Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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17 août 2021

Akbar s’en va-t-en guerre, mironton, mironton, mirontaine….

Classé dans : Actualité, Progrès, Sciences, techniques, Économie — Miklos @ 14:25

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Akbar se rend gare Saint-Lazare pour (évidemment) y prendre le train : il va rejoindre Jeff dans leur future maison de campagne. Avant le départ, il entre dans le petit magasin Relay qui se trouve sur le quai à proximité de la voie de départ. Il constate d’abord que plus de la moitié des étagères de livres ont disparu – le vendeur lui dit que ce n’est que le début – puis aperçoit un casque Scheider qui lui permet­trait d’écouter ses cours de russe dans le train sans déranger les voisins. Il l’achète.

Une fois installé dans la voiture (on lui a dit que « wagon », ce n’est pas pour les humains), il branche ledit casque sur son téléphone, et constate qu’il n’entend le son que d’une oreille – et pourtant il n’est pas encore sourd. Il traficote la connexion, rien n’y fait. À l’arrivée, il teste le casque de Jeff sur son téléphone : ouf, il n’est pas sourd. Il essaie sa nouvelle acquisition sur le téléphone de Jeff : oui, il y a un problème !

À son retour quatre jours plus tard, il essaie de rendre le casque au Relay où il l’avait acheté : refus du magasin de le reprendre. Il doit s’adresser au constructeur… ce qu’il fait. Celui-ci répond qu’il ne rembourse rien, qu’il faut s’adresser à… Relay, qui le renvoie alors vers Lagardère, leur maison-mère. Celle-ci confirme le refus de remboursement. Relay en remet une couche, écrivant que « Dans le cadre de nos conditions commerciales, nous ne sommes pas tenus de vous rembourser ». Conditions écrites où ? Et la loi alors ?

Après trois semaines de va-et-vient entre ces « marques », et bien qu’il souffre en général de vertige en hauteur, Akbar se dit qu’il en a assez d’être manipulé comme une balle de ping-pong. Il décide d’escalader l’attaque : il s’adresse alors à SignalConso, un des services du Premier Ministre. Celui-ci lui répond rapidement, deman­dant une preuve d’achat, qu’il envoie par retour de mail.

Est-ce le début de la fin ? Que nenni : SignalConso lui répond « Je suis désolée mais nous ne répondons qu’aux questions relatives aux difficultés techniques rencontrées avec le site »… Encore un embrouillamini entre deux services, ronchonne Akbar : il avait pourtant bien répondu au mail qui lui demandait un justificatif, mais celui-ci provenait d’évidence d’une adresse destinée au support technique… Impossible de savoir comment répondre pour que la réponse arrive au bon service.

Plus tard, un nouveau mail de SignalConso lui demande s’ils peuvent l’appeler. Il répond par la positive et fournit son numéro : aucun appel ne viendra, ni aucune réponse à ses mails ultérieurs.

Le lendemain, en désespoir de cause, il appelle la DGCCRFDirection générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes, dont dépend SignalConso. Après une looooongue tirade de plus d’une minute, le répondeur lui annonce qu’il y a moins de dix minutes d’attente. Une minute plus tard, le répondeur lui annonce qu’il y a moins de dix minutes d’attente. Une minute plus tard, le répondeur lui annonce qu’il y a moins de dix minutes d’attente. Et ainsi de suite, jusqu’à la fin des dix minutes, où le répondeur lui dit que, puisqu’il y a plus de dix minutes d’attente, il est prié de rappeler. Et le répondeur coupe la communication…

Akbar ne renonce pas : il renseigne un formulaire de réclamation (pas facile) sur le site de la DGCCRF, et la réponse qui s’affiche dit (on abrège la réponse) que sa plainte sera examinée dans les 15 jours ouvrés, bla, bla, bla… et donc jamais, se dit Akbar in petto.

Voilà où il en est à cette heure. On verra bien quelle suite sera donnée à cette rocambolesque affaire.

Akbar commande au BHV Rivoli un beau, un grand, un confortable lit pour l’une des chambres de la future maison de campagne. Les vendeurs du service literie, très aimables, l’informent qu’il sera appelé la veille de la livraison pour en préciser le créneau horaires.

