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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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12 décembre 2017

En Brabant

Classé dans : Humour, Langue, Littérature, Médias, Peinture, dessin — Miklos @ 16:00

«Plusieurs lecteurs m’ont témoigné qu’ils goûtaient fort les échantillons de style belge qui leur furent soumis à plusieurs reprises ; en outre, lors d’un tout récent voyage à Bruxelles, j’ai pu me convaincre que ces citations ne laissaient point indifférents les sujets du roi barbu que l’aimable ballerine qui porte un bandeau de plus que l’Amour appelle « Sa Majesté Léopold II » et qu’ils nomment, eux, plus familièrement : « Popol. » Pour la plupart, d’ailleurs, ils accueillent de la meilleure humeur du monde nos innocentes taquineries et sont les premiers, «  Je dois une fois rire avec ça » , à se divertir de leurs belgicismes ; seuls, de rares grincheux crient à la diffamation et accusent de trahison les confrères bruxellois qui, ayant reproduit avec commentaires aimables les facéties sans fiel du Journal. Amusant, se sont rendus coupables d’introduire le loup dans la bergerie. Négligeons ces Stoeffer (« stouf-er ») Un vantard, quelqu’un qui aime se mettre en avant. Ex. : Ça c’est un vrai stoeffer tu sais ! De là vient aussi l’expression, faire de son stoef (« stouf ») !, action de se vanter, d’en remettre une couche. Ex. : Ça y est, il est encore en train de faire de son stoef ! Le féminin de stoeffer est stoefesse. (source)stoeffers pour ne retenir que leur plaisante formule de protestation :

« On veut pas fransquillonner ; mais on connaît quand même parler français. »

Voici l’Annonce brabançonne, gazette hebdomadaire. On y re­com­mande le sieur Léopold Messe, de la Vau, « pour tuer les cochons à domicile (sic) » ; on y loue la maison Joseph Bruy­ninckx « qui porte le numéro 50 et n’est pas sur un coin » (sic) pour la coupe irré­pro­chable de ses « uni­formes de gardes civiques, pompiers et tram­ways » ; je ne sais si l’on trou­verait, dans notre Paris tant vanté, un tailleur capable de vêtir, tour à tour, des mili­taires et des voitures publiques. La « prise des mesures » d’un tramway et l’essayage doivent être des opé­rations bien compliquées.

Le même journal annonçait pour le dimanche 15 janvier « un concours au jeu de cartes pour lapins et coqs, chez Mme veuve Maurice Laune, rue du Château ». Que dites-vous de ces matches entre animaux si diffé­rents ? quel dressage pré­ala­ble ils supposent et quelle intel­ligence chez ces humbles bêtes ! Ce ne sont point des galli­nacés vul­gaires qui peuvent ainsi cartonner ; et, quant aux lapins, ce sont de fameux lapins !…

Pour finir, revenons à ce manuel de conversation édité pur Bernardin-Béchet, dont nous avons donné l’autre jour de trop brefs essais : qualifié de « français-anglais, » il s’atteste « belge-anglais » indéniablement. Monsieur rentre à midi, pour se mettre à table ; Madame, d’humeur charmante, lui signifie qu’elle a préparé le repas à son intention :

J’ai soigné pour vous, dit-elle.

Et lui, satisfait :

— Mangeons, alors. Le temps passera entretemps.

Il explique ainsi son bel appétit :

Cela provient de se promener.

Après le repas, pour récompenser sa ménagère, il s’offre à lui lire le journal (j’espère que c’est l’Amusant) ; la proposition est acceptée avec enthousiasme :

Je suis très curieuse pour apprendre quelque chose.

La lecture terminée, le couple va se ba­lader dans la campagne ; monsieur témoigne de con­nais­sances botaniques :

— Voyez comme ces fruits sont beaux. Ce sont des pommes de terre en fleurs.

On arrive devant un château ; madame souhaite le visiter :

C’est une petite peine pour moi, assure monsieur (qui veut dire : « rien de plus facile »), parce que j’ai connaissance avec le jardinier.

