Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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15 novembre 2018

« La nature déconcertée semble avoir perdu son cours »

Classé dans : Actualité, Environnement, Littérature, Nature — Miklos @ 1:02

Caricature trouvée en ligne sans attribution. Une autre version, même dessin, autre texte – concernant la limitation de vitesse – avait été publiée quatre mois plus tôt, sans attribution elle non plus.

Le texte qu’on lira ci-dessous est une traduction datant de 1788 d’une partie d’un long poème en vers libres du poète britannique James Thomson, publié en 1730, poème consacré aux quatre saisons (et qui a, dit-on, aussi inspiré Haydn). Il y décrit la dégradation du climat en des termes qui peuvent faire penser à ce qu’on en dit de nos jours (pour d’autres raisons, évidemment, mais finalement il y a toujours l’homme à la base…). Il y parle aussi de la nécessité – éthique ou morale – du végétarisme : ne pas tuer, ne pas boire le sang, des animaux qui, de leur vivant, nous servent continûment avec patience. En passant , il fait allusion au premier adepte du végétarisme : Pythagore, qui l’eut cru ?

«Maintenant ces temps rapides et innocents, d’où les poètes fabuleux ont tiré leur âge d’or, ont fait place au siècle de fer. Les premiers hommes goûtaient le nectar de la vie, et nous en épuisons la lie. Les esprits languissants n’ont plus cet accord et cette harmonie, qui fait l’âme du bonheur ; notre intérieur a perdu tout équilibre ; les passions ont franchi leurs barrières ; la raison à demi éteinte, impuissante, ou corrompue, ne s’oppose point à cet affreux désordre ; la colère convulsive et difforme se répand en fureur, ou pâle et sombre elle engendre la vengeance ; La basse envie sèche de la joie d’autrui, joie qu’elle hait parce qu’il n’en fut jamais pour elle. La crainte découragée se fait mille fantômes effrayants qui lui ravissent toutes les ressources. L’amour même est l’amertume de l’âme ; il n’est plus qu’une angoisse triste et languissante au fond du cœur ; ou bien guidé par un sordide intérêt, il ne sent plus ce noble désir qui jamais ne se rassasie, et qui, s’oubliant lui-même, met tout son bonheur à rendre heureux le cher objet de sa flamme. L’espérance flotte sans raison. La douleur impatiente de la vie se change en délire, passe les heures à pleurer, ou dans un silence d’accablement. Tous ces maux divers, et mille autres combinés de plusieurs d’entre eux, provenant d’une vue toujours incertaine et changeante du bien et du mal, tourmentent l’esprit et l’agitent sans cesse. Tel est le principe de la vile partialité : nous voyons d’abord avec froideur et indifférence l’avantage de notre semblable ; le dégoût et la sombre haine succèdent et s’enveloppent de ruses, de lâche tromperie, et de basses violences ; tout sentiment sociable et réciproque s’éteint, et se change en inhumanité qui pénètre et pétrifie le cœur ; et la nature déconcertée semble se venger d’avoir perdu son cours.

Jadis le ciel s’en vengea par un déluge : un ébranlement universel sépara la voûte qui retenait les eaux du firmament. Elles fondirent avec impétuosité ; tout retentit du bruit de leur chute, elles fracassèrent tout. L’océan n’eut plus de rivage, tout fut océan ; et les vagues agitées se roulaient avec fureur au-dessus des plus hautes montagnes qui s’étaient formées des débris du globe.

Les saisons irritées depuis ont tyrannisé l’univers confondu. L’hiver piquant l’a affaissé de neiges abondantes ; les chaleurs impures de l’été ont corrompu l’air. Avant ce temps, un printemps continuel régnait sur l’année entière ; les fleurs et les fruits ornaient à l’envi la même branche de leurs couleurs variées ; l’air était pur et dans un calme perpétuel. Le souffle du zéphir agitait seul les plaines azurées ; les orages n’osaient souffler, ni les ouragans ravager ; les eaux limpides coulaient tranquillement ; les matières sulfureuses ne s’élevaient pas dans le firmament pour y former les éclairs, l’humidité malsaine, et les brouillards d’automne n’étaient pas suspendus, et ne corrompaient pas les sources de la vie. Maintenant elle est le jouet des éléments turbulents, qui passent du temps serein à l’obscurité, du chaud au froid, du sec à l’humide, concentrant une chaleur maligne qui change et affaiblit nos jours, les réduit à rien, et tranche leur cours par une fin prématurée.

