Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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24 novembre 2020

Apéro virtuel II.23 – mardi 24 novembre 2020

Classé dans : Arts et beaux-arts, Littérature, Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 23:59

Place de la Concorde, ca. 1982. Photo : Miklos.

Jean-Philippe, Léo, Françoise (C.) et Sylvie arrivent rapidement l’un après l’autre. La dernière arrivée prend la parole la première pour informer les présents qu’elle devra quitter l’apéro bientôt pour une conférence zoom « Après les élections américaines » sur le site de Jcall ; Léo s’empresse de remarquer qu’elle s’était tenue hier, et qu’il y avait assisté (d’où son absence de cet apéro-là)… Tant pis pour Sylvie (elle pourra tout de même en regarder la vidéo, quand elle sera mise en ligne), tant mieux pour les autres, elle partagera l’intégralité de cet apéro-ci. Elle en profite pour mentionner que le festival du cinéma israélien de Paris aura lieu en ligne du 25 au 29 novembre, mais comment fait-on pour s’inscrire ? La réponse : on choisit un film ici, on clique sur l’imagette, on choisit la séance, et puis on achète sa place.

Entre temps, Léo en profite pour s’affubler d’une petite moustache à la Hercule Poirot, grâce aux effets spéciaux de Zoom. Jean-Philippe suit son exemple par d’autres moyens et se transforme en un des frères Marx. Quant à Michel, il garde la sienne, naturelle(ment). Sur ces entrefaites, Françoise (P.) se joint à l’apéro. Léo explique alors que son arrière-plan est une des illustrations de sa prochaine intervention sur les Lois de la robotique d’Asimov (auteur que Michel avait brièvement évoqué il y a dix jours), et mentionne leur rapport entre les robots, les super héros (d’où l’illustration de Stan Lieber) et le Golem, nom provenant de l’hébreu, apparu pour la première fois dans la Bible (Psaume 126 selon Léo ; non, mais presque) et dont le sens originel était : masse brute, inerte (en hébreu contem­porain, le mot sert aussi d’insulte pour qualifier quelqu’un de parti­cu­liè­rement bouché). Il dénote une créature, à l’origine masse inerte de terre ou d’argile, qu’une personne – dotée de pouvoirs ou de savoirs particuliers – peut animer, en général en lui écrivant sur le front un mot (le nom ineffable de Dieu, ou alors le mot hébreu signifiant « vérité ») ; doté de force quasi surhumaine, son rôle est d’aider son inventeur jusqu’à ce que celui-ci efface le mot (ou une partie ; dans le cas du mot « vérité », si on en supprime la première lettre, il se transforme en un autre mot, signifiant « mort »). C’est d’évidence l’illustration du fantasme de l’homme d’égaler son Créateur en en devenant un lui-même en insufflant la vie dans l’inerte… Le personnage du Golem apparaît au fil des siècles dans des légendes, notamment celle du MaharalMot hébraïque composé des initiales de « Notre maître le Rabbin Loew »., chef spirituel de la communauté juive de Prague au XVIe siècle, et qui aurait créé un Golem qu’il pouvait animer selon que de besoin ; dans la littérature, à l’instar du roman éponyme de Gustav Meyrink, publié en 1915, ou celui d’Isaac Bashevis Singer ; et évi­demment à l’écran dès le début du XXe siècle et dans les bandes dessinées (on pense à Superman, et plus récemment à Johann Sfar). Quant au mot robot, il a été inventé par l’écrivain tchèque Karel Čapek (1890-1938) pour sa pièce de théâtre R.U.R., à partir d’une racine slave qui veut dire « travail ». Parmi les nombreux person­nages inspirés par le Golem, on évoque la créature du Frankenstein de Mary Shelley, ou le balai animé dans le poème L’Apprenti sorcier de Goethe et qui à son tour a inspiré le poème symphonique éponyme de Paul Dukas, qui fait son apparition dans le film d’animation Fantasia de Walt Disney. Enfin, si vous avez peur des robots, lisez ce qu’a écrit Sylvie à ce propos.

À la question de Françoise (C.) sur le noir-et-blanc de son incarnation, Michel explique qu’elle est due à la présentation qu’il va faire, et qu’il illustre par la photo en arrière-plan – une vendeuse de marrons, deux policiers coiffés de képis (ça date) et une camionnette de vente de glaces, qu’il avait prise sur la place de la Concorde vers 1982. Avant que de passer à la présentation en question, il affiche une photo extraordinaire (cf. ci-contre, cliquer pour la source) d’insectes à l’apparence de branches et de feuilles (appelés phasmes, merci Jean-Philippe et Léo), qui leur permet de se dissimuler soit pour se protéger de prédateurs, soit pour attraper une victime ne soupçonnant pas leur présence. Jean-Philippe mentionne qu’on peut en acheter à Paris, à la Ferme Tropicale, 54 rue Jenner dans le 13e arrondissement. À propos d’insectes prédateurs, Françoise (P.) raconte avoir vu une émission qui montrait à quelle point la jolie et gentille (d’apparence !) coccinelle est un terrible prédateur dès son état larvaire.