À la servante accourue au coup de sonnette, il demande :

Ne serait-ce pas possible de causer avec le jardinier ?

Avec celui-ci s’engage une conversation au cours de laquelle on apprend que « le château date de monsieur son grand-père » (il a été question, un quart d’heure avant, du maître absent) et que « madame est de descendance noble », car « elle est une duchesse ». Cependant, on fait le tour du… jardinier, sinon du propriétaire, la visite se termine devant une volière qui contient « des oiseaux étrangers » et sur cette réflexion :

Cela sont des oiseaux chers.

Terminons, nous, sur celle-ci que le malheureux Anglais qui recourra au manuel Bernardin »passera bientôt aux yeux de nos compatriotes pour avoir étudié le français, non dans un ouvrage belge, mais à l’école d’une génisse espagnole.

Willy, « En Brabant », in Le Journal amusant : journal illustré, journal d’images, journal comique, critique, satirique, etc., 18/2/1905. Paris. Dessins de Benjamin Rabier.

24 novembre 2017

Mais qui donc a dit « J’aimerais mieux aller hériter à la poste que d’aller à la postérité » ?

Classé dans : Histoire, Langue, Littérature, Peinture, dessin — Miklos @ 17:02


Benjamin Roubaud (1811-1847) : Le grand chemin de la postérité.
Cliquer pour agrandir.

Eh bien, ça dépend de la variante… :

- Plus impersonnelle : « Il vaut mieux passer à la Poste hériter qu’à la postérité ! » – selon le Dicocitations, l’intern@aute et bien d’autres sources (on se demande s’ils se sont simplement copiés les uns les autres, point d’exclamation final y compris), l’auteur en est Alphonse Allais, aucune ne fournissant de référence.

- Toujours du Dicocitations, autre formulation un chouia plus lourde, autre attribution à un illustre inconnu (de nous) : « Certains passent à la postérité tandis que d’autres se contentent de passer à la Poste hériter. », de Marc Hillman (Mots en mêlée. Quand l’humour s’en même, les mots s’emmêlent, 2011).

- Un qui n’aura pas copié-collé est Patrice Bérenger, industriel né à la fin des années 1940, dans une de ses chroniques qu’il publiait dans la tribune libre d’un journal associatif local (selon Babelio) : il y attribue cette « pensée » à Coluche.

- Encore plus impersonnelle : « Mieux vaut aller à la poste hériter qu’à la postérité. » - il s’agirait, selon d’autres sources en ligne, d’Alexandre Breffort (1901-1971), entre autres journaliste au Canard enchaîné et grand amateur de calembours, dont la pièce Les Harengs terribles aurait inspiré Irma la Douce.

- Et n’oublions pas Pierre Dac, que cite le programme du Théâtre de Chaillot pour la saison 94-95 à propos de son spectacle Pierre Dac. Mon maître soixante trois : « Il affirmait souvent qu’après lui, ses textes n’intéresseraient personne et le voici passant à la postérité. Ce qui vaut mieux, comme il le disait lui-même, que d’aller hériter à la poste. »

oOo

Pour ma part, j’avais découvert il y a fort longtemps cette citation dans Humour 1900, géniale anthologie de Jean-Claude Carrière (Éditions J’ai Lu en 1963). Dans le chapitre « Le jeu de mots », il y écrit :

En 1853, parut une « Petite encyclopédie bouffonne », signée du journaliste Commerson. Elle renfermait, entre autres textes oubliés, les « Pensées d’un emballeur ». Théodore de Banville s’écriait, en présentant ces pensées inattendues : « Voici un chef-d’œuvre ! »

Les plus célèbres de ces pensées disaient ceci :

J’aimerais mieux aller hériter à la poste que d’aller à la postérité.

