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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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3 mai 2020

Apéro virtuel XLII : langue(s), ou, Madame de Sévigné aurait mieux fait de tenir la sienne…

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts — Miklos @ 0:59

Expressions provenant du Trésor de la langue française, à l’exception de langue de bois qui, curieusement, en est absente.
Cliquer pour agrandir.

Samedi 2/5/2020

Le thème proposé étant celui de « langue(s) », Michel a d’abord affiché une partie de la pierre de Rosette (reconnue quasi instantanément par Jean-Philippe) de façon à apercevoir les trois langues qui la recouvrent, dont l’une n’a pas de mystère pour Françoise (C.), qui nous avait appris à déchiffrer les hiéroglyphes : il avait décidé de parler traduction, et plus spécifiquement, de quelques-unes des tous premiers versets de la Genèse, toutes de l’hébreu original vers le français, et à cet effet il avait affiché une partie des deux folios de la Bible de Souvigny (qui date du dernier quart du XIIe s.) illustrant ce passage. Il a d’abord cité celle d’André Chouraqui (1987) – plus littérale tu meurs –, puis une version automatiquement chtimisée de celle de Zadoc Kahn (1899) – intitulée « L’Gueule ed’ bois traduite deul’ nig’doul original par les membres deul’ quinquin français chous l’targniole ed’ M. Zadoc Kahn, grand rabbin » –, suivie d’un extrait de la traduction de Fabre d’Olivet – en rendant simultanément ce qu’il dit constituer les trois sens, « l’un propre, l’autre figuré, le troisième hiéroglyphique » (plus tarabiscoté tu meurs) – et enfin sa version favorite, celle de Sébastien Castellion (1555), dans une excellente édition de Bayard avec une préface de Jacques Roubaud, qui rend compte de l’extraordinaire (pour son temps) approche du traducteur visant à produire un texte compréhensible pour tous, et son non moins extraordinaire courage dans son opposition à Calvin, qui est le sujet de Conscience contre violence de Stefan Zweig. On trouvera ici ces extraits (et quelques autres).

Françoise (C.) nous a lu « une lettre de Madame de Sévigné à sa fille », parlant du confinement de tous à Paris par le roi et Mazarin du fait de l’épidémie et qui circulerait beaucoup sur l’internet ces derniers jours. Problème : quand on l’a recherchée dans diverses éditons des lettres de la célèbre marquise en rédigeant ce compte-rendu, il s’avère… qu’elle ne s’y trouve pas. Est-ce pour cela que cette prétendue lettre parle du Menteur de Corneille ? Trop « approprié » pour être vrai, comme nombre de citations courtes ou longues sur l’internet, ce pastiche ne manque ni d’humour ni de réussite médiatique. Tout de même, d’aucuns l’ont aussi identifiée pour ce qu’elle est, en en donnant la source (réelle ou non), et on signale en passant qu’il en existe une version datée du 30 avril 2003.

Sylvie a alors enchaîné sur la langue de serpent, pierre précieuse formée par la fossilisation d’une dent de requin qui avait pour fonction de détecter les poisons dans un breuvage. À ne pas confondre avec la langue de vipère – serpent qui aurait tenu son nom d’un Romain à la langue fourchue, Viperius. Ce dernier a bien existé, mais sa parti­cu­la­rité anatomique et la raison invoquée pour l’émergence de cette expression (et notamment le prénom de celle qu’il courtise, Angelina, étant d’usage récent) semblent produites par un proche de la susdite marquise de Sévigné.

Françoise (P.) a évoqué des expressions utilisant le mot « langue », à l’instar de la langue des signes, la langue de Molière, avoir une langue bien pendue, la langue de bois, la langue des fleurs, la langue du cœur… jusqu’à la langue de pute. Puis elle a mentionné les langues les plus parlées au monde : le chinois, l’espagnol, l’anglais, le hindi, l’arabe… Curieusement, le polonais serait la 15e langue parlée dans le monde, suivie par l’indonésien. Selon un article du Monde de 2018, le français pourrait devenir la langue la plus parlée en Afrique, voire dans le monde selon une autre source. Françoise a terminé en disant que ses langues préférées étaient celle du cœur et celle de la musique. Michel serait curieux de savoir comment, dans ces statistiques, sont définies des langues telles que l’arabe ou le chinois, qui ont de nombreux dialectes. Il en a profité pour citer la source des expressions de son fond d’écran que l’on peut voir en illustration ci-dessus. Françoise (P.) s’est demandée si l’on connaissait l’origine du nom de famille « Lang ». Outre le fait que c’était d’apparence un nom provenant d’Europe centrale, nul n’a su y répondre. En écrivant ce compte-rendu, on a trouvé sur le site de généalogie Geneanet qu’il proviendrait « d’Allemagne ou d’Alsace-Lorraine, ce nom est un sobriquet désignant un homme grand (lang = long) ».