Michel passe à sa présentation, celle d’une trentaine de photos en noir et blanc – mises en ligne sur Facebook – du Paris des années 1950 de Sabine Weiss, qui, à 96 ans, est la dernière repré­sen­tante de l’école humaniste, incarnée par Doisneau, Ronis ou Brassaï ; comme on peut le voir sur son site et dans la vidéo ci-dessus – et, comme le signale Jean-Philippe, comme on peut l’entendre dans Boomerang d’il y a une dizaine de jours –, elle est toujours alerte et active, et vient de décrocher le Prix Women In Motion 2020 (attribué par Kering et Les Rencontres d’Arles) pour la photographie. Ces photos, accompagnées de leur titre et d’informations concernant la photographe, ont été mises en ligne par un profil Facebook « John d’Orbigny Immobilier », profil qui ne contient que des photos et des vidéos plus remarquables les unes que les autres du Paris d’époque. Patrick Marsaud, dirigeant de cette agence, s’en explique ici. Pour certaines, elles rappellent à certains des présents des souvenirs d’enfance, par exemple les chaises dans les jardins publics (ci-contre au Jardin du Luxembourg, en 1952) qu’il fallait payer (à une chaisière) pour pouvoir s’y asseoir, la fumée des locomotives dans les gares, les amoureux qui s’bécottent sur les bancs publics… Françoise (P.) se souvient des tentures (de deuil, funèbre, mortuaire…), draperies noires accrochées au-dessus et sur les côtés de la porte d’entre de la maison d’un défunt, avec les initiales de son nom au centre, le registre de condoléances dans le hall… ; des enterrements de 1ère, 2e et 3e classes… : des marchands de glaces qui passaient avec un cheval en criant « Glaces ! Glaces ! Glaces ! »… Michel, lui, se souvient des vitriers (et de la chanson qui en parle). Sylvie mentionne le groupe Facebook « DOISNEAU ou Ce Paris Disparu », avec des photos et des petites histoires du Paris des années 1950. Françoise (C.) mentionne le groupe « J’aime Paris » (mais comme il y en a plusieurs qui portent ce nom, difficile de savoir lequel !). Quant au noir et blanc des photos, pour Michel, il correspond si bien à Paris, ville qui, pour lui, est en noir et blanc et tous les gris intermédiaires, ce qui n’enlève rien à son charme, sa profondeur, sa légèreté ou sa noirceur.

Françoise (P.) présente la petite vidéo ci-dessus, mais tous sauf Léo l’avaient déjà vue (elle date de juin) ; on décide d’un commun accord de la signaler dans le compte-rendu – dont acte – et d’en arrêter la diffusion. Françoise montre alors un livre consacré au Bauhaus (1919-1933), qu’elle a acheté après avoir vu la récente expo­sition consacrée à ce mouvement qui s’était tenue au Centre Pompidou. Elle men­tionne avoir été parti­cu­liè­rement inté­ressée par les dessins, les objets, qui ont été créés à cette époque, ainsi que le mouvement intel­lectuel qui l’accom­pagnait. Après cette expo­sition, il y en a eu une autre non moins intéressante – mais différemment – sur les cocottes (non, pas l’instrument culinaire) et les endroits mal famés.

23 novembre 2020

Apéro virtuel II.22 – lundi 23 novembre 2020

Classé dans : Arts et beaux-arts, Littérature, Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 23:59

Gregory Crewdson, Alone Street, 2018-2019.

Françoise (C.) identifie bien les US dans l’arrière-plan de Michel, mais elle n’y a visité que Washington et New York (à plusieurs reprises). Michel, lui, y a vécu pendant cinq ans, et a pu y voir une (petite) partie de la variété des villes et des paysages, pour certains splendides. Françoise a aussi visité le Canada, où elle a remonté les rives du Saint-Laurent depuis Ottawa jusqu’à Québec, Bona­venture… mais, à la question de Michel, elle n’est pas passée par Saint-Louis-du-Ha ! Ha !, qu’il avait traversé dans son parcours en voiture au Québec rien qu’à cause de son nom.

Sylvie arrivée, elle relate son rôle d’animatrice dans le passé – profes­sion­nellement, d’abord, dans le domaine du marketing (des « focal groups », en bon français de marketing), mais aussi dans des réunions publiques de démocratie participative, dans le cadre du projet Clichy-Batignoles.

Jean-Philippe, puis Françoise (P.) s’étant joints à l’apéro, chacun indique ce qu’il a dans son verre. Non, répond Jean-Philippe à une question, ce n’est pas du champagne, mais du coca. Quant à Sylvie, elle entonne Quand je bois du vin clairet – tout en précisant que dans le sien (saumur blanc) il y a du miel, du gingembre, de la cannelle et « d’autres épices » – puis commence son exposé : « C’est dans la nuit du 21 novembre (on remarquera la proximité de l’anniversaire de cet événement) ou 18 juillet de la même année que les frères Fauderche ont jeté les bases de cet extraordinaire appareil dont la conception révolutionnaire risque de bouleverser toutes les lois communément admises tant dans le domaine de la physique nucléaire que celui de la gynécologie dans l’espace… » On aura reconnu (enfin, pas tout le monde) Le Schmilblick des frères Fauderche de Pierre Dac, que l’on peut entendre dans son intégralité ci-dessus, l’appellation « schmilblick » provenant vraisemblablement des deux mots yiddish « schmil » (de « schlemiel », imbécile, idiot) et « blick » (regard).

Michel dit préférer de loin l’humour d’un Pierre Dac (sous-entendu : à celui d’un Devos). Françoise (P.) aime beaucoup l’incon­gruité des quatre… frères Marx (il ne s’agit pas de Karl et de ses sept frères et sœurs), à quoi Michel rajoute que, pour un humour en langue étrangère qu’on maîtrise moins bien que sa langue maternelle, c’est souvent cette manifestation – le comique de situation – qu’on est à même d’apprécier plutôt que celui basé sur la richesse de cette langue et de la variété des jeux de mots qu’elle peut offrir.