Quelques semaines plus tard, Akbar reçoit deux messages vocaux « urgents » en provenance du service de livraison, concernant l’enlèvement d’un matelas à Paris le jour-même.

Aucun enlèvement n’avait été demandé ni prévu – ni à Paris ni en province – et la livraison devait avoir lieu… en province. Akbar rappelle le service, le dit à la responsable qui lui répond que cette livraison en province n’est pas son affaire.

Le lendemain, les livreurs se présentent à la future maison de campagne sans qu’on en ait été prévenus, heureusement que Jeff était sur place. Ils avaient bien avec eux le lit qu’Akbar avait choisi et payé, mais, en sus, un matelas qui n’avait pas été commandé… Par honnêteté – ils auraient pu ne rien dire, garder le matelas et le donner à un proche –, Jeff le leur a signalé. Les livreurs repartent avec.

Plus tard, la même personne du service livraison qui avait appelé Akbar le rappelle, lui demandant si le matelas qui avait été livré par erreur en province avait été bien repris par le livreur… Le comble, se dit Akbar in petto : voilà que le service livraison ne sait pas ce qu’il livre et délivre.

Akbar et Jeff s’accordent sur le modèle de sèche-linge à acheter chez Ubaldi pour leur future maison. Quelques jours plus tard, le service livraison apporte la bête, la déposent emballée sur une palette devant la maison, ne font signer aucun papier et repartent. Tant bien que mal, Jeff l’installe avec l’aide de proches.

Une semaine plus tard, il est informé de la livraison imminente dudit sèche-linge. Perdu, il appelle Akbar. Ensemble mais à distance ils examinent la situation. Il s’avère finalement que le sèche-linge livré précédemment est légèrement différent de celui commandé : cela ne se voit pas à l’œil nu, ce n’est que le numéro du modèle qui est différent et quelques caractéristiques de performance.

Ils discutent entre eux de la conduite à adopter. Oui, ils pourraient ne rien dire, se retrouver avec deux machines pour le prix d’une et donner l’autre à un proche ou la revendre sur le Bon Coin, mais, comme pour le matelas superfétatoire (mot qu’Akbar apprécie), ils rejettent cette approche qui ne serait pas honnête. Ils s’accordent pour refuser la seconde livraison, et informer le vendeur qu’ils garderont la machine livrée précédemment (qui est légèrement moins chère que celle commandée et dont les performances sont plus que satis­fai­santes), lui demandant de leur fournir attestation et garantie pour ce modèle (et leur rembourser la différence). Accepteront-ils, n’accep­teront-ils pas (parce que peut-être ce modèle était destiné à un autre de leurs clients) ?

Voilà où ils en sont à cette heure. On verra bien quelle suite sera donnée à cette rocambolesque affaire.

Le Péruvien Huascar (qui est bien devenu pour Akbar ce qu’Étienne de la Boétie était pour Montaigne : un ami) s’est envolé avant-hier au Pérou avec Jaspe, sa compagne française. Quelques heures après son départ, il envoie un message à Akbar l’informant qu’ayant fait escale (prévue) à São Paulo, ils y restent bloqués : le Pérou interdit tout vol en provenance du Brésil, du fait de la situation sanitaire catas­tro­phique dans ce pays. Comment se fait-il qu’ils n’en aient pas été prévenus au départ de Paris ?, se demande Akbar.

Plus important : Huascar a besoin de l’aide d’Akbar : ayant quasi­ment vidé son compte en banque pour avoir des espèces pendant son voyage, voilà qu’il fait face à d’autres dépenses qu’il aurait à régler avec sa carte, ce qui mettrait son compte à découvert.

Ni une ni deux, Akbar se précipite sur le site de son compte bancaire, pour tenter de lui faire un virement immédiat. Mais voilà, le site de HSBC semble perclus de rhuma­tismes : le passage d’une page à l’autre, s’il a finalement lieu, prend plus d’une minute, et s’il n’a pas lieu, affiche que la destination n’existe plus, pour réappa­raître quelques minutes plus tard. Après de longs moments de frustration, Akbar appelle leur service télé­pho­nique qui, lui, ô miracle, s’exclame Akbar in petto, répond rapidement et aima­blement, et aide Akbar patiemment à finaliser le transfert.

