Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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5 février 2019

Life in Hell : Le BHV m’a achevé

Classé dans : Actualité — Miklos @ 15:07

Il y a un pépin, se dit Akbar au moment de sortir de chez lui à l’aube. Ou plutôt, il n’y en a plus, puisqu’il ne retrouve pas le sien. Il le cherche partout (et ailleurs aussi), mais nada. Il appelle Jeff, il appelle Colomba : non, rien de rien, il ne l’a pas oublié ni chez l’un ni chez l’autre. Il se résout à partir sans, en espérant que la météo sera clémente. Dommage, ce petit abri portatif pliable, dénommé X-Tra Solide et garanti ultra résistant, avait tenu sa promesse en faisant vaillamment front aux violentes bourrasques de plus en plus fréquentes, contrairement à ses prédécesseurs qui tournaient casaque dès que la brise fut venue.

Ayant fini sa course, Akbar passe au BHV s’acheter son successeur, vite trouvé ; un peu cher, mais sa qualité le justifie.

Il en profite pour passer au rayon gourmandises souvent si bien achalandé qu’il ne peut résister à la tentation (il n’y a pas de mal à se faire un peu de bien, se dit-il in peto), ce qui est aussi le cas cette fois-ci.

D’abord des retrouvailles : deux plaques de chocolat Bonnat noir fondant au café, délice qu’il avait découvert à sa précédente visite (Bonnat il connaissait déjà, et appréciait surtout ses deux ou trois variétés de chocolats 75 % du Venezuela, mais avec les deux variétés de présidents actuels, il se dit qu’il faudrait peut-être surseoir).

Ensuite, une découverte : Gouttes pour chocolat chaud et cuisine noir 100 % cacao, de Bonnat itou. La confiance quasi aveugle qu’il a dorénavant en cette maison, confortée par le récent reportage de France 2 (où il apprend avec joie qu’ils ont ouvert une succursale à Paris), ne le fait pas hésiter un instant.

Autres retrouvailles : deux sachets de tarallini à l’huile d’olive. Découvertes par hasard il y a un bon moment, il n’en avait plus trouvé à ses récents passages, et pour cause : la vendeuse qu’il interroge lui montre où ils avaient été déplacés.

Et enfin, un pot de confiture bourguignonne d’oranges amères pur fruit pur sucre (de canne non raffiné) cuits au chaudron en cuivre, portant le doux nom de La Trinquelinette. Akbar avait l’habitude de se fournir de ce type de préparation en provenance d’Angleterre, mais – Brexit à l’horizon ? – son fournisseur habituel n’en avait pas.

Il ne reste plus qu’à passer à la caisse. Après avoir réglé, Akbar jette un œil sur le reçu de caisse (qui mesure tout de même 33 cm de long, bien qu’ils n’y figurent que quatre articles différents), et constate que le prix affiché pour le pépin est différent de celui qu’il avait aperçu en le décrochant du présentoir. Du coup (comme dirait Huascar), il vérifie l’étiquette et constate : 50 centimes de moins sur cette dernière que ce qu’il a déboursé. Il revient vers la caissière. L’erreur n’est pas de son fait, elle n’avait fait que scanner le code à barres… Après un échange téléphonique où elle doit fournir les longs numéros d’article, de ticket et de caisse, elle rembourse Akbar en espèces et lui donne quelques tickets de caisse supplémentaires.

Sa curiosité piquée, il vérifie les trois autres articles ; pour cela, il doit retourner au rayon, aucun d’eux ne portant de prix. Sapristi !, s’écrie Akbar in peto, j’ai payé le pot de confiture 2 Euros de plus que le prix affiché sur l’étagère… Il s’adresse à une vendeuse qui, confirmant l’erreur, lui produit trois tickets qu’il va présenter à la caissière – ce n’est que la troisième fois qu’il s’y rend. Il lui suggère de le rembourser d’un coup pour la somme totale qu’il a payée au lieu de le faire petit à petit, mais il n’arrive pas à la convaincre. Après quelques manipulations, elle reverse les 2 Euros sur sa carte de crédit, la somme étant trop importante pour être rendue en espèces, et lui donne trois autres longs tickets. Il en fera l’inventaire une fois rentré : il y en a sept. Avant de partir, il lance un gentil « À la prochaine ! » à la caissière.

La morale de cette histoire, la rirette, la ri-re-e-tte, se dit Akbar en chantonnant, c’est qu’il ne faut pas avoir les yeux dans sa poche, ni faire aveuglément confiance aux caisses électroniques, alors qu’il y a tant d’alternatives (à commencer par sa propre tête).

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

15 novembre 2018

« La nature déconcertée semble avoir perdu son cours »

Classé dans : Actualité, Environnement, Littérature, Nature — Miklos @ 1:02

Caricature trouvée en ligne sans