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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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23 avril 2017

“Nonnegotiable”

Classé dans : Actualité, Littérature, Politique, Société — Miklos @ 13:43


Some of the words ending in ism. Click to enlarge.

Two poems by Karl Jay Shapiro (1913-2000), quite relevant this very day of national elections in France and during the whole campaign that preceded it.

ISMs

The liberal is your true undying friend
But disagree with him and that’s the end.

The radical, however, claims no friend
Except his catechism, which can bend.

In the revolution there are always cracks:
The Communists killed Trotsky with an ax.

The guns of the Idealists are red-hot:
Whoso commits nonviolence is shot.

Sestina: Of the Militant Vocabulary

The first word you must know is relevant,
The qualifier of experience.
Relevant experience of the revolution,
For instance, trains you to confront the pigs,
The first defense line of the power structure,
Which guards insidiously the Establishment.

What we are after is the Establishment,
Which acts as if we are not relevant
And forces us to wreck the power structure.
This confrontation is an experience
Not only for the people but for the pigs
Whom we’ll win over in the revolution.

When we make love we make the revolution,
As war is made by the Establishment,
For in our confrontation with the pigs
We prove to them that they’re irrelevant
And immaterial to the experience,
Which in itself can wreck the power structure.

The military-industrial power structure,
A major target of the revolution,
Must also be a sexual experience.
To expose the symbols of the Establishment
Expose yourself—it’s highly relevant
And absolutely petrifies the pigs.

In our utopia there will be no pigs
And no remains of any power structure
Except what we decide is relevant;
And what is relevant but revolution?
We spell the death of the Establishment,
Which will probably welcome the experience.

Meanwhile, experience the experience;
Demand, demand, and overwhelm the pigs
Till we in fact are the Establishment
And constitute a groovy power structure.
Remember the slogan of the revolution:
Now is forever; Now is relevant.

While pigs perpetuate the power structure,
Baby, be relevant to the revolution
Till we experience the Establishment.

11 décembre 2016

Qu’ont André Comte-Sponville et Guy Bedos en commun ?

Classé dans : Littérature, Médias, Philosophie — Miklos @ 17:47


« Il m’arrive de m’abriter derrière l’humour pour supporter des choses qui pourraient me faire mal. Vous savez, je suis très fidèle à une phrase du philosophe Kirkegaard qui avait écrit “L’humour est la politesse du désespoir”. » (Guy Bedos)

Dans un article de Philomag du 2/10/2013, l’un écrivait : « L’humour, disait Boris Vian, est la politesse du désespoir. » L’autre attribuait aujourd’hui même, sur France 2 lors du « 13h15 Le Dimanche, Les humoristes politiques », cette citation à Søren Kirkegaard, d’un air doctement profond (cf. copie d’écran ci-dessus).

Soit dit en passant, on peut comprendre leurs choix respectifs : pour le premier, on l’imagine mal sur la 2e marche du podium des philosophes, et pour le second, rien de plus valorisant que de citer le philosophe de la vérité de l’existence individuelle et de la subjectivité. La classe, quoi. Surtout dit avec un tel sérieux.

Et justement, même en français (à vrai dire je ne comprends pas le danois, moi ; Bedos peut-être oui), ça me semblait un peu, comment dire, idée reçue ? « Cherchez et vous trouverez », a dit Jacques Lacan (qui cherchait dans les profondeurs), pardon, non, Irène Joliot-Curie (première sous-secrétaire d’État chargée de la recherche), zut, non plus, ah, c’est celui, là, qu’avait qu’un cheveu sur sa tête.

J’ai donc cherché et ai trouvé cet article de Jérôme Garcin, qui dit de Dominique Noguez, « excellent écrivain, qui tient à la fois de l’égyptologue et du détective privé » et auteur de La Véritable origine des plus beaux aphorismes (Payot) :

Il rend, par exemple, à Chris Marker, cette magistrale définition de l’humour : « la politesse du désespoir », que d’aucuns attribuaient à Hugo, Wilde, Duhamel, Vian, Valéry, voire Churchill. L’enquête d’authen­ticité menée par l’inspecteur Noguez fait six pages, elles sont dignes d’un mini-polar.

Et maintenant, attribuée à Kirkegaard aussi, grâce à Bedos. Mais comme le disait si justement celui-qu’a-qu’un-ch’veu, « Il faut rendre à César ce qui est à César », ce que nous illustrerons ainsi :


César : Compression Renault

20 septembre 2016

Deux jeux innocents pour la jeunesse

Classé dans : Littérature — Miklos @ 9:10


Extrait du tome IV.

L’Auberge et les Voyageurs.

Quatre jolies dames allant en pèlerinage à Lorette, voyageaient ensemble. Arrivées sur le soir dans un petit bourg où il n’y avait qu’une seule auberge, elles se trouvèrent forcées d’y aller passer la nuit. L’hôte les reçut avec de grandes démonstrations de politesse et d’attention, et leur fit faire un souper délicat, pour les dédommager de ce qu’il ne pouvait leur donner qu’une chambre, dans laquelle il y avait quatre lits. Les belles pèlerines ayant besoin de se reposer, se hâtèrent de souper et de s’aller coucher.