Banques, je vous hais, repense Akbar.

15 janvier 2021

#TousAntiCovid grand corps malade

Classé dans : Actualité, Santé, Sciences, techniques — Miklos @ 11:20

Dès l’annonce de sa disponibilité, j’avais installé et activé cette application sur mon smartphone (Android, récent, à jour). Et voici les symptomes évolutifs que j’ai pu constater dans son comportement.

Catalepsies périodiques

Au fil du temps, j’ai constaté qu’elle se désactivait régulièrement, sans que je n’aie fait quoi que ce soit qui aurait pu expliquer ce comportement (éteindre le smartphone ou arrêter des applications, par exemple).

Raisonnements lacunaires et contradictoires

Puis, lundi dernier, en la réactivant, voici que :
  – elle m’annonce en rouge que j’ai été cas contact « ces derniers jours » ;
  – elle me recommande de me faire tester immédiatement et de m’isoler pour 7 jours « depuis le dernier contact » avec la personne en question  or comme elle ne fournit ni la date, ni l’heure, ni le lieu, impossible de savoir comment caler cet isolement et surtout quand y mettre fin ;
  – et enfin, à l’issue du bref questionnaire qu’elle propose, elle me recom­mande de me faire tester à la fin de l’isolement… Donc deux fois ?

Du coup, après avoir discuté avec mon médecin traitant, je m’isole pour 7 jours depuis la réception de cette alarme ; je me suis fait tester à une date que je suppose être de 4 jours après l’éventuel contact (dans un laboratoire où j’avais attendu une prise de sang pour une autre raison ? dans une queue à la pharmacie du coin?), et me ferai retester à l’issue de cet isolement.

J’ai envoyé un mail sur ces problèmes à l’adresse indiquée pour l’appli, ai reçu un accusé de réception, puis plus rien.

Morts subites

Et voilà que hier soir, voulant vérifier si elle était activée, je constate qu’elle plante immédiatement au lancement, avec java.lang.NullPointerException: Attempt to invoke virtual method ‘boolean com.lunabeestudio.stopcovid.model.KeyFigure.isFeatured()’ on a null object referenceune erreur système (je précise : aucune mise à jour ou installation récente sur mon smart­phone). J’ai essayé à nombreuses reprises, sans succès.

J’ai envoyé les informations sur l’erreur à l’adresse mail indiquée pour l’appli, ai reçu un accusé de réception, puis plus rien.

Mort-vivante

Ce matin, l’appli démarre. La pro­cé­dure d’activation initiale est différente – est-ce une nouvelle version ? – et voilà qu’elle affiche en même temps (cf. image ci-contre, cliquer pour agrandir) qu’elle est DÉSACTIVÉE, tout en four­nis­sant un lien pour la désac­tiver ainsi que des infor­mations qui semblent indi­quer qu’elle est activée (« Pas d’expo­sition détectée », etc.)…

J’ai envoyé les informations sur ce compor­tement à l’adresse indiquée pour l’appli, ai reçu un accusé de réception, puis plus rien.

Diagnostic

De là à se poser des questions sur la santé de cet outil pourtant vital (est-ce lui qui devrait se faire vacciner en premier ?)… Phéno­mène typi­quement français : en théorie, c’est génial (mais la France n’a pas inventé la roue, d’autres pays avaient mis en place une telle appli­cation plus tôt), mais en pratique, ça laisse à désirer.

Mort et transfiguration

Par acquis de conscience, j’ai redémarré mon smart­phone (ce que la procé­dure d’instal­lation de l’appli ne demandait pourtant pas) et oh ! miracle, l’appli indique qu’elle est activée… Je la mets en observation pour voir si elle a vraiment guéri.

Rechute

Et voilà que, une heure plus tard, l’appli indique qu’elle est désac­tivée et ne donne aucun moyen pour se réactiver : le bouton pour ce faire (« ActiverTousAntiCovid ») est aussi désactivé… Il s’avère que c’est dû au fait que l’appli ne peut plus accéder au BlueTooth, et pourtant elle le pouvait il y a une heure. Je lui ai signifié qu’elle pouvait, qu’elle essaie, elle verra bien. Eh bien elle m’a écouté cette fois, et j’ai pu la réactiver. Jusqu’à quand, je vous le demande ?