Cependant, au milieu de ce déluge de maux et d’erreurs, le remède le plus naturel se dérobe à nos connaissances bornées. Les Plantes médicinales utilisées telles qu’elles sont fournies par la nature. (TLFi)simples les plus salutaires meurent négligés, quoique abondamment douées de cette âme pure qui donne la santé, et rajeunit les organes de la vie ; don céleste et bien au-dessus de toutes les recherches de l’art. L’homme sanguinaire s’est rendu indigne de ces bienfaits naturels ; agité d’une ardeur dévorante, il est devenu le lion de la plaine, et pire encore. Le loup, qui dans la nuit vient enlever la brebis du troupeau, n’a jamais bu de son lait, ni fait usage de sa laine. Le bœuf, à la forte poitrine duquel le tigre s’attache, n’a jamais labouré pour lui. Ces animaux voraces et impitoyables par nature cèdent à la faim dévorante qui allume leur cruelle rage. Mais l’homme que la nature forma d’un limon plus doux, qu’elle doua d’un cœur propre à concevoir et nourrir les tendres émotions de la bienfaisance, à qui seul elle a enseigné à pleurer ; tandis que de son sein elle verse pour son usage mille douceurs, herbes et fruits aussi nombreux que les gouttes de pluie, ou que les rayons qui leur donnent naissance, l’homme, cette belle créature qui porte les doux souris, et dont les regards tendent naturellement vers le ciel, l’homme, hélas ! confondu avec les animaux carnassiers, ose tremper sa langue dans le sang ! Les bêtes de proie qui vivent de sang et de mort méritent la mort ; mais, vous brebis, qu’avez-vous fait ? vous, race paisible, en quoi avez-vous mérité la mort ? vous dont le lait abondant a ruisselé longtemps dans nos maisons, qui nous prêtâtes vos habits naturels contre la rigueur du froid ; et le bœuf simple, cet animal innocent, sans ruses et sans fiel, en quoi nous a-t-il offensé ? lui, dont le labeur patient et continuel orna la terre de toute la pompe de la moisson, gémira-t-il sous le couteau du laboureur cruel qu’il a nourri, et peut-être pour servir au repas d’une fête d’automne, où l’on consomme les fruits gagnés par son travail ? Telles sont les idées naturelles de la pureté première de notre cœur ; mais dans ces siècles calamiteux, il ne nous est permis que d’honorer de quelques regrets les principes du Pythagore, premier adepte du végétarisme.sage de Samos. Le ciel nous défend tout effort présomptueux. Sa volonté pleine de sagesse nous a fixé dans un état qui ne doit »pas encore aspirer à la pure perfection. Qui sait d’ailleurs par quels degrés d’existence l’homme doit s’élever peu-à-peu, et monter à un état plus parfait ?

Marie-Jeanne de Châtillon, « Le printemps » (extrait), in Les Saisons, poème traduit de l’anglais de James Thomson, 1700-1748.Thompson. Londres, 1783.

14 novembre 2018

Il pleut sur la ville…

Classé dans : Littérature, Nature, Photographie — Miklos @ 23:01

Cliquer pour agrandir.

«averse averse averse averse averse
pluie ô pluie ô pluie ô pluie ô pluie ô pluie !
gouttes d’eau gouttes d’eau gouttes d’eau gouttes d’eau
parapluie ô parapluie ô paraverse ô !
paragouttes d’eau paragouttes d’eau de pluie
capuchons pélerines et imperméables
que la pluie est humide et que l’eau mouille et mouille !
mouille l’eau mouille l’eau mouille l’eau mouille l’eau
et que c’est agréable agréable agréable
d’avoir les pieds mouillés et les cheveux humides
tout humides d’averse et de pluie et de gouttes
d’eau de pluie et d’averse et sans un paragoutte
pour protéger les pieds et les cheveux mouillés
qui ne vont plus friser qui ne vont plus friser
à cause de l’averse à cause de la pluie
à cause de l’averse et »des gouttes de pluie
des gouttes d’eau de pluie et des gouttes d’averse
cheveux désarçonnés cheveux sans parapluie

Raymond Queneau

«Suspendue à ses fils en chemise de nuit
La pluie lit le journal au soleil de midi.

Elle lit, et bientôt les nouvelles l’ennuient.
Quelle Terre à soucis ! Que de mélancolie !

Et l’on croit qu’elle pleure alors qu’elle, la pluie,
Ne cesse dans son cœur de rire à la folie!

– Si je tenais ici l’animal qui a dit :
« Triste comme la pluie », il verrait du pays !

En s’étirant, la pluie reprend le journal gris.
– Que dit la météo ? »« Aujourd’hui : de la pluie ».

Alors elle soupire et s’en va dans Paris
Arroser les jardins, les chats et les souris.

Marc Alyn

10 novembre 2018

Devinette botanico-géographique

Classé dans : Géographie, Nature, Peinture, dessin — Miklos @ 16:11

Cliquez pour agrandir.

Quelle capitale d’Europe cultive une plante renommée pour ses tiges dont on extrait les fibres textiles et pour ses graines utilisées en médecine ou en peinture ?

Vous avez cliqué trop rapidement. Regardez bien l’image ! Si tout de même… cliquez sur… l’1, là, à droite.Réponse.Oslo, parce qu’Oslo fait lin (ocelot – félin).1

3 novembre 2018

De l’origine du potimarron, ou, De l’art de la confusion chez vous-savez-qui

Classé dans : Cuisine, Histoire, Nature, Sciences, techniques — Miklos @ 18:45

Le potimarron selon Wikipedia. Cliquer pour voir les détails.

