Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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20 avril 2015

Ne prêtez pas…

Classé dans : Littérature, Livre, Sciences, techniques — Miklos @ 0:37


Gravure allemande.

…à Anatole France ce qui n’est sans doute pas à Anatole France, ni vos livres à personne.

Voici une savoureuse citation qui circule depuis un bon moment sur l’internet :

« Ne prêtez pas vos livres : personne ne les rend jamais. Les seuls livres que j’ai dans ma bibliothèque sont des livres qu’on m’a prêtés. » Citation d’Anatole France, Crainquebille.

(source). On a cherché dans tout Crainquebille (publié au début du 20e siècle), on ne l’y a pas trouvée. Ailleurs sur le réseau, on l’attribue à Anatole France sans indiquer une quelconque localisation, mais aucune de nos recherches n’a permis de la trouver dans son œuvre (pour autant qu’elle soit entièrement numérisée). Par contre, elle circulait déjà au 19e siècle sans aucune attribution. Ainsi, en 1898 :

On connaît la boutade attribuée à un passionné bibliophile, à qui certain visiteur, aussi téméraire que naïf, demandait un jour à emprunter un de ses trésors « Je ne prête jamais de livres. Les livres prêtés ne sont jamais rendus… Parfaitement ! Ainsi tous les livres que vous voyez là, ce sont des livres qu’on m’a prêtés et que j’ai gardés. »

(sourceMagasin pittoresque, 1898.). Ici, il ne s’agit plus de toute la bibliothèque du bibliophile, mais de ceux que son interlocuteur peut voir.

Dans une version antérieure, on a affaire à une bibliophile :

« — Comtesse, prêtez-moi donc ce volume.

— Je ne prête jamais de livres, on ne les rend pas. Ainsi, vous voyez cette bibliothèque… ce ne sont que des livres qu’on m’a prêtés. » (Figaro)

(sourceGazette anecdotique, littéraire, artistique et bibliographique, 1884, rubrique « Les mots de la quinzaine ». Le Journal de l’Ain, rubrique « Faits divers » du 2/7/1884 attribue la même version à un certain Masque de Fer.). Il ne s’agit pas ici forcément non plus de toute la bibliothèque du propriétaire, mais de celle qui se trouve devant les yeux du demandeur.

Le même Figaro auquel cette version était attribuée publiera 44 ans plus tard une variante impliquant toujours une certaine noblesse (ce qui n’étonne pas de la part de ce journal), mais de l’autre côté de la Manche :

Le Times a demandé à ses lecteurs leur avis sur le prêt des livres. Un bibliophile à qui cette enquête rappelle une savoureuse histoire en faisait part, hier, à notre confrère.

Un châtelain anglais faisait un jour les, honneurs de sa bibliothèque à ses invites.

— Prêtez-vous quelque fois vos livres ? lui demanda-t-on.

— Moi, jamais. Il n’y a que les imbéciles (fools) qui les prêtent.

Et désignant une longue rangée de reliures rares aux belles enluminures, le collectionneur ajouta :

— Ceux-là, par exemple, ont tous appartenu à des imbéciles.

(sourceLe Figaro, 9/3/1928.). Il ne s’agit plus que d’une rangée, mais d’évidence de qualité.

Ne pas rendre le livre emprunté n’est pas un phénomène récent : comme le rapporte Albert Cim dans son savoureux Amateurs et voleurs de livres (1903), qui s’ouvre d’ailleurs sur l’anecdote qui nous intéresse :

Le fait est que les emprunteurs ont été de tout temps, et bien plus que l’eau et le feu, la terreur des bibliophiles.

« Ite ad vendentes ! » avait fait graver Scaliger sur le fronton de sa bibliothèque. Oui, « allez en acheter », et laissez-moi les miens.

« Que le diable emporte les emprunteurs de livres ! » C’était une des plaisantes devises dont le cynique et savant peintre du Moutier avait, à l’époque de Louis XIII, orné la porte de son cabinet sous les combles du Louvre.