Enfin, Jean-Philippe, curieux de savoir quand, historiquement, s’était posée pour la première fois la question de l’origine des langues, a trouvé une controverse extraordinaire au tout début du IIe livre d’Hérodote, écrit au Ve s. avant J.-C. : celle où le pharaon Psam­mi­tichus voulait démontrer expérimentalement que les Égyptiens étaient le premier peuple et non pas les Phrygiens comme ils le reven­di­quaient, en remontant à l’origine des langues parlées : isoler deux enfants depuis leur naissance de toute personne parlante, et de voir quel serait le premier mot qu’ils prononceraient. Ce fut un mot phrygien… Jean-Philippe a ensuite fait un rapprochement (osé, dirions-nous) entre cette méthode et une théorie de Noam Chomsky – qu’il a lue dans L’instinct du langage de Steven Pinker –, selon lequel la langue n’est pas une construction culturelle se transmettant de génération en génération, mais que l’être humain est « précâblé » pour le langage – vocabulaire, syntaxe, grammaire (on trouvera ici une critique brève – et cinglante – de cette approche – trouvée lors de la rédaction de ce compte-rendu).

Sur ce, après avoir levé le coude, on leva la séance.

2 mai 2020

Apéro virtuel XLI : voyons vert…

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts — Miklos @ 11:44

Vendredi 1/5/2020

Après que les arrivants aient admiré les muguets boostés aux stéroïdes de Sylvie, Michel a posé une devinette musicale : découvrir l’ins­tru­ment avec lequel était joué un bref extrait d’une chanson de Michael Jackson, instrument d’actualité quotidienne pour nous tous. Parmi les tentatives d’identification, certaines n’étaient pas si loin, d’une façon ou d’une autre, de la réponse : verres, flûte de Pan (Françoise (C.) nous en a même montré une), plusieurs instruments. Il s’agissait de bouteilles – d’actualité en ces apéros même si virtuels – dont jouaient avec virtuosité un groupe appelé les Bottle Boys. Et dans une église, même !Et la réponse fut… Françoise (B.) étant arrivée sur ces entrefaites en faisant remarquer qu’elle s’était coupée elle-même les cheveux, Michel a évoqué ceux, fort longs, de Sylvie, à l’époque où tous deux, étudiants en mathématiques, chantaient dans la chorale du Technion sous la direction de Dalia Atlas (avec laquelle il venait d’avoir eu un échange sur WhatsApp), lui dans les ténors, elle… dans les basses. Sylvie a alors raconté qu’au concert de fin d’année d’alors, tous étaient habillés avec un bas noir – pantalon pour les hommes, jupe pour les femmes –, et un haut blanc ; elle portait donc la jupe, et était placée juste à la frontière des basses et des alti. Elle faisait l’illusion de faire corps avec les femmes alors qu’elle chantait avec les hommes. Ce qui ne dérangeait pas plus que d’avoir une femme diriger l’orchestre et le chœur (alors qu’il était beaucoup plus « acceptable », à l’époque, d’avoir des contre-ténors chanter parmi les femmes).

Sylvie nous a alors parlé du vert dans la nature (il y serait la couleur la plus commune), dans le vocabulaire (cru, cynique, hardi, mordant, truculent), dans l’actualité (une classe verte), et surtout dans l’habillement – l’habit vert des préfets et des députés du passé et celui, encore actuel, des académiciens qui n’est pas entièrement vert, mais décoré de broderies de cette couleur (alors que les académiciennes pouvaient porter du bleu). Michel a exprimé son étonnement qu’elle n’ai pas parlé des toutes premières personnes qui aient porté un habit entièrement vert. Non, pas les martiens, ni les perroquets… Vous ne voyez pas de qui il s’agit ?

