Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

This blog is © Miklos. Do not copy, download or mirror the site or portions thereof, or else your ISP will be blocked. 

23 mai 2022

Les Trois heures du Juif, récit.

Classé dans : Histoire, Judaïsme, Religion, antisémitisme, racisme — Miklos @ 1:17


Le prétendu meurtre rituel de Simonino, in
Hartmann Schedel, Liber chronicarum, Nürnberg, Anton Koberger, 1493, Trento, Biblioteca comunale (source). On remarquera la marque ovale en jaune sur les personnages et leurs noms « hébraïques Â» (Mayir, Samuel, Thobias, Israhel, Moyses…). Cliquer pour agrandir.

La curieuse histoire que l’on pourra lire ci-dessous, est parue le 1er mars 1838 dans le Journal des Jeunes Personnes sous la plume d’Ernest Fouinet, puis en 1840 dans L’Écho des vallées et, curieusement, le 11 mars 1841 dans la rubrique « Feuilleton Â» du Moniteur industriel (on se demande bien quel rapport il y a entre le sujet du récit et la thématique de la publication…). Elle relate un incident antisémite qui aurait eu lieu en 1563 dans la ville de Trente le jour de la fin de l’important concile éponyme, ville où l’on vénérait les restes d’un enfant de trois ans, Simonino, qui aurait été tué en 1236 par des Juifs à des fins rituelles.

Comme le précise un article fort bien intitulé Antisémitisme : Meurtre rituel de Simonino, « fake news Â» du XVe siècle et publié à l’occasion d’une récente exposition au musée diocésain tridentin, c’est en 1475 que Simonino avait disparu et été retrouvé mort (et non en 1236, comme le raconte l’histoire ci-dessous), et son « culte Â» aura duré jusqu’en 1965, date où son nom fut retiré du Martyrologue romain.

Le récit qui suit a donc été publié du temps où l’on vénérait encore Simonino. Si l’auteur se positionne très explicitement et clairement contre le violent antisémitisme cruel, immoral et fanatique, exhibé à l’encontre du « héros Â», Salomon, on y trouve tout de même deux ou trois passages quelque peu ambigus (« Ce n’était plus l’avare et cupide marchand juif, c’était le père éploré, en larmes, orphelin Â», « son enfant chéri, dont la blonde chevelure d’ange n’avait pas encore pris l’équivoque nuance judaïque Â»).


Trente, Journal des Jeunes Personnes, 1838.
Cliquer pour agrandir.

Si vous passez jamais à Trente, votre cicerone, après vous avoir lait admirer le long pont de buis sur l’Adige, qui n’a rien d’admirable en vérité que l’eau limpide et fraiche qui coule entre ses pilotis, ne manquera point sans doute de vous conduire à l’église de Saint-Pierre, devant une chapelle, pour vous montrer le corps d’un enfant de trois ans, conservé dans une chasse placée sur l’autel. Ému par l’aspect de cette touchante relique, vous vous empresserez d’en demander l’histoire ; c’est ce que le disert cicérone voulait, et il vous redira avec chaleur et passion comment, en 1236, les Juifs de la ville enlevèrent le petit Simonino, l’enfant unique d’un artisan, et le crucifièrent après lui avoir extrait tout son sang pour l’infâme célébration d’une de ces fêtes odieuses que la haine des fanatiques attribuait aux Juifs. « Rappelez-vous, signor, vous dira-t-il, ce canal qui amène les eaux de l’Adige en larges ruisseaux dans la plupart de nos rues et de nos maisons ; eh bien ! c’est un de ces ruisseaux qui porta le pauvre corps martyrisé jusqu’à la rivière dans laquelle le trouvèrent des pêcheurs. Les Juifs furent convaincus de leur forfait : trente-neuf furent pendus, appiccati, signor, répétera le cicérone avec enthousiasme, et notre saint Sixte IV canonisa le martyr Santo Simonino. Tous les autres Juifs furent bannis de la ville, bien entendu ; mais comme le commence souffrait de leur exclusion absolue, on leur a permis de venir. pour les affaires de leur négoce, passer chaque année trois heures à Trente ; maledetti. Â» C’est ce que le guide vous recontera avec plus ou moins d’éloquence, mais il ne vous apprendra peut-être point l’anecdote que voici :

Le 4 décembre 1563, la ville de Trente était dans un mouvement extraordinaire. Le concile qui s’y tenait depuis dix-huit années allait termimer ce jour-là sa dernière session, et, de tous les points, on voyait les archevêques, les évêques, les chefs d’ordres religieux, les théologiens, les ambassadeurs des puissances de la chrétienté, se rendre dans l’église de Sainte-Marie-Majeure, où s’était loujours tenu à Trente le vénérable congrès. Il fallait entendre les habitants, accourus dans les places ou sur le seuil de leurs portes, pousser, à l’aspect des prélats, les uns en litière, les autres sur des mules richement caparaçonnées, des exclamations italiennes mêlées de paroles germaniques. C’est par ce trait que Scaliger caractérise l’habitant de Trente, en ajoutant qu’il est Romain par l’intelligence, Allemand par l’âme. En effet, ce peuple a, comme les hommes du Tyrol et des Grisons, toute la vivacité d’esprit de l’Italien, gracieusement fondue dans la gravité méditative de l’Allemagne : c’est la charmante alliance des yeux bleus et des cheveux noirs.

On aurait pu remarquer, du reste, que la tristesse et la mélancolie du nord l’emportaient ce jour-là sur l’enthousiaste gaité du midi : tous les habitants, devenus en quelque sorte hôteliers, pour loger trois patriarches, trente-deux archevêques, deux cent trente évêques, douze généraux d’ordre, cent quarante-six théologiens, les ambassadeurs et la suite de tous ces hauts, savants ou saints personnages, les habitants voyaient avec un profond chagrin leurs palazzi ou leurs maisons de marbre blanc rougeâtre se vider tout-à-coup. La ville allait donc rentrer demain dans ce calme qu’elle avait oublié depuis dix-huit ans ! « Plus de loyers richement payés ! Â» se disaient les hôtelliers. « Adieu les gros bénéfices Â», murmuraient les aubergistes. Aussi se promettaient-ils de rançonner doublement les pauvres Juifs qui allaient arriver à Trente pour y passer les trois heures seulement qui leur étaient accordées.

Déjà ils arrivaient en abondance. Par les portes Santa-Croce, San-Marpino, dell’Aquila. affluaient à pied, à cheval, ou montés sur d’humbles ânes, des hommes coiffés de toques jaunes ou portant dans quelque partie de leur habillement cette couleur d’éternelle malédiction et d’infamie. Ce stygmate, que si longtemps l’Europe chrétienne imprima sur tout un peuple, fut l’acte non seulement d’une aveugle cruauté, mais encore d’une immoralité stupide : c’était corrompre et non réformer, c’était pervertir en humiliant, car rien ne rend méchant comme de se sentir devenu un objet de mépris et de haine.

Or, un de ces malheureux proscrits, après avoir franchi la porte San-Lorenzo, traversait le pont à grands pas, autant du moins que le lui permettait un enfant de six ans qu’il conduisait par la main et qui courait cependant plutôt qu’il ne marchait. Salomon son père était si pressé ! Dans les trois heures, il avait à aller d’un bout de la ville à l’autre, pour régler ses comptes avec divers marchands, et conclure certains arrangements qui ne pouvaient se traiter par correspondance. La précipitation de sa marche avait aussi pour lui cet avantage. qu’elle le dérobait aux injurieuses interpellations des passants, ou du moins au chagrin de les entendre. Il ne put cependant éviter les injures, tant italiennes que tudesques, dont une vieille femme l’accabla au moment où il arrivait près de la tour carrée, qui défend la ville à la tète du pont.

« Maledetto ! Birbone ! Verfluchter ! Jude ! comment oses-tu passer près de ce canal, où l’on a trouvé le corps du bienheureux Simonino ? y passer avec un enfant encore ! Â»

La voix et l’accent de cette vieille étaient d’une effroyable dureté, et Salomon hâta le pas sans tourner la tête : il était pâle, et tremblait au point que son enfant le plaignait de ce qu’il avait si grand froid ; il est vrai que l’air etait piquant, car l’hiver est très rude à Trente : mais c’est au cÅ“ur surtout que le pauvre Juif avait froid, pendant que la vieille fanatique lui parlait comme nous venons de l’entendre. Enfin, quand il se trouva au centre de la ville, au milieu de ses coreligionnaires, tous dans une incroyable activité comme lui, il se sentit rassuré, et ne craignait pas de s’arrêter pour dire quelques mots à des amis qu’il n’avait pas vus depuis de longues années, qu’il ne devait revoir qu’un instant.

Il était donc vivement occupé à causer d’une affaire importante au coin d’une rue, et son enfant aux roues fraiches et rosées, aux yeux bleus, son enfant chéri, dont la blonde chevelure d’ange n’avait pas encore pris l’équivoque nuance judaïque, jouait avec quelques cailloux de ceux qui servaient au pavage des rues. De temps à autre, Salomon se tournait vers lui pour lui adresser une caresse dans un sourire, et l’enfant lui rendait ce baiser avec amour. Cependant Salomon, tout entier à l’affaire dont il s’entretenait alors, était resté quelques minutes sans resarder derrière lui ou à ses pieds. Il se reprocha enfin d’avoir oublié un instant son enfant bien-aimé, et dirigeait vers lui un regard plein d’une inépuisable tendresse… Benïamin avait disparu.

— O ciel ! ne me parlez plus ! Que m’importent les affaires de ce monde ! Mon enfant ? où est mon enfant ? où est mon Benïamin ?

Il ne songeait plus à l’or qu’il venait recevoir à Trente, ni aux marchés arantageux qu’il devait conclure dans ces trois heures fatales… Il ne lui en restait plus que deux environ. — Que je trouve mon enfant avant tout, se dit-il, et que je meure de faim après. Ce n’était plus l’avare et cupide marchand juif, c’était le père éploré, en larmes, orphelin. Il lui vint une idée effrayante : Benïamin avait peut-être été jouer au bord de l’eau ; il y courut. Pas un batelier qu’il ne lui demandât son enfant.

— Avez-vous vu mon enfant ? il a des cheveux blonds, des yeux bleus comme ceux de sa mère Rachel, sa mère qu’il n’a plus.

Puis il courut par les rues, sondant de l’œil le canal qui les arrose presque toutes.

