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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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7 mai 2020

Apéro virtuel XLVI : des réseaux et des labyrintes de tous ordres ; et encore : de l’amitié

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts, Société — Miklos @ 18:24

L’apéro de ce soir a pris une tournure quelque peu différente des précédents : si la plupart des présents se trouvaient chez eux, souvent à proximité d’un verre garni de liquides de couleurs variables, l’un de nous – François – se promenait dans son quartier (dans le rayon autorisé) et nous faisait partager, selon son parcours et en filigrane des autres interventions, les bâtiments notables devant lesquels il passait, l’un d’eux d’ailleurs ayant un rapport avec un des auteurs cités (à tort) la veille.

Fidèle à la thématique de l’amitié, Jean-Philippe a commencé par la lecture de deux lettres du peintre Eugène Delacroix à son ami de toute une vie, Achille Piron, dont il fera plus tard son légataire universel : ils avaient fait connaissance au Lycée impérial (aujourd’hui Louis-le-Grand) où ils étaient tous deux entrés en 1806, âgés de 8 ans. Dans la première lettre, datée du 20 août 1815 (ils avaient alors 17 ans), il relate à son ami – auquel il écrira le lendemain, en post scriptum d’une autre lettre, « Je t’aime de tout mon cœur » – avoir perdu la tête au moment d’avoir revu « après des siècles, un objet qu’on croyait avoir aimé et qui était presque entièrement effacé du cœur », se décrivant en train de bâtir « des châteaux de chimères et [...] divaguant et extravagant dans la vaste mer de l’illusion sans bornes et sans rivages ». Il conclut ainsi cette lettre à son ami : « je ne suis pas encore amoureux : mais c’est à toi à décider si je dois le devenir ou non »… Cette lettre illustre de façon frappante les différences entre l’amitié absolue, l’état amoureux et la passion fantasme. Dans la seconde lettre, écrite quatre ans plus tard à ce même ami, il lui parle d’un autre ami : le livre, à propos duquel il écrit entre autres : « Les livres sont de vrais amis. Leur conversation silencieuse est exempte de querelles et de divisions. Ils vous font travailler sur vous-même, et, chose rare dans les discussions avec les amis de chair et d’os, ils vous insinuent tout doucement leur avis, et vous font goûter la raison, sans que vous vous regimbiez contre son évidence et sans que vous ayez l’air d’être vaincu à vos propres yeux. » L’une de ces deux lettres est extraite d’une anthologie de lettres intitulée Lettres vives. La correspondance, et l’autre trouvée sur Internet. On les trouvera aussi dans Lettres intimes d’Eugène Delacroix, publié par Gallimard en 1954 et réédité (même choix?) en 1995. À une question de Michel, Jean-Philippe a répondu qu’il ne savait pas ce qu’il était advenu de la passion amoureuse dont parle Delacroix dans la première lettre.

À propos de « lettre trouvée sur l’internet », Michel mentionne une citation donnée lors du précédent apéro et attribuée à Diderot : c’est en effet ce qu’on trouve (et même sur des sites « sérieux », ici celui de Ouest-France, là sur celui du Monde ! hélas…) en effectuant une brève recherche. Il a même demandé à Jean-Philippe s’il était certain de l’attribution de la seconde lettre qu’il avait lue, trouvée sur internet (et dans Facebook, même ! lieu de bien de turpitudes…), à quoi ce dernier a répond qu’elle était datée du 20 août 1815 – mais tout le monde peut mettre n’importe quelle date sur n’importe quel texte (ce qu’on a fait pour le pastiche du pastiche de la lettre de la célèbre marquise). Il a recommandé de consulter quelques bibliothèques numériques sérieuses, provenant de la numérisation d’ouvrages papier publiés ces quelques derniers siècles, à l’instar de :

  • Gallica (de la Bibliothèque nationale) ;

  • l’Internet Archive : les ouvrages proviennent aussi principalement de fonds sérieux ; en ce qui concerne les fonds contribués par « la communauté » (et identifiés comme tels), on y trouve de tout et souvent du pire (à l’instar de films de propagande néonazis..) ;

  • Google Books : on peut penser ce qu’on veut de Google, mais ce qui s’y trouve – consultable en version intégrale ou non selon les dates de publication – provient de sources référencées ;

  • en ce qui concerne des ouvrages principalement en anglais, la British Library ou Hathy Trust ;

  • Europeana pour des fonds partagés de bibliothèques, archives et musées européens (et donc souvent dans leurs langues res­pec­tives).