Françoise (P.) se tourne vers Francis Blanche, grand comparse de Pierre Dac, très cultivé (il a été le plus jeune bachelier de France, à l’âge de 14 ans) et en lit une vingtaine de citations bien tournées et que l’on retrouvera, avec d’autres, ici. Parmi ses autres œuvres : les Signé Furax avec Pierre Dac. Sylvie se souvient les avoir entendus régulièrement les dimanches sur Paris Inter ; et, dans le même esprit, elle cite un de ses oncles, qui avait un sens de l’humour quelque peu pince-sans-rire : « Il vaut mieux se laver les dents dans un verre à pied que se laver les pieds dans un verre à dent. »

Rebondissant sur un épisode de l’apéro d’avant-hier, Jean-Philippe nous lit un texte qui commence ainsi : « Je suis allé pour la première fois à Paestum dans les années cinquante. Avec Simone de Beauvoir et Sartre, nous passâmes là presque un jour entier, du dur soleil de midi à la nuit tombante, en laissant aux colonnes doriques le temps de blanchir jusqu’à l’os. Je suis revenu à Paestum à tous les âges de ma vie. » Puis plus loin, « C’est bien plus tard, puisqu’elle n’a été découverte qu’en 1968, que j’ai vu pour la première fois, sans pouvoir m’en arracher, la tombe du divin plongeur. Souvent j’étais resté trop longtemps dans l’enceinte des temples, arrivant au musée après la fermeture, ou, d’autres fois, le trouvant en travaux, qui pouvaient durer des semaines ou des mois. Jamais je n’aurais imaginé être touché en plein cœur, tremblant et bouleversé au tréfonds de moi-même, comme je le fus le jour où il m’apparut, arc parfait, semblant plonger sans fi n dans l’espace entre la vie et la mort. Plongée poignante, car il est véritablement dans le vide, sa chute ne s’arrêtera peut-être jamais, on ne comprend ni d’où il s’est élancé, ni où il s’abîmera. Ce n’est peut-être pas une chute, il paraît planer. Si je cherche une permanence, une cohérence, une unité à ma vie, ou aux cent vies dont on dit qu’elles furent miennes, le divin plongeur — c’est le nom, au musée de Paestum, de la fresque qui ornait le plafond de sa tombe — occupe une place centrale, qui n’est pas seulement d’ordre esthétique, contemplation de l’art et de la beauté, mais pour moi opératoire aussi, indissolublement esthétique et opératoire. »

Il s’agit des premières pages de la préface de l’ouvrage Le Divin Plongeur de Claude Lanzmann (Gallimard NRF 2012, replublié dans la collection Folio), « recueil de textes écrits, eux aussi, à différents âges de [sa] vie, en des occurrences radicalement étrangères les unes aux autres, publiés dans des revues, des magazines, des quotidiens très divers, aujourd’hui introuvables, oubliés ou ignorés. »

Dans la conversation qui s’ensuit, on évoque les environs de Paestum, et notamment la côte amalfitaine, région splendide autant pour ses villes et villages que ses paysages. Michel se souvient encore de l’odeur enivrante d’un citron qu’il avait acheté dans un marché de Sorrente, qui lui rappelle celle de citronniers en fleurs et en fruits en Israël, ce que confirment et Sylvie et Françoise (P.).

Michel a récemment reçu un lien vers un article de Connaissance des arts, Le rêve américain : dans l’envers du décor avec Gregory Crewdson, consacré à une exposition des photos de Crowdson à la galerie Templon qui se trouve dans le même pâté de maisons que l’appartement de Michel.

Après avoir lu le tout premier paragraphe de l’article, où l’auteur décrit ainsi la photo en exergue :

« Égarée sur l’asphalte encore maculé de flaques, une vieille Buick stationne sur un carrefour désert. Depuis le porche de son immeuble, un homme tatoué contemple la scène une bière à la main, indifférent au landeau abandonné sur le trottoir. En face, clouées aux fenêtres, des planches de bois protègent une maison en brique d’un danger passé ou imminent. »

il remarque non seulement la faute d’orthographe, mais, en regardant de près la photo, que cette description ne correspond pas vraiment : la Buick ne stationne pas sur le carrefour mais s’est arrêté au feu orange, comme le requiert la loi américaine (on en aperçoit le conducteur qui regarde légèrement à sa gauche – pour voir si une autre voiture arrive ?) ; l’homme tatoué n’a rien à la main, celle-ci étant posée sur la balustrade de son porche ; la petite tache blanche devant sa main n’est pas une cannette de bière, ce pourrait être une bouteille de lait, mais est probablement une ouverture dans la balustrade opposée qui laisse entrevoir le mur de la maison mitoyenne ; la maison d’en face n’a des planches de clouées que sur une des fenêtres, et sur une des quatre petites ouvertures sous ces fenêtres, il est donc probable qu’elles s’y trouve parce que cette fenêtre était cassée. Par la fenêtre de gauche, on aperçoit comme une toile claire jetée sur des cartons ou des meubles, ce qui laisserait penser que cette maison est plutôt abandonnée, ce qui expliquerait son état dégradé.

En en discutant aujourd’hui, Jean-Philippe remarque que le feu tricolore qui se trouve au sol dans le caniveau devant la maison de l’homme tatoué était celui destiné aux piétons (celui du trottoir de gauche est encore debout), et l’on en aperçoit encore les accroches sur le poteau gris clair de droite, au bout duquel sont accrochés les feux destinés aux véhicules, habituellement suspendus au-dessus des carrefours plutôt qu’accrochés sur les côtés. Sylvie mentionne l’analyse qu’elle avait faite du comportement des conduteurs (en France) arrivant devant un feu orange. Sa conclusion ? sur 13 conducteurs, trois adoptent des comportements égocentrés, les 10 autres sont situationnels (sic).

Quoi qu’il en soit pour ces détails, Michel commente que ce type de maisons en bois, d’un étage, avec un porche, est très commun aux États-Unis, et pas nécessairement uniquement pour les plus pauvres (mais ici, comme dans d’autres photos de Crewdson, on perçoit bien que c’est un village paumé, ses habitants se trouvant dans une immensité désolée) : lorsqu’il y est arrivé pour faire ses études dans une des meilleures universités américaines, c’est dans une maison de ce style, en très bon état, qu’il avait loué une chambre.