— Mon enfant !… mon fils bien-aimé ! donnez-le -moi, rendez-le-moi ! qui a vu mon enfant ?

— Ton enfant, Juif, ton enfant ! Est-ce que les Juifs ont des enfants, eux qui les tuent ? Où as-tu mis le bienheureux Simonino ?

Telles étaient les seules réponses qu’il reçut, réponses bien amères, bien cruelles ; mais que lui faisaient les outrages ? Il aurait tout enduré, tout supporté, trainé toutes les croix pour ravoir son Benïamin. Il fremissait en voyant ces canaux, — partout un péril pour son enfant,— ces canaux qui avaient porté le cadavre de Simonino !

— Qu’on me le rende, et je donnerai tout ce que j’ai amassé, tout ce que j’ai au monde, tout ce qui ne serait rien sans lui.

Sa douleur attendrissante n’excitait que les rires et les huées de ce peuple fanatique, et cependant le temps se passait vite, et Salomon n’avait point retrouvé son enfant.

Sa dernière heure venait de commencer ; il se mit à courir les rues, les places, les promenades, comme un chien qui a perdu son maître. Il entrait dans toutes les allées, dans toutes les boutiques, s’inquiétant peu des insultes qui l’accueillaient partout. Il osait même, au risque d’être lapidé, entrer dans les églises et les chapelles, foulant aussi aux pieds tous les scrupules religieux ; c’est que sa seule religion alors, c’était son enfant, l’enfant que Dieu lui avait donné.

Pendant que Salomon se débattait dans sa poignante angoisse, une scène d’une majestueuse solennité se passait dans l’intérieur de Sainte-Marie-Majeure ; les légats, au nombre de cinq, présidents du concile, venaient d’annoncer au triple rang d’évêques et d’archevêques, qui se développait devant eux comme un rang d’or, que le saint synode était terminé, et alors le cardinal de Lorraine venait de provoquer les acclamations des pères du concile.

— Au bienheureux Pie, notre pape et seigneur, pontife de la sainte Église universelle, beaucoup d’années et une éternelle mémoire !

Et les pères tombèrent à genoux pour appeler sur lui une vie longue et un impérissable nom dans l’aveuir.

— Aux papes défunts, à Charles V, empereur, au sérénissime empereur Ferdinand, aux révérendissimes légats et cardinaux, aux illustres orateurs, aux évêques de sainte vie, le salut éternel !

— Amen amen ! répondirent les pères.

— Au très saint concile œcuménique de Trente, foi inaltérable, et jurons d’observer ses décrets.

— Nous le jurons !

Et le grand crucifix de l’autel inclina, dit-on, la tête à ce solennel serment.

— Sur tous les hérétiques anathème ! anathème ! répétèrent en chÅ“ur tous les membres du concile, qui se forma ensuile en procession pour aller entendre un Te Deum d’actions de grâces à la cathédrale.

Le merveilleux salut du crucifix fut bientôt connu dans la foule, et avec la rumeur pieuse se répandit le cri d’anathème poussé contre les hérétiques. Les masses se passionnaient, se fanatisaient à ces bruits qui circulaient de bouche en bouche. Anathème aux hérétiques ! Anathème aux Juifs ! c’est la conséquence que l’on tirait de toutes parts à haute voix, et les malheureux enfants d’Israël se hâtaient de quitter la ville. La dernière heure était d’ailleurs accomplie, et ils voyaient qu’il n’eût pas été prudent de leur part d’élever sur ce point la moindre discussion en ce moment d’effervescence.

Salomon seul était insensible à cette effervescence populaire ; celle qui fermentait et bouillait dans sa poitrine était si violente ! Il n’avait pas retrouvé Benïamin, et déjà il avait parcouru, examiné, fouillé presque tous les quartiers et recoins de la ville ; car il n’avait plus à voir qu’une courte rue, au bout de laquelle était l’église de Saint-Pierre. Aurait-il méme le temps de terminer ses recherches, au bout desquelles était le bonheur ou le désespoir ? Déja quelques habitants, quelques gardes de la ville l’avaient arrêté pour lui dire :

« Juif ! La dernière heure est expirée !

— Mon enfant ! mon enfant ! j’ai perdu mon enfant, Â» leur répondit-il en les repoussant à plusieurs pas, tant sa marche était éperdue et effrénée.

Il courait donc comme un fou, les yeux égarés, les cheveux épars, la barbe sillonnée par les crispations de ses doigts ; il courait plus vite que la foule qui le poursuivait, car il venait d’entendre sortir du fond de l’église de Saint-Pierre un cri déchirant, une voix plaintive qui, pénétrante comme la foudre d’un courant électrique, passa de sa tête au cÅ“ur, à tout ce qui dans les entrailles d’un père sent et aime un enfant unique.

Qui était capable de le retenir alors ? Non, rien, rien. Il se précipita, malgré tous les obstacles dans la nef, vers la chapelle où se conserve le corps du bienheureux Simonino.

C’est cette circonstance qui mit le comble à la rage du peuple. Un Juif entrer dans l’église où étaient les restes de l’innocent martyr de la synagogue ! Ce ne pouvait être qu’une odieuse bravade, une insulte !

«  À mort ! à mort le Juif ! Â» s’écriaient déjà de nombreuses voix, et quel horrible fanatisme ! ces cris de mort pénétraient jusque dans le temple du Dieu clément ; mais Salomon était sourd à toutes ces clameurs ; il venait de retrouver là, devant l’autel de San Simonino, son enfant, son unique enfant, mais dans quel état, grand Dieu ! Étendu la face contre terre, les bras en croix sur la dernière marche de l’autel, garrotté à ne pouvoir faire un seul mouvement, et frappé de la main ou du pied par des hommes ou des femmes qui passaient devant lui.

Couper les liens qui retenaient Benïamin, les rompre, ce ne fut rien pour Salomon, dont la force était décuplée par l’exaltation, et pressant son enfant contre son cÅ“ur, il descendit de la nef à grands pas, sans que le peuple, stupéfait et anéanti par cet acte d’audace, eut encore songé à se jeter au-devant de lui. Cependant, comme il arrivait près du portail, la peur vint le reprendre ; car il entendait derrière lui la femme qui l’avait apostrophé d’une manière si menaçante sur le pont ; il l’entendait dire à demi-voix : « Meure cet impie, dont la race a tué Simonino ! Â» Et quand elle fut hors de l’église, toujours sur les pas de Salomon, elle répéta à haute voix ces paroles :

« Meurent ! meurent les juifs, qui prennent les enfants à leurs mères ! Â» redirent plusieurs femmes que le sentiment religieux porté à l’excès, et le sentiment de l’amour maternel, sauvage et sans frein, pouvaient rendre féroces. « Mort aux Juifs ! Â».

— Qu’un le renvoie et qu’on garde son enfant… qu’on le baptise, s’écriait la portion la plus modérée de la foule, qui, cette fois, exaltée par les cris des femmes, barrait irrésistiblement le passage à Salomon.

— Non ! non ! disait le pauvre père avec un désespoir profond, ne m’enlevez pas Benïamin, le seul souvenir que m’ait laissé ma pauvre Rachel !

On allait cependant lui arracher son enfant, le tuer peut-être, et son père lui faisait un rempart de son corps. En ce moment la grande procession du concile, se rendant à la cathédrale, passait près de Saint-Pierre, et plus elle approchait, mieux le premier légat avait entendu la rumeur qui bruissait à la porte de l’église. Quand la tête du cortège solennel fut devant le portail, le légat demanda quelle était la cause de cette agitation que l’on voyait fomenter dans la foule.

« Un Juif dans l’église ; il a outragé la relique de San Simonino… qu’il meure… Non ! Non ! qu’on le chasse et qu’on garde son enfant pour le baptiser !

— Le faire chrétien malgré lui ! répondit le légat ; ce serait une intolérance cruelle et sans fruit pour la religion. Dieu n’a pas dit : Forcez les enfants de venir à moi ; il a dit : Laissez-les venir. Rendez à ce Juif son enfant, et peut-être, en se rappelant nos paroles et notre action, viendra-t-il un jour à nous. Â»

Le peuple obéit à l’arrêt miséricordieux du représentant du pape, et, pendant que le bienheureux père franchissait la porte San-Lorenzo, le concile tout entier se joignait au Te Deum d’actions de grâces.

Ernest FOUINET.

(Journal des Jeunes Personnes).

___________________
Voir aussi les articles (liste générée automatiquement) :

18 avril 2021

Récapitulons…

Classé dans : Religion — Miklos @ 23:59


« Qui sait ce que désigne un ? Â», Haggadah de Copenhague, 1739.
Cliquer pour agrandir.

La Haggadah de Pâque est un recueil fort ancien de prières, questions-réponses, hymnes, louanges et récits formant le rituel autour du dîner festif de la première nuit de la Pâque juive célébrant la Sortie d’Égypte. Il en existe de magnifiques éditions manuscrites, illustrées de riches enluminures (et pour certaines disponibles en facsimilés). Vers la toute fin de ce recueil se trouve une chanson à récapitulation datant au moins de 1406.

Par coïncidence, on a trouvé une chanson très semblable (mais différent évidemment selon les spécificités des deux religions) dans « Légendes, Chansons de Filasse et de Filerie, Noëls, Ballades Â», in Le Livre des mères. Les Enfantines du « bon pays de France Â», recueillies par Ph. Kuhff, 1878 (source). Elle est probablement la version française d’une chanson allemande traduite quasi littéralement, Guter Freund, ich frage dich (on peut en voir ici quatre mélodies, toutes publiées au XIXe siècle).

Les voici en regard l’une de l’autre :

Haggadah de Pâque (trad.)

Le Livre des mères

Qui sait ce que désigne un ?
Moi je sais ce que désigne un :
Un – notre Dieu, dans le ciel et sur terre.

 
 
Il n’y a qu’un seul Dieu.
Il n’y a qu’un seul Dieu.

Qui sait ce que désigne deux ?
Moi je sais ce que désigne deux :
Deux – les Tables de la Loi,
Un – notre Dieu, dans le ciel et sur terre.

Dis-moi pourquoi deux,
Dis-moi pourquoi deux ?
— Il y a deux Testaments.
Il n’y a qu’un seul Dieu,
Il n’y a qu’un seul Dieu.