Et la réponse est…

Quelques jours plus tard, une réponse à mes mails arrive enfin :

Merci pour votre suggestion et d’être un acteur de la lutte contre l’épidémie.votre suggestion sera remontée au service développeur car l’application est en cours de développement.Nous avons identifié le problème ,c’est un soucis technique qui sera résolu prochainement.Nous vous rassurons que l’application est bien activée à ce moment là ,sachez que nous mettons tous en œuvre pour résoudre cette confusion.
L’application continuera d’être enrichie régulièrement de nouvelles informations et de nouveaux services.
Prenez soin de vous et de vos proches.
L’équipe TousAntiCovid.

Il est tout de même étonnant – voire décevant – d’apprendre que l’appli­cation est encore « en cours de développement » tellement de temps après le début de cette pandémie qui, elle, n’a de cesse d’être (malheu­reu­sement) en cours de déve­lop­pement…

14 novembre 2020

Apéro virtuel II.13 – samedi 14 novembre 2020

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts — Miklos @ 23:59

Machine à coudre à moteur animal – Machine à écrire musicale dite « L’Harmoniscribe » – Brosse à dents sans manche – Métronome géant – W.C. pour bergers landais
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Michel trinque à la santé des arrivants – Jean-Philippe, suivi de Sylvie puis de Françoise (P.) – en levant un verre de côtes de Provence bio et en croquant de délicieux canistrelli au citron, biscuits originaires de Corse (et non pas d’Italie comme il l’avait suggéré).

Les quatre présents évoquent ensuite l’actualité – à commencer par cette fête clandestine monstre qui avait réuni tout à fait illégalement, la nuit dernière, plus de trois cent personnes dans un loft à Joinville-le-Pont (Val de Marne), dont au moins une s’est révélée porteuse du coronavirus, soirée qui a dégénéré en bagarre générale avant que la police n’intervienne avec des grenades de désencerclement.

On évoque ensuite le long film complotiste Hold Up devenu viral grâce (si l’on peut dire) aux réseaux sociaux, utilisant des méthodes de démagogie (mensonges, citations hors contexte, appel à l’affect et aux peurs plutôt qu’à la raison, etc.) communes aux négationnistes de la Shoah et leurs semblables pour « démontrer » une « manipulation mondiale » autour de la pandémie actuelle1. Comme le dit un professeur des écoles, « Ce documentaire a atteint un public que le fact-checking à son sujet n’atteindra jamais. Les dégâts sont considérables. »

Selon Michel, la démocratie est menacée, voire impuissante, devant ces types de phénomènes – le complotisme venant d’« en-bas », la démagogie et les abus de pouvoir venant d’« en haut » (Netanyahou, Trump…). Que reste-t-il pour nous défendre ? « La presse ! », répond Jean-Philippe. « Les gens ! », rajoute Sylvie, rappelant que depuis août des manifestations se tiennent partout en Israël chaque semaine pour demander le départ de Netanyahou. Mais qu’est-ce que cela changera ?, demande Michel, ni l’un ni l’autre de ces personnages ne sont impressionnés par les manifestations à leur encontre. Qu’est-ce qui fera sortir Trump de la Maison Blanche s’il refuse d’en partir ? « Le Secret Service », répond Sylvie. Jean-Philippe rajoute que le chef de l’État major de l’armée américaine a déclaré n’avoir prêté allégeance ni au roi ni au président, mais à la Constitution.

On en vient à discuter de la méthode actuelle utilisée dans ce pays pour déclarer le vainqueur : ce sont les médias qui le font, très rapidement, non pas basés uniquement sur un décompte (partiel) des voix, mais sur des sondages. Ce qui n’est pas sans rappeler à Michel une extraordinaire nouvelle américaine publiée en 19552 et qui illustrait, de façon ironique et prémonitoire, l’absurdité du système électoral qui se décide de fait sur un nombre de moins en moins élevé de votants et à l’aide de logiciels de statistiques de plus en plus performants.