C’est bien le diable qui doit être à l’œuvre ici, et ce n’est donc pas étonnant que l’on trouve dans le Tableau abrégé des principaux devoirs d’un prêtre en forme de règlement et d’examen (1814) la confession suivante :

« N’ai-je pas gardé les livres qu’on m’a prêtés, négligeant de les rendre, ne cherchant pas avec assez de soin ceux à qui ils appartenaient ? (Le cas est plus grave quand ce sont de grands ouvrages dont on retient un volume.) »

L’union faisant la force, et pour rester dans les publications religieuses, on citera pour finir ce passage dans le numéro du 3 octobre 1911 de La Croix :

Une Ligue vient de se fonder, dont les adhérents prennent l’engagement de ne plus prêter un seul volume de leur bibliothèque à qui que ce soit.

Le but en est de donner du courage à ceux qui en manque et qui n’oseraient pas, s’ils ne se sentaient tenus par des engagements sérieux, refuser de prêter un livre à un ami étourdi.

Ainsi un amateur de livres montrait un jour sa bibliothèque, fort bien garnie d’ailleurs, à un visiteur qui semblait apprécier les richesses exposées à ses yeux. Avisant un volume, il en sollicita le prêt pour quelques jours.

— Mille regrets, dit vivement le propriétaire de la bibliothèque, mais la chose que vous me demandez est impossible. Je ne prête jamais de livres ; c’est, chez moi, un principe.

— Pourquoi ?

— Pourquoi ? Livre prêté, livre perdu.

— Pas en ce qui me concerne ; je vous promets de le rendre.

— C’est là une promesse que l’on fait toujours et que l’on ne tient jamais.

— Mais si, je vous assure…

— Non, non, je sais ce que je dis… Et la preuve, c’est que tous les livres que vous voyez là sont des livres prêtés.

Même si la Ligue n’est qu’un prétexte, ce sera toujours quelque chose.

Mais évidemment, si votre bibliothèque est numérique, vous ne pourrez la montrer d’un geste à votre interlocuteur en montrant qu’elle ne consiste que de livres empruntés… D’où l’avantage certain de la matérialité du livre (comme on l’avait déjà vu) malgré ce danger d’emprunt-sans-retour qu’elle comporte, et qui est sans comparaison avec ceux qui menacent les bibliothèques électroniques, capables de s’effacer entièrement d’un seul coup et bien plus rapidement que celle d’Alexandrie.

15 mai 2014

Devinette pas uniquement à l’intention des amateurs de danse

Classé dans : Danse, Livre — Miklos @ 21:44

De quoi s’agit-il dans cette description ?

« Un pas en avant. Un pas en arrière. Un pas à droite. Un pas à gauche. Double-passe en avant. Double-passe en arrière. Volte-face à droite. Volte-face à gauche. »

(voir la réponseMouvements d’escrime à la baïonnette effectués par des tirailleurs, in Jean Baptiste Soyer, Exercices et manœuvres d’infanterie, 1846.)

26 mars 2014

Quand ActuaLitté rature

Classé dans : Actualité, Livre, Médias — Miklos @ 12:45


Les bibliothèques d’Érik Desmazières

« Table ronde autours du PNB en Europe », « elle date ddu projet Gutenberg », « le rôle social de l’“e-bibliothèqe” », « Tout  ce que nous faisons à la librairie » (il s’agit évidemment de « bibliothèque », faux ami notoire), « Ll’idée de la bibliothèque virtuelle », « fichiers chronodégradable », « …pourquoi un ebook peut-être indisponible à un moment », « la bibliothèque de Grenoble a ainsi pu apprendre à maîtriser les outils numériques, tester les réactions des inscrits, voir les demandes », « la même signifation sociale », « les bibliothèques le plus ouvertes possible ».

Voici une sélection de phrases d’un article du site ActuaLitté – les univers du livre qui vise à rapporter le contenu d’une table ronde consacrée au prêt de livres numériques en bibliothèque, et qui s’était tenue en début de semaine au Salon du livre. Ce texte ne se contente pas de bafouer l’orthographe et la syntaxe – un comble, vous l’avouerez, dans le contexte du livre et de la lecture –, il en transforme aussi les faits. Voici quelques mises au point.