Michel a alors montré et fait écouter sa réponse au défi de Jean-Philippe, composée d’une image de la couverture de trois livres dont certains mots du titre avaient été supprimés, accompagnée d’une piste son de la lecture d’un bref poème sur le mot « vert » et ses homonymes. Si deux des trois ouvrages ont été identifiés par le lanceur du défi, ce n’était pas le cas de l’auteur du poème. Le poème est – comme il se doit – Homonymes de Maurice Carême (source : site www.artpoetique.fr), et les trois ouvrages sont La pantoufle de vair de Mignon G. Eberhart, Abeilles de verre d’Ernst Jünger et Le rayon vert de Jules Verne.Et la réponse fut… À propos de nuances de vert, Françoise (B.) a cité le vert-tige, Françoise (P.) le vert-lent et François le vert-galant. Autres verts-tues ?

Françoise (P.) a commencé par féliciter Jean-Philippe à l’occasion du saint du jour, lui demandant s’il connaissait la prédication de Philippe à l’eunuque éthiopien, pays dont le drapeau actuel contient du vert. Puis elle a cité quelques chansons parlant de vert ou de ses homonymes, puis de la couleur elle-même et de ce qu’elle peut évoquer (pharmacie, nature, académiciens, soldats de la Deuxième Guerre). Elle a alors cité longuement un article concernant le vert selon Michel Pastoureau.

Jean-Philippe nous a alors lu le portrait d’un personnage assez extraordinaire, entre autres du fait qu’il ait eu 17 enfants de 17 femmes… brossé par Gabriel García Marquez dans Cent ans de solitude, ouvrage choisi par Jean-Philippe du fait de la couleur de la couverture de l’édition qu’il possède… Puis il a parlé de quelques autres personnages tout aussi extraordinaires de ce roman, à l’instar des gitans d’un coin perdu de la Colombie qui apportent de temps à autre des objets inattendus – appareil photo, gramophone… – que le chef du village achète à chaque fois.

L’apéro s’est terminé en trinquant le 1er mai.

1 mai 2020

Apéro virtuel XL : voyons rouge.

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts, Médias, Sciences, techniques — Miklos @ 10:39

Rouges dans le répertoire des couleurs (cf. ci-dessous). Cliquer pour agrandir.

Jeudi 30/4/2020

Inspiré par l’actualité, Jean-Philippe nous avait proposé comme thématique du jour « rouge, vert ». Dont acte.

Françoise (P.) a commencé, annonçant qu’elle s’était cantonné au rouge pour aujourd’hui – se réservant le vert pour demain –, sujet quasi inépuisable (on ne parle pas de boisson, là) qu’elle a brossé : le rouge dans la religion (le fameux rouge cardinal, dérivée autrefois du carmin de cochenille), les robes de mariées (qui, à partir du Moyen-Âge et jusqu’au mariage de la reine Victoria, n’étaient plus blanches mais rouges, couleur qui tient longtemps et est symbole de richesse), le vin, les interdictions (à l’instar du feu de signalement), le sang, le maquillage, le cinéma et la littérature (comment ne pas citer Le Rouge et le Noir). Puis Françoise a mentionné le très intéressant Répertoire des couleurs pour aider à la détermination des couleurs des fleurs, des feuillages et des fruits, publié en 1905 par la société française des chrysanthémistes avec la collaboration principale de Henri Dauthenay. Dans la discussion qui a suivi, Michel lui a dit que, puisqu’elle se mettrait demain au vert, elle pourrait mentionner l’agréable vinho verde portugais, à quoi Françoise a répondu qu’en France, l’expression « vin vert » dénote un vin qui n’est pas si agréable que cela…

Sylvie, rappelant que demain était le 1er mai, a dit que le rouge était, pour elle, intimement associé à ce jour, qui est non pas la fête du travail, mais celle des travailleurs, dont elle s’est empressée de nous en relater l’histoire (la date du 1er mai fut fixée aux États-Unis en 1886) et pourquoi le rouge lui est associé (symbole du sang versé lors des premières manifestations accompagnés de répression violente à Chicago). Comme le rappellent Sylvie et Jean-Philippe, ce drapeau de la révolte apparaît aussi dans une scène des Temps Modernes de Chaplin (où il y a d’évidence confusion entre la couleur rouge du drapeau comme fanion signalétique de danger pendant des travaux ou comme signal de manifestation ou de révolte). De nos jours, nombre de calendriers qualifient ce jour de « fête du travail ».