Sur ce, on lève le coude puis la séance.

22 novembre 2020

Apéro virtuel II.21 – dimanche 22 novembre 2020

Deux jambières à spirales en bronze (fin du bronze moyen, vers 1250 avant J.C.).
Musée de l’archéologie nationale.

Jean-Philippe, Françoise (C.), Sylvie, Léo et Françoise (P.) étant arrivés, Michel présente le musée de l’archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye, en diffusant la jolie petite vidéo décrivant brièvement son intéressante histoire, « de demeure royale à écrin de la préhistoire », suivie des photos qu’il y avait prises lors d’une brève visite (contrainte temporelle…) il y a 6 ans : objets extraordinaires par la « modernité de leur design », alors qu’ils datent, pour certains de plus de 3000 ans en marbre, bronze, verre… : la fluidité des corps, de la vaisselle décorée finement, la complexité des motifs géométriques (à l’instar des jambières ci-dessus ou des dodécaèdres, photo n° 30), l’humour – du moins pour nous aujourd’hui, alors cela avait peut-être un sens profond – (photo n° 31). Comme le montre ce musée, la sculpture quasi « abstraite » de l’époque a influencé des sculpteurs contemporains (image n° 34).

À une question de Sylvie concernant les tablettes zodiacales (photos n° 28 et 29) qui lui semblent être en bois alors que la légende indique de l’ivoire, c’est bien de l’ivoire, comme précisé sur le site du musée pour cet objet. Le lieu lui-même mérite la visite (terrasse, parc…), ajoute Jean-Philippe, qui mentionne, entre autres objets dont Michel n’a pas parlés, la Dame de Brassempouy (et non la Vénus de Brassempouy…), excep­tion­nelle œuvre d’art préhistorique (cf. à droite), datant d’il y a 20 000 – 22 000 ans… En ce qui con­cerne la préhistoire, Jean-Philippe signale aussi l’exceptionnel musée national de la préhistoire aux Eyzies (en Dordogne), à proximité des principaux sanctuaires de l’art pariétal inscrits au patrimoine mondial de l’humanité, et créé au début du XXe siècle.

La moitié des présents étant membres actifs de chorales, Michel cite alors quelques Petites vacheries entre musi­ciens, réunies dans un livre par le compositeur Jean-Yves Bosseur et édité par Minerve et Fluide glacial, genre : Quelle différence y a-t-il entre le chef d’une chorale et un chimpanzé ?Il est scientifiquement prouvé que les chimpanzés sont capables de communiquer avec les humains., ou encore : Comment fait-on chanter deux chanteurs à l’unisson ?On en descend un., voire Pourquoi les chanteurs ne disent-ils jamais du mal des musiciens ?Parce qu’ils sont trop occupés à parler d’eux-mêmes., et enfin Combien de chanteurs faut-il pour changer une ampoule ?Un seul. Il tient l’ampoule et le monde tourne autour de lui.. Françoise (C.), une des choristes, demande alors : Quelle différence y-a-t’il entre une soprano et un piranha ?Le rouge à lèvres.. Sylvie, autre choriste et bachelière en mathématiques, pose l’énigme suivante : Un orchestre de 120 musiciens exécute la 9e Symphonie de Beethoven en 40 minutes. Combien de temps durera l’exécution de cette œuvre par 60 musiciens ? Soit M le nombre de musiciens et T la durée de l’exécution…On vous laisse faire le calcul tout seul comme un grand.

De là, la conversation glisse de la règle de trois à son apprentissage parfois difficile à l’école, agrémenté, comme le rappelle Françoise (P.), de problèmes con­cer­nant des baignoires et des trains… Léo, lui, dit n’en avoir jamais fait, ce qui fait demander à Michel s’il était allé à l’école, à quoi il répond que oui, mais tardivement. Il se souvient d’un autre problème, « Quelle est la plus longue distance d’un point à un autre ? »

Puis l’on évoque (de nouveau) les divers systèmes de désignation des classes : 11e, 10e, 9e, 8e, 7e, 6e… ; CP, CE1, CE2, CM1, CM2, 6e… en France, alors qu’en Israël et les pays anglophones par ordre numérique croissant ; on peut voir comment cela se passe dans bien d’autres pays dans ce tableau. Le système français confusionne Michel (et il n’est pas le seul, sans pour autant avoir été un petit Suisse, comme l’indique Léo) qui n’a connu que la méthode numérique décroissante (11e, 10e,…) ; confusion idem pour les diplômes universitaires français (DEA, DEUG, DESS, Maîtrise…), alors que durant ses études en Israël puis aux US il n’a connu que trois niveaux clairement identifiés : Bachelor, Master, Doctor. « On est en France », répond Sylvie, et en plus du système universitaires, on a les grandes écoles… Elle dit ne pas être sûre que l’unification « LMD » soit une bonne chose. Pour en revenir aux appellations des classes en France, on n’a pas trouvé de quand elles datent, mais on trouvera ici un article intéressant sur Les grandes lignes de l’évolution des institutions scolaires au XXe siècle. De son côté, Léo consultera son exemplaire du Patrimoine de l’éducation nationale pour tenter d’y trouver quand ces cycles ont été créés.

Après lecture de ce compte-rendu, Léo écrit ceci : « En ce qui concerne la distinction : CP, CE, CM, etc., pre­mières traces dans l’Arrêté sur l’orga­ni­sation péda­gogique et le plan d’études des écoles primaires publiques de Jules Ferry du 27 juillet 1882. »

D’accord, mais de quand date le décompte des classes de 11 à 1 (ce qui présuppose qu’il y avait déjà au moins onze classes à l’école) et (ensuite ?) le rajout d’une douzième, qui a dû s’appeler terminale pour éviter de renu­mé­roter toutes les classes précédentes ?