Sur ces entrefaites, François nous a montré la fontaine Molière (rue Thérèse) devant laquelle il passait, et nous a lu une plaque – de circonstance, il s’avère ! – apposée sur un immeuble à proximité : « Diderot, philosophe et littérateur, principal auteur de l’Encyclopédie, né à Langres, le 5 octobre 1713, est mort dans cette maison, le 31 juillet 1784. » Il s’agit de l’ancien hôtel de Bezons, que Catherine II avait loué pour Diderot, au 39 de la rue de Richelieu. En face, au numéro 40, une autre plaque porte : « Ici s’élevait la maison où Molière, né à Paris le 15 janvier 1622, est mort le 17 février 1673. » (l’immeuble actuel date de 1765). À ce propos, on a évoqué le fait que Molière était né simultanément dans plusieurs endroits distincts : 96 rue Saint-Honoré, 33 rue Pont-Neuf… En ce qui concerne de telles plaques, Françoise (C.) nous a montré son exemplaire du livre Sur les murs de Paris. Guide des plaques commémoratives d’Alain Dautriat, et qui en reproduit deux mille, parmi lesquelles cinq concernant Molière. Ensuite, François nous a montré un vieux tacot qui a rappelé à certains d’entre nous les taxis G7 d’antan. Françoise (P.) a raconté qu’elle en prenait un tous les jeudis, et qu’il y avait une vitre entre les passagers assis à l’arrière et le conducteur. Jean-Philippe a rappelé le terme « cab «  qui dénotait cette cabine du conducteur et dont il avait récemment parlé. Enfin, François nous a montré une dernière plaque, au 9 rue de Beaujolais : « Dans cette maison, Colette a vécu de 1927 à 1929 et de 1938 jusqu’à sa mort, le 3 août 1954. » Il devrait y avoir un nombre élevé de plaques la concernant, au gré de ses multiples déménagements…

Françoise (C.) nous a lu un dialogue qu’elle venait de recevoir par mail, celui opposant Virus et Chloroquine, et inspiré de Racine, que l’on trouvera ici à la suite d’un « Ô rage, ô désespoir, ô virus ennemi » fortement cornélien, tous deux de la plume de Philippe Zard.

Michel a alors projeté un diaporama consacré tout d’abord à l’étymologie et à l’évolution des sens du mot réseau, puis à une liste des quelques principaux réseaux informatiques qui se sont succédé jusqu’à la victoire de l’internet sur tous ses prédécesseurs et/ou concurrents. Il a terminé cette partie de sa présentation par le mot « nable » (vous en connaissez Bouchon qui ferme le trou de vidange percé dans le fond d’un canot ; p. méton., ce trou lui-même.le sens ?), non pas tellement à cause de sa signification, mais pour Réseau… nableune raison que Jean-Philippe a été le premier à trouver, et qui faisait écho à la proposition initiale de la thématique de cette soirée, « réseaux – raison », suivi par la citation fort à propos du Devil’s Dictionary d’Ambrose Bierce, illustrant la fin de ce compte-rendu, et enfin une devinette sur la preuve de l’origine du SARS-CoV-2 dans l’empire perse, entre 559 et 539 av. J.-C. (bon, C’est parce qu’entre ces années y régnait VI-rus (VI = 6…).OK…).

À ce moment, François se trouvait devant non pas le bœuf sur le toit, mais le veau sur le toit : il s’agit en fait de la devanture d’un fromager, La Fermette (au 86 rue Montorgueil), au sommet de laquelle trône un jeune bovin.

Sylvie a alors pris la parole, en mentionnant que ce veau faisait une liaison parfaite avec l’histoire de taureau qu’elle allait nous raconter, et pas n’importe laquelle : il s’agissait de la légende de Minos et de Pasiphaé, punis par Neptune de ne pas lui avoir sacrifié un magnifique taureau blanc : Pasiphaé s’éprend dudit taureau et ils mettent au monde le Minotaure, que Thésée va finalement tuer, tombant amoureux d’Ariane, fille (humaine, elle) de Minos, mais qu’il abandonnera sur une île, et rentre en bateau chez son père, Égée, qui lui avait demandé de mettre un drapeau blanc en cas de victoire. Thésée ayant la tête ailleurs, c’est le voile noir qui flottait dans l’air, et Égée se jette dans la mer. Thésée devient le roi d’Athènes (on peut se demander si ce n’était pas ce qu’il voulait, en fait, et qu’il avait la tête sur les épaules). Par coïncidence, le fond d’écran de Michel illustrait cette légende – lui comme Sylvie ayant fait l’association réseau – labyrinthe. Jean-Philippe a montré une jolie statue de Minotaure en sa possession.

François arrivant alors à la place des Victoires, Michel a demandé à la cantonade si quelqu’un savait quelles étaient les statues qui entouraient par le passé celle de Louis XIV à cheval. François a répondu qu’il s’agissait en fait des quatre nations enchaînées (appelés Quatre captifs, ou Quatre Nations vaincues) se trouvant au musée du Louvre. La statue du roi, ayant été fondue à la Révolution, celle actuellement présente sur la place date de 1816.

À l’occasion de l’anniversaire de feu son mari, Françoise (P.) a parlé de deuil et d’amitié : il est plus facile en général de faire son deuil d’une personne disparue que d’une amitié rompue. Quant aux réseaux : à l’occasion d’un anniversaire de son mari, c’est avec l’aide de réseaux sociaux que Françoise et sa fille sont arrivés à identifier un correspondant allemand de son mari (dont elles ne connaissaient même pas le nom) qu’il adorait, et à le faire venir avec sa femme à la fête organisée en la circonstance.

L’apéro s’est terminé par une promenade (virtuelle) grâce à François devant la Bourse, qui n’a plus aucune activité boursière, cette dernière étant devenue aussi virtuelle. Jean-Philippe a dit alors que la mairie de Paris avait l’intention de transformer le bâtiment en un musée de l’activité économique…

Sur ce, après avoir levé le coude, on leva la séance.