[…]

Cette pensée avait en fait paru (pour la première fois sous la plume de Commerson ?) dans l’hebdomadaire Le Tinta­marre (sous-titré « Critique de la Réclame, satire des PuffistesFaiseur de puffs, charlatan. Le faiseur de réclames n’a pas de nom particulier : pourquoi lui en eût-on donné un ? Tout homme peut, à un moment donné, avoir besoin de la réclame et en faire. Ce n’est pas par état ; c’est par accident. Le faiseur de puff, ayant un métier, a aussi un nom : c’est le puffiste. On dit encore en prenant le nom d’un des plus célèbres puffistes des temps modernes : c’est un Barnum (Sarcey, Mot et chose, 1862, p. 237). — Trésor de la langue française. » et dont Commerson était directeur et rédacteur en chef) du dimanche 9 février 1851 (donc plus de trois ans avant la naissance d’Alphonse Allais), dans une rubrique de calembours intitulée « Pensées d’un Emballeur vendues au profil du journal le Pays, qui n’est pas hureux avec les mémoires de Lola Montès, Pan ! »

Trois mois plus tard, Le Nouvelliste, journal de Paris, annonce la parution d’un « charmant petit livre qui a pour titre : Pensées d’un emballeur, pour faire suite aux Maximes de Larochefoucauld. L’auteur est un homme d’esprit qui a fait ses preuves comme vaudevilliste et journaliste : c’est M. Commerson. L’originalité, l’excentricité, la singularité, la vivacité, la gaîté, la jovialité, voilà ce qui distingue ces Pensées où tout est surprise, imprévu, facétie, drôlerie, feu d’artifice et fou rire. » Ces Pensées seront ultérieurement publiées dans divers recueils à l’instar de la Petite encyclopédie bouffonne contenant les pensées d’un emballeur, les éphémérides et le dictionnaire du tintamarre, etc. (Paris, 1860).

Commerson ne s’est pas privé de réutiliser ce calembour dans d’autres contextes. Ainsi, à deux reprises dans son souvent hilarant ouvrage Biographie comique (1883) où il s’en prend à des célébrités – et non des moindres – de son temps :

- dans son portrait de Joseph-Simplicien Méry, né « aux Aygalades, en 1670, au dix-huitième étage d’un grenier à sel » (né en réalité en 1797 à Marseille…), à propos duquel il écrit : « On lui ouvrit celles [les portes] du Nain jaune, où il rédigea un nombre considérable d’articles ayant titre : la Petite Poste. Méry pensait qu’un jour il irait à la poste hériter. »

- dans son portrait de Clairville, qui, « dès l’âge de la puberté se mit à faire du couplet au mètre et à l’heure, tant et si bien, ma foi, que je n’hésite pas à le nommer le Cambronne du rondeau, le Dupuytren du couplet de facture », ni d’ailleurs à brosser son portrait en vers. Après avoir cité une « trentaine de pièces de circonstance », il poursuit :

À ces
Succès
Que l’on ajoute
Deux cents pièces qui
Parurent ainsi,
Parurent
Et disparurent aussi,
Par là,
Il a
Prouvé sans doute
Que la qualité
Et la quantité
Mènent à la poste hériter.

oOo

Mais Commerson est-il l’inventeur de ce calembour ? Voici ce qu’on lit dans un curieux ouvrage publié anonymement plus de dix ans plus tôt, Dupiniana et Sauzétiana, recueil de bons mots, calembourgs, rébus et lazzis des députés, pairs, magistrats, fonctionnaires, litté­rateurs et artistes de l’époque ; découverts et mis en lumière par les trois hommes d’état du Charivari, les rédacteurs du Corsaire et autres sommités littéraires, et publiés par un Oisif. Deuxième édition, Paris 1840 (et curieusement absent du catalogue de la BnF) :

M. Sauzet lui [à M. Dupin] demandait : Pourquoi une personne qui reçoit un héritage par la poste devient-elle célèbre ? C’est parce qu’elle va à la postérité (à la poste hériter) a répondu le célèbre avocat.

Les Ana « sont la plupart du temps des recueils d’anecdotes, de pensées, de bons mots attribués à un personnage célèbre. L’origine de cette sorte d’ouvrage est fort ancienne : les Symposiaques de Plutarque, les Memorabilia de Xénophon, les Nuits attiques d’Aulu-Gelle peuvent être considérés comme les prototypes du genre. » (Bibliographie critique et raisonnée des Anas français et étrangers, par A.-F. Aude. Paris, 1910. source).