Puis on évoque la place de l’anglais aussi bien à l’école – où l’on commencerait de nos jours son étude bien avant la 6e, ainsi que, du temps de Michel, ce n’était pas le cas – qu’à l’université, où des cours se donnent parfois en anglais (surtout à destination d’étudiants étrangers). Mais est-ce que les jeunes Français maîtrisent-ils mieux cette langue qu’autrefois ?

Léo parle alors de l’introduction de la théorie des ensembles à l’école (en terminale, dans les années 1960) pour illustrer l’ambiguïté des langages – parlé (en l’occurrence par les élèves) et mathé­matique – et la difficulté que cela induit pour la compréhension : « Quel est l’ensemble des x tels que x est une voyelle ? » (mais x est une consonne, voyons !). Comme : « 3 fois plus » – est-ce qu’on parle ici de multiplication (« fois ») ou d’addition (« plus ») ? D’autres problèmes de compréhension concernent le contexte : « Votre père va au travail le matin, il prend le train à 8h16, qui a un retard de 10 minutes ; le trajet dure 30 minutes ; à quelle heure arrive-t-il ? ». Réponse : « Mon papa ne prend jamais le train ! Il prend sa voiture ! ». Il cite enfin une expérience dont parle Stella Baruk et qu’il a refaite qui montre comment l’autorité peut pervertir l’acqui­sition des connaissances : « Dans une classe, il y a 7 rangées de 4 élèves par rangée. Quel est l’âge de la maîtresse ? » 30 % des répondants disent : « Elle a 28 ans ». Pourquoi ? Parce que l’autorité a posé une question, il faut répondre, on s’accroche à toute information dans la question pour ce faire. Michel opine que, pour introduire l’abstrait, il faut savoir le faire à partir du concret, et peu d’enseignants savent procéder de cette façon : on enseigne (ou enseignait) plutôt à apprendre par cœur définitions et théorèmes que comprendre de quoi il s’agit. Sylvie parle alors de son expérience passée dans l’association Droit à l’école, où travaille aussi le beau-frère de Léo, à des jeunes (principalement d’Afrique sub-saharienne) et à qui manquent les bases de l’arith­métique (sans parler du fait qu’ils connaissent mal le français), ce qui fait dire à Françoise (C.) que le chauffeur de minibus qu’elle avait pris en Égypte pour 5 jours ne savait pas multi­plier son tarif quotidien par 5 – et contournait le problème en faisant 4 additions.

À propos de Stella Baruk : elle devrait en intéresser plus d’un(e) des zoomistes, puis­qu’elle est non seulement profes­seure de mathé­matiques et chercheuse en péda­gogie, mais aussi musicienne. On pourra l’écouter parler de la musique des mathé­matiques dans cette émission de France Culture, comme le signale Léo.

La conversation glisse alors sur les deux principaux systèmes de nommage des notes de musique : do, ré, mi… (issue de la première syllabe de chacun des vers de l’hymne à Saint Jean-Baptiste, datant du IXe siècle, avec ut pour le do), alors que dans le monde anglo-saxon la méthodes est bien plus simple : A (correspondant à notre la), B (ou H), C…, G. Ce dernier système a suscité chez nombre de compositeurs de composer des œuvres avec des mélodies construites sur un mot, à l’instar de B A C H, dénotant si, la, do, si (le H comme le B désignant le si), ou les Variations sur le nom « Abegg » pour piano de Schumann (Abegg étant sans doute le nom d’une dame que le compositeur avait rencontré et à laquelle il dédia cette œuvre – il n’avait que 20 ans et c’est son opus 1). Françoise (P.) raconte avoir utilisé ce principe pour faire réaliser des mélodies sur les prénoms de destinataires d’un cadeau d’anniversaire ou de mariage.

Pour finir sur une note plus légère, Léo fait écouter un monologue, sur une si belle soirée « au Théâtre-Français ou au palais de Chaillot, peut être ailleurs. En tout cas, c’était rudement bien joué. Une tragédie. C’était… de Racine ou de Corneille, je ne sais plus. En tout cas, c’était rudement beau. Tellement c’était beau, tellement on était ému. Ma femme surtout, était émue. D’ailleurs je dis ça, c’est des suppositions : ma femme, je ne l’ai pas revue depuis. Elle a dû rester au théâtre, tellement elle était émue. Sur son strapontin. Moi, je peux dire que je suis sorti du théâtre puisque je suis ici, n’est-ce pas ? Mais comment ça s’est fait, je ne peux pas vous le dire. J’ai dû suivre la foule, en somnambule. Je ne me suis réveillé que le lendemain, chez Paulette. C’était tellement beau !…  Le début surtout, on était sous le charme ! C’était… Parce qu’après, vous savez, les vers… On est tellement sous le charme quand ils sont beaux qu’au bout d’un moment on a tendance à s’assoupir. » Et la remémoration qui suit des beaux vers est tellement lacunaire (mais on arrive à compléter, si on connaît la pièce) qu’il en reste plus la mélodie ou le rythme que les paroles.

Il s’agit d’un texte tiré de Tragédie classique de Roland Dubillard, dit ici par André Dussollier, enregistrement disponible dans le livre CD Monstres Sacrés, Sacrés Monstres. Textes et poèmes, ou en ligne, dans cette émission de France Culture.

Chantal et François étant arrivés, on se sépare sur ces entrefaites.