Qui sait ce que désigne trois ?
Moi je sais ce que désigne trois :
Trois – les patriarches1,
Deux – les Tables de la Loi,
Un – notre Dieu, dans le ciel et sur terre.

Dis-moi pourquoi trois,
Dis-moi pourquoi trois ?
— Il y a trois grands patriarches,
Il y a deux Testaments,
Il n’y a qu’un seul Dieu,
Il n’y a qu’un seul Dieu.

Qui sait ce que désigne quatre ?
Moi je sais ce que désigne quatre :
Quatre – les matriarches2,
Trois – les patriarches,
Deux – les Tables de la Loi,
Un – notre Dieu, dans le ciel et sur terre.

Dis-moi pourquoi quatre,
Dis-moi pourquoi quatre ?
— Il y a quatre évangélistes,
Il y a trois grands patriarches,
Il y a deux Testaments,
Il n’y a qu’un seul Dieu,
Il n y a qu’un seul Dieu.

Qui sait ce que désigne cinq ?
Moi je sais ce que désigne cinq :
Cinq – les livres du Pentateuque,
Quatre – les matriarches,
Trois – les patriarches,
Deux – les Tables de la Loi,
Un – notre Dieu, dans le ciel et sur terre.

Dis-moi pourquoi cinq,
Dis-moi pourquoi cinq ?
— Il y a cinq livres de Moïse,
Il y a quatre évangélistes,
Il y a trois grands patriarches,
Il y a deux Testaments,
Il n’y a qu’un seul Dieu,
Il n’y a qu’un seul Dieu.

Qui sait ce que désigne six ?
Moi je sais ce que désigne six :
Six – les chapitres de la Mishna3,
Cinq – les livres du Pentateuque,
Quatre – les matriarches,
Trois – les patriarches,
Deux – les Tables de la Loi,
Un – notre Dieu, dans le ciel et sur terre.

Dis-moi pourquoi six,
Dis-moi pourquoi six ?
Six urn’s de vin remplies à Cana, en Galilée,
Il y a cinq livres de Moïse,
Il y a quatre évangélistes,
Il y a trois grands patriarches,
Il y a deux Testaments,
Il n’y a qu’un seul Dieu,
Il n’y a qu’un seul Dieu.

Qui sait ce que désigne sept ?
Moi je sais ce que désigne sept :
Sept – les jours de la semaine,
Six – les chapitres de la Mishna,
Cinq – les livres du Pentateuque,
Quatre – les matriarches,
Trois – les patriarches,
Deux – les Tables de la Loi,
Un – notre Dieu, dans le ciel et sur terre.

Dis-moi pourquoi sept,
Dis-moi pourquoi sept ?
— Il y a sept sacrements,
Six urn’s de vin remplies à Cana, en Galilée,
Il y a cinq livres de Moïse,
Il y a quatre évangélistes,
Il y a trois grands patriarches,
Il y a deux Testaments,
Il n’y a qu’un seul Dieu,
Il n’y a qu’un seul Dieu.

Qui sait ce que désigne huit ?
Moi je sais ce que désigne huit :
Huit – les jours précédant la circoncision,
Sept – les jours de la semaine,
Six – les chapitres de la Mishna,
Cinq – les livres du Pentateuque,
Quatre – les matriarches,
Trois – les patriarches,
Deux – les Tables de la Loi,
Un – notre Dieu, dans le ciel et sur terre.

Dis-moi pourquoi huit,
Dis-moi pourquoi huit ?
— Il y a huit béatitudes,
Il y a sept sacrements,
Six urn’s de vin remplies à Cana, en Galilée,
Il y a cinq livres de Moïse,
Il y a quatre évangélistes,
Il y a trois grands patriarches,
Il y a deux Testaments,
Il n’y a qu’un seul Dieu,
Il n’y a qu’un seul Dieu.

Qui sait ce que désigne neuf ?
Moi je sais ce que désigne neuf :
Neuf – les mois de la grossesse,
Huit – les jours précédant la circoncision,
Sept – les jours de la semaine,
Six – les chapitres de la Mishna,
Cinq – les livres du Pentateuque,
Quatre – les matriarches,
Trois – les patriarches,
Deux – les Tables de la Loi,
Un – notre Dieu, dans le ciel et sur terre.

Dis-moi pourquoi neuf,
Dis-moi pourquoi neuf ?
— Il y a neuf chœurs des anges,
Il y a huit béatitudes,
Il y a sept sacrements,
Six urn’s de vin remplies à Cana, en Galilée,
Il y a cinq livres de Moïse,
Il y a quatre évangélistes,
Il y a trois grands patriarches,
Il y a deux Testaments,
Il n’y a qu’un seul Dieu,
Il n’y a qu’un seul Dieu.

Qui sait ce que désigne dix ?
Moi je sais ce que désigne dix :
Dix – les Commandements,
Neuf – les mois de la grossesse,
Huit – les jours précédant la circoncision,
Sept – les jours de la semaine,
Six – les chapitres de la Mishna,
Cinq – les livres du Pentateuque,
Quatre – les matriarches,
Trois – les patriarches,
Deux – les Tables de la Loi,
Un – notre Dieu, dans le ciel et sur terre.

Dis-moi pourquoi dix,
Dis-moi pourquoi dix ?
— Il y a dix commandements,
Il y a neuf chœurs des anges,
Il y a huit béatitudes,
Il y a sept sacrements,
Six urn’s de vin remplies à Cana, en Galilée,
Il y a cinq livres de Moïse,
Il y a quatre évangélistes,
Il y a trois grands patriarches,
Il y a deux Testaments,
Il n’y a qu’un seul Dieu,
Il n’y a qu’un seul Dieu.

Qui sait ce que désigne onze ?
Moi je sais ce que désigne onze :
Onze – les étoiles,
Dix – les Commandements,
Neuf – les mois de la grossesse,
Huit – les jours précédant la circoncision,
Sept – les jours de la semaine,
Six – les chapitres de la Mishna,
Cinq – les livres du Pentateuque,
Quatre – les matriarches,
Trois – les patriarches,
Deux – les Tables de la Loi,
Un – notre Dieu, dans le ciel et sur terre.

Dis-moi pourquoi onze,
Dis-moi pourquoi onze ?
— Il y a onze cent mill’ vierges,
Il y a dix commandements,
Il y a neuf chœurs des anges,
Il y a huit béatitudes,
Il y a sept sacrements,
Six urn’s de vin remplies à Cana, en Galilée,
Il y a cinq livres de Moïse,
Il y a quatre évangélistes,
Il y a trois patriarches,
Il y a deux Testaments,
Il n’y a qu’un seul Dieu,
Il n’y a qu’un seul Dieu.

Qui sait ce que désigne douze ?
Moi je sais ce que désigne douze :
Douze – les tribus,
Onze – les étoiles,
Dix – les Commandements,
Neuf – les mois de la grossesse,
Huit – les jours précédant la circoncision,
Sept – les jours de la semaine,
Six – les chapitres de la Mishna,
Cinq – les livres du Pentateuque,
Quatre – les matriarches,
Trois – les patriarches,
Deux – les Tables de la Loi,
Un – notre Dieu, dans le ciel et sur terre.

Dis-moi pourquoi douze,
Dis-moi pourquoi douze ?
— Il y a douze apôtres,
Il y a onze cent mill’ vierges,
Il y a dix commandements,
Il y a neuf chœurs des anges,
Il y a huit béatitudes,
Il y a sept sacrements,
Six urn’s de vin remplies à Cana, en Galilée,
Il y a cinq livres de Moïse,
Il y a quatre évangélistes,
Il y a trois patriarches,
Il y a deux Testaments,
Il n’y a qu’un seul Dieu,
Il n’y a qu’un seul Dieu.

Qui sait ce que désigne treize ?
Moi je sais ce que désigne treize :
Treize – les attributs divins,
Douze – les tribus,
Onze – les étoiles,
Dix – les Commandements,
Neuf – les mois de la grossesse,
Huit – les jours précédant la circoncision,
Sept – les jours de la semaine,
Six – les chapitres de la Mishna,
Cinq – les livres du Pentateuque,
Quatre – les matriarches,
Trois – les patriarches,
Deux – les Tables de la Loi,
Un – notre Dieu, dans le ciel et sur terre.

1Abraham, Isaac et Jacob.

2Sarah (épouse d’Abraham), Rebecca (épouse d’Isaac), Rachel et Léa (épouses de Jacob).

3Premier des recueils de la loi juive dite orale.

___________________
Voir aussi les articles (liste générée automatiquement) :

2 août 2018

About the Jerusalem mayor’s stance regarding the pride parade

Classé dans : Judaïsme, Religion, Société — Miklos @ 16:27


People participate in the annual Gay Pride parade in central Jerusalem, under heavy security on August 3, 2017. (Miriam Alster/Flash90)

Quoting the Times of Israel: “Jerusalem Mayor Nir Barkat, who is not running for reelection, has never attended the parade during his time leading the city, saying he did not want to offend the capital’s ultra-Orthodox population.”

Is « being gay » (or being whatever) legal in Jerusalem as everywhere else in Israel? If so, why take into account/bother about those who are « offended » by the mere existence of these people and their proper parade, to the extent of murdering one at the last parade? Doing so supports, whence justifies, their undemocratic and hateful attitude.

On the contrary, the mayor should show active support of the statement of the organizers, “In the face of the hatred and fear that has led to violence and murder, we refuse to be silent”, by marching alongside with them.

___________________
Voir aussi les articles (liste générée automatiquement) :

31 octobre 2017

Something to believe in for everyone || Vous y croyez, vous ?

Classé dans : Langue, Littérature, Philosophie, Politique, Religion, Société — Miklos @ 16:38

Some words ending in –ism.
Some words ending in –ism (fuller list below).
Click to enlarge.

The liberal is your true undying friend
But disagree with him and that’s the end.

The radical, however, claims no friend
Except his catechism, which can bend.

In the revolution there are always cracks:
The Communists killed Trotsky with an ax.

The guns of the Idealists are red-hot:
Whoso commits nonviolence is shot.

Karl Jay Shapiro (1913-2000), ISMs.