J’aime le potimarron. Il me semblait l’avoir découvert il y a quelques années, en allant chercher une courge pour faire, pour la première fois, un potage Aurore, potage qui s’est avéré si délicieux que j’en fais depuis à chaque hiver. En outre, il a un sérieux avantage sur le potiron (cucurbitacé que je connaissais depuis longtemps) : nul besoin de l’éplucher avant de le consommer cru ou cuit. Quand j’en utilise, il m’arrive de jeter les graines dans mes jardinières au lieu de la poubelle, avec de très beaux résultats (je devrais faire un jour des beignets avec ses fleurs). Ces graines sont aussi délicieuses à croquer grillées et salées, ça je le sais depuis mon enfance. Comme quoi, tout se mange, dans le poti­marron.

Or je viens de constater que je devais l’avoir découvert encore plus tôt : mes archives démontrent que j’en avais fait en tarte il y a bientôt dix ans, tarte qui semble avoir rencontré un certain succès… et donc que je vais refaire instamment.

Curieux d’en connaître l’histoire, je tombe sur la page qui lui est consacrée dans un site notoire à propos duquel mon opinion n’a pas beaucoup varié depuis fort longtemps, et que cette page confirme : c’est un patchwork d’informations répétitives et contradictoires, ou pour le moins confuses, du fait de l’écriture à plusieurs mains sans tête éditoriale : origine américaine ou japonaise ? arrivé en Europe « après la découverte de l’Amérique par Colomb » (pas Gérard, l’autre!) ou bien plus récemment ?

En tout cas, moi je l’ai certainement découvert dans l’Ancien monde un certain nombre d’années après la découverte du Nouveau. Et je confirme ce que cette page affirme (et ce que ne fait pas sa version anglaise) : « Comme les potirons, les potimarrons peuvent être consommés en potage, au four avec de l’ail, frits, en tourte ou en purée. À la différence du potiron, il n’est pas nécessaire de retirer la peau du potimarron avant la cuisson. Il est aussi succulent cru. »

Comme quoi, ils ont parfois aussi raison.

1 septembre 2018

Où trouver Rome et la mer ? à Paris, pardi !

Classé dans : Littérature, Nature, Photographie — Miklos @ 17:40

Lobulaire maritime, ou corbeille-d’argent annuelle. Cliquer pour agrandir.

Cet été, un foisonnement de petites fleurs – d’à peine quelques millimètres de taille – agrémente deux des jardinières accrochées au troisième étage sur rue. L’une de ces jardinières était principalement occupée par des pieds de potimarrons ornés de fleurs jaunes élancées (comment les couper pour en faire des beignets alors qu’elles sont si belles ?), maintenant envahies par un nuage de petites fleurs blanches accompagné de discrètes feuilles étroites ; dans la seconde, ces dernières s’y retrouvent en compagnie d’une autre plante dont les larges feuilles larges quelque peu semblables à celle du lierre dominent, parsemées de quelques jolies fleurs bleues.

Comment les identifier ? Pour les premières, le site Quelle-est-cette-fleur.com, facile d’utilisation, a parfaitement fait l’affaire : un questionnaire simple, des réponses illustrées, et voilà : il s’agit de lobulaire maritime, présente (comme son nom le laisse comprendre) en Europe méridionale – donc assez loin de Paris, du moins tant que les eaux du globe n’ont pas monté jusqu’à la capitale suite à son réchauf­fement inexorable – et qui possède un nom plus poétique, celui de corbeille-d’argent annuelle (nom attribué d’ailleurs à d’autres fleurs de la même famille), qu’elle mérite bien !

En ce qui concerne les secondes, il aura fallu poser la question sur un autre site, Visoflora, où la réponse n’a pas tardé à arriver : « Le nom vernaculaire commun est d’une poésie sans limite. Son habitude qui consiste à s’accrocher et à pousser dans les vieux murs (dont ceux bien évidemment en ruine…) lui ont valu le charmant surnom de “ruine de Rome”. C’est la cymbalaire des murs (Cymbalaria muralis). » Ruine de Rome est bien approprié pour une fleur surplombant une rue qui fut le cardo maximus de la Lutèce romaine.

En résumé, Rome c’est le passé, la mer c’est le futur. Et le présent, ce sont ces fleurs.

Des fleurs fines et mousseuses comme l’écume
Poussaient au bord de nos chemins
Le vent tombait et l’air semblait frôler tes mains
Et tes cheveux avec des plumes.
 
L’ombre était bienveillante à nos pas réunis
En leur marche, sous le feuillage ;
Une chanson d’enfant nous venait d’un village
Et remplissait tout l’infini.
 
[…]

Émile Verhaeren, « Des fleurs fines »,
in Les Heures du soir (1911).

Cymbalaria muralis, ou ruine de Rome. Cliquer pour agrandir.

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