21 novembre 2020

Apéro virtuel II.20 – samedi 21 novembre 2020

Classé dans : Histoire, Langue, Lieux, Musique, Politique — Miklos @ 23:59

Foulques macroules dans le port d’Amsterdam

Les arrivants – Léo, Françoise (C.), Jean-Philippe – essaient de deviner ce que sont ces oiseaux dans la photo d’arrière-plan de Michel. Léo dit en avoir vus au bois de Boulogne ou sur des lacs ; puis, quand Michel montre d’autres photos qu’il avait prises dans le port d’Amsterdam (n° 1 à 10 dans cet album), Jean-Philippe émet l’opinion que ce sont des poules d’eau. Il s’avère qu’en fait ce sont des foulques macroules, et pour ne pas confondre les deux espèces, il existe quelques signes distinctifs. À première vue, il y en a cinq autour de ces brindilles – qui doivent constituer un nid –, mais en y regardant bien, les deux foulques à gauche en avant sont des reflets dans l’eau…

Michel poursuit en montrant quelques orgues d’églises à Haarlem (photos 26 à 33), puis des orgues de Barbarie (merci à Jean-Philippe de lui avoir rappelé l’expression) et électroniques (photos 34 à 54) qu’il avait vus dans le Draai­orgel­museum (musée des orgues de Barbarie) de la même ville ; en passant, il évoque le musée des instruments de musique mécanique qui se trouvait impasse Berthaud, hélas disparu. Il explique en quelques mots le système des registres (ces boutons des deux côtés des claviers) et des touches des claviers qui permet de sélectionner des tuyaux d’orgue d’une famille ou d’une autre, et évoque les différences de son entre des tuyaux de types différents. À propos d’orgues de Barbarie, Michel avait mentionné lors d’un apéro en avril l’épisode de « la chanson qui tue », jouée par un orgue de Barbarie dans Le Fauteuil hanté (1909) de Gaston Leroux, passage où l’on évoque en passant « ce pauvre Monsieur Fualdès » : il s’agit de l’ancien procureur impérial du département de l’Aveyron, découvert égorgé en 1817 ; il a été assassiné dans la nuit, à l’autre bout de la ville, un orgue de Barbarie et une vielle étant censés avoir couvert ses cris.

Françoise (P.) arrive sur ces entrefaites.

Françoise (C.) présente alors quelques photos qu’elle avait prises sur le site archéologique de l’antique Paestum (appelée à l’origine Poseidonia), située sur la côte, à une centaine de kilomètres au sud de Naples en Italie. Elle montre d’abord les trois temples – de Cérès, de Poséidon et d’Héra. Ensuite elle montre des photos prises au musée archéologique de Paestum des magnifiques dalles peintes de la Tomba del Tuffatore (Tombe du Plongeur) – quatre faces représentant cinq amis participant à un symposium, certains faisant de la musique, d’autres s’adonnant au jeu du cottabe ou encore se papouillant, ou un éphèbe portant une coupe, ou encore un cortège de trois générations – et la dalle de couverture, qui représente le défunt au moment de la plongée en mer, d’où le nom de cette tombe, ou le nombre 7 est récurrent (branches des arbres, séparations horizontales des blocs des trois colonnes).

Françoise (P.) demande alors si les présents ont entendu parler des Fatimides d’Égypte. Vu le peu de réponses, elle lit un texte qui en parle dans un ouvrage de poids, Un kilo de culture générale de Florence Braunstein (tiens tiens !). À la question de Michel sur ce qui lui a fait les évoquer maintenant, elle répond qu’on avait récemment parlé de l’Égypte et de religions.

Dans les échanges qui s’ensuivent, on évoque les religions et la séparation nécessaire entre elles et les États (ce qui n’est hélas pas le cas en Israël), puis Michel raconte une blague récente à propos de Trump (cf. ci-contre, cliquer pour agrandir), Léo évoquant alors la situation si confuse aux États-Unis, ajoutant que, puisqu’on a un retard de quelques années sur ce pays-là sur les techniques de vote à distance, il pourrait bientôt se passer chez nous ce qui a actuellement lieu là-bas.

Jean-Philippe raconte que les grands réseaux sociaux ont décidé de commun accord d’accorder les droits au compte « POTUS » (President Of The United States) à Biden, dès janvier (et alors, dit Michel, Trump devra choisir le compte « MOTUS » et bouche cousue). Mais quoi qu’il en soit, il faudra attendre le vote des « grands électeurs » pour savoir qui sera le Président élu – qui peut, soit dit en passant, être un troisième homme : ces électeurs n’ont aucune obligation de voter pour celui qu’ils représentaient lors du vote populaire. Léo ajoute que, pour comprendre comment cela se passe vraiment – le Président, ses conseillers, les lobbyistes… –, il recommande vivement de regarder la série télévisée The West Wing (en français : À la Maison-Blanche). Bien que diffusée il y a 21 ans, elle est toujours d’actualité.

Pour faire suite à la discussion d’hier autour le langage et contrer la prestation de Pierre Repp qu’il n’apprécie pas vraiment, Léo fait entendre un épisode du premier livre de la série télévisée Kaamelott, diffusée entre 2005 et 2009 sur M6. L’argument : « Légèrement vexé par une insulte de Léodagan concernant ses compétences de chef militaire, Perceval se confie à Karadoc, qui lui recommande de ne pas se laisser faire, d’être un chevalier et de se faire considérer “en tant que tel”. Mais quand Perceval va se plaindre à Arthur, il déforme les propos de Karadoc, ce qui a pour conséquence de créer un énorme quiproquo. »

20 novembre 2020

Apéro virtuel II.19 – vendredi 20 novembre 2020

Classé dans : Arts et beaux-arts, Cinéma, vidéo, Histoire, Musique, Théâtre — Miklos @ 23:59