Ableism ⋅ Abolitionism ⋅ Absenteeism ⋅ Absolutism ⋅ Abstractionism ⋅ Absurdism ⋅ Academicism ⋅ Academism ⋅ Achromatism ⋅ Acrotism ⋅ Actinism ⋅ Activism ⋅ Adonism ⋅ Adoptianism ⋅ Adoptionism ⋅ Adventism ⋅ Adventurism ⋅ Aeroembolism ⋅ Aestheticism ⋅ Ageism ⋅ Agism ⋅ Agnosticism ⋅ Agrarianism ⋅ Alarmism ⋅ Albinism ⋅ Alcoholism ⋅ Aldosteronism ⋅ Alevism ⋅ Algorism ⋅ Alienism ⋅ Allelism ⋅ Allelomorphism ⋅ Allomorphism ⋅ Alpinism ⋅ Altruism ⋅ Amateurism ⋅ Amoralism ⋅ Amorphism ⋅ Amyraldism ⋅ Anabaptism ⋅ Anabolism ⋅ Anachronism ⋅ Analogism ⋅ Analphabetism ⋅ Anarchism ⋅ Anecdotalism ⋅ Aneurism ⋅ aneurysm ⋅ Anglicanism ⋅ Anglicism ⋅ Animalism ⋅ Animatism ⋅ Animism ⋅ Anisotropism ⋅ Antagonism ⋅ Anthropocentrism ⋅ Anthropomorphism ⋅ Anthropopathism ⋅ Antialcoholism ⋅ Antiauthoritarianism ⋅ Antiblackism ⋅ Anticapitalism ⋅ Anticlericalism ⋅ Anticolonialism ⋅ Anticommercialism ⋅ Anticommunism ⋅ Antielitism ⋅ Antievolutionism ⋅ Antifascism ⋅ Antifeminism ⋅ Antiferromagnetism ⋅ Antihumanism ⋅ Antiliberalism ⋅ Antimaterialism ⋅ Antimilitarism ⋅ Antinepotism ⋅ Antinomianism ⋅ Antiquarianism ⋅ Antiracism ⋅ Antiradicalism ⋅ Antirationalism ⋅ Antirealism ⋅ Antireductionism ⋅ Antiritualism ⋅ Antiromanticism ⋅ Antiterrorism ⋅ Aphorism ⋅ Apocalypticism ⋅ Apocalyptism ⋅ Arabism ⋅ Archaism ⋅ Arianism ⋅ Armirianism ⋅ Asceticism ⋅ Assimilationism ⋅ Associationism ⋅ Asterism ⋅ Astigmatism ⋅ Asynchronism ⋅ Atavism ⋅ Atenism ⋅ Atheism ⋅ Athleticism ⋅ Atomism ⋅ Atonalism ⋅ Atropism ⋅ Atticism ⋅ Autecism ⋅ Auteurism ⋅ Authoritarianism ⋅ Autism ⋅ Autoecism ⋅ Autoeroticism ⋅ Autoerotism ⋅ Automatism ⋅ Automorphism ⋅ Baalism ⋅ Bábism ⋅ Bahaism ⋅ Baptism ⋅ Barbarianism ⋅ Barbarism ⋅ Bathouism ⋅ Behaviorism ⋅ Behmenism ⋅ Benthamism ⋅ Benzhuism ⋅ Biblicism ⋅ Bibliophilism ⋅ Bicameralism ⋅ Biculturalism ⋅ Bidialectalism ⋅ Bilateralism ⋅ Bilingualism ⋅ Bimetallism ⋅ Bimoism ⋅ Binarism ⋅ Biologism ⋅ Bioregionalism ⋅ Bipartisanism ⋅ Bipedalism ⋅ Biracialism ⋅ Blackguardism ⋅ Bogomilism ⋅ Bogyism ⋅ Bohemianism ⋅ Bolshevism ⋅ Boosterism ⋅ Bossism ⋅ Botulism ⋅ Bourbonism ⋅ Boyarism ⋅ Brahmanism ⋅ Briticism ⋅ Brominism ⋅ Bromism ⋅ Brutism ⋅ Bruxism ⋅ Buddhism ⋅ Bureaucratism ⋅ Cabalism ⋅ Cabbalism ⋅ Caciquism ⋅ Caesarism ⋅ Calvinism ⋅ Cambism ⋅ can-do-ism ⋅ Cannibalism ⋅ Capitalism ⋅ Careerism ⋅ Casteism ⋅ Castroism ⋅ Catabolism ⋅ cataclysm ⋅ Catastrophism ⋅ Catechism ⋅ Catharism ⋅ Catholicism ⋅ Cavalierism ⋅ Centralism ⋅ Centrism ⋅ Ceremonialism ⋅ Charism ⋅ Charlatanism ⋅ Chauvinism ⋅ Chemism ⋅ Chemotropism ⋅ Cheondoism ⋅ Chimaerism ⋅ Chimerism ⋅ Chrism ⋅ Chromaticism ⋅ Cicisbeism ⋅ Cinchonism ⋅ Civicism ⋅ Civism ⋅ Cladism ⋅ Classicism ⋅ Classism ⋅ Clericalism ⋅ Clonism ⋅ Cocainism ⋅ Cockneyism ⋅ Collaborationism ⋅ Collectivism ⋅ Colloquialism ⋅ Colonialism ⋅ Colorism ⋅ Commensalism ⋅ Commercialism ⋅ Communalism ⋅ Communism ⋅ Communitarianism ⋅ Conceptualism ⋅ Concretism ⋅ Confessionalism ⋅ Conformism ⋅ Confucianism ⋅ Congregationalism ⋅ Connubialism ⋅ Conservatism ⋅ Constitutionalism ⋅ Constructionism ⋅ Constructivism ⋅ Consumerism ⋅ Controversialism ⋅ Conventionalism ⋅ Corporatism ⋅ Corporativism ⋅ Cosmism ⋅ Cosmopolitanism ⋅ Cosmopolitism ⋅ Countercriticism ⋅ Counterculturalism ⋅ Counterterrorism ⋅ Creationism ⋅ Credentialism ⋅ Cretinism ⋅ Criticism ⋅ Cronyism ⋅ Cryptorchidism ⋅ Cryptorchism ⋅ Cubism ⋅ Cultism ⋅ Cynicism ⋅ Czarism ⋅ Dadaism ⋅ Daejongism ⋅ Daltonism ⋅ Dandyism ⋅ Darwinism ⋅ de Gaullism ⋅ Defeatism ⋅ Deism ⋅ Demonism ⋅ Denominationalism ⋅ Despotism ⋅ Determinism ⋅ Deviationism ⋅ Diabolism ⋅ Diamagnetism ⋅ Diastereoisomerism ⋅ Diastrophism ⋅ Dichroism ⋅ Dichromatism ⋅ Diclinism ⋅ Dicrotism ⋅ Didacticism ⋅ die-hardism ⋅ Diffusionism ⋅ Dilettantism ⋅ Dimerism ⋅ Dimorphism ⋅ Dinkoism ⋅ Dioecism ⋅ Discordianism ⋅ Ditheism ⋅ Divisionism ⋅ Docetism ⋅ Doctrinairism ⋅ Dodoism ⋅ Dogmatism ⋅ do-goodism ⋅ Don Juanism ⋅ Donatism ⋅ Druidism ⋅ Dualism ⋅ Dudeism ⋅ Dwarfism ⋅ Dynamism ⋅ Dysphemism ⋅ Ecclesiasticism ⋅ Echoism ⋅ Eclecticism ⋅ Ecofeminism ⋅ Ecoterrorism ⋅ Ecotourism ⋅ Ecumenicalism ⋅ Ecumenicism ⋅ Ecumenism ⋅ Egalitarianism ⋅ Egocentrism ⋅ Egoism ⋅ Egotism ⋅ Electromagnetism ⋅ Elitism ⋅ Embolism ⋅ Emotionalism ⋅ Empiricism ⋅ Enantiomorphism ⋅ Encyclopedism ⋅ Endemism ⋅ Endomorphism ⋅ Endoparasitism ⋅ Entrepreneurialism ⋅ Environmentalism ⋅ Eonism ⋅ Epicenism ⋅ Epicureanism ⋅ Epicurism ⋅ Epigonism ⋅ Epigrammatism ⋅ Epiphenomenalism ⋅ Epiphytism ⋅ Epizoism ⋅ Equalitarianism ⋅ Eremitism ⋅ Erethism ⋅ Ergotism ⋅ Eroticism ⋅ Erotism ⋅ Erraticism ⋅ Erythrism ⋅ Escapism ⋅ Esotericism ⋅ Essenism ⋅ Essentialism ⋅ Establishmentarianism ⋅ Estheticism ⋅ Etatism ⋅ Ethnocentrism ⋅ Eudaemonism ⋅ Eudaimonism ⋅ Euhemerism ⋅ Eunuchism ⋅ Euphemism ⋅ Euphuism ⋅ Evangelicalism ⋅ Evangelism ⋅ Evolutionism ⋅ Exceptionalism ⋅ Exclusivism ⋅ Exhibitionism ⋅ Existentialism ⋅ Exogenism ⋅ Exorcism ⋅ Exoticism ⋅ Exotism ⋅ Expansionism ⋅ Expatriatism ⋅ Experimentalism ⋅ Expertism ⋅ Expressionism ⋅ Externalism ⋅ Extremism ⋅ Factionalism ⋅ Factualism ⋅ Faddism ⋅ Fairyism ⋅ Faism ⋅ Familism ⋅ Fanaticism ⋅ Faradism ⋅ Fascism ⋅ Fatalism ⋅ Fauvism ⋅ Favism ⋅ Favoritism ⋅ Federalism ⋅ Feminism ⋅ Ferrimagnetism ⋅ Ferromagnetism ⋅ Fetichism ⋅ Fetishism ⋅ Feudalism ⋅ Feuilletonism ⋅ Fideism ⋅ Finalism ⋅ Flagellantism ⋅ Flunkyism ⋅ Fogeyism ⋅ Fogyism ⋅ Foreignism ⋅ Formalism ⋅ Formulism ⋅ Frankism ⋅ Fraternalism ⋅ Freneticism ⋅ Funambulism ⋅ Functionalism ⋅ Fundamentalism ⋅ Fusionism ⋅ Futilitarianism ⋅ Futurism ⋅ Gallicism ⋅ Galvanism ⋅ Gangsterism ⋅ Genteelism ⋅ Geomagnetism ⋅ Geotropism ⋅ Germanism ⋅ Giantism ⋅ Gigantism ⋅ Globalism ⋅ Gnosticism ⋅ Gongorism ⋅ Gothicism ⋅ Gourmandism ⋅ Governmentalism ⋅ Gradualism ⋅ Grangerism ⋅ Greenbackism ⋅ Gutturalism ⋅ Gynandromorphism ⋅ Gypsyism ⋅ Hasidism ⋅ Heathenism ⋅ Hebraism ⋅ Hedonism ⋅ Heightism ⋅ Heliotropism ⋅ Hellenism ⋅ Helotism ⋅ Hemimorphism ⋅ Henotheism ⋅ Herbalism ⋅ Hermaphroditism ⋅ Hermeticism ⋅ Hermetism ⋅ Hermitism ⋅ Heroinism ⋅ Heroism ⋅ Hetaerism ⋅ Hetairism ⋅ Heteroecism ⋅ Heteromorphism ⋅ Heterothallism ⋅ Highbrowism ⋅ Hinduism ⋅ Hipsterism ⋅ Hirsutism ⋅ Hispanism ⋅ Historicism ⋅ Hitlerism ⋅ Hoboism ⋅ Holism ⋅ Holometabolism ⋅ Homeomorphism ⋅ Homoeroticism ⋅ Homomorphism ⋅ Homothallism ⋅ Hoodlumism ⋅ Hoodooism ⋅ Hooliganism ⋅ Hucksterism ⋅ Humanism ⋅ Humanitarianism ⋅ Hussitism ⋅ Hybridism ⋅ Hydrotropism ⋅ Hylozoism ⋅ Hypercatabolism ⋅ Hypercriticism ⋅ Hyperinsulinism ⋅ Hypermetabolism ⋅ Hyperparasitism ⋅ Hyperparathyroidism ⋅ Hyperpituitarism ⋅ Hyperrealism ⋅ Hyperthyroidism ⋅ Hyperurbanism ⋅ Hypnotism ⋅ Hypocorism ⋅ Hypoparathyroidism ⋅ Hypopituitarism ⋅ Hypothyroidism ⋅ Ibsenism ⋅ Idealism ⋅ Idiotism ⋅ Idolism ⋅ Illiberalism ⋅ Illuminism ⋅ Illusionism ⋅ Imagism ⋅ Immanentism ⋅ Immaterialism ⋅ Immobilism ⋅ Immoralism ⋅ Imperialism ⋅ Impressionism ⋅ Incendiarism ⋅ Incrementalism ⋅ Indeterminism ⋅ Indifferentism ⋅ Individualism ⋅ Industrialism ⋅ Infantilism ⋅ Inflationism ⋅ Initialism ⋅ Institutionalism ⋅ Instrumentalism ⋅ Insularism ⋅ Intellectualism ⋅ Internationalism ⋅ Interventionism ⋅ Introspectionism ⋅ Intuitionism ⋅ Invalidism ⋅ Iodism ⋅ Iotacism ⋅ Irishism ⋅ Irrationalism ⋅ Irredentism ⋅ Islamism ⋅ Ism ⋅ Isma’ilism ⋅ Isobarism ⋅ Isochronism ⋅ Isolationism ⋅ Isomerism ⋅ Isomorphism ⋅ Jainism ⋅ Jansenism ⋅ Jediism ⋅ Jesuism ⋅ Jesuitism ⋅ jim crowism ⋅ Jingoism ⋅ Jism ⋅ John Bullism ⋅ Journalism ⋅ Judaism ⋅ Jujuism ⋅ Junkerism ⋅ Kabalism ⋅ Kabbalism ⋅ Kaiserism ⋅ Kemetism ⋅ Kopimism ⋅ Krishnaism ⋅ Ku Kluxism ⋅ labsurdism ⋅ Laconism ⋅ Laicism ⋅ Lamaism ⋅ Lamarckism ⋅ Landlordism ⋅ Landmarkism ⋅ Lathyrism ⋅ Latinism ⋅ Latitudinarianism ⋅ Leftism ⋅ Legalism ⋅ Legitimism ⋅ Leninism ⋅ Lesbianism ⋅ Liberalism ⋅ Libertarianism ⋅ Libertinism ⋅ Lingayatism ⋅ Literalism ⋅ Liturgism ⋅ Lobbyism ⋅ Localism ⋅ Locoism ⋅ Lollardism ⋅ Lookism ⋅ Looksism ⋅ Loyalism ⋅ Luciferianism ⋅ Luminism ⋅ Lutheranism ⋅ Lyricism ⋅ Lyrism ⋅ Machoism ⋅ Maenadism ⋅ Magnetism ⋅ Majoritarianism ⋅ Malapropism ⋅ Mammonism ⋅ Mandaeism ⋅ Mandarinism ⋅ Manichaeism ⋅ Mannerism ⋅ Manorialism ⋅ Marcionism ⋅ Martinism ⋅ Marxism ⋅ Masochism ⋅ Materialism ⋅ Maternalism ⋅ Mazdakism ⋅ Mechanism ⋅ Medievalism ⋅ Melanism ⋅ Meliorism ⋅ Mendelism ⋅ Menshevism ⋅ Mentalism ⋅ Mercantilism ⋅ Mesmerism ⋅ Messianism ⋅ Metabolism ⋅ Metamerism ⋅ Metamorphism ⋅ Metasomatism ⋅ Methodism ⋅ me-tooism ⋅ Metricism ⋅ Microorganism ⋅ Microprism ⋅ Microseism ⋅ Militarism ⋅ Millenarianism ⋅ Millennialism ⋅ Millerism ⋅ Minimalism ⋅ Misoneism ⋅ Mithraism ⋅ Mobbism ⋅ Modernism ⋅ Mohism ⋅ Mohockism ⋅ Momism ⋅ Monachism ⋅ Monadism ⋅ Monarchism ⋅ Monasticism ⋅ Monetarism ⋅ Mongolism ⋅ Monism ⋅ Monochromatism ⋅ Monoecism ⋅ Monometallism ⋅ Monomorphism ⋅ Monorchidism ⋅ Monotheism ⋅ Montanism ⋅ Moralism ⋅ Mormonism ⋅ Moronism ⋅ Morphinism ⋅ Mosaicism ⋅ Mullahism ⋅ Multiculturalism ⋅ Multilateralism ⋅ Multilingualism ⋅ Multiracialism ⋅ Mumboism ⋅ Muqallidism ⋅ Mutism ⋅ Mutualism ⋅ Muwahhidism ⋅ Mysticism ⋅ Nabobism ⋅ Nanism ⋅ Narcism ⋅ Narcissism ⋅ Narcotism ⋅ Nasalism ⋅ Nationalism ⋅ Nativism ⋅ Naturalism ⋅ Naturism ⋅ Nazism ⋅ Necessitarianism ⋅ Necrophilism ⋅ Negativism ⋅ Neoclassicism ⋅ Neocolonialism ⋅ Neoconservatism ⋅ Neo-Druidism ⋅ Neoliberalism ⋅ Neologism ⋅ Neopaganism ⋅ Neoplasticism ⋅ Neoplatonism ⋅ Neopythagoreanism ⋅ Neorealism ⋅ Neoshamanism ⋅ Nephrism ⋅ Nepotism ⋅ Neuroticism ⋅ Neutralism ⋅ Nihilism ⋅ NIMBYism ⋅ Noahidism ⋅ Nomadism ⋅ Nominalism ⋅ Nomism ⋅ Nonconformism ⋅ Nondenominationalism ⋅ Nonobjectivism ⋅ Nonrepresentationalism ⋅ Nontrinitarianism ⋅ Nudism ⋅ Obeahism ⋅ Obelism ⋅ Obiism ⋅ Objectivism ⋅ Obscurantism ⋅ Obstructionism ⋅ Occultism ⋅ Odinism ⋅ Officialism ⋅ Ogreism ⋅ Ogrism ⋅ Onanism ⋅ Operationalism ⋅ Operationism ⋅ Opiumism ⋅ Opportunism ⋅ Optimism ⋅ Oralism ⋅ Orangeism ⋅ Organicism ⋅ Organism ⋅ Orientalism ⋅ Orphism ⋅ Ostracism ⋅ Overoptimism ⋅ Pacificism ⋅ Pacifism ⋅ Padronism ⋅ Paeanism ⋅ Paedomorphism ⋅ Paganism ⋅ Paleomagnetism ⋅ Paludism ⋅ Pan-Slavism ⋅ Pantheism ⋅ Papism ⋅ Parajournalism ⋅ Parallelism ⋅ Paralogism ⋅ Paramagnetism ⋅ Parasitism ⋅ Parecism ⋅ Parkinsonism ⋅ Parochialism ⋅ Parsiism ⋅ Particularism ⋅ Passivism ⋅ Pastoralism ⋅ Paternalism ⋅ Patriotism ⋅ Pauperism ⋅ Pedestrianism ⋅ Pentecostalism ⋅ Peonism ⋅ Perfectionism ⋅ Personalism ⋅ Pessimism ⋅ Phallicism ⋅ Phallism ⋅ Pharisaism ⋅ Phenomenalism ⋅ Philhellenism ⋅ Philistinism ⋅ Photochromism ⋅ Photojournalism ⋅ Photoperiodism ⋅ Phototropism ⋅ Physicalism ⋅ Pianism ⋅ Pictorialism ⋅ Pietism ⋅ Plagiarism ⋅ Platonism ⋅ Plebeianism ⋅ Pleinairism ⋅ Plenism ⋅ Pleochroism ⋅ Pleomorphism ⋅ Plumbism ⋅ Pluralism ⋅ Plutonism ⋅ Pococurantism ⋅ Poeticism ⋅ Pointillism ⋅ Polycentrism ⋅ Polyglotism ⋅ Polyglottism ⋅ Polymerism ⋅ Polymorphism ⋅ Polytheism ⋅ Populism ⋅ Porism ⋅ Positivism ⋅ Postmillenarianism ⋅ Postmillennialism ⋅ Postmodernism ⋅ Pragmaticism ⋅ Pragmatism ⋅ Predatism ⋅ Predestinarianism ⋅ Prelatism ⋅ Premillenarianism ⋅ Premillennialism ⋅ Presentism ⋅ Priapism ⋅ Priggism ⋅ Primitivism ⋅ Prism ⋅ Privatism ⋅ Probabilism ⋅ Professionalism ⋅ Prognathism ⋅ Progressivism ⋅ Prosaism ⋅ Proselytism ⋅ Prostatism ⋅ Protectionism ⋅ Protestantism ⋅ Provincialism ⋅ Prussianism ⋅ Pseudoclassicism ⋅ Pseudomorphism ⋅ Psychologism ⋅ Ptyalism ⋅ Puerilism ⋅ Pugilism ⋅ Purism ⋅ Puritanism ⋅ Puseyism ⋅ Pygmyism ⋅ Pyrrhonism ⋅ Pythagoreanism ⋅ Quackism ⋅ Quakerism ⋅ Quietism ⋅ Quislingism ⋅ Quixotism ⋅ Quranism ⋅ Rabbinism ⋅ Racemism ⋅ Racialism ⋅ Racism ⋅ Radicalism ⋅ Raelism ⋅ Rationalism ⋅ Reactionaryism ⋅ Realism ⋅ Rebaptism ⋅ Recidivism ⋅ Reconstructionism ⋅ Reductionism ⋅ Reformism ⋅ Refugeeism ⋅ Regionalism ⋅ Relativism ⋅ Representationalism ⋅ Republicanism ⋅ Restorationism ⋅ Restrictionism ⋅ Revanchism ⋅ Revisionism ⋅ Revivalism ⋅ Rheumatism ⋅ Rhotacism ⋅ Rightism ⋅ Rigorism ⋅ Ritualism ⋅ Robotism ⋅ Romanism ⋅ Romanticism ⋅ Rosicrucianism ⋅ Rousseauism ⋅ Routinism ⋅ Rowdyism ⋅ Royalism ⋅ Ruffianism ⋅ Ruralism ⋅ Sacerdotalism ⋅ Sacramentalism ⋅ Sadism ⋅ Sadomasochism ⋅ Salvationism ⋅ Samaritanism ⋅ Sansculottism ⋅ Sapphism ⋅ Sardonicism ⋅ Satanism ⋅ Saturnism ⋅ Savagism ⋅ Scapegoatism ⋅ Scepticism ⋅ Schematism ⋅ Schism ⋅ Scholasticism ⋅ Scientism ⋅ Sciolism ⋅ Scotticism ⋅ Secessionism ⋅ Sectarianism ⋅ Sectionalism ⋅ Secularism ⋅ Sedevacantism ⋅ Seism ⋅ Seismism ⋅ Semicolonialism ⋅ Semitism ⋅ Sensationalism ⋅ Sensualism ⋅ Sentimentalism ⋅ Separatism ⋅ Serialism ⋅ Servomechanism ⋅ Sethianism ⋅ Sexism ⋅ Shabakism ⋅ Shaivism ⋅ Shakerism ⋅ Shaktism ⋅ Shamanism ⋅ Shaykhism ⋅ Shintoism ⋅ Sikhism ⋅ Simplism ⋅ Sinapism ⋅ Skepticism ⋅ Slumism ⋅ Snobbism ⋅ Socialism ⋅ Solarism ⋅ Solecism ⋅ Solidarism ⋅ Solipsism ⋅ Somnambulism ⋅ Sophism ⋅ Southernism ⋅ Sovietism ⋅ Spartanism ⋅ Specialism ⋅ Speciesism ⋅ Spinozism ⋅ Spiritism ⋅ Spiritualism ⋅ Spoonerism ⋅ Stalinism ⋅ Standpattism ⋅ Statism ⋅ Stereoisomerism ⋅ Stoicism ⋅ Structuralism ⋅ Stylitism ⋅ Subjectivism ⋅ Sufism ⋅ Supernaturalism ⋅ Superorganism ⋅ Superparasitism ⋅ Superpatriotism ⋅ Superrealism ⋅ Superromanticism ⋅ Supranationalism ⋅ Suprematism ⋅ Surrealism ⋅ Survivalism ⋅ Suwunism ⋅ Swarajism ⋅ Swedenborgianism ⋅ Sybaritism ⋅ Sycophantism ⋅ Syllabism ⋅ Syllogism ⋅ Symbolism ⋅ Symmetallism ⋅ Synchronism ⋅ Syncretism ⋅ Syndactylism ⋅ Syndicalism ⋅ Synergism ⋅ Syntheism ⋅ Systematism ⋅ Tachism ⋅ Talmudism ⋅ Tantrism ⋅ Taoism ⋅ Tarantism ⋅ Tautomerism ⋅ Technopaganism ⋅ Tectonism ⋅ Teetotalism ⋅ Televangelism ⋅ Tenebrism ⋅ Tengrism ⋅ Teratism ⋅ Territorialism ⋅ Terrorism ⋅ Teutonism ⋅ Theatricalism ⋅ Theism ⋅ Theocentrism ⋅ Thermoperiodism ⋅ Thermotropism ⋅ Thigmotropism ⋅ Thromboembolism ⋅ Titanism ⋅ Titoism ⋅ Toadyism ⋅ Tokenism ⋅ Toryism ⋅ Totalism ⋅ Totalitarianism ⋅ Totemism ⋅ Tourism ⋅ Traditionalism ⋅ Transcendentalism ⋅ Transnationalism ⋅ Transsexualism ⋅ Transvestism ⋅ Traumatism ⋅ Triadism ⋅ Tribadism ⋅ Tribalism ⋅ Trichromatism ⋅ Triliteralism ⋅ Trimerism ⋅ Tritheism ⋅ Triumphalism ⋅ Troilism ⋅ Tropism ⋅ Trotskyism  ⋅ Truism ⋅ Tsarism ⋅ Tzarism ⋅ Ultraconservatism ⋅ Ultraism ⋅ Ultraleftism ⋅ Ultraliberalism ⋅ Ultramontanism ⋅ Ultranationalism ⋅ Ultrarealism ⋅ Uniformitarianism ⋅ Unionism ⋅ Unitarianism ⋅ Universalism ⋅ Uranism ⋅ Urbanism ⋅ Ureotelism ⋅ Uricotelism ⋅ Utilitarianism ⋅ Utopianism ⋅ Utopism ⋅ Vagabondism ⋅ Vaishnavism ⋅ Valentinianism ⋅ Valetudinarianism ⋅ Vampirism ⋅ Vandalism ⋅ Vanguardism ⋅ Vedantism ⋅ Veganism ⋅ Vegetarianism ⋅ Ventriloquism ⋅ Verbalism ⋅ Verism ⋅ Vernacularism ⋅ Vigilantism ⋅ Virilism ⋅ Vitalism ⋅ Vocalism ⋅ Vocationalism ⋅ Volcanism ⋅ Voltaism ⋅ Voluntarism ⋅ Voluntaryism ⋅ Volunteerism ⋅ Voodooism ⋅ Vorticism ⋅ Voyeurism ⋅ Vulcanism ⋅ Vulgarism ⋅ Wahhabism ⋅ Warlordism ⋅ Welfarism ⋅ Wellerism ⋅ Wesleyanism ⋅ Wholism ⋅ Witticism ⋅ Womanism ⋅ Workaholism ⋅ Wotanism ⋅ Xerophytism ⋅ Yahooism ⋅ Yankeeism ⋅ Yarsanism ⋅ Yazdânism ⋅ Yiddishism ⋅ Zalmoxianism ⋅ Zionism ⋅ Zombiism ⋅ Zoroastrianism ⋅ Zurvanism ⋅ Zwinglianism