Pour faire écho aux textes inexploitables de Hubert Haddad d’une part, et aux détournements d’œuvres littéraires et artistiques par Clémentine Mélois d’autre part, mentionnés l’un et l’autre hier par Jean-Philippe et Michel respectivement, ce dernier présente le second volume du Catalogue d’objets introuvables3 de Carelman (publié en 1976), n’ayant pas trouvé son premier volume (qu’il préfère). Carelman, à l’origine dentiste, invente des objets absolument abracadabrantesques (cf. certains dans l’image ci-dessus), qu’il représente sous forme de gravures anciennes, objets qui, pour certains, se réaliseront bien plus tard sous une forme ou une autre.

Sylvie présente un trio de sites consacrés à la culture générale : Artips pour les arts, Musiktips pour la musique et Sciencetips pour les sciences. Ceux qui s’y inscrivent (gratuitement) reçoivent une ou plusieurs fois par semaine (selon le site) un courriel avec une « anecdote décalée et mémorable à lire en une minute seulement », suivie d’un jeu-concours qui consiste à identifier l’auteur d’une œuvre dont ils montrent une image, voire identifier un animal étrange. Sylvie affiche les pages des récents concours d’Artips et de Musiktips – faisant passer un examen aux présents avant de leur montrer les réponses elles-mêmes (mais par erreur parfois avant même d’avoir laissé le temps de répondre…). Celui qui cumule le plus grand nombre de bonnes réponses dans le mois peut recevoir un livre d’Artips… L’animal étrange en question était le wombat, de la famille des mammifères marsupiaux, c’est-à-dire à poche, poche dans laquelle se développe le petit à sa naissance. Et, précise Michel, une fois parti, la mère peut se servir de sa poche pour l’autorisation de sortie en cas de confinement.

Pour ceux des présents qui, après s’être inscrits, voudraient gagner à tous les coups, Michel suggère l’utilisation des sites d’identification de photos Google Images et TinEye, complémentaires (parfois l’un identifie ce que l’autre n’arrive pas à trouver) et qui lui a servi dans diverses occasions (en général, pour identifier des arnaques dans des annonces de location…).

De son côté, pour faire écho aux récentes évocations d’école communale (par exemple dans la visite du musée national de l’éducation à Rouen, il y a quatre jours), Françoise (P.) montre l’ouvrage À l’encre violette. Un siècle de vie quotidienne à la communale, de Clive Lamming, qui comprend de nombreuses photos4 – en noir et blanc principalement, assez sombre et triste, selon Françoise.

Michel remarque que l’école communale ne s’appelle plus ainsi de nos jours, mais, comme le précise Sylvie, « école primaire ». Il trouve cet abandon regrettable, « communale » suggérant ce qui est commun à tous, et quand on dit de quelqu’un qu’il est primaire, ce n’est pas un compliment !

À ce propos, Jean-Philippe conseille d’écouter l’enregistrement de l’émission Répliques d’Alain Finkielkraut chez France Culture de ce matin consacrée à Régis Debray, retraçant son parcours depuis la lutte armée et politique en Amérique latine jusqu’à ses engagements et réflexions plus récentes autour de la « médiologie » ainsi qu’également la place de l’Histoire et de la Nature pour comprendre l’actuel changement de paradigme. Michel en profite pour raconter avoir croisé Régis Debray chez Marcel Bénabou, alors, et toujours, secrétaire définitivement provisoire (c’est son titre officiel) de l’Oulipo (et donc encore un écho à Clémentine Mélois, membre du même organisme…).

Pour finir, Sylvie rappelle que ce soir a lieu La Nuit des musées, qui se fera de façon virtuelle, ou, comme le précise la Ville de Paris, sous la couette… Elle fournit aussi un lien récent en provenance du Grand Palais consacré à la naissance du fauvisme.

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1. On trouvera ici l’article que Libération a consacré à ce « documentaire » dans sa rubrique Check News.

2. Il s’agit de Franchise (en français : Le Votant) d’Isaac Asimov. On trouvera ici un extrait très significatif (en français) de l’essence de cette nouvelle.