 « Le Centre National du livre a organisé une table ronde réunissant trois femmes ».

Non, c’est le service du livre et de la lecture au ministère de la culture qui l’a organisée, en réunissant quatre personnes, dont une n’était pas une femme (je peux en témoigner personnellement).

 « L’idée n’est pas jeune. Les intervenants ont rappelé qu’elle date ddu [sic] projet Gutenberg lancé à l’initiative de Michael Hart en 1971 ».

La confusion entre « livre électronique », « bibliothèque numérique », « prêt électronique de livres » est totale… L’intervenant, moi en l’occurrence, a dit en l’espèce que :

- le livre numérique, inventé vers 1949, existe de façon exploitable depuis le début des années 1960 ;

- la première bibliothèque numérique apparaît sans doute avec le projet Gutenberg qui démarre en 1971 ;

- le prêt de documents électroniques commence avec l’apparition du disque compact dans les années 1980 ;

- et enfin, le prêt en ligne de documents numériques (musicaux) démarre, lui, en 2003 au Danemark.

 Le journaliste cite Madame Andrea Krieg, qu’il intitule « directrice de la bibliothèque Karlsruhe en Allemagne », et lui fait dire : « Nous proposons maintenant 350 000 titres différents. Ils sont consultables sur tout type de support, ordinateurs, tablette ou smartphone, et sont chronodégradables. »

D’abord, il ne s’agit pas d’une quelconque bibliothèque nommée Karlsruhe, mais de la bibliothèque d’État de Karlsruhe (c’est un peu comme s’il appelait notre BnF « la bibliothèque Paris »).

Ensuite, là aussi confusion totale (et données erronées) entre la taille du fonds physique de la bibliothèque – 311 942 documents – et son fonds numérique disponible en ligne – 7204 documents.

 La relation que le journaliste fait de l’intervention de Madame Fiona Marriott de Luton Culture est aussi plus qu’approximative : elle ne mentionne pas qu’il s’agit d’un organisme à but non lucratif et d’utilité publique (en anglais, « registered charity ») récemment créé (en 2008), plutôt qu’un organisme d’État, à la différence des deux autres bibliothèques représentées ici.

Ensuite, l’article ne dit pas – information centrale, pour ce débat – que le fonds numérique (comparable en volume avec celui de Karlsruhe) est fourni par OverDrive, société américaine qui détient d’ailleurs quasiment le monopole du prêt électronique d’ouvrages aux États-Unis et dont l’offre ne correspond pas toujours aux besoins de bibliothèques britanniques.

Enfin, les problèmes avec Penguin ont commencé bien plus tard, quand OverDrive a fait affaire avec Amazon et permis le télé­char­gement d’ouvrages sur le Kindle, ce qui a causé le retrait de l’éditeur de son offre dans OverDrive en 2011 (et son retour en septembre 2013).

 En ce qui concerne la bibliothèque de Grenoble, aucune mention de Numilog, fournisseur d’un petit fonds de livres électroniques à cette bibliothèque municipale depuis 2005, puis les raisons de la réorientation vers le projet PNB passées sous silence. À ce propos, le journaliste semble confondre l’acronyme de ce projet – un nom propre, donc – avec l’expression « prêt numérique en bibliothèque » en tant que nom commun, qui décrit ces nouvelles modalités de circulation.

Enfin, il prétend que cette bibliothèque « désirait construire sa propre interface numérique » (mes italiques), ce qui est une incompréhensible incompréhension… : à ma question, Madame Brigant avait expliqué (en français, elle) que PNB, à l’encontre par exemple de la solution OverDrive, ne fournissait pas d’interface à ses services mais des APIs (méthodes de connexion informatiques) ce qui nécessitait ce développement.

Je ne peux qu’espérer que le reste du public de la table ronde aura compris, lui.

24 mars 2014

Paris Book Fair: introduction to the panel on e-lending in libraries

Classé dans : Actualité, Livre — Miklos @ 0:01

I will start with a short historical review.

The eBook came into being (as a usable object) in the 1960s (NLS, HES and FRESS projects). The Gutenberg project, consisting in building an online library of public domain digitized books, began in 1971.