Michel a répondu par une devinette au défi du « rouge vert », en montrant l’image ci-contre (cliquer pour agrandir), constituée de deux lignes en rouge et trois en vert, sur un fond où l’on aperçoit des lettres sur de l’herbe (verte) formant des mots dont manquent… les voyelles, remplacées par des pots de fleurs. La réponse à la devinette se trouve ici. À propos de jeu avec des mots, Françoise (P.) fait remarquer que « souche à virus » est l’anagramme de « chauve-souris » (comme le fait entre autres l‘historienne Catherine Malaval).

Jean-Philippe nous a d’abord montré les livres dont il ne lira pas des extraits : une édition du Coran à la couverture verte, le roman Mon nom est Rouge d’Orhan Pamuk… Il a préféré lire un long extrait de L’intelligence collective de Joseph Henrich, qui décrit comment la connaissance, ou la perception des couleurs s’est manifestée dans diverses langues, certaines (sans préciser lesquelles) n’ayant dans leur vocabulaire que deux ou trois mots (voire aucun) pour dénoter des couleurs de base, d’autres beaucoup plus. Dans l’ordre de « préséance » : le noir et le blanc, le rouge, le jaune, le vert-bleu. Dans le débat qui a suivi, Michel s’est étonné de ce manque : la variété des couleurs existant partout – d’abord par les arcs-en-ciel, mais aussi dans de nombreuses autres facettes de la nature – comment se fait-il que des humains ne se soient donné aucun moyen d’en parler ? En sus, quelles distinctions faire entre nuances d’une même couleur, et couleurs distinctes, et tout l’entre-deux ? À ce propos, on voit bien la richesse des termes dans le dictionnaire qu’avait cité Françoise (P.), vid. sup. et dont l’index pour les termes dénotant la variété des rouges illustre ce compte-rendu. Du fait de son métier dans l’impression, elle a beaucoup travaillé avec les couleurs, et connaît donc bien des deux gammes de quatre couleurs de base – la GEU (gamme européenne unifiée), et la GFU (gamme française unifiée). Les affiches mises sur la voie publique (par exemple, les publicités dans les abribus) ayant tendance à tourner au bleu-vert, du fait que, au soleil, le rouge est la couleur qui passe le plus rapidement (Michel a mentionné qu’on peut aussi le voir sur les tapisseries d’antan), elle les faisait imprimer avec un léger surcroît de rouge.Le nuancier Pantone sert à décrire précisément les nuances souhaitées par les clients, les verts étant le couleurs les plus difficiles à reproduire en combinant les quatre couleurs de base, ce qui était un défi pour les publicités de Fleury Michon… : il était nécessaire de créer une encre verte spécifique pour ce faire. À l’époque du passage à l’informatique, s’il était plus facile de transmettre les demandes et les propositions de conception numériquement, à l’impression il pouvait y avoir des différences du fait de la diversité des supports (écrans – qui génèrent la lumière, et différant entre eux par leurs technologies –, papiers – de consistance et surface variées – qui la reflètent, etc.), d’où la nécessité de faire valider des épreuves sur le support final souhaité avant son impression finale.

Durant la levée de coudes finale, Françoise (P.) a remarqué que Jean-Philippe avait de la chance ces temps-ci : anniversaire, Saint Jean, Saint Philippe, à défaut de Saint Jean-Philippe… à quoi il a rétorqué que ces jours n’existaient pas pour lui, bien qu’il avait un faible pour la Saint-Jean et ses feux.

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Et la réponse est… Ces cinq lignes sont extraites du poème Les Voyelles d’Arthur Rimbaud – d’où la photo en arrière plan, qui est celle du jardin des voyelles, au domaine de Chaumont-sur-Loire –, et dont le premier vers est : « A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu ». On peut voir le poème en entier dans l’image ci-contre (cliquer pour agran­dir). Cette association de couleurs et de lettres fait penser à la synesthésie.

30 avril 2020

Apéro virtuel XXXIX : la vielle à roue ne tue pas toujours – le guide-chant – bonnes villes – la brunette – du libertinage épistolaire et sa caractérisation jungienne – les classes d’antan comme modèles pour le déconfinement ?

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts — Miklos @ 4:24

Vielleux. Cliquer pour agrandir.