Quant à Dupin et Sauzet, dont les dialogues calembouresques et imaginaires sont le sujet de l’ouvrage en question, ce sont deux personnages importants de l’époque : André Dupin (1783-1865), entre autres procureur général auprès de la Cour de cassation en 1830 (d’où le « célèbre avocat » dans la citation ci-dessus) et président de la Chambre des députés de 1832 à 1839 ; Paul Sauzet (1800-1876), lui aussi avocat en vue et vice-président de la même Chambre des députés en 1836.

Remontons plus avant dans le temps : six ans plus tôt, l’hebdomadaire La Caricature politique, morale, littéraire et scénique n° 215 du 18 décembre 1834 publie dans sa rubrique « Petite lanterne magique hebdomadaire » le passage suivant :

— M. Royer-Collard exerce pour les sentences, aphorismes, prédictions et généralement tout ce qui a l’air d’une pensée, le même monopole que M. de Talleyrand pour les réparties fines, et M. Dupin pour les gros mots, calembourgs, quolibets, coups de boutoir et facéties diverses. Tout ce qui se dit et se fait dans ce genre là, se met sur le compte de l’un des trois. Tout le monde leur prête, et c’est ce qui explique pourquoi l’un passe pour si profond, l’autre pour si spirituel, et le troisième pour si plaisant. Voici, par exemple, une nouvelle prophétie du père de la doctrine. On raconte que M. Royer-Collard disait ces jours-ci à M. Dupin : « Vous avez du talent…. (Inclinaison de M. Dupin) beaucoup de talent…. (Plus profonde inclinaison de M. Dupin). Vous serez ministre…. et même premier ministre de Louis-Philippe…. mais…. vous en serez aussi le dernier.… » Si ce mot est vrai, il ne faut plus s’étonner pourquoi tant de gens en France et surtout dans le département de la Nièvre, font des vœux pour l’avénement de M. Dupin.

— M. Sauzet paraît neanmoins devoir leur être opposé avec beaucoup de succès. Avant trois mois, nous aurons aussi un Sauzetiana, comme nous avons un Talleyriana, un Dupiniana et un Royer-Collardiana. Voici le bon mot que l’on prêtait ces jours-ci à l’avocat de Lyon. Quelqu’un lui ayant reproché de ne pas être monté à la tribune pour réfuter M. Thiers : « Qne diable ! répondit-il, voudriez-vous que j’eusse répondu à des gens qui tendaient la main à la chambre, et tenaient à leurs portefeuilles comme on tient à son dernier morceau de pain ! Si je n’ai rien répondu, c’est que je n’avais pas de monnaie sur moi. »

Il se pourrait donc que le calembour attribué en 1840 à Dupin se soit déjà retrouvé précédemment publié dans ces Dupiniana mentionnées en 1834 mais dont on n’a pas trouvé trace.

oOo

Se pose maintenant la question de l’auteur de l’ana Dupiniana et Sauzétiana dans lequel ce calembour est mentionné en 1840. Le sous-titre de l’ouvrage indique que ces dialogues ont été « découverts et mis en lumière par les trois hommes d’état du Charivari, les rédacteurs du Corsaire et autres sommités littéraires ». Le Charivari et La Caricature politique étaient respectivement un quotidien et un hebdomadaire, tous deux satiriques, fondés (en 1832 pour l’un, en 1830 pour l’autre) et dirigés par Charles Philipon, et dont le rédacteur en chef à l’époque était Louis Desnoyers. Quant au quotidien Le Corsaire, fondé en 1823, il était dirigé à cette époque par Jean-Louis Viennot, et deux de ses rédacteurs étaient Claude Virmaître et Achille Denis.