6 mai 2020

Apéro virtuel XLV : vrais et faux amis, amis Facebook… et l’amour dans tout ça ?

Classé dans : Arts et beaux-arts, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 2:05

Mardi 5/5/2020

La thématique proposée pour ce soir étant « amitié, ami(e)(s) », le fond d’écran de Michel, que l’on voit ci-dessus, était conçu pour donner des indices sur la nature de son intervention. Jean-Philippe, iden­tifiant à droite un Écossais qui garderait le magot de la perfide Albion, a émis l’hypothèse qu’il s’agirait des liens privilégiés entre l’Aquitaine médiévale et la Grande-Bretagne. « Trop compliqué pour moi », répond Michel, en précisant que l’image à droite était la couverture d’un ouvrage publié à Leipzig pendant la Première Guerre Mondiale, de la plume d’Alfred Geiser (1868-?). Autre hypothèse de Jean-Philippe : la miniature de gauche ne représenterait-elle pas Dante et Virgile ? « Que nenni. » C’est Françoise (C.) qui se rapproche de la réponse, en disant que cette miniature représente en tout cas deux amis. Un indice supplémentaire s’est retrouvé dans l’image suivante, qui reproduisait la page de garde de deux ouvrages du même auteur, Jules Derocquigny : Les Faux amis, ou les pièges du vocabulaire anglais (une réédition de 1949, alors que l’édition originale parlait des trahisons du vocabulaire anglais), et Autres mots anglais perfides. Tout s’explique : l’image précédente faisait référence à deux textes sur l’amitié (à gauche, De vera amicitia – ou Laelius de amicitia, Laelius sur l’amitié – de Cicéron, rédigé en 44 av. J.-C., la page représentée ici étant tirée d’un manuscrit du début du XVe siècle se trouvant à la bibliothèque vaticane ; au centre, les Essais de Michel de Montaigne, qui en comprennent un sur l’amitié), et à l’un sur la perfide Albion : il s’agissait donc des faux amis linguistiques anglais-français. Michel afficha alors une liste de quelques mots en anglais (cf. image ci-contre), dont la ressemblance avec le français est trompeuse et cause de contre-sens parfois fort amusants, comme celui-ci, où l’original en anglais est He has ideas above his station (inspiré d’une réplique quasi identique dans la pièce French without tears de Terrence Rattigan), où le mot station en anglais ne signifie pas gare mais position sociale ; une meilleure traduction aurait donc été Il pète plus haut que son cul. Le défi proposé était de trouver leur traduction correcte en français, que l’on pourra voir ici. Parmi ces mots, library signifie bibliothèque (alors que librairie en français se traduit par book store), mais il faut savoir que le sens premier de librairie (en français) est bien… bibliothèque (comme l’indique le Trésor de la langue française). À propos de traductions trop littérales, Sylvie mentionne Sky! My husband! (Ciel ! mon mari !), alors qu’on aurait pu le traduire (correc­tement) par Heavens! My husband! (heaven signifiant fir­ma­ment). Michel mentionne que Sky My Husband! est le titre d’un ouvrage de Jean-Loup Chiflet, et conclut en disant qu’une solution de facilité est celle de parler franglais, comme l’a démontré Miles Kington, auteur à propos duquel il mentionne deux collections de chro­niques hila­rantes (ou plutôt d’humour british) qu’il avait tenues dans Punch.

Betty a pris le relai pour parler de l’amour et de l’amitié, en commençant par quelques citations sur le sujet qu’elle apprécie. La première : « L’amitié ne consiste pas dans ces démons­trations exces­sives, dans cette ardeur effrénée qui n’appar­tiennent qu’à l’amour. C’est un feu doux, mais toujours égal, qui nous échauffe sans nous consumer. », attribué à Diderot, in De l’amitié. [Il s’avère, à la rédaction de ce compte-rendu, que cette définition de l’amitié apparaît dans un essai intitulé De l’amitié (1761) dont l’auteure est Marie-Geneviève-Charlotte Thiroux d’Arconville. Diderot n’a pas écrit d’ouvrage sur l’amitié ; en revanche, son Encyclopédie comprend un article qui lui est consacré, et qui ne comprend pas cette citation] Ont suivi des citations de Tahar Ben Jelloun (in Éloge de l’amitié), de Catherine Deneuve, de Nicolas Hulot, de Marie Valyère et d’un auteur anonyme. Une citation qu’elle a fait sienne : « Un ami, c’est quel­qu’un qui vous connaît bien mais qui vous aime quand même », attri­bué diver­sement à Marie von Ebner-Eschenbach ou Hervé Lauwick. Puis elle diffuse un enre­gis­trement de Pierre Vassiliu chantant Amour – amitié. Dans la discussion qui s’en est suivi, Jean-Philippe a conseillé d’écouter une autre chanson qu’il apprécie de Pierre Vassiliu – J’ai trouvé un journal dans le hall de l’aéroport. Puis Michel s’est demandé où était la « limite » entre amitié et amour dans cette chanson (mais en général aussi), qui paraît beaucoup plus proche de l’amour.

