Warner Bro. qui voulait leur interdire cet usage. Elle nous a alors montré deux de ses livres de chevet : Mémoires capitales et les croustillantes Mémoires d’un amant lamentable, tous deux de Groucho Marx. Elle a terminé en citant deux jolies répliques de Groucho. Lors de la discussion qui a suivi, on a évoqué le film Casablanca.

Enfin Jean-Philippe nous a lu un extrait de La Galaxie Gutenberg face à l’ère électroniqueles civilisations de l’âge oral à l’imprimerie (1967) de Marshall McLuhan, qui développe une thèse de John Wilson (publiée en 1961 sous le titre Film literacy in Africa dans la revue Canadian Communications, 1(4), 7–14) selon laquelle, sans un bon entraînement, les illettrés (en l’occurrence : en Afrique) sont incapables de percevoir le contenu de films, en l’occurrence : ils ne peuvent en saisir l’ensemble de chacune des images, ne sont pas capables de focaliser leur vue à la bonne distance, et donc de comprendre ce qui est projeté sur un écran devant eux : c’est un problème d’analphabétisation. La discussion qui a suivi, abrégée du fait du peu de temps qui restait, a fait ressortir qu’il s’agissait plus généralement, à un très jeune âge, d’éducation à, et/ou d’immersion dans,  les « nouvelles » technologies – que ce soit celle de la lecture, du film, de la tablette, etc. que spécifiquement de l’alphabétisation – qui faisait la différence sur les capacités à percevoir les nouveaux médias à chaque époque.

Sur ce, après avoir levé le coude, on leva la séance.

17 décembre 2019

Sachez flâner

Classé dans : Littérature, Peinture, dessin, Société — Miklos @ 12:58


Non, il n’est pas en train d’utiliser son smartphone. C’est un « flâneur artiste, flâneur solitaire qu’on voit étendu nonchalamment sur deux, trois ou quatre chaises, riant dans sa barbe et lorgnant impitoyablement tous les ridicules dont il se souviendra en temps opportun »

La définition que donne le Trésor de la langue française du verbe « flâner » – « avancer lentement et sans direction précise. Perdre son temps, se complaire dans l’inaction, dans le farniente » – a une connotation plutôt critique de ce comportement : c’est quasiment une errance, une perte de temps, alors qu’on pourrait, qu’on devrait faire quelque chose d’utile.

Ce n’est pas du tout la vision qu’en donne Louis Huart (1813-1865) dans son amusante Physiologie du flâneur publiée en 1841 avec de délicieuses vignettes de Daumier (dont il rédigeait des légendes de ses lithographies) et d’autres illustrateurs, dans une série de petites monographies qu’il consacre à l’étudiant, au garde national, à la grisette, au médecin et au tailleur.

Quelque 150 ans sont passées depuis, le vocabulaire a parfois légèrement vieilli, les mœurs ont évolué, mais les comportements de l’homme en société d’alors ne sont pas si différents des nôtres : il suffit de lire sa description des touristes – terme alors inconnu, il parle des badauds étrangers – qui s’acharnent à voir le plus de monuments célèbres en un minimum de temps, confondant la colonne Vendôme (place du même nom) avec celle de Juillet (place de la Bastille), passant plus de temps à lire dans leur guide (on dirait aujourd’hui : dans leur smartphone) les descriptions d’un monument ou d’une œuvre qu’à les regarder.

En sus de son regard amusé et perceptif des classes sociales (il parle même du « flâneur prolétaire » – qualificatif que Karl Marx a rendu célèbre mais qui lui préexistait), on lira avec intérêt sa description de Paris – des Champs-Élysées aux passages couverts, bien plus nombreux alors qu’aujourd’hui, du Marais, des boulevards, de Montmartre…, des problèmes de circulation et même du street art d’alors – et des évolutions de la ville (« Puis on a, sous prétexte d’embellissements, abattu les arbres qui avaient résisté à toutes les révolu­tions pour leur substituer des sortes de manches à balais revêtus d’une guérite verte »).

Et enfin, il ne faut pas omettre de regarder ces petites vignettes qui rajoutent parfois un degré d’humour, voire d’ironie, au texte (qui n’en manque pas).

14 novembre 2019

How AI defends itself against humans who wish to resist its increasing domination

Classé dans : Actualité, Politique, Progrès, Santé, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 23:16

Fritz Lang: Metropolis (1927).
Cliquer pour agrandir.

A friend of mine had emailed me yesterday an article about the scandalous Google Project Nightingale – a major invasion of privacy concerning personal health information.

Here is a literal copy of what I replied to him:

Thanks! Not surprised, I read a few days ago a similar article, this time about the pharmaceutical industry… Speaking of which, an increasing number of medicines are missing from pharmacies: it turns out that as some prices go down here, the industry sells these products in other countries, and so makes more money. Health is definitely not their goal (unless the health of their wealth).

One thought about the increased size of « big data » and IA, leading to the increased robotization of society: one danger I haven’t seen addressed is that of bugs and viruses: they are inevitable, in any system: even a totally closed one, while immune to viruses (but is “totally” ever possible?) will have bugs. And this is much worse than a human error…

Pretty dark future.

Michael

My email reply was rejected with the following error message:

Mail delivery failed: returning message to sender
SMTP error from remote server for GREETING command, [...] reason: 500 5.7.1 Symantec Zodiac

Looking that error up, I found that it means that Symantec found the contents “objectionable”.

So what’s next? Probably effectively blocking access on the Web to such “objectionable” articles and to any reference to them by deleting them from their search engine?

Remember: Big Brother is watching you more than ever

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