Mercredi 29/4/2020

Notre apéro a commencé par une description de la méthode employée pour qu’un organiste assis à la tribune de son orgue puisse voir « en temps réel » le chef d’orchestre d’un ensemble (et/ou chœur) avec lequel il devrait être parfaitement synchronisé. Puis Jean-Philippe ayant apporté une bouteille de Mort Subite (allusion à l’épisode de musique mortifère de la veille ?), tous les présents ont comparé la taille des leurs (bouteilles, s’entend).

Michel a consacré sa présentation aux aspects non mortifères de la vielle à roue, en montrant un montage de brefs extraits de cinq vidéos concernant cet instrument : deux extraits de musique traditionnelle (La montée des bois de Vaux, air du Morvan, interprété par Éric Raillard, suivi d’Aequilibrium. Medieval Tune With Organ, composé et interprété par Andrey Vinogradov), où l’on voit la variété des instruments et des techniques de jeu (y compris la façon de tourner la manivelle) ; puis un court passage de l’histoire de l’instrument (Vielle à roue 101 raconté par le musicien Nicolas Boulerice) depuis son apparition vers l’an 1000 en France ou en Espagne – bien plus grand alors qu’aujourd’hui et appelé organistrum –, d’abord comme instrument céleste, puis instrument du diable et enfin celui de la noblesse et des compositeurs « sérieux », dont Vivaldi et Mozart ; et donc, pour finir, deux extraits d’œuvres classiques avec vielle à roue : « L’hiver » d’après Les Quatre saisons de Vivaldi puis un thème et variations sur un air bien connu et choisi spécialement pour Françoise (C.), La servante au bon tabac, tirée du Concerto n° 7 de Michel Corrette. Ces deux extraits étaient interprétés par la vielleuse Michèle Fromenteau, dont les enregistrements sont heureusement disponibles sur YouTube. Après la diffusion de cette vidéo, Sylvie se souvient d’avoir entendu dire que l’organistrum était si grand qu’il fallait plusieurs personnes pour en jouer. En parlant d’anciens instruments, Françoise (C.) a évoqué le guide-chant, ce qui a rappelé à Michel Mademoiselle Farenc, sa professeure de chant (et de solfège) en 9e, qui venait avec son guide-chant, et leur avait appris, entre autres chansons pour enfants, Ton humeur est, Catherine, plus aigre qu’un citron vert et C’étaient trois hussards de la garde / Qui s’en revenaient de combat. / Ils chantaient de façon gaillarde, / Et marchaient d’un air dégagé. Françoise (P.) a demandé à Françoise (C.) si elle se souvenait qu’elles avaient chanté lors d’un concert avec l’Orchestre de Paris où il y avait, parmi les instruments, la « Cloche Boris » qui devait peser une tonne. Elle ne se souvient pas de l’œuvre. Berlioz ? Mahler ? Un compositeur russe ? En tout cas, cette cloche étant si lourde, son utilisation était exceptionnelle. Michel a alors demandé à Françoise (P.) si elle pouvait éclaircir le mystère sur l’œuvre de Cage pour 40 pianos dont elle avait parlé il y a quelques jours, œuvre qu’elle aurait entendu lors d’un festival de Beaune, d’autant plus que ce festival annuel est consacré à l’opéra. Étonnée, elle a répondu que le festival auquel elle se rendait annuellement en Allemagne était consacré au piano. Et c’est Jean-Philippe qui a dénoué le mystère : il s’agissait là de Bonn… question de pronon­ciation (et comme l’a dit François plus tard, il ne s’agissait pas non plus de Bône en Algérie). Il en a profité pour demander spécifiquement à Michel quelle était la ville jumelée avec Bonn ; à quoi Michel a répondu, « Puisque tu me le demandes, ce doit être Tel-Aviv… ». C’était bien ça. Et donc, on en a profité pour trinquer à la bonne santé (tout en n’ayant pas encore résolu le mystère Cage).

Pour faire suite à la chanson judéo-espagnole qu’elle avait présentée hier, Sylvie nous parle ce soir d’une chanson tirée du même répertoire ; elle daterait du XVe siècle, s’est fortement ancrée dans la communauté juive de Turquie (provenant de l’expulsion d’Espagne), et est encore chantée de nos jours. Les paroles sont tirées des versets 5 et 6 du premier chapitre du Cantique des Cantiques. La vidéo qu’elle nous fait voir et entendre alterne deux interprétations.