À peine étaient-elles retirées dans leur chambre, qu’il arriva, dans cette auberge, quatre jeunes hussards qui allaient en semestreCongé de six mois accordé autrefois à un militaire. (TLFi), et qui demandèrent à souper et à coucher. L’hôte leur dit qu’il pouvait bien leur donner à souper, mais qu’il ne pouvait disposer d’aucun lit, parce qu’il n’avait qu’une seule chambre, dont les quatre lits étaient occupés par quatre jeunes dames qui étaient déjà couchées.

Les hussards prièrent leur hôte d’aller engager ces dames de vouloir bien leur céder deux lits.

Les dames, y opposèrent beaucoup de difficultés; mais enfin, elles y consentirent.

Les hussards étant montés dans la chambre, remercièrent ces dames de leur complaisance, et dirent qu’ils en étaient si touchés, qu’ils ne souffriraient pas qu’elles se dérangeassent pour leur céder deux lits : qu’ils se contenteraient de partager le leur. Ces dames, sensibles à leurs politesses et à leur modération, d’ailleurs naturellement paresseuses et presque endormies, consentirent à laisser coucher auprès d’elles ces hussards, qui étaient tous quatre de fort jolis garçons.

Ces quatre jeunes gens avaient ; peine eu le temps, depuis qu’il étaient couchés, de témoigner la vive reconnaissance dont ils étaient pénétrés, que les quatre dames, qu y étaient extrêmement sensibles, entendirent quatre religieuses qui demandaient en grâce qu’on voulut bien leur donner un lit, et auxquelles l’hôte offrait, tout cavalièrement, de passer la nuit sur des fauteuils. Les plaintes et les doléances de ces religieuses, qui se disaient extrêmement fatiguées, ayant attendri les dames et les hussards, il fut convent l’accorder une place dans leurs lits à chacune de ces religieuses.

On appela l’hôte, pour qu’il leur en fit la proposition. Il s’acquitta si heureusement de sa commission, qu’elles acceptèrent, sans difficulté et avec empressement, une politesse aussi obligeante et aussi convenable au besoin qu’elles avaient de repos, et elles se couchèrent.

À peine avaient-elles partagé avec les pèlerines les attentions des compatissants hussards, que quatre officiers vinrent aussi ans cette auberge pour y loger.

L’hôte leur fit les mêmes observations qu’il avait faites aux religieuses ; mais ces officiers ne voulurent point entendre raison, et menacèrent de prendre de force ce qu’on ne voulait pas leur donner de bon gré.

Le tapage qu’ils faisaient, détermina les hussards à descendre, pour mettre le bon ordre et rétablir la tranquillité; mais rien ne pût être comparé à leur surprise, en reconnaissant ces quatre officiers pour être de leur régiment. Ils prirent le ton de pacificateurs, en disant à leurs officiers, qu’ils trouveraient dans leur lit une compagne pour chacun.

Les officiers, enchantés de cette aventure, acceptèrent avec plaisir une si charmante proposition. Ils firent apporter du vin et des liqueurs; et, après avoir bu avec leurs dragons, ils furent tous se coucher.

Un voisin, jaloux de l’aubergiste, ayant vu ce qui se passait dans sa maison, profita de l’occasion pour aller le dénoncer au juge du bourg, en lui disant, que l’hôte faisait de son auberge un mauvais lieu, et qu’il fournissait aux voyageurs qui allaient loger chez lui des femmes dans le cas de mener une mauvaise vie.

Cette dénonciation obligea le juge à se transporter à l’auberge, pour y faire sa visite ; mais l’hôte, ayant été prévenu, fit part de ses alarmes aux dragons et aux dames, qui, pour l’obliger, se placèrent de manière que lorsque le juge entra dans la chambre, il ne trouva dans chaque lit que des personnes du même sexe, ce qui l’obligea à se retirer sans verbaliser ; et, lorsqu’il fut parti, les dames et les militaires se réunirent dans le même ordre où ils étaient auparavant, de sorte que la nuit fut agréable pour tout le monde.

Ce conte suffit pour démontrer dans quel ordre on doit placer les cartes les unes sur les autres. Comme chaque lit se trouve placé à chaque coin de la chambre, il faut d’abord y mettre les quatre dames, ensuite, par-dessus, les quatre valets, qui représentent les hussards ; puis ensuite les quatre as, qui sont les religieuses; et enfin les quatre rois, qui sont les officiers, ce qui formera quatre paquets de cartes découvertes et différentes les unes les autres.