The advent of the Web in the early 1990s greatly contributed to the spread of eBooks, which became quite common by the turn of the century. At the first major conference dedicated to digital libraries, JCDL (Joint conference on digital libaries) which took place in 2001 in Roanoke, I remember hearing that a digital version of Alice in Wonderland in English already had usage rights (or rather, limitations) attached to it: it was explicitely forbidden to read it aloud.

The loan of digital documents started with compact discs (in the early 1980s) and DVDs – i.e., for music and video rather than for text: this is quite understandable, as audiovisual works require a “reading device” in order to access their fixation, be it analog or digital, which is obviously not the case for textual works.

Unless I am mistaken, it is also music which preceded text in the e-lending: in 2003, the Danish National Library launched the netmusik.dk project (which changed its name in 2010 to bibzoom.dk), with the goal to allow Danish public libraries to lend music – and later, books – via online access – to their registered patrons.

Where do we stand today?

Currently, the eBook represents 23 % of the overall U.S. market, and between 1.1% and 4.5% of the French market, far behind the United Kingdom and Germany. The combined effects of Amazon and the English language are probably important factors in this discrepancy, as well as the European legislation which doesn’t allow for the reduced VAT rate for eBooks similar to that applicable to printed books and in which e-lending does not benefit from the same exception than lending (but perhaps also structural differences – networked vs pyramidal – are at play between societies with Protestant vs. Catholic roots). But we shouldn’t also ignore the reluctance of major publishers to provide e-books to public libraries: a recent study in the UK showed that 85% of the supply of eBooks was not available for public libraries.

As for the demand – not the libraries’ but its patrons’ –, varies from country to country. In the United States, 9 out of 10 libraries are lending eBooks, but while 7% of their acquisition budget is devoted to this medium and 59% for paper, the corresponding circulation rates are 4% and 63 % respectively. Is this due to the fact that the budget for eBooks goes to renewable licences while a printed book acquisition is final? Quebec, which launched in 2011 its Pretnumérique.ca platform, reports a 250% increase in number of e-loans. At any rate, libraries are proactive in the field of electronic lending and have to fight uphill against Amazon and some technical complexities of the lending process for the patron.

We’ll try to address in this panel – however briefly – some the many practical intellectual, technical, financial and legal aspects of e-lending: the supply, selection and collection development, cataloguing, putting forward new acquistions, intermediation, on-site uses (e.g., browsing) and e-loan…

We will also attempt to cast a glance at the future: the evolution of the concept of collection and preservation, for example, when dealing with chronodegradable works. If what happens in the U.S. is any indication for what might happen later on this side of the Atlantic, we can only wonder about the shifting identity and thus role of the library: if e-lending seems to be slowly on the rise, there are diverging trends afoot too.

We shall now see how three European libraries have addressed these issues:

– in Germany, at the State Library of Karlsruhe, represented by its director, Mrs. Andrea Krieg;

– in the United Kingdom, where Ms. Fiona Marriott is responsible for strategy and development at Luton Culture;

– and at the municipal library of Grenoble here in France, repre­sented by Mrs Annie Brigant, executive assistant and copilot of the Digital Reference Library project.

The panelist will first describe the experience of their institutions in the field of e-lending. They will then debate about some of its specific aspects and finally they will be available to answer your questions.

Michael Fingerhut
mf@bibliomus.com

References

• Barbara Hoffert, “Material Shifts | Material Survey 2014”, Library Journal, March 4, 2014.

• “Strict limits on library ebook lending must end”, press release of The Chartered Institute of Library & Information Professionals, March 6, 2014.

• ebooks in libraries advocacy, Policy & Research team at the State Library of Western Australia.

• IFLA E-Lending Background Paper, May 2012.

• An independent review of e-lending in English public libraries (a.k.a “Sieghart review”), March 2013.

• Médiamétrie, « Baromètre de l’économie numérique », cinquième édition, 4e trimestre 2012. Chaire Économie numérique de Paris-Dauphine.