Cette fois-ci, c’est Françoise (C.) qui arrive la première à l’apéro, suivie de Léo – que Françoise reconnaît, l’ayant aperçu à une soirée chez François – auquel se joint Chantal, faisant leur première apparition ici. Les présentations consistant en un échange de prénoms, et Michel informant Léo de la multiplicité des Françoises (pas comme dans Les Sabines de Marcel Aymé, précédemment évoquées) et d’un François (ex Didier), Léo mentionne la « créativité » de ses parents, qui lui ont donné, à sa naissance, le prénom « Léopold », suivi du prénom « Léo ». Michel s’en étonne : avant la loi du 9 janvier 1993 (et Léo est né un peu avant), « la législation française était particulièrement stricte sur la question, autorisant uniquement les prénoms tirés du calendrier ainsi que quelques autres, inspirés de la mythologie grecque, des usages régionaux ou de diminutifs notamment. Les officiers d’état civil restaient seuls décideurs de la validité d’un prénom, ce qui pouvaient donner lieu à des différences d’appréciation selon les lieux… » (source). Or à sa connaissance, il n’y a pas de Saint Léo… Il ne savait en fait pas que ce prénom existe en France depuis le XIXe siècle (source). Quant à lui, ses parents lui ont raconté qu’ils avaient eu du mal à le faire inscrire sous le prénom de « Michael », mais ils ont réussi.

Sur ces entrefaites, Jean-Philippe, puis Sylvie arrivent, cette dernière connaissant Léo (et réciproquement).

Avant que de passer à l’explication de la partition musicale qui s’affiche derrière lui et qu’on voit ci-dessus), Michel fait entendre et voir une interprétation magnifique d’un bref extrait de l’opéra Norma de Vincenzo Bellini, « Squilla il bronzo del Dio » (« Le bronze de Dieu résonne »), interprété par la grande soprano Joan Sutherland (voix splendide mais élocution souvent incompréhensible) et l’orchestre de l’opéra national du Pays de Galles dirigé par Richard Bonynge (incidemment, époux de Joan Sutherland).

Ensuite, il révèle que la partition en question n’est pas celle de 4’33″ de John Cage (dont on peut voir ici une excellente interprétation), mais une œuvre d’Alphonse Allais, qui se présentait au salon des Incohérents en 1884 comme « Artiste monochroïdal. Élève des maîtres du XXe siècle » – et dire que c’est lui qui a devancé les Malevitch, Klein (dont lui et ses contemporains sont le sujet d’une exposition actuelle au Centre Pompidou-Metz), Soulages ou Cage (à propos desquels Michel a parlé dans un article de son blog)… mais aussi Carelman, dont il est en train de numériser le premier volume de son Catalogue des objets introuvables et dont il a montré quelques autres images, notamment la machine à écrire pour égyptologues à l’intention de Françoise (C.) vu sa pratique des hiéroglyphes, et la bouteille pour alcoolique en voie de désintoxication pour ceux qui lèveraient trop souvent le coude durant nos apéros.

Jean-Philippe ayant signalé hier que le 20 novembre – aujourd’hui – était la journée mondiale des droits de l’enfant, Michel recommande la lecture d’un article dans le (très bon) quotidien de langue anglaise The Guardian, selon lequel des études laissent à penser que le confinement peut servir à améliorer la paternité du fait de la présence accrue des pères auprès de leurs enfants à domicile (télétravail et/ou chômage partiel…).

Enfin, Michel signale aussi que l’exposition Marc Chagall, le passeur de lumière, devait s’ouvrir demain samedi au Centre Pompidou-Metz. Du fait du confinement, cet organisme en propose une visite virtuelle avec Elia Biezunski, commissaire de l’exposition, ce même jour à partir de 11 heures, qui dévoile à cette occasion les coulisses de l’exposition et ses secrets, accompagnée de Meret Meyer, petite-fille de Marc Chagall et de Benoît Marq, maître-verrier, fils de Charles Marq et Brigitte Simon, maîtres-verriers de l’Atelier Simon Marq.

Sylvie présente alors cette performance du célèbre bafouilleur Pierre Repp (1909-1986), qui joue avec beaucoup de maestria avec les mots – prestation qui ne convainc pas vraiment Léo, qui dit en voir toutes les ficelles. La vidéo terminée, Sylvie précise que celle de ses performances qu’elle préfère est La recette des crêpes. Michel remarque que lors de son bref passage à l’anglais il y a fait aussi des jeux de mots, notamment un où il bafouille « nipples » (tétons) à la place de « people » (personnes).

Quant à Jean-Philippe, il fait un glissement osé vers l’actualité : les difficultés d’apprentissage correct de l’élocution chez les enfants, du fait qu’ils sont masqués en classe, ainsi que leur instituteur (quoiqu’on parle de leur fournir des masques transparents) : les mimiques, composantes essentielles dans la compréhension et l’apprentissage, sont dissimulées. Il rajoute qu’il parle d’expérience : ses parents étant sourds et muets, sa première langue fut la langue des signes, et ce n’est que peu après qu’il a appris le français parlé.

Léo évoque l’article « L’œil écoute BABA + GAGA = DADA » de Jean-Louis Lavallard, publié dans Le Monde le 26 janvier 1977 : il rapportait des expériences où l’on prononçait un son (par exemple « ga ») tandis que les mouvement des lèvres suggéraient un autre son (par exemple « ba ») ; eh bien ce qui était perçu par l’auditeur était ce que les lèvres semblaient prononcer.

Michel raconte qu’à son arrivée aux USA il avait plus de mal de comprendre ce que ses interlocuteurs lui disaient au téléphone que face-à-face : en face-à-face, si on avale des syllabes, les lèvres « complètent », mais au téléphone ? Françoise (C.) confirme ce constat pour ses interactions actuelles en Italie : en face-à-face, elle comprend presque tout, mais quasiment rien au téléphone (Michel rajoutant que c’est parce qu’en Italie ils parlent aussi avec les mains).

Léo mentionne Un mot pour un autre, saynette de Jean Tardieu qu’il avait jouée à 25 ans à Medem, dans laquelle des mots étaient remplacés par d’autres, et pourtant on comprenait l’intention initiale : « Dans le commerce des humains, bien souvent les mouvements du corps, les intonations de la voix et les expressions du visage en disent beaucoup plus que les paroles, et aussi, que les mots n’ont par eux-mêmes d’autre sens que ce qui nous plaît de leur attribuer ».