___________________
Voir aussi les articles (liste générée automatiquement) :

23 octobre 2017

Des honnêtes gens d’alors et d’aujourd’hui

Classé dans : Histoire, Philosophie, Politique, Progrès, Religion, Société — Miklos @ 13:03


Sylvain Maréchal : Almanach des honnêtes gens. 1788.
Cliquer pour agrandir.

[En cette période de violences ethniques et religieuses de tous ordres de par le monde et du rejet de l’autre sous prétexte d’une différence quelconque, il est salutaire de relire attentivement l’Almanach des honnêtes gens que Sylvain Maréchal avait publié en 1788, ce pourquoi il avait été emprisonné pendant quatre mois et l’Almanach condamné à être « lacéré & brûlé Â» selon un Arrêt de la Cour de parlement, qui, lui aussi, mérite d’être lu – on l’a également reproduit ci-dessous : les arguments de la Cour d’alors, à peine plus d’un an avant la Révolution française, sont si semblables à ceux des ultra conservateurs de nos jours ! ne croirait-on pas entendre, ici et là, la voix de la fondatrice contemporaine du Parti chrétien-démocrate ?]

Présentation de l’Almanach par son auteur

Dans ce calendrier tout profane, on n’a pas prétendu faire loi. Mais comme mal­heu­reu­sement les habitants de la terre sont divisés de culte, on a tenté de les rapprocher par un lieu commun de fraternité. Le proverbe dit : Il y a des honnêtes gens partout. C’est d’eux & pour eux qu’on s’est occupé ici. L’Almanach des honnêtes gens pourra être consulté également par le catholique & le protestant, le luthérien & l’anglican, le chrétien & le Mahométan, l’idolâtre & l’hébraïsant. On ne doit cependant regarder ceci que comme le germe informe d’un ouvrage plus important ; comme le portique ébauché d’un édifice de paix, où les hommes se trouveront un jour plus à leur aise que partout ailleurs.

Qu’on ne fasse pas l’injure à l’espèce humaine de croire qu’elle n’a produit de grands hommes que ceux dont les noms se trouvent ici, on n’a inscrit que ceux dont on a pu découvrir la date un peu certaine de la naissance & de la mort, indiquées par une n ou par une m.

Les changements qu’on s’est permis s’expliqueront assez d’eux-mêmes.

On a divisé chaque mois de cet Almanach des honnêtes gens par décades, c’est-à-dire de dix en dix jours en sorte qu’il y a dans l’année 36 décades : les 6 jours excédant les 360 jours, serviront d’Chacun des jours que les anciens Égyptiens ajoutaient à leur année de 360 jours pour la faire coïncider avec l’année solaire.épagomènes & peuvent être consacrés si l’on veut à des solennités purement morales : Par exemple,

Une fête de l’Amour au commen­cement du printemps, le 31 mars ou Princeps,

Une fête de l’Hyménée, au commen­cement de l’été, le 31 mai ou Ter.

Une Fête de la Recon­naissance en automne, le 31 août ou Sextile.

Une fête de l’Amitié, en hiver le 31 décembre.