Lorsque le juge viendra pour faire sa visite, vous relèverez ces paquets l’un sur l’autre, sans déranger les cartes, et vous les ferez couper plusieurs fois; ensuite, vous les replacerez à couvert, alternativement dans chaque lit, et vous retournerez les paquets, pour faire voir qu’ils ne sont plus composés que de cartes de même espèce. Après le départ du juge, vous les relèverez comme auparavant ; vous les ferez couper de nouveau, et vous les replacerez successivement couvertes dans chaque lit, pour faire voir, en les retournant, qu’elles sont dans le même ordre qu’elles étaient en premier lieu.

Le Petit savant de société, ouvrage dédié à la jeunesse des deux sexes, contenant la manière de jouer tous les jeux innocents dont on s’amuse en société, et les pénitences qui s’y ordonnent, avec la manière de s’y conformer en les exécutant. Recueil extrait des manuscrits de M. Enfantin, et corrigé et augmenté par M. de Belair. Seconde édition. Tome III.

20 août 2016

Faut-il que vous soyez voussoyé ?, ou, Des bienfaits de la douche

Classé dans : Langue, Littérature — Miklos @ 16:22


Article du Trésor de la langue française. Cliquer pour agrandir.

«Il n’est personne, peut-être, qui n’ait souri, sans grande réflexion, en lisant que Buffon n’écrivait qu’en habit de velours avec des manchettes de dentelles.

On connaît moins une femme de la cour, à peu près contemporaine de Buffon, qui rendait à l’amour le culte que Buffon rendait à la nature et à la muse, et qui n’écrivait pas à son amant qu’elle n’eût fait sa toilette complète, et ne se fut mise en grande parure.

Eh bien, je pensais, il n’y a qu’un instant, que nous faisons tous un peu comme Buffon et comme cette chère et dévote femme, et que la plume à la main, il est rare que nous ne nous imposions pas la gêne de certaines conventions, de certains préjugés, etc.

Par exemple, en commençant cette lettre, mon bon, mon vieux, mon illustre camarade, je me suis demandé s’il serait bienséant de te tutoyer, comme nous avons l’habitude de le faire mutuellement depuis un peu plus d’un. demi-siècle.

Il y a, dans la politesse convenue; de singulières nuances. — La question n’en serait pas une, si j’écrivais en vers. — On tutoie en vers des gens qu’on ne s’aviserait pas de tutoyer en prose.

Grand Roi, cesse de vaincre, ou -je cesse d’écrire,

disait Boileau à Louis XIV.

Prends ta foudre, Louis, et va, comme un lion,

etc., disait Malherbe à Louis XIII.

Les Anglais tutoient Dieu, et je crois qu’ils ne tutoient que Dieu.

C’est du reste un singulier usage que le vousoiement par lequel on parle à an homme comme s’il était plusieurs. J’en ai trouvé le sens et dans Cicéron et dans Mme de Sévigné.

« II y a eu, dit Cicéron, quatre Jupiter — quatre Mercure et six Hercule — et on a attribué à un seul et même de ces personnages les actes plus ou moins réels appartenant à tous ceux qui portaient le même nom. »

Mme de Sévigné, parlant à sa fille d’un de leurs amis qui s’appelait je crois d’Hacqueville.

Je dis : je crois, car j’écris à Saint-Raphaël hors de ma maison, sur une table d’ardoise et sous des rosiers en fleurs le 20 janvier et tu me pardonneras de citer de mémoire pour ne pas me déranger.

Mme de Sévigné dit que cet ami est si obligeant, si dévoué, si actif, qu’il rend si vite un si grand nombre de petits services, qu’on ne peut les attribuer à un seul homme, et qu’on l’appelle « les d’Hacqueville ».

Dire vous à une femme ou à un homme signifie :

O femme, tu offres à mon admiration tant de beautés, de grâces et de charmes, que c’est trop pour une seule mortelle, trop pour une seule déesse; tu réunis les perfections des plus belles et des plus séduisantes ; tu es à la fois Vénus, Junon et Pallas et je vous adore toutes trois en une seule.

O homme, tu es si brave, si noble, si généreux, si savant, si spirituel, si éloquent — tu réunis en toi des vertus et les qualités si diverses qu’on ne peut les attribuer à un seul homme — que je vois en toi Hercule, Jupiter, Decius, Voltaire, Rousseau,» etc., — je vous présente mes respects.

[…]

Alphonse Karr, « Lettres de Saint-Raphaël. IV. À Monsieur Ernest Legouvé, de l’Académie française », in Le Figaro, journal non politique, 21 janvier 1877, p. 1.

19 août 2016

L’abeille

Classé dans : Littérature, Nature, Photographie — Miklos @ 22:37


Cliquer pour agrandir.

«Aucun être vivant, même pas l’homme, n’a réalisé au centre de sa sphère ce que l’abeille a réalisé dans la sienne ; et si une intelligence étrangère à la nôtre» venait à demander à la terre l’objet le plus parfait de la logique de la vie, il faudrait lui présenter l’humble rayon de miel.

Maurice Maeterlinck, La vie des abeilles.

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