Sylvie se lance alors dans un discours, dans lequel elle annonce de but en blanc : « Je vous signale tout de suite que je vais parler pour ne rien dire. Je sais, vous pensez qu’elle n’a rien à dire – elle ferait mieux de se taire… » Françoise (C.) s’exclame alors : « Raymond Devos ! », eh oui. Sylvie poursuit et achève ce discours, qui curieusement, tout en étant dans le non-sens, lorsqu’il parle de « catastrophe », peut faire écho à la crise actuelle que nous vivons (ou à toute autre crise).

Ce discours rappelle à Michel un autre article (en anglais) qu’il a lu plus tôt aujourd’hui, sur l’impossibilité inhérente de faire des prédictions/prévisions exactes (et encore moins : parfaites), la plupart s’avérant après coup erronées, ou, comme le disait Dénes Gábor, « Le futur est imprévisible », parce que le présent est chaotique, impossible à saisir dans sa totalité infiniment complexe et notre compréhension du présent est extrêmement lacunaire. L’article mentionne un ouvrage très récent de John Kay et Mervyn King, Radical Unvertainty: Decision-making for an Unknowable Future, qui affirme que la plupart des outils que les analystes utilisent pour prédire le futur sont faux et donnent un sentiment de sécurité et des certitudes erronées. Mais alors, comment décider, faire des choix et agir ?

La mention de la catastrophe dans le discours de Devos rappelle à Léo une citation : « Nous étions au bord d’un gouffre, nous avons fait un grand pas en avant », dont il ne se souvient pas de l’auteur. Quelques brèves recherches n’ont pas permis encore de l’identifier avec certitude, entre « Un homme d’État étranger », « Presque tous les chefs d’États africains » (Sylvie pense qu’il s’agit d’un politicien algérien), Léopold (tiens !) Sédar Senghor, Félix Houphouët-Boigny, Guy Mollet et d’autres.

Jean-Philippe souhaite évoquer la mémoire d’une personnalité extraordinaire décédée aujourd’hui même à l’âge de 100 ans : il s’agit de Daniel Cordier. Révolté en juin 1940 à l’écoute à la radio du maréchal Pétain demandant l’armistice, il rejoint dès juin 1940 de Gaulle à Londres, et malgré ses opinions de droite voire d’extrême-droite devient le secrétaire personnel de Jean Moulin. Après la Libération dont il était l’avant-dernier Compagnon, il ouvre une importante galerie d’art à Paris – il avait été initié à l’art par Jean Moulin… On pourra lire ici un récent article sur le parcours extraordinaire de ce personnage hors du commun, et écouter l’émission À voix nue de France Culture dans laquelle il se confiait, en 2013, au micro de Jérôme Clément.

L’évocation de l’histoire de Cordier rappelle à Michel celle de Georges Loinger – collègue puis ami du père de Michel (qui l’a donc connu) dans les années 1956-1964 –, qui, pendant la guerre, avec l’assistance de son cousin Marcel Mangel, plus connu sous le nom de Mime Marceau, a fait passer des enfants juifs clandestinement de France en Suisse>. Il est décédé fin 2018 à 108 ans. Michel l’avait revu – après un hiatus d’un demi-siècle – à la veille de ses 100 ans, et été frappé par sa forme physique et mentale inchangée… Léo l’avait rencontré sans avoir été un de ses familiers.

Sylvie se demande si Daniel Cordier avait connu Pierre Dac qui, durant la Seconde Guerre mondiale, avait été dans la Résistance et était arrivé à Londres en octobre 1943, après plusieurs arrestations. Or Daniel Cordier aurait quitté Londres pour être parachuté en France en 1942, il est possible qu’ils ne se soient pas croisés.

À propos de Pierre Dac, Léo mentionne Bagatelle pour un tombeau, réponse de Dac à l’attaque de Philippe Henriot à son encontre sur Radio-Paris.

Sur ces entrefaites, Françoise (P.) fait son apparition.

Avant que de se séparer, Jean-Philippe rappelle que lors d’un des apéros virtuels du premier confinement, on avait joué un spectacle à plusieurs voix (après répétitions hors apéro !). C’était en avril, il s’agissait de Jonas ou l’amour en baleine de Cami, saynette en deux actes et cinq personnages dans la distribution qu’on peut voir ci-contre. Il demande si l’on pourrait renouveler l’expérience mais autrement, peut-être une sorte d’atelier-théâtre à mi-chemin entre impro et texte écrit. L’idée plaisant à tous, Michel charge Sylvie de la réalisation et de la mise en scène future. Dans la brève discussion qui s’ensuit, Michel rappelle que deux personnes ne peuvent parler (ni chanter) ensemble sur Zoom, à quoi Sylvie répond qu’on peut tout à fait avoir des dialogues (ce qu’on avait d’ailleurs eu dans Jonas) où l’un parle (ou chante) tandis que l’autre se tait, et quand le premier a fini, le second répond, genre Le Duo des chats de Rossini que l’on peut écouter ci-dessus dans un amusant montage effectué par Sylvie pour un apéro en avril, où l’on peut lire que le compositeur est probablement autre que Rossini…

Quel qu’en soit l’auteur, on pourra aussi écouter ce génial duet avec deux sublimes (opinion toute personnelle de Michel) cantatrices).

Pour finir, Michel raconte à Chantal et à Léo que, durant le premier confinement, on avait tenu plus de 50 apéros virtuels, chaque soir (les comptes-rendus de plus d’une vingtaine sont en ligne sur ce site). Françoise (C.) exprime alors le souhait que le confinement actuel se poursuive au moins aussi longtemps…

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