Et c’est dans Les aventures de Jean-Paul Choppart (plus tard réédité sous le titre de Les mésaventures de Jean-Paul Choppart), premier feuilleton-roman de la plume du même Desnoyers, que l’on trouve mention d’un de ces anas :

Vous avez de plus, par-dessus le marché (en donnant deux sous de plus), un Talleyriana, choix unique des bons mots, reparties piquantes, calembours et facéties diverses, que feu Son Éminence, le prince de Bénévent, a dits avant sa mort, et qui en ont fait un si illustre diplomate. Quand on possède ce petit livre, on peut se présenter partout sans crainte, même à la cour, et improviser de mémoire, pour toutes les circonstances, une foule de ces problèmes saugrenus, de ces coq-à-l’âne délicieux, de ces ingénieuses bêtises, qui font immédiatement d’un individu l’homme le plus spirituel de l’époque.

Il semble donc bien que ce soit Desnoyers qui ait parlé de ces anas au fil des années. En a-t-il aussi été l’auteur, et donc du calembour en question ? On ne le sait. Mais aucune mention de Commerson dans ce contexte… Pour illustrer le style de Desnoyers, voici un bref et savoureux extrait des aventures de ce Jean-Paul :

Jean-Paul appartenait à une famille d’honnêtes bourgeois. Il avait des sœurs, ce qui était très malheureux pour elles ; mais il n’avait pas de frères, ce qui était très heureux pour eux. Jean-Paul était fainéant, gourmand, insolent, taquin, hargneux, peureux, sournois.

oOo

Pour finir, on signalera que « Mieux vaut aller hériter à la poste… Qu’aller à la postérité. » est l’accroche dans le court métrage Assassins… de Mathieu Kassovitz, 1992.

Comme quoi, la postérité de ce calembour semble bien assurée, en tout cas mieux que celle de la Poste

8 novembre 2017

« Bien des gens se mêlent d’enseigner ce qu’ils devraient encore étudier » (Gabriel Girard)

Classé dans : Histoire, Langue, Société — Miklos @ 1:27

Extrait de l’ouvrage Histoire d’un livre de Charles Delon.
Extrait de Histoire d’un livre de Charles Delon.

Cette citation, provenant de l’article « enseigner, apprendre, instruire, informer, faire savoir » du Dictionnaire universel des synonymes de la langue française (que l’on peut retrouver ci-dessous) s’applique quelque peu à Charles Delon (1839-1900), l’auteur de Histoire d’un livre, ouvrage de vulgarisation à l’intention de la jeunesse. Dans le paragraphe qu’il consacre très brièvement à l’hébreu, l’exemple qu’il en donne (cf. image ci-dessus) comprend trois fautes de transcription indiquant sa méconnaissance de l’alphabet hébraïque et sa confusion entre des lettres de formes distinctes même si quelque peu semblables pour toute personne ignorant cette langue : le ו (correspondant à notre v ou u) et le ן (n en fin de mot), le י (correspondant à notre i) et le tiret, le ן (n en fin de mot) et le ך (k ou kh en fin de mot).

Ainsi, au lieu de בן-דוד (fils de David, troisième mot à partir de la droite), il écrit בוידוד (ce qui ne veut rien dire), et au lieu de להבין (comprendre, qu’il traduit par « donner l’intelligence ») on lit להביך (induire en confusion, ce qui n’est non seulement l’opposé, mais ce qu’il réussit à faire ici).

Quelques lignes plus haut, n’écrivait-il pas « Ainsi le nom de Salomon (en hébreu Salomoh)… », ce qui est faux de façon patente : ce nom se prononce en hébreu Chelomo. Cette erreur démontre que l’auteur ignorait la différence entre le שׁ (ch, première lettre du nom hébraïque de Salomon) et le שׂ (s).

À se demander quelles confusions se retrouvent dans les autres langues anciennes dont il parle et pour lesquelles il donne des exemples…

Pour finir, voici l’article dont est tirée la citation en titre.

«Enseigner, c’est uniquement donner des leçons. Apprendre, c’est donner des leçons dont on profite. Instruire, c’est mettre au fait des choses par des mémoires détaillés. Informer, c’est avertir les personnes des événements qui peuvent être de quelque conséquence. Faire savoir, c’est simplement rapporter ou mander fidèlement les choses.