Françoise (P.) s’est attachée à définir l’amitié, qui, par contraste avec l’amour, n’inclurait pas l’attirance physique. Dans le débat qui a suivi, Michel a objecté que le mot amour recouvrait aussi, par exemple, l’amour parental, qui lui n’a rien d’érotique. Françoise (P.) a ajouté qu’il arrive que de très vieux couples n’aient plus d’attirance physique l’un pour l’autre, mais que l’amour est toujours là. Finalement, on n’est pas arrivé à trouver ce qui définirait et distinguerait clairement ces deux mots. Dans son essai sur l’amitié qui le liait à La Boétie, Montaigne dit bien « Si l’on me presse de dire pourquoi je l’aimais… », ce que certains trouvent ambigu comme sentiment. Françoise (P.) a rajouté qu’il faut avoir plusieurs amis, pour éviter de trop encombrer chacun de choses qui pourraient le gêner, l’ennuyer ; il faut respecter ses amitiés et ne pas leur déverser tout ce qu’on a sur le cœur. Michel a répondu que dans l’amour aussi il faut ne pas peser, et d’ailleurs dans certaines cultures les hommes pouvaient avoir plusieurs femmes – et les femmes plusieurs hommes dans quelques autres cultures, a rajouté Sylvie. Jean-Philippe pense que ce qui distingue l’amour de l’amitié est le sentiment de dépendance affective, d’addiction, à l’autre, allant jusqu’au chantage, dans le couple. Françoise (B.) a alors dit que dans ce cas il s’agit de passion plutôt que d’amour, où il y a beaucoup de dimensions. Jean-Philippe a répondu que finalement c’était peut-être une question de vocabulaire trop simplifié – et qu’il faudrait revenir à des termes du passé, tels que filia, eros, carita. agape… qui rajoutent des dimensions. Pour Michel, la différence entre l’amitié et l’amour tient en une seule lettre, le i (absent de « mon cher » mais présent dans « mon chéri »).

Sylvie n’est pas arrivé à trouver des citations ou des textes auxquels elle aurait adhéré. Quant à la fable Les deux amis de La Fontaine, elle y a trouvé la même ambiguïté – ou plutôt ambivalence – que dans l’essai suscité de Montaigne, en était-ce « resté là ou allé plus loin ? » (ce n’est pas l’opinion de Michel). Françoise (P.) a cherché quel terme décrirait le contraire de l’amitié. Sylvie a répondu en lisant la liste des antonymes que fournit le Cnrtl au terme amitié, alors que Michel proposait tout simplement inimitié. Françoise (P.) a alors demandé si on était d’accord que dans l’amitié il y a aussi de l’amour, à quoi Michel a répondu qu’effectivement, il y a de l’amour dans l’amitié, mais que ce n’est pas le même amour que dans un couple ou l’amour entre parents et enfants. Du reste, le sens de l’amitié a été dévoyé par l’usage omniprésent de Facebook, où l’on peut avoir des milliers de friends (sont-ce des amis? Michel a réduit de 2/3 la liste de ses contacts pour la limiter à des gens qu’il connaît personnellement et dans la « vraie » vie). La discussion a alors glissé sur les usages de ce moyen de communication – personnel, professionnel –, comme mode de contact personnel ou de groupe et d’information (réception et/ou diffusant) pour certains et pas pour d’autres. Betty a mentionné qu’elle s’en servait entre autres pour diffuser des informations sur les concerts qu’elle donne, annonces qui sont vues par nombre de ses contacts au vu des « likes », mais, ajoute-t-elle, aucune personne venue à ses concerts ne l’a appris par Facebook, en d’autres termes Facebook n’a pas vraiment servi cette finalité. Ce qui n’étonne pas vraiment Michel : la majorité des gens qui cliquent sur une des vignettes de « like » n’a fait que regarder l’image et éventuellement son sous-titre, mais n’a pas pris le temps de cliquer et de lire la page qui se serait ouverte avec l’information détaillée [comme quoi, c’est finalement l’équivalent d’un tweet]. Françoise (C.) s’en sert surtout pour communiquer avec tous ses amis égyptiens et échanger des articles, des photos, des idées et des opinions…

Sur ce, après avoir levé le coude, on leva la séance.

5 mai 2020

Apéro virtuel XLIV : les maux mots pour le dire : leurs formes, leurs prononciations, leurs origines étrangères ; la langue d’Einstein et l’autre Einstein.

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts — Miklos @ 0:54

Affiche annonçant ce dont parlera Michel. Cliquer pour agrandir.

Lundi 4/5/2020

Les deux premiers arrivants, Sylvie et Jean-Philippe, ont tenté de dé­crypter l’arrière-plan de l’écran de Michel, que l’on peut apercevoir ci-dessus. Après quelques fausses routes – notamment une assez créatrice de Sylvie, « Omo lave plus blanc le virus qui donne des statistiques encourageantes après avoir été enfermé dans les arènes » –, ce furent Sylvie et Jean-Philippe qui y parvinrent, la première en prononçant Homographes.un des deux mots sans même s’en rendre compte, le second en en devinant Homonymes (il s’agit d’une gravure des arènes de Nîmes).le second, révélant ainsi ce dont Michel allait parler.