La fête de tous les grands Hommes, aémères, c’est-à-dire, dont on ne sait point la date de la mort & de la naissance, le 31 janvier ou un-décembre,

Quand au choix des personnages, à l’exemple du rédacteur on sera libre d’y substituer tous ceux qui paraîtront mériter la préférence, ou bien d’imiter chacun dans sa famille, ce que le rédacteur a fait pour la sienne, au 21 d’octobre. Un almanach composé en entier dans cet esprit ne pourrait tourner qu’au profit des mœurs.

Le défaut de place n’a pas permis de citer l’année de la naissance & de la mort des grands Hommes de ce Calendrier. On désirerait aussi que chacun d’eux eût été peint d’un trait. On tâchera d’y suppléer dans un petit livret portatif qui paraîtra dans le cours de l’année sous le titre de Dictionnaire des honnêtes gens.

Sylvain Maréchal, Almanach des honnêtes gens, 1788.


Page de garde de la réédition de 1836 de l’Almanach des Honnêtes Gens.

Avertissement de Génin pour la réédition de cet Almanach en 1836

Le hasard m’ayant fait découvrir dans cet almanach une particularité fort extraordinaire, en la rapprochant des événements qui ont suivi sa publication, je me décide, d’après la demande de Entre autres M. le baron de Vincent dont la mort récente laisse de si justes regrets.plusieurs personnes recommandables, à le faire réimprimer à un très petit nombre d’exemplaires ainsi que l’arrêt du Parlement dont je l’ai trouvé accompagné dans la bibliothèque de M. Moüette, mon beau-père, qui le possédait depuis 1788, époque où il fut publié.

Cet imprimé, confondu avec plusieurs productions de ce temps, n’attira d’abord mon attention que par sa conformité avec le calendrier républicain, décrété quelques années plus tard ; en effet, les mois y sont divisés par décades, et les jours excédant cette division y figurent comme jours complémentaires à la fin de chaque mois de 31 jours ; les noms des saints y sont remplacés par ceux des hommes les plus célèbres de l’antiquité ou des temps modernes, et chacun suivant le jour de sa naissance ou de sa mort ; ainsi Jésus Christ y est porté au 25 décembre, jour de la Nativité, et l’amiral Coligny au 24 août, jour de la Saint Barthélemy… ; mais quelle ne fut pas ma surprise lorsque, parcourant cet almanach avec plus d’attention je remarquai qu’un seul jour de l’année n’était rempli d’aucun nom… et se trouvait être le 15 août !… jour de la naissance de Napoléon !!… Cette lacune est en effet tellement étrange qu’on ne sait à quoi l’attribuer ; serait-ce au hasard?.. ou l’auteur de cet almanach n’a-t-il trouvé aucun nom célèbre à placer à cette date?.. ou enfin voulait-il se la réserver pour lui-même parce qu’il était né le 15 août ?… On ne peut le supposer, puisque rien ne l’empêchait d’user du privilège qu’il accorde à chacun de ses lecteurs, de se substituer à tel nom qu’il voudra, comme il l’a fait au 21 octobre, jour de la naissance de son père…. ; mais, quelque soit la cause ou le motif de cette lacune, toujours est-il qu’elle est si remarquable par l’application qu’on peut lui faire aujourd’hui du nom de Napoléon, qu’elle ne devait pas rester plus longtemps inconnue.

Un ouvrage publié en 1813 par M. Sallier, ancien nombre du parlement de Paris, intitulé Annales françaises depuis 1774 jusqu’en 1789, Page 304 . « Parmi les écrits de ce temps, dit M. Sallier, il y en a un qui ne fut regardé alors que comme une débauche d’imagination, et qui devint par la suite le type d’une loi importante ; il avait été imprimé dès l’année précédente, mais la censure du parlement en avait arrêté la publicité. Il reparut avec éclat, à la faveur de la licence de 1789. C’était un calendrier intitulé Almanach des Honnêtes Gens pour l’an Ier de la raison : les divisions des mois étaient de dix jours appelés décades ; il y en avait trente-six par année et cinq jours laissés dans les mois de trente et un jours. On proposait de a faire de ces cinq jours excédents, que l’on nommait Épagomènes ou intercalaires, des fêtes à l’amour, à l’hymen etc., etc……. Cette feuille portait un nom d’auteur, celui de Pierre-Sylvain Maréchal. Â»fait bien mention de cet almanach comme ayant été réimprimé en 1789 a la faveur de la licence de ce temps. Mais, l’auteur ne parlant pas de la lacune que je remarque sur l’original (quoiqu’en 1813 Napoléon fût parvenu à l’apogée de sa gloire), je suis porté à croire qu’elle n’existait point dans l’almanach réimprimé que Sallier avait alors sous les yeux, ou plutôt qu’il ne l’a pas aperçue; car je viens de la découvrir encore dans Cette réimpression, qui ne porte point de date et contient exactement la lacune, offre cependant une différence avec l’orignal : c’est la suppression du dernier paragraphe de l’almanach, indiquant la demeure de l’éditeur et finissant, comme le porte l’arrêt du Parlement, par ces mots : soit ployé dans un étui. Aussi l’arrêt, reproduit à la suite de ce petit almanach, pour être d’accord avec cette suppression, porte-t-il que l’imprimé se termine par ces mots : Dictionnaire des Honnêtes Gens, qui sont ceux de l’avant–dernier paragraphe.un de ces almanachs réimprimés depuis avec l’arrêt du Parlement, sous le format d’un almanach de poche. De plus, cette même lacune n’est point signalée dans la Biographie nouvelle des contemporains, qui cependant fournit J’ai cru devoir reproduire cette notice à la suite de l’arrêt du Parlement, pour mieux faire connaître l’auteur de l’Almanach des Honnêtes Gens.une notice assez étendue sur M. P. Sylvain Maréchal ; enfin l’Almanach des Honnêtes Gens y est désigné comme livre, et non comme simple calendrier ou almanach de cabinet en feuille tel que le mien. Sylvain Maréchal aurait-il composé un Almanach des Honnêtes Gens plus développé que celui condamné par le Parlement, et auquel on pouvait donner le nom de livre ? ou C’est tort qu’on attribue à Sylvain Maréchal les Anecdotes peu connues sur les journées des 10 août, 2 et 3 septembre 1793, Paris 1793. J’ai entre les mains une brochure in-16, portant bien la même date et ayant pour titre Almanach des Honnêtes Gens, avec des prophéties pour tous les jours de l’année et des anecdotes peu connues ; mais cet ouvrage est loin d’être l’œuvre de Sylvain Maréchal, car il est composé dans un esprit tout à fait opposé aux idées politiques du temps. Peut-être son auteur a-t-i1 voulu sauver son livre par le titre et se donner, sous l’enveloppe du républicanisme, le droit de le persifler tout à son aise. Je dirai même que le calendrier, donné dans cet almanach, n’est que le calendrier ordinaire et non celui de Sylvain Maréchal ; qu’enfin tout ce qui est traité dans ce petit outrage, sous le titre d’Éclipses, de Prédictions, etc., n’est qu’une suite d’allusions mordantes contre les désordres de l’époque et les auteurs de la révolution.

Il n’en est pas de même de l’Almanach des Républicains, Paris 1793, broch. in-16, par l’auteur de l’Almanach des Honnêtes Gens : on retrouve dans cet ouvrage tout ce que promettait le premier, et de plus le cynisme politique qui avait gagné les plus chauds partisans de ce temps de désordre. Dans cet Almanach des Républicains, pour servir à l’instruction publique, l’auteur avait conservé une grande partie des noms placés dans son almanach de 1788. Mais il avait cherché à leur donner alors quelques titres & l’admiration des républicains. C’est ainsi que dans son commentaire sur Moïse, qu’il place toujours au Ier mars, il dit : « Moïse, ce grand homme possedait à fond la théorie des insurrections, et il sut la mettre en pratique en délivrant les hébreux, qui ne le méritaient guère, de l’aristocratie égyptienne. Â»

« Turenne, Quel capitaine c’eût été sous la république française ! Â»

« Ninon de l’Enclos, Citoyens, nous vous demandons grâce pour cette femme, c’était une républicaine en amour et un homme en affaires. Â»

Ce qu’il dit de Fénelon, de Catinat, de Voltaire, de Washington, de Machiavel et de Sully, n’est pas moins ridicule et bizarre. Je dois aussi faire observer que, dans cet almanach, la lacune laissée au 15 août dans l’almanach de 1788 est remplie par le nom d’Urceus, poète philosophe et critique sévère. Mais ici, l’auteur ne pouvait pas laisser de lacune, puisque chaque jour de l’année devait offrir son commentaire pour l’instruction publique.se trompe-t-on sur la forme et le contenu de cet almanach, faute d’un exemplaire qui appartienne à l’époque même de sa publication ? Dans cette hypothèse, la réimpression de cette pièce et de l’arrêt qui l’accompagne doit offrir un nouvel intérêt, et pourra satisfaire la curiosité des amateurs, jaloux de rechercher les moindres documenta relatifs aux annales de ce temps surtout s’ils se rattachent à l’homme extraordinaire qui a si longtemps rempli le monde de son nom et de sa gloire.

J’ai fait réimprimer l’almanach et l’arrêt du Parlement avec toute la précision d’un fac simile (hors cependant la forme plus perfectionnée des caractères qui servent aujourd’hui à l’impression), afin que ceux qui auraient entre les mains des exemplaires de ces deux pièces puissent juger si elles sont de l’édition primitive ou de celles qui ont paru postérieurement, et ne présenteraient pas dèd lors tous les caractères de l’original que je possède : car ce que j’ai dit dans, une des notes qui précèdent prouve assez le peu d’exactitude des réimpressions qui ont été faites. Au surplus l’arrêt du Parlement, rendu presque aussitôt que la publication de l’almanach, doit nécessairement avoir atteint une très grande partie des exemplaires qui avaient déjà paru ; et le mien, devenu fort rare, se trouvera du moins reproduit par cette réimpression, dont je ne compte disposer qu’en faveur de quelques bibliothèques publiques et particulières, où elle pourra être consultée. Quant à l’original, j’offre très volontiers d’en donner communication aux amateurs qui désireront s’assurer de tous les caractères d’authenticité qu’il présente et y voit la lacune que personne jusqu’ici n’avait encore relevée, et qui rend cette production si extraordinare.

GÉNIN.

Nancy, le 17 Avril 1836.


Page de garde de l’arrêt de la cour du Parlement, 7 janvier 1788.
Cliquer pour agrandir.

« Arrêt de la cour de Parlement, qui condamne un imprimé, sans nom d’imprimeur, ayant pour titre : Almanach des honnêtes gens Â»

Arrêt de la Cour de Parlement
qui condamne un imprimé, sans nom d’imprimeur, ayant pour titre : Almanach des honnêtes Gens, à être lacéré & brûlé, par l’Exécuteur de la Haute- Justice, dans la Cour du Palais, au pied du grand Escalier d’icelui.

Extrait des registres du Parlement,
Du sept Janvier mil sept cent quatre-vingt- huit.

Ce jour, à l’issue de l’Audience du Rôle, les Gens du Roi sont entrés ; &, Me Antoine-Louis Séguier Avocat dudit Seigneur Roi portant la parole, ont dit :

Messieurs,

Nous venons de prendre communication de l’Imprimé que la Cour nous a fait remettre, dont elle nous a chargés de lui rendre compte, & sur lequel elle nous demande des conduirons.

Nous nous arrêterons d’abord au titre de cet écrit vraiment scandaleux ; il est intitulé Almanach des honnêtes Gens. Pourrait-on se flatter de comprendre quel est le but de l’auteur de cette misérable production ? Veut-il que ce soit un Almanach à l’usage des honnêtes gens seulement, ou plutôt n’a-t-il pas voulu présenter ce catalogue, comme devant servir à remettre sans cesse sous les yeux tous les hommes, prétendus honnêtes, dont il pense que les noms doivent faire époque dans les fastes du genre humain ? Cette question serait un problème, si le rédacteur de cet Almanach n’avait pris la peine de nous instruire lui-même de son intention.

On lit dans une note : Il y a des honnêtes gens partout, & c’est d’eux & pour eux qu’on s’est occupé ici. Cet aveu fait disparaître jusqu’au moindre doute. Ce Calendrier nouveau est fait pour les honnêtes gens, & ne contient que la nomenclature des gens honnêtes : c’est-à-dire, que tous ceux qui y sont compris, ont droit de prétendre au titre d’homme honnête, titre honorable, si prodigué aux sectateurs du matérialisme par les philosophes modernes, & si rare parmi eux en effet, d’après l’absurdité de leurs principes, puisqu’ils ne pourront jamais croire la doctrine qu’ils enseignent.

Si de l’examen du titre, nous descendons dans le détail des noms compris dans ce nécrologe, nous voyons, avec douleur, que cet esprit insensé, sous prétexte d’amuser ou d’intéresser la curiosité publique, s’est: permis de publier une collection bizarre de personnages, étonnés de se trouver réunis, & d’avoir tous le même genre de célébrité. L’auteur place à son gré à chaque jour de l’année combinée suivant le style ancien, les noms les plus respectables à côté des noms les plus dignes de mépris ; ou du moins qui ne sont pas exempts de blâme. On est indigné de voir Moïse rangé dans la même classe que Mahomet. Hobbes, Spinoza, Voltaire & Freret sont sur pris d’être honorés comme Bossuet, Pascal, Fénelon & Bourdaloue. Socrate & Platon ne sont pas plus recommandables qu’Épicure & Démocrite ; Spartacus est égal à Cicéron ; Caton n’est pas plus vertueux que l’assassin de Jules César ; Vespasien ressemble à Marc Aurèle ; Titus est mis en parallèle avec Cromwell ; & Julien se trouve à côté de l’Empereur Trajan.

Quelle idée 1’auteur s’est-il donc fait de ce qu’on peut appeler un honnête homme ? Quelle est sa façon de penser sur ces êtres privilégiés qu’on doit proposer pour modèles aux siècles à venir ? Quel est son système, lorsqu’il place sur la même ligne Plutarque & Boindin, Soliman & Louis IX, Sully & Machiavel, Wolf & Colbert, Bayle & d’Aguesseau ? Que devient l’honneur & la vertu de la plus belle moitié du genre humain, si l’espèce de célébrité honteuse que Ninon Lenclos s’est acquise doit consacrer son nom, & lui attirer l’hommage dû à Eudoxie, épouse infortunée du jeune Théodofe.

Cet assemblage monstrueux de personnages, choisis dans l’étendue des siècles, ce rapprochement de noms également célébrés ou fameux, cette réunion enfin des hommes qui ont fait la gloire & les délices de la Terre avec ceux qui ont fait la honte & le malheur de l’humanité, annonce le projet formé depuis longtemps d’anéantir, s’il était possible, la religion chrétienne, par le ridicule qu’on veut répandre sur ses plus zélés défenseurs.

Peut-on lire sans indignation, que cet Almanach est donné pour l’an premier du règne de la Raison, comme si la raison ne pouvait dater son empire que de l’époque qu’un vil troupeau d’incrédules veut bien lui assigner ; comme si le monde avait été jusqu’à présent dans les ténèbres ; comme si les novateurs du siècle étaient venus l’éclairer du flambeau de la vérité. Mais en quoi consiste donc cette lumière de la raison nouvelle qu’on veut faire briller à nos yeux ? Elle consiste à supprimer de nos anciens calendriers les noms de tous ceux qui se sont distingués par leur piété & leurs vertus, & à substituer à leur place les noms des payens, des athées, des Pyrrhoniens, des incrédules, des comédiens, des courtisanes, en un mot des détracteurs outrés ou des ennemis déclarés de notre religion sainte ; & si ces derniers se trouvent confondus avec des noms respectés & respectables, c’est: pour accorder aux premiers une célébrité politique, qui, dans l’intention de l’auteur, s’allie avec son plan destructeur de toutes les institutions religieuses.

Mais ce que nous ne pourrions jamais croire, si nous n’en avions la preuve entre les mains, c’est de trouver le saint nom de Jésus Christ au milieu de cette foule d’imposteurs & d’impies.

Quel blasphème d’associer le nom de notre divin sauveur, Dieu & Homme tout ensemble, le seul objet de notre culte & de notre adoration, à une multitude d’idolâtres & même de scélérats !

Non seulement les mystères de notre sainte religion sont pour ainsi dire écartés, comme les fruits de l’ignorance & de la crédulité, mais l’auteur propose de substituer à nos fêtes solennelles, la Fête de l’Amour profane, celles de l’Hyménée, celle de la Reconnaissance & de l’Amitié, qu’il érige en divinités païennes, pour nous replonger dans l’aveuglement de l’idolâtrie.

C’est en rougissant que nous rendons compte à la Cour des conséquences absurdes & révoltantes qui résultent de cet ouvrage d’impiété, d’athéisme & de folie. Nous ne pouvons envisager l’auteur que comme un frénétique dont l’imagination ne produit que des idées extravagantes & inconciliables. Mais le scandale inouï qu’un tel Ouvrage peut causer dans le public, & le cri général qui s’est élevé au moment même de sa distribution, nous forcent, malgré nous-mêmes, de proposer à la Cour de lui donner une sorte de publicité par une flétrissure éclatante ; & puisque l’auteur n’a pas craint de mettre son nom à la fin de son Almanach, pour se donner à lui-même le juste tribut de louange qu’il croit mériter, en requérant que cet écrit soit condamné aux flammes, comme scandaleux & blasphématoire, nous nous élèverons contre l’auteur, comme impie & blasphémateur.

C’est l’objet des conclusions par écrit que nous avons prises, & que nous laissons à la Cour avec l’imprimé qu’elle nous a fait communiquer.

Et se sont les Gens du Roi retirés, après avoir laissé sur le bureau ledit imprimé & les conclusions par eux prises par écrit sur icelui.

Eux retirés.

Vu l’imprimé commençant par ces mots : Almanach des Honnétes Gens, & finissant par ceux-ci, soit ployé dans un étui. Conclusions du Procureur Général du Roi. Ouï le rapport de Me Gabriel Tandeau, Conseiller. La matière mise en délibération.

LA COUR ordonne que ledit imprimé sera lacéré & brûlé dans la cour du Palais, au pied du grand escalier d’icelui, par l’exécuteur de la haute justice, comme impie, sacrilège, blasphématoire, & tendant à détruire la religion : Enjoint à tous ceux qui en ont des exemplaires de les apporter au greffe de la Cour, pour y être supprimés : fait inhibitions & défenses à tous libraires, imprimeurs, d’imprimer, vendre & débiter ledit écrit, & à tous colporteurs, distributeurs & autres, de le colporter ou distribuer, à peine d’être poursuivis extraordinairement, & punis suivant la rigueur des ordonnances : Ordonne qu’à la requête du procureur général du Roi, & par-devant le conseiller qui sera commis par la Cour, il sera informé contre les auteurs, imprimeurs ou distributeurs dudit écrit, pour l’information faite, rapportée & communiquée au procureur général du Roi, être par lui requis, & par la Cour ordonné ce qu’il appartiendra : Ordonne que le nommé M. P. Sylvain Maréchal sera pris & appréhendé au corps, constitué prisonnier dans les prisons de la Conciergerie du Palais, pour être ouï & interrogé par-devant le conseiller rapporteur, sur les faits sur lesquels le procureur général du Roi voudra le faire ouïr & interroger ; & où ledit Sylvain Maréchal ne pourrait être pris ni appréhendé, sera, après perquisition faite de sa personne, assigné à quinzaine, ses biens saisis & annotés, & à iceux établi commissaire, jusqu’à ce qu’il ait obéi, suivant l’ordonnance. Ordonne que le présent arrêt sera imprimé, publié & affiché partout où besoin sera, & copies collationnées dudit arrêt envoyées aux bailliages & sénéchaussées du ressort, pour y être lu, publié & registré : Enjoint au substitut du procureur général du Roi au Châtelet de Paris, & aux substituts du procureur général du Roi dans les sièges royaux, de tenir la main à l’exécution dudit arrêt, & d’en certifier la Cour dans le mois. Fait en Parlement, le sept janvier mil sept cent quatre-vingt-huit. Collationné Lutton.

Signé YSABEAU.

Et le Mercredi neuf janvier mil sept cent quatre-vingt-huit, ledit imprimé ci-dessus énoncé, ayant pour titre : Almanach des Honnêtes Gens, a été lacéré & brûlé par l’exécuteur de la haute justice, au pied du grand escalier du palais, en présence de moi Étienne Timoléon Ysabeau, écuyer, l’un des greffiers de la grand’ chambre, assisté de deux huissiers de la Cour.

Signé YSABEAU.

___________________
Voir aussi les articles (liste générée automatiquement) :

The Blog of Miklos • Le blog de Miklos