Enseigner et apprendre ont plus de rapport à tout ce qui est propre à cultiver l’esprit et à former une belle éducation; c’est pourquoi l’on s’en sert très à propos lorsqu’il est question des arts et des sciences. Instruire a plus de rapport à ce qui est utile à la conduite de la vie et au succès des affaires ; ainsi il est à sa place lorsqu’il s’agit de quelque chose qui regarde ou notre devoir ou nos intérêts. Informer renferme particulièrement, dans l’étendue de son sens, une idée d’autorité à l’égard des personnes qu’on informe, et une idée de dépendance à l’égard de celles dont les faits sont l’objet de l’information ; c’est par cette raison que ce mot est à merveille lorsqu’il est question des services ou des malversations de gens employés par d’autres, et de la manière dont se comportent les enfants, les domestiques, les sujets, enfin tous ceux qui ont à rendre raison à quelqu’un de leur conduite et de leurs actions. Faire savoir a plus de rapport à ce qui satisfait simplement la curiosité, de sorte qu’il convient mieux en fait de nouvelles.

Le professeur enseigne, dans les écoles publiques, ceux qui viennent entendre ses leçons. L’historien apprend à la postérité les événements de son siècle. Le prince instruit ses ambassadeurs de ce qu’ils ont à négocier : le père instruit aussi ses enfants de la manière dont ils doivent vivre dans le monde. L’intendant informe la cour de ce qui se passe dans la province; comme le surveillant informe les supérieurs de la bonne ou mauvaise conduite de ceux qui leur sont soumis. Les correspondants se font savoir réciproquement tout ce qui arrive de nouveau et de remarquable dans les lieux où ils sont.

Il faut savoir à fond pour être en état d’enseigner. Il faut de la méthode et de la clarté pour apprendre aux autres ; de l’expérience et de l’habileté pour bien instruire, de la prudence et de la sincérité pour informer à propos et au vrai; des soins et de l’exactitude pour faire savoir ce qui mérite de n’être pas ignoré.

Bien des gens se mêlent d’enseigner ce qu’ils devraient encore étudier. Quelques-uns en apprennent aux autres plus qu’ils n’en savent eux-mêmes. Peu sont capables d’instruire. Plusieurs prennent la peine, sans qu’on les en prie, d’informer les gens de tout ce qui peut leur être désagréable. Il y en a d’autres» qui, par leur indiscrétion, font savoir à tout le monde ce qui est à leur propre désavantage. (G.)

Gabriel Girard (1677-1748), Dictionnaire universel des synonymes de la langue française : contenant les synonymes de Girard… et ceux de Beauzée, Roubeaud, d’Alembert, Diderot, etc.. Tome 1. Benoît Morin, éditeur scientifique. 1855.

7 novembre 2017

Hiérogrammates alors et aujourd’hui

Le Scribe accroupi, il y a 4500 ans et aujourd’hui. © Michel Fingerhut.
Le Scribe accroupi (4e ou 5e dynastie, 2600-2350 avant J.-C., musée du Louvre) après s’être, lui aussi comme nous tous, laissé tenter par les mirages de la modernité.

«C’est le nom que les Égyptiens donnaient aux Scribes sacrés chargés de l’administration des revenus des temples. Les villes avaient des idéogrammes comme les temples. Les premiers formaient des collèges, et ils pouvaient joindre d’autres dignités à celle d’hiérogrammate. Une palette de scribe,» le kasch ou roseau taillé, un papyrus ouvert ou roulé, sont les signes auxquels on les reconnaît sur les monuments.

Ange de Saint-Priest (éd.), Encyclopédie du dix-neuvième siècle : répertoire universel des sciences, des lettres et des arts, avec la biographie de tous les hommes célèbres. 1836-1853.

«C’est aux prêtres de cet ordre qu’était réservée l’administration des choses sacrées, et l’on m’excusera peut-être de dire en passant que l’habitude de poser sa plume sur le haut de l’oreille droite n’est pas une invention du génie bureaucratique moderne : il y a trois mille ans qu’on a peint dans les monuments de Thèbes des scribes de divers ordres paperassant librement de leurs deux mains au moyen de ce secours emprunté à leurs oreilles. Le schenti était leur habillement habituel, courte tunique que l’on» a réservée vraisem­bla­blement pour l’intérieur ; la calasiris, plus longue et plus ample, couvrait le schenti.