Michel commença par montrer une liste – fort partielle – de mots se pro­non­çant à l’identique (ou quasiment), à l’instar de « l’ai, l’ais, l’ait, l’aient, lai, laid, laids, laie, laient, laies, lais, lait, laits, lé, lés, lès, les, lez » (le plus grand nombre d’homo­nymes dans cette liste : 18). Il a composé cette liste à partir de mots qui lui venaient à l’esprit, enrichis de diverses sources, et notamment d’un article de Ludovic Ferrand, « 640 homo­phones et leurs carac­té­ris­tiques » (publié dans L’Année psychologique en 1999) ainsi que du génial Trésor de la langue française. Ce faisant, il a découvert des mots dont il ignorait non seulement le sens, mais l’existence même : Coulée de laves scoriacées, constituant un terrain hérissé, rugueux et infertile (dans le Massif central).cheire (ce qui a fait dire à Sylvie qu’elle avait travaillé pour un endroit à proximité de Clermont-Ferrant, Les Cheires), 1. Manteau court. 2. Jupe d’acteur dans un rôle de personnage antique. 3. Petite brosse en soies de porc, utilisée par les orfèvres.saie ou 1. Visage. 2. Figure de cire soumise à certains mauvais traitements, que la personne représentée par cette figure est censée subir elle-même.voult, entre autres. Il a révélé le moyen mné­mo­tech­nique qu’il s’était inventé il y a fort longtemps pour ne pas confondre Flânerie, promenade sans but précis.balade et 1. Pièce vocale et instrumentale destinée à la danse. 2. Composition instrumentale qui illustre le sujet d’iun poème de même dénomination. 3. [Au Moy. Âge ou par imitation du Moy. Âge] Poème formé de strophes égales terminées par un refrain et d’iun couplet final plus court appelé envoi. 4. Poème ayant pour sujet une légende populaire ou un épisode historique.ballade : quand on se promène, on marche sur ses deux jambes, et donc, par esprit de contradiction, c’est le mot qui n’a qu’un l qui le dénote, ce pourquoi Sylvie l’a remercié, ayant elle aussi du mal à se rappeler lequel utiliser dans quel cas. À ce propos, Françoise (P.) a fait l’analogie sur une des méthodes pour se rappeler la diffé­rence entre le chameau et le dromadaire : dromadaire com­mence par d, mais il n’a pas deux bosses, mais une (et le chameau deux). [Saviez-vous qu’il existe une Ballade du chameau joyeux et qu’on peut faire des balades à dos de dromadaires dans l’Aveyron?] Jean-Philippe a remarqué que la ville de Sète manquait dans la liste des homonymes de « cette ». Sur ces entre­faites, Michel est passé aux mots qui s’écrivent à l’identique mais se pro­noncent diffé­remment (cf. ci-contre) et a lu quelques exemples bien tournés, celui d’Alphonse Allais étant son préféré, et avec un petit faible pour le passage d’un auteur inconnu qui joue sur bon nombre de paires d’homo­graphes. Il a rajouté que le sens, évident à nous tous, serait sans doute assez difficile à saisir par une « intelligence artificielle » (dont un participant avait chanté les louanges hier). Pour preuve, à la rédaction de ce compte-rendu, on a fourni le texte original au traducteur de notre AMI à tous, et le résultat a confirmé ces doutes : il lui a été impossible de distinguer les deux « couvent », les deux « ils », disant en somme que les poules du couvent étaient un couvent et que les fils (dans le sens d’enfant mâle, « son » en anglais) ont cassé les fils (idem, et non pas le pluriel de « fil »).

Sylvie a pris la parole pour proposer une suite aux devinettes d’hier. En première partie, elle a montré des mots français d’origine gauloise, et proposé trois sens possibles, il fallait deviner le bon : Portion de cours d’eau.bièvre, Un chiffon.drille et Un jeune saumon.tacon. Après avoir donné la répartition géographiques de quelque 4 000 mots en français, Sylvie nous a proposé de deviner le pays d’origine de quelques mots : Perse.pyjama, Turquie.cravache, Chine.kaolin, AllemagneBernard et Thibaud et Allemagnebordel. L’ouvrage où Sylvie a puisé ces curiosités est L’aventure des mots français venus d’ailleurs de Henriette Walter.

Jean-Philippe a alors proposé des mots anglais dont il fallait trouver l’origine française (disparue depuis) : Cabriolet (lui-même dérivé de cabri).cab, Quelque chose.kickshaw, Perruque.wig et Appentis.penthouse. La source de ces étymologies est Liaisons généreuses de Thora van Male cité la veille. Au cours de la discussion qui a suivi, sur les origines étrangères de mots (anglais en français et inver­sement), Sylvie a demandé si quelqu’un, à part Michel, con­nais­sait l’origine des mots L’hébreu, in Genèse I:2 (passage cité à plusieurs reprises par Michel lors de son intervention d’avant-hier sur les traductions de la Bible) qui parle de l’état de la Terre juste après sa création.tohu bohu et L’hébreu aussi : nom d’une localité près du lac de Tibériade signifiant « village de Nahum », que Jean-Philippe dit avoir visité.capharnaüm.