• Florent Taillandier, « Étude GFK : la lente progression du livre numérique », CNET France, 21 mars 2013.

• Florent Taillandier, « TVA et numérique : France et Allemagne font front contre l’Europe », CNET France, 5 février 2014.

• « Un livre numérique sur deux est piraté », ITR News, 21 mars 2014.

• Dominique Nora, « Jusqu’où ira le livre numérique ? », Le Nouvel Observateur, 22 mars 2014.

• Jacques Drillon, « L’EBM, la machine qui peut sauver le livre », Le Nouvel Observateur, 1er janvier 2013.

• Frank Huysmans, “E-Books in European Public Libraries: lending rights and business models.”, May 22, 2013.

• Catherine Muller, « Le prêt numérique en bibliothèques au Québec : interview de Jean-François Cusson, responsable du service pretnumerique.ca », Les billets d’enssilab, 18 mars 2014.

• Nicolas Gary, « Les réseaux sociaux du livre en France : enquête de sociabilité », ActuaLitté, juin 2013.

• Mélanie Le Torrec, Livre numérique : l’usage peut-il être le moteur de la politique documentaire ? Comparaison France États-Unis, mémoire de fin d’étude du diplôme de conservateur, enssib, janvier 2014.

Salon du livre : introduction à la table ronde sur les services de prêt électronique en bibliothèque

Classé dans : Actualité, Livre — Miklos @ 0:01

Je commencerai par un bref historique.

Le livre électronique – à une échelle exploitable – existe depuis les années 1960 (dans les projets américains NLS, HES et FRESS), et c’est en 1971 que démarre le projet Gutenberg de constitution d’une bibliothèque en ligne de livres numérisés libres de droits.

L’apparition du Web au début des années 1990 a singulièrement contribué à la diffusion de livres électroniques. Ainsi, à la toute première grande conférence consacrée aux bibliothèques numériques, JCDL, qui s’était tenue aux États Unis en 2001, je me souviens d’avoir appris qu’une version numérique d’Alice au pays des merveilles en anglais, était – déjà ! – assortie de droits, ou plutôt de restrictions, d’usage : interdit de la lire à haute voix, notamment.

Le prêt de documents numériques a commencé, lui, avec les disques compacts dès les années 1980 suivi par les DVDs – donc pour la musique et la vidéo plutôt que pour le texte : en effet, les œuvres audiovisuelles nécessitent une « liseuse » pour accéder à leur fixation, qu’elle soit analogique ou numérique, ce qui n’est pas le cas pour les œuvres textuelles.

Sauf erreur de ma part, c’est aussi la musique qui a précédé le texte dans le prêt électronique de documents : en 2003, la bibliothèque nationale danoise lance le projet netmusik.dk (devenu en 2010 bibzoom.dk), destiné à permettre aux bibliothèques publiques danoises de prêter de la musique – puis des livres – via un accès en ligne à leurs lecteurs inscrits.

Où en est-on aujourd’hui ?

Actuellement, le livre électronique représente 23 % du marché américain global, et entre 1,1 % et 4,5 % du marché français, loin derrière le Royaume Uni et l’Allemagne. Les effets combinés du phénomène Amazon et de l’anglais doivent y être pour quelque chose, ainsi que la législation européenne selon laquelle les livres électroniques ne bénéficient ni de la TVA réduite ni de l’exception pour le prêt qui s’appliquent tous deux au livre imprimé (et peut-être aussi à des différences structurelles entre des cultures d’origine protestante en réseau et catholique pyramidale). Mais on ne peut ignorer la réticence de grands éditeurs à fournir des livres électroniques aux bibliothèques publiques : une récente étude menée au Royaume Uni montrait que 85 % de l’offre de livres électroniques n’était pas disponibles pour les bibliothèques publiques.