Jacques-Joseph Champollion-Figeac, Égypte ancienne. 1839.

«Dans les marais d’Égypte, au bord du Nil, croit en abondance une plante aquatique, qui offre à peu près l’aspect d’un roseau. Sa tige, allongée, ronde, verte, lisse et molle porte à son extrémité un bouquet de feuillage grêle. C’est la plante qu’on nomme papyrus (voir le frontispice). Les Égyptiens coupaient la tige au pied ; enlevant l’écorce verte, ils trouvaient dessous plusieurs couches superposées d’une sorte d’écorce blanche, mince, fine, et qui se détachait facilement en feuillets déliés, semblables à des bandelettes légères, asses larges. On étalait sur une table ces bandelettes encore humides de sève ; on en couchait plusieurs les unes près des autres et se joignant, de manière à former une certaine largeur; puis sur ces bandelettes on en étendait d’autres en travers, pour réunir et maintenir les premières. Puis on les dressait, on les collait ; il en résultait une sorte de feuille mince, légère, assez large, blanche : une véritable feuille de papier enfin ; car c’est du nom de la plante, du papyrus, que nous est venu notre mot de papier. Sur cette mince et fragile matière, le scribe égyptien, l’écrivain ou le copiste, traçait ses caractères déliés à l’aide d’un pinceau, d’un mince et léger roseau semblable à une frêle tige de jonc, effilé à son extrémité. Avec son roseau, il avait pour instrument principal une palette de bois, une planchette de forme rectangulaire, dans laquelle étaient ordinairement creusés deux petites cavités rondes en forme de godets. L’un de ces godets contenait une tablette d’encre noire solide, l’autre une tablette semblable d’encre rouge : ces tablettes étaient absolument pareilles aux pastilles de couleurs de nos boites à couleurs pour l’aquarelle. Une petite fiole, de verre le plus souvent, contenant de l’eau, complétait son attirail. Le scribe trempait son pinceau dans l’eau, puis délayait un peu de couleur sur l’une ou sur l’autre des deux tablettes. D’autres» délayaient à l’avance leurs couleurs et les conservaient liquides dans de petits encriers, où ils trempaient leurs roseaux pour écrire.

Charles Delon, Histoire d’un livre, 7e éd. 1902.

Combien de scribes ?.
M. Josseaume, Arthmétique universelle, Ou, Le calcul développé par l’arithmétique sans le secours de l’algèbre ni des équations. Paris, 1754.

1 novembre 2017

Quelques alternatives toujours éprouvées au courrier électronique

Classé dans : Musique, Peinture, dessin, Photographie, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 12:57


« Offrir une tournée à un facteur ne manque pas d’à-propos. » — Frédéric Dard
Cliquer pour agrandir.

Quand un facteur s’envole
S’envole, s’envole
C’est qu’il est trop léger
Alors pour voyager
Au-dessus des platanes
Il plane, il plane
Au-dessus des maisons
Il chante une chanson
Les oiseaux à la ronde
Lui font bonjour
Autant d’oiseaux au monde
Autant de lettres d’amour
Que le facteur apporte
Et glisse sous les portes
C’est le courrier du cœur
Le courrier du bonheur
C’est le courrier du cœur
Le courrier du bonheur
Joie sans pareille
Pour le facteur
Comme il fait bleu
Qu’il fait bon dans son cœur !
Il s’émerveille
Ô liberté
Joli soleil
Amour clarté !

Quand un facteur s’envole
S’envole, s’envole
Il voit le monde petit
Les gens comme des fourmis
Le clocher du village
Bien sage bien sage
L’école et la mairie
Et la gendarmerie
Sa fiancée toute rose
Dans un jardin
Comme une fleur éclose
Au milieu du chemin
Alors vite il se repose
Et cueille cette rose
Qu’il emporte avec lui
Seul dans son paradis
Qu’il emporte avec lui
Seul dans son paradis
Et c’est ainsi
Ainsi que finit
La chanson folle
Du facteur qui s’envole.

Charles Trénet

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