Françoise (C.) a survolé les langues sémitiques, leurs origines et leur place dans la famille des langues. Sylvie a alors affiché l’arbre linguistique de ces langues qui montre les rapports entre elles. Si quelques-unes de ses langues les plus connues sont toujours bien vivantes – telles l’arabe, l’amharique (en Éthiopie) ou l’hébreu… –, il y a aussi parmi elles l’araméen, qui était le verna­culaire des juifs exilés après la destruction du Premier Temple. De nos jours, il est encore parlé en diverses variantes par des petites communautés chré­tiennes et juives entre le nord du Liban et la Syrie (cf. aussi la confé­rence qui s’était donnée à son propos au musée d’art et d’histoire du Judaïsme en 2015). Françoise dit avoir entendu en Syrie un petit garçon chanter en araméen le Notre Père. L’araméen, à l’instar des autres langues sémi­tiques, se carac­térise par une prédo­minance de racines trilitères (trois lettres), toutes des consonnes. Ce qui reste un mystère pour Françoise, c’est l’évo­lution de ces langues à partir d’une même langue-mère, qui a produit des langues fort diffé­rentes d’un pays ou d’une région à l’autre. Michel a remarqué que toutes les langues ne cessent d’évoluer loca­lement surtout (ce qui contribue à la diffé­ren­tiation plus on s’éloigne de son centre de pouvoir – ainsi le latin de l’empire romain a donné « naissance » à nombre de langues latines diffé­rentes les unes des autres), et ainsi le français qu’il parlait enfant n’est plus vraiment iden­tique à celui que parlent les enfants d’aujourd’hui.

Françoise (P.), continuant la lancée sur le thème des langues, nous a montré celle, célèbre, du non moins célèbre Albert Einstein et révélé pourquoi il l’avait tirée : « J’ai toujours eu de la difficulté à accepter l’autorité et, ici, tirer la langue à un photographe qui s’attend sûrement à une pose plus solennelle, cela signifie que l’on refuse de se prêter au jeu de la représentation, que l’on se refuse à livrer une image de soi conforme aux règles du genre. », aurait-il dit. Après sa mort, on aurait trouvé que les deux hémisphères de son cerveau étaient quasiment de la même taille, « signe de génie »… Il aurait eu un QI de 160, un des plus hauts jamais identifiés. L’homme le plus intelligent du monde de nos jours serait un mathématicien australien, dont le QI est « stratosphérique » : 230. À quoi Michel a demandé : mais est-ce que cela rend son détenteur heureux ? Il semblerait que le QI de Sharon Stone, belle et intelligente, donné comme étant à 159, aurait été quelque peu enflé… Différence de TVA ? Jean-Philippe a raconté une blague concernant Einstein et… Brigitte Bardot qui lui aurait proposé de faire ensemble un enfant, qui aurait sa beauté à elle et son intelligence à lui, à quoi il avait répondu, « Et si c’était l’inverse ? ». Sylvie dit l’avoir entendue à propos d’Alphonse Allais [je savais que BB était vieille, mais à ce point?]. Françoise (C.) se demande si la structure de son cerveau a quelque chose de particulier, du fait qu’elle possède l’oreille absolue. Michel a alors mentionné Alfred Einstein, très important musicologue de la première moitié du XXe siècle, auteur de nombreux ouvrages (pour certains traduits en français). On ne sait s’il était apparenté à Albert Einstein – même s’ils étaient quasiment contemporains et qu’Albert Einstein aimait la musique –, selon l’Encyclopædia Britannica ils étaient cousins germains, alors qu’Universalis indique « qu’aucun lien de parenté avec Albert Einstein n’est avéré ».

Sur ce, après avoir levé le coude, on leva la séance.

4 mai 2020

Apéro virtuel XLIII : ah, cette marquise ! langues – origines, traductions, étymologies, homophonies

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts, Langue — Miklos @ 1:44

Hommes au phone – Homophones

Dimanche 3/5/2020

Une fois le quorum (50 % de Françoises) atteint, Michel a raconté comment il s’est rendu compte que la fameuse lettre de la marquise de Sévigné, si vibrante d’actualité qu’elle circule partout sur l’internet depuis deux ou trois jours, n’était pas de la plume de Marie de Rabutin-Chantal : il l’avait recherchée, à la date qu’elle indiquait pour sa rédaction, dans les volumineuses archives de la correspondance de la fameuse épistolière, en vain. Il s’avère donc que c’est un pastiche. Mais de quand date-t-il ? Il a montré aux trinquants une publication de cette même lettre datant du 30 avril 2003 (c’était en plein épidémie de SRAS), leur conseillant de lire le commentaire qui la suit. On ne peut que constater que toute « information » sur l’internet peut être faci­lement manipulée, transformée, voire inventée. Françoise (C.) a parlé de photos de gens faisant la queue devant un supermarché : selon l’angle de la prise de vue, on peut penser qu’ils sont collés les uns aux autres, alors qu’ils sont en fait à bonne distance les uns des autres.