Jean-Philippe a alors lu deux lettres tirées des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos : l’une de Madame de Volanges à la présidente de Tourvel, l’autre de Valmont à la même. Jean-Philippe apprécie beaucoup cette écriture sous forme de lettres provenant d’une dizaine de personnages, chacun avec sa voix. Michel dit alors que le libertinage amoureux de Valmont le fait penser à l’ouvrage Puer Aeternus de la psychanalyste jungienne Marie-Louise von Franz, dans lequel elle décrit l’incapacité à s’attacher de divers personnages de la littérature – Don Juan, évidemment, mais aussi par exemple Le Petit Prince – charmeurs au caractère volage. Sylvie dit que cette lecture lui fait penser au Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, fiction historique épistolaire de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows, qui se passe à Guernesey juste après la guerre.

Pour finir, et en écho à la discussion sur les classes à l’ancienne lors de l’anniversaire de Jean-Philippe, Françoise (P.) a parlé de À l’encre violette. Un siècle de vie quotidienne à la communale de Clive Lamming, en commençant par une citation de L’école de Jules Simon : « Le peuple qui a les meilleures écoles est le premier peuple. S’il ne l’est pas aujourd’hui, il le sera demain. » Il y a un siècle, on apprenait alors aux élèves qu’un bon élève est avant tout un bon patriote… Un autre extrait nous a informé du niveau croissant requis pour devenir instituteur, terme d’ailleurs disparu… Sujet bien connu de Jean-Philippe dont le frère est « instituteur, professeur des écoles, directeur d’école ». Quant à Michel, il s’est souvenu d’avoir visité avec François le musée national de l’éducation à Rouen, où l’on voit encore de ces classes avec encriers incrustés dans les pupitres. Françoise (P.) a évoqué les tenues des élèves d’alors – blouses, bérets… Jean-Philippe a rappelé que, dans les écoles rurales, jusqu’aux années 1960, les élèves, à tour de rôle, étaient de corvée pour nettoyer l’école et pour allumer la cheminée ou le poêle en hiver. Michel s’est demandé alors si on ne devrait pas y revenir, pour nettoyer au quotidien les écoles qui rouvriraient le 11 mai du fait de la pandémie… Françoise (C.) se souvient qu’avant la fin des vacances on nettoyait les tables avec de la toile émeri, puis on y mettait de la cire. François a rajouté qu’à la rentrée on offrait une pomme aux élèves, et qu’ils faisaient le ménage. Françoise (C.) a alors dit qu’en Chine et au Japon c’est toujours le cas : tous les matins, les élèves nettoient l’école.

Sur ce, après avoir levé le coude, on leva la séance.

29 avril 2020

Apéro virtuel XXXVIII : le Ramadan – la musique qui tue – la rose fleurit au mois de mai…

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts — Miklos @ 10:30

Orgue de barbarie

Mardi 28/4/2020

François a présenté un sujet d’actualité pour certains : les pres­crip­tions de comportement durant le Ramadan, en d’autres termes, les interdits allant de l’aube au coucher du soleil durant ce mois. Citant un ouvrage du philosophe et théologien soufi Abû Ḥamid Moḥammed ibn Moḥammed al-Ghazālī (1058-1111), traduit en français sous le titre de Le Ramadan et les vertus du jeûne en Islam , il a détaillé ces interdits – principalement alimentaires –, et notamment ceux concernant la sexualité. Selon Jean-Philippe, ce que ces interdits visent, c’est éviter la rupture du jeûne qui serait plus importante que l’acte lui-même, ce que conteste Michel en faisant le parallèle avec les interdits durant les 25 heures de la fête juive du Grand pardon (ou Kippour), le jeûne (alimentaire) n’était que l’un de ces interdits et tous étant au même niveau d’importance, servant à la mortification de l’individu. François semble confirmer cette dernière opinion, comme quoi le jeûne dans l’Islam est un terme qui recouvre l’ensemble de ces interdits. Françoise (P.) a alors dit que chez les chrétiens, le carême n’est pas une mortification, mais une purification. Michel a rétorqué que l’un ne contredisait pas l’autre&nbp;: selon le Trésor de la langue française, la mortification est un « acte volontaire par lequel on s’inflige une souffrance corporelle ou morale dans un souci de pénitence ou d’élévation spirituelle », ce qui correspond donc aussi à la purification. Sylvie a dit avoir lu que le Ramadan était une période destinée à réfléchir sur soi, à stimuler la spiritualité, et la nuit tombée, avec la rupture du jeûne, une période de convivialité et de sociabilité. À ce propos, Françoise (B.) a entendu un imam sur France Culture expliquer que la dimension festive et festoyante du soir n’était pas correcte selon l’interprétation traditionnelle du Ramadan, c’était uni­quement pour rompre le jeûne mais pas pour s’empiffrer, selon ses propres termes. À une question de Françoise (C.), François a précisé que, si la reprise de toutes les activités interdites de jour (durant le Ramadan) était autorisée de nuit, certains préconisaient de s’abstenir de relations sexuelles durant tout ce mois-là.