3. Le titre se poursuit, comme celui de recueils bien plus anciens, par « …et cependant indispensables aux personnes telles que : acrobates, ajusteurs, […] xylographes, yogis, zingueurs et bricoleurs en tous genres… » En feuilletant l’ouvrage, ne pas oublier de lire la très fine ligne de citations en bas de chaque page !

4. Provenant, pour une bonne part, de quatre musées de l’éducation dont celui de Rouen… Cf. cet article.

11 novembre 2020

Apéro virtuel II.10 – mercredi 11 novembre 2020

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts — Miklos @ 23:59


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Françoise (P.) n’arrivant toujours pas à se connecter à Zoom sur son PC avec le son, elle rejoint l’apéritif avec son téléphone portable et se retrouve en deux exemplaires différents sur les écrans de tous, ce qui rappelle à Michel la géniale nouvelle « Les Sabines » de Marcel Aymé (et non d’Alphonse Allais, comme sa langue fourchue le dit initialement, ah cette proximité dans l’alphabet… !), publiée dans le recueil Le Passe-muraille. Au lieu de la raconter ici même, vous la trouverez . Il en profite pour expliquer son font d’écran, affichant des bésicles, un bicycle et deux sicles (dont : un autre bi sicle), le tout intitulé Re-cyclage, et faisant allusion à une série de photos récentes.

Françoise (B.) présente alors un ouvrage extraordinaire, Description de l’Égypte, ou, Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l’expédition de l’Armée française, publié par les ordres de sa Majesté l’Empereur Napoléon le Grand entre 1809 et 1829, dont elle possède une un volume de près de 1000 planches (alors que l’édition originale comprend 13 volumes de planches et 10 volumes de textes, comme décrit ici). Elle en présente quelques reproductions – zoologie, instruments de musique, monuments (avec les deux obélisques du temple de Luxor, l’un des deux étant maintenant place de la Concorde et Mitterrand ayant renoncé au second)… – qui donnent une petite vue de l’immense travail accompli par les nombreux scientifiques qui avaient accompagné cette expédition. Jean-Philippe dit alors que le jeune Champollion, tombé par hasard sur un volume de cette édition monumentale, y a trouvé le goût et l’intérêt pour l’égyptologie1.

Françoise (P.) (dans sa seconde incarnation), venant du milieu de la publicité (comme ses parents, dont elle cite la publicité et le jingle pour les slips JIL) présente un ouvrage plus récent (2012) et d’une nature un peu différente, Les pubs que vous ne verrez plus jamais : 100 ans de publicités sexistes, racistes, ou tout simplement stupides d’Annie Pastor. Ne pouvant montrer à l’écran ces publicités (non par censure mais du fait de l’utilisation de son téléphone portable pour zoomer, elle en lit quelques-uns des slogans encourageant la tabagie (raciste, genre, « Le tabac rend plus fort et donne le courage de battre n’importe quel sauvage », sexiste, genre, « Quelques volutes de fumée, et les femmes tombent comme des mouches ») et d’autres l’alcoolémie, suite à quoi un échange s’installe autour de l’expérience (passée) de Sylvie, de Michel et de Françoise (P.) avec la cigarette, la facilité ou difficulté d’arrêter d’en fumer; les effets éventuels de cet arrêt, et la nécessité (ou non) de s’en méfier encore maintenant.

Jean-Philippe évoque d’abord la cérémonie du jour marquant le 11 novembre et les quatre profanations (ou tentatives de profanation) de la tombe du Soldat inconnu, puis l’entrée au Panthéon de Maurice Genevoix. Ne détenant aucun de ses ouvrages, il ne peut en faire la lecture, il se retourne donc vers un poème d’Arthur Rimbaud, Le Dormeur du val écrit dans la suite de la guerre de 70 et qui a été une référence pour Genevoix lorsqu’il a écrit Ceux de 14, basé sur les notes qu’il avait prises (au crayon papier) dans les tranchées dans des carnets de moleskine. Après ces précisions, Jean-Philippe en fait la lecture, puis évoque la polémique autour d’une pétition pour la panthéonisation de Rimbaud et de Verlaine au Panthéon. Michel, parti entre temps à la recherche d’un de ses cahiers de récitation (de l’école communale) qu’il ne trouve pas et revenu avec un autre, raconte avoir appris ce poème à l’école communale. Il feuillette le cahier rapporté et montre comment les pauses, les syllabes muettes, les liaisons étaient indiquées pour que les élèves les récitent convenablement, art qui se perd de nos jours autant chez les élèves (auxquels on n’apprend plus qu’à mémoriser les mots) que les adultes. À ce propos, Françoise (P.) raconte alors avoir récemment entendu un ministre parler de « quatre z’enfants », Sylvie précisant que cela s’appelle « une liaison mal t’à propos ».