Françoise (P.) avait choisi de parler de la langue dans les opéras. Par le passé, il était commun de traduire le livret d’opéras composés à l’étranger pour une production locale. Même si cette pratique existe encore dans certaines salles, il est bien plus commun de les produire dans leur langue d’origine, tout en projetant la traduction en surtitre ou sur des écrans latéraux (voire sur des petits écrans individuels), ce qui permet aux spectateurs de comprendre ce qui se chante. Les sur­ti­trages (ou leurs alternatives) sont aussi souvent projetés même quand le livret est écrit dans la langue locale, du fait de la difficulté de comprendre la diction de certains solistes (locaux ou étrangers…). Or le changement de langue de performance n’est pas neutre, toute langue ayant sa « musique » particulière : le même air ne rend pas de la même façon selon la langue dans laquelle il est chanté. Françoise l’a illustré par deux extraits de la plus que célèbre Habanera de l’opéra Carmen, l’une en allemand par Emmy Destinn (soprano tchèque, 1878-1930), l’autre en russe par Maria Maksakova (mezzo-soprano russe, 1902-1974), combinés de façon à ce que les cantatrices alternent les phrases. À ce propos, Michel a raconté avoir chanté en hébreu dans l’opéra comique H.M.S. Pinafore de Gilbert et Sullivan alors qu’il était au lycée, et dans Down in the Valley de Kurt Weill alors qu’il était au Technion (tous deux écrits à l’origine en anglais). Françoise (P.) ayant dit qu’à Bayreuth les opéras – tous de Wagner – étaient produits sans aucun surtitrage, Françoise (C.) a raconté qu’à l’English National Opera (à Londres) toutes ses productions – que ce soit Mozart, Verdi ou Strauss – sont en anglais quelle que soit l’origine de l’opéra. Elle a ajouté avoir entendu un Barbier de Séville chanté en russe à Saint-Petersbourg.

Sylvie a enchaîné en exprimant d’abord son étonnement que, lors de la présentation de Jean-Philippe de la veille concernant l’origine des langues, aucune mention n’ait été faite d’André Leroi-Gourhan (1911-1986) et de son ouvrage Le geste et la parole (1967). Il semblerait que « les modernes » ne le mentionnent pas [quoi qu’on trouve, par exemple en 1995, des critiques intéressantes de son approche]. Selon lui, le langage commence par les pieds – en fait, par la station verticale qui le distingue des animaux – , mais aussi de la descente du larynx [ce qui semble contesté aujourd’hui, cf. cet article] et du développement de la zone de Broca dans le cerveau humain. Michel est étonné par cette approche : les grands singes ont aussi la capacité de se tenir debout, les perroquets peuvent reproduire convenablement la parole humaine sans avoir les caractéristiques anatomiques suscitées. Enfin, l’acquisition du langage ne peut se faire que dans la plus tendre enfance, comme le démontre l’incapacité des « enfants sauvages » à (ré)apprendre à parler une fois rentrant dans la société humaine. Selon Sylvie, le singe peut se redresser mais n’a pas de posture verticale, et quant aux enfants sauvages, ils ont acquis le langage, une capacité à s’exprimer, très rapidement [ce qui est contredit par cet article]. Jean-Philippe a alors dit que ce qu’il avait présenté hier visait à montrer l’intérêt de la démarche de Chomsky et d’autres était d’aborder de façon transdisciplinaire la question du langage humain. Ensuite, le développement de l’intelligence arti­ficielle permet bien mieux de comprendre le langage. Selon Michel, les traductions automatiques échouent face à des textes complexes et riches (littéraires, par exemple), alors que les humains capables de faire de la traductions simultanée, chapeau !

Jean-Philippe propose alors un jeu linguistique, tiré de l’ouvrage Les liaisons généreuses. L’apport du français à la langue anglaise de Thora van Male : trouver l’origine française (disparue) d’un mot anglais : Atourner (assigner en justice).attorney, Fouaille (bois de chauffage).fuel, Bouteiller (officier servant de haut niveau dans la cour du roi, chargé de l’intendance du vin).butler, Mousseron (champignon comestible appartenant à la famille des Agarics).mushroom.

Michel a montré une brève liste d’homo­phones en français (voir ci-contre). Par exemple, au – aux – aulx – eau – eaux – oh – ho – ô – haut – hauts, ou encore chair – chairs – chaire – chaires – cher – chers – chère – chères – cheire – cheires (ces deux dernières dénotant dans le Massif central une coulée de laves scoriacées). Mais il a aussi montré un cas d’homophonie entre deux langues : le mot en hébreu affiché au milieu, signifiant « chance, probabilité », se prononce (comme Sylvie a pu nous le faire entendre)… « sikouy », que l’on épelle différemment en français, comme le fait si brillamment le poète Germain Nouveau (1851-1920) in Ignorant.

Sur ce, après avoir levé le coude, on leva la séance.

3 mai 2020

Apéro virtuel XLII : langue(s), ou, Madame de Sévigné aurait mieux fait de tenir la sienne…

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts — Miklos @ 0:59

Expressions provenant du Trésor de la langue française, à l’exception de langue de bois qui, curieusement, en est absente.
Cliquer pour agrandir.