Comme il s’était engagé à le faire, et puisqu’on venait de parler d’activités de mortification (mot dont l’étymologie signifie « mise à mort »…), Michel a parlé de la musique qui tue, en littérature (l’épisode de la « chanson qui tue » jouée par un orgue de barbarie dans Le Fauteuil hanté de Gaston Leroux), en musique (Michel a lu un extrait d’un texte qu’il avait écrit en 2005, où il parlait des effets mortifères de l’œuvre Finale du compositeur Mauricio Kagel sur les chefs d’orchestre qui l’avaient dirigée en concert) et au cinéma (avec le meurtre de Myriam sur un air d’orgue de barbarie dans L’Inconnu du Nord-Express de Hitchcock). Et puisque l’orgue de barbarie y est assez présent, Michel a terminé sa présentation avec la projection d’un bref historique de l’instrument, extrait du documentaire L’orgue de barbarie, la mécanique d’un autre temps. Un bref débat a suivi cette présentation : Michel avait remarqué que Gaston Leroux appelait la personne qui jouait de l’orgue de barbarie « vielleux », or la vielle à roue est un autre type d’instrument (à bourdon) que l’orgue de barbarie (à vent)… Il s’est avéré, lors de la rédaction de ce compte-rendu, qu’il y a bien une raison à cette confusion. La seule partie commune à ces deux instruments est la manivelle : du coup, Sylvie nous a montré une brochure concernant Riton la manivelle, qui se produit dans son quartier avec son orgue de barbarie, et nous a raconté une petite anecdote le concernant : alors qu’elle déjeunait en compagnie dans un restaurant où il se trouvait aussi, et discutait avec ses proches en hébreu, voilà qu’il se rapproche d’eux et leur lance, dans un parfait hébreu gouailleur, « Tous des nuls, sauf moi. » Il s’avère qu’il n’est pas hébraophone, mais avait passé un certain temps dans le Club Med à Elath, dans les années 1970, où il avait dû apprendre (surtout) ce type d’expressions.

Sylvie a alors parlé du romancero sefardi, ensemble très riche de chansons en judéo-espagnol (appelé aussi ladino ou djudezmo ou hakitia, voire spaniolit). Cette langue – toujours parlée – et le patrimoine musical qui lui est attaché se sont enrichis par des influences locales au fil des siècles d’exil des descendants des Juifs chassés d’Espagne en 1492 principalement dans les pays du pourtour méditerranéen (notamment Maghreb et Balkans). Elle nous a fait écouter La rosa enflorece (paroles et traduction ici) qui daterait du XIVe siècle et qui était interprétée par le trio vocal Unio. On trouvera sur le site de France Bleu quelques autres inter­pré­tations de leur répertoire, datant de l’émission France Bleu Touraine Live du 30 mars 2019. Michel a raconté que l’adjectif sefardi provient du mot « Sefarad », qui signifie « Espagne », en hébreu (et dénote les descendants des Juifs originaires de la péninsule ibérique), lui-même déjà mentionné dans l’Ancien Testament (livre d’Ovadia ou Abdias, I:20). Sylvie a parlé de l’interprétation de ce trio, qu’elle apprécie particulièrement et qui lui semble plus fidèle au style « d’origine » que celle, par exemple, d’Esther Lamandier, une des interprètes de chansons ladino (ainsi que de chants chrétiens araméens) que Michel (qui avait pris quelques cours avec elle) préfère.

Sur ce, après avoir levé le coude, on leva la séance.

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