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1. En fait, son intérêt prédaterait la première publication de l’ouvrage en question (à partir de 1809), tel qu’il l’écrit déjà en 1806 (donc : à 16 ans) dans une lettre à ses parents&nbsp:: « Je veux faire de cette antique nation une étude approfondie et continuelle. L’enthousiasme où la description de leurs monuments énormes m’a porté, l’admiration dont m’ont rempli leur puissance et leurs connaissances, vont s’accroître par les nouvelles notions que j’acquerrai. De tous les peuples que j’aime le mieux, je vous avouerai qu’aucun ne balance les Égyptiens dans mon cœur. » Il avait en fait rencontré en juin 1805 Dom Raphaël de Monachis, moine grec proche de Bonaparte ayant participé à l’expédition d’Égypte, par l’intermédiaire de Fourier, et il est probable que celui-ci lui démontre que le copte vient de l’égyptien ancien. Il veut alors s’engager dans l’étude de cette langue mais ne peut le faire alors. Il semblerait que sa passion pour les hiéroglyphes égyptiens serait venue, entre autres, du livre de Bernard de Montfaucon intitulé L’Antiquité expliquée et représentée en figures publié en 1719 (Champollion étant alors âgé de 29 ans).

10 novembre 2020

Apéro virtuel II.9 – mardi 10 novembre 2020

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts — Miklos @ 23:59

En arrière-plan de Michel on peut voir une affiche – datant sans doute de la première moitié du XXe siècle, d’après son style –, proclamant « Fais le bien sur-le-champ, tu n’es pas sûr de vivre longtemps ». Sitôt aperçue par Jean-Philippe, celui-ci brandit une brochure de spectacle (au Théâtre des Quartiers d’Ivry, du 9 mai au 5 juin 2016) de La Cerisaie d’Anton Tchekov (quelle magnifique pièce !) sur la couverture de laquelle il est écrit « De toutes façons, on meurt ». Ça commence bien… En fait, celle de Michel est exposée au Musée national de l’éducation à Rouen, ville qu’il a visitée avec François, et fait partie des photos qu’il y a prises (ici, à partir de la photo n° 22) et qu’il fait défiler ce soir à l’écran, alliant ainsi les thèmes de voyage et pédagogie. On y remarque entre autres des élèves bien sages, les instituteurs enseignant aux garçons et les institutrices aux filles (et pas que la couture), les pupitres en bois, les encriers (à ce propos, on évoque les plumes Sergent-Major, les essuie-plumes et les buvards !), une publicité pour la gouache Caran d’Ache, des bons points de styles variés (et notamment un illustré du corbeau de La Fontaine tenant en son bec un fromage, et fourni en tant que publicité d’une marque de chocolats…), un guide-chant à manivelle, des planches illustrant diverses matières enseignées (à propos desquelles Jean-Philippe feuillette à l’écran Leçons de choses, ouvrage regroupant nombre des planches pédagogiques de Deyrolle qu’on voyait aux murs des classes), la couverture du Roti-Cochon ou Méthode très-facile pour bien apprendre les enfans à lire en latin & en françois par des inscriptions moralement expliquées [...] très-utile, & même nécessaire, tant pour la vie & le salut, que pour la gloire de Dieu, les tables de multiplication, de grandes pancartes alertant contre l’alcoolisme (ce qui rappelle à Michel le Papa, ne bois pas, pense à nous, du métro, où une main facétieuse avait rajouté tout après le pas, et à Françoise (C.) le Dubo Dubon Dubonnet des tunnels du métro)… Pour finir sa présentation, Michel montre la couverture de la « Méthode active de grammaire et de français » intitulée La grammaire nouvelle et le français des petits, un de ses tous premiers livres d’apprentissage de la grammaire, au revers de laquelle il avait dessiné le célèbre 0 + 0 = la tête à Toto.