Samedi 2/5/2020

Le thème proposé étant celui de « langue(s) », Michel a d’abord affiché une partie de la pierre de Rosette (reconnue quasi instantanément par Jean-Philippe) de façon à apercevoir les trois langues qui la recouvrent, dont l’une n’a pas de mystère pour Françoise (C.), qui nous avait appris à déchiffrer les hiéroglyphes : il avait décidé de parler traduction, et plus spécifiquement, de quelques-unes des tous premiers versets de la Genèse, toutes de l’hébreu original vers le français, et à cet effet il avait affiché une partie des deux folios de la Bible de Souvigny (qui date du dernier quart du XIIe s.) illustrant ce passage. Il a d’abord cité celle d’André Chouraqui (1987) – plus littérale tu meurs –, puis une version automatiquement chtimisée de celle de Zadoc Kahn (1899) – intitulée « L’Gueule ed’ bois traduite deul’ nig’doul original par les membres deul’ quinquin français chous l’targniole ed’ M. Zadoc Kahn, grand rabbin » –, suivie d’un extrait de la traduction de Fabre d’Olivet – en rendant simultanément ce qu’il dit constituer les trois sens, « l’un propre, l’autre figuré, le troisième hiéroglyphique » (plus tarabiscoté tu meurs) – et enfin sa version favorite, celle de Sébastien Castellion (1555), dans une excellente édition de Bayard avec une préface de Jacques Roubaud, qui rend compte de l’extraordinaire (pour son temps) approche du traducteur visant à produire un texte compréhensible pour tous, et son non moins extraordinaire courage dans son opposition à Calvin, qui est le sujet de Conscience contre violence de Stefan Zweig. On trouvera ici ces extraits (et quelques autres).

Françoise (C.) nous a lu « une lettre de Madame de Sévigné à sa fille », parlant du confinement de tous à Paris par le roi et Mazarin du fait de l’épidémie et qui circulerait beaucoup sur l’internet ces derniers jours. Problème : quand on l’a recherchée dans diverses éditons des lettres de la célèbre marquise en rédigeant ce compte-rendu, il s’avère… qu’elle ne s’y trouve pas. Est-ce pour cela que cette prétendue lettre parle du Menteur de Corneille ? Trop « approprié » pour être vrai, comme nombre de citations courtes ou longues sur l’internet, ce pastiche ne manque ni d’humour ni de réussite médiatique. Tout de même, d’aucuns l’ont aussi identifiée pour ce qu’elle est, en en donnant la source (réelle ou non), et on signale en passant qu’il en existe une version datée du 30 avril 2003.

Sylvie a alors enchaîné sur la langue de serpent, pierre précieuse formée par la fossilisation d’une dent de requin qui avait pour fonction de détecter les poisons dans un breuvage. À ne pas confondre avec la langue de vipère – serpent qui aurait tenu son nom d’un Romain à la langue fourchue, Viperius. Ce dernier a bien existé, mais sa parti­cu­la­rité anatomique et la raison invoquée pour l’émergence de cette expression (et notamment le prénom de celle qu’il courtise, Angelina, étant d’usage récent) semblent produites par un proche de la susdite marquise de Sévigné.

Françoise (P.) a évoqué des expressions utilisant le mot « langue », à l’instar de la langue des signes, la langue de Molière, avoir une langue bien pendue, la langue de bois, la langue des fleurs, la langue du cœur… jusqu’à la langue de pute. Puis elle a mentionné les langues les plus parlées au monde : le chinois, l’espagnol, l’anglais, le hindi, l’arabe… Curieusement, le polonais serait la 15e langue parlée dans le monde, suivie par l’indonésien. Selon un article du Monde de 2018, le français pourrait devenir la langue la plus parlée en Afrique, voire dans le monde selon une autre source. Françoise a terminé en disant que ses langues préférées étaient celle du cœur et celle de la musique. Michel serait curieux de savoir comment, dans ces statistiques, sont définies des langues telles que l’arabe ou le chinois, qui ont de nombreux dialectes. Il en a profité pour citer la source des expressions de son fond d’écran que l’on peut voir en illustration ci-dessus. Françoise (P.) s’est demandée si l’on connaissait l’origine du nom de famille « Lang ». Outre le fait que c’était d’apparence un nom provenant d’Europe centrale, nul n’a su y répondre. En écrivant ce compte-rendu, on a trouvé sur le site de généalogie Geneanet qu’il proviendrait « d’Allemagne ou d’Alsace-Lorraine, ce nom est un sobriquet désignant un homme grand (lang = long) ».

Enfin, Jean-Philippe, curieux de savoir quand, historiquement, s’était posée pour la première fois la question de l’origine des langues, a trouvé une controverse extraordinaire au tout début du IIe livre d’Hérodote, écrit au Ve s. avant J.-C. : celle où le pharaon Psam­mi­tichus voulait démontrer expérimentalement que les Égyptiens étaient le premier peuple et non pas les Phrygiens comme ils le reven­di­quaient, en remontant à l’origine des langues parlées : isoler deux enfants depuis leur naissance de toute personne parlante, et de voir quel serait le premier mot qu’ils prononceraient. Ce fut un mot phrygien… Jean-Philippe a ensuite fait un rapprochement (osé, dirions-nous) entre cette méthode et une théorie de Noam Chomsky – qu’il a lue dans L’instinct du langage de Steven Pinker –, selon lequel la langue n’est pas une construction culturelle se transmettant de génération en génération, mais que l’être humain est « précâblé » pour le langage – vocabulaire, syntaxe, grammaire (on trouvera ici une critique brève – et cinglante – de cette approche – trouvée lors de la rédaction de ce compte-rendu).

Sur ce, après avoir levé le coude, on leva la séance.

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