Quant à la demande, là aussi elle varie selon les pays. Toujours aux États-Unis, 9 bibliothèques sur 10 font du prêt de livres électroniques ; mais si 7 % de leur budget d’acquisition est consacré à ce médium et 59 % pour le papier, les taux de circulation corres­pondants sont de 4 % et 63 % respectivement. Est-ce dû entre autre au fait que la bibliothèque paie des licences d’usage renouvelables dans le premier cas, tandis qu’elle acquiert à jamais les ouvrages dans le second ? Le Québec, qui a lancé en 2011 sa plateforme Pretnumérique.ca, rapporte une explosion dans la demande de livres électronique et une progression du nombre de prêts de l’ordre 250 %. Quoi qu’il en soit, les bibliothèques sont proactives dans le domaine du prêt électronique et doivent faire face aux mastodontes du livre numérique (suivez mon regard) et à certaines complexités techniques du prêt pour l’usager qui préfère parfois se tourner vers d’autres sources en ligne.

Notre table ronde tâchera d’aborder – ou pour le moins d’effleurer – quelques-uns des nombreux aspects pratiques, autant documentaires qu’économiques, techniques ou juridiques, du prêt numérique : l’offre, le référencement, le signalement, la médiation, les modalités de prêt, les usages sur place et à distance…

On tentera aussi de jeter un bref regard sur les perspectives : l’évolution de la notion même de fonds et de conservation, par exemple, face à des ouvrages chronodégradables. Si ce qui se passe aux États-Unis est un quelconque indicateur pour ce qui pourrait se passer plus tard de ce côté-ci de l’Atlantique, on ne peut qu’être interpellé sur l’évolution de l’identité et donc du rôle de la bibliothèque quand on y perçoit, à côté de la croissance du prêt électronique dans nombre de bibliothèques, des tendances antinomiques chez d’autres.

Nous allons maintenant voir comment trois bibliothèques européennes ont concrètement abordé ces questions :

– en Allemagne, la bibliothèque d’État de Karlsruhe, représentée par sa directrice Madame Andrea Krieg ;

– au Royaume Uni, où Madame Fiona Marriott est responsable de la stratégie et du développement à Luton Culture ;

– et la bibliothèque municipale de Grenoble, représentée par Madame Annie Brigant, adjointe à la direction et copilote du chantier de Bibliothèque numérique de référence.

Elles nous parleront chacune de leur expérience particulière dans le domaine qui nous occupe. Puis elles débattront de certains aspects plus spécifiques, et enfin elles répondront à vos questions.

Michel Fingerhut
mf@bibliomus.com

Références

• Barbara Hoffert, “Material Shifts | Material Survey 2014”, Library Journal, March 4, 2014.

• “Strict limits on library ebook lending must end”, press release of The Chartered Institute of Library & Information Professionals, March 6, 2014.

• ebooks in libraries advocacy, Policy & Research team at the State Library of Western Australia.

• IFLA E-Lending Background Paper, May 2012.

• An independent review of e-lending in English public libraries (a.k.a “Sieghart review”), March 2013.

• Médiamétrie, « Baromètre de l’économie numérique », cinquième édition, 4e trimestre 2012. Chaire Économie numérique de Paris-Dauphine.

• Florent Taillandier, « Étude GFK : la lente progression du livre numérique », CNET France, 21 mars 2013.

• Florent Taillandier, « TVA et numérique : France et Allemagne font front contre l’Europe », CNET France, 5 février 2014.

• « Un livre numérique sur deux est piraté », ITR News, 21 mars 2014.

• Dominique Nora, « Jusqu’où ira le livre numérique ? », Le Nouvel Observateur, 22 mars 2014.

• Jacques Drillon, « L’EBM, la machine qui peut sauver le livre », Le Nouvel Observateur, 1er janvier 2013.

• Frank Huysmans, “E-Books in European Public Libraries: lending rights and business models.”, May 22, 2013.

• Catherine Muller, « Le prêt numérique en bibliothèques au Québec : interview de Jean-François Cusson, responsable du service pretnumerique.ca », Les billets d’enssilab, 18 mars 2014.

• Nicolas Gary, « Les réseaux sociaux du livre en France : enquête de sociabilité », ActuaLitté, juin 2013.

• Mélanie Le Torrec, Livre numérique : l’usage peut-il être le moteur de la politique documentaire ? Comparaison France États-Unis, mémoire de fin d’étude du diplôme de conservateur, enssib, janvier 2014.

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