Françoise (P.) présente Sœur Corita Kent, tombée dans l’oubli après avoir été considérée icône du pop art, qui est maintenant à l’honneur d’une réjouissante exposition à Nice, She-Bam Pow Pop Wizz ! Les Amazones du Pop (voir ci-dessous l’article de Soline Delos que le magazine Elle lui consacre et dont Françoise lit quelques lignes). Recommandée aussi, une très intéressante page (en anglais) consacrée à sa vie (texte et vidéos), à ses œuvres et à son style, illustrée de quelques reproductions. Pour Michel, l’affiche intitulée Immaculate Heart College Art Department Rules est purement géniale et si vraie ! Puis Françoise continue en mentionnant le décès récent (6/11) d’un publicitaire important, Jean-Michel Goudard, cofondateur avec Jacques Séguéla du réseau international de publicité Havas Worldwide (ex Euro RSCG) et proche conseiller de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy (alors que Séguéla soutenait Mitterand). On pourra lire ici la lettre que Séguéla lui adresse.

Et même si la thématique cuisine n’a pas été développée, on a eu la recette de la mayonnaise faite maison, on a vu du curry vert et brièvement évoqué la crème Budwig dont on trouvera la recette originale ici.

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Soeur Corita Kent : pop modèle
(Source : Elle)

Le 25 décembre  1967, l’hebdomadaire américain « Newsweek » consacrait sa couverture de Noël à une religieuse hors norme, sister Corita Kent. À 49 ans, cette sœur de l’ordre du Cœur immaculé de Marie, à Los Angeles, est alors considérée comme une icône du pop art, avec ses sérigraphies aux couleurs vivifiantes prônant la tolérance. Pédagogue attentive et exigeante, elle enseigne également à l’Imma­culate Heart College, diffusant sur le juke-box de l’établis­sement les chansons de Bob Dylan ou projetant sur grand écran le dernier film de François Truffaut. Parmi ses admi­rateurs : Alfred Hitchcock, John Cage, les designers Ray et Charles Eames ou encore l’architecte visionnaire Richard Buckminster Fuller, qui décrira sa classe comme « l’une des expériences les plus fondamentalement inspirantes de [sa] vie ». Si Corita Kent joue avec les mots depuis les années 1950, c’est en 1962, lorsqu’elle découvre les « Campbell’ Soup Cans » d’un certain Andy Warhol à la Ferus Gallery, haut lieu de la contre-culture californienne, que son art prend définitivement les couleurs du pop.

TROP RADICALE POUR L’ÉGLISE

L’élève a trouvé son maître, mais c’est peut-être aussi l’inverse, car certains avancent que les sérigraphies de sister Corita auraient influencé le jeune artiste. Dès lors, elle puise sans réserve dans la société de consommation, les slogans publicitaires, les enseignes de rue, les magazines, les paroles de chansons, maniant comme personne le copier-coller et les images fortes pour diffuser des messages de plus en plus engagés. Elle critique la brutalité de l’armée américaine au Vietnam, accompagne les féministes, condamne les inégalités raciales. Trop radicale pour l’Église, elle quitte les ordres en 1969 et s’installe à Boston, où elle peint notamment le célèbre « Rainbow Swash » sur une citerne de gaz, tout en luttant contre un cancer qui l’emporte en 1986. « Elle a inventé un art qui donne envie d’être dans l’action, sans donner de leçon de morale », expliquent Hélène Guenin et Géraldine Gourbe, commissaires de l’exposition « Les Amazones du pop ». L’occasion de découvrir également d’autres oubliées du pop art et féministes avant l’heure, comme Nicola L., Dorothy Iannone ou encore Kiki Kogelnik. Alléluia pour sister Corita et pop bless America !

« LES AMAZONES DU POP », jusqu’au 28 mars 2021, Musée d’art moderne et d’art contemporain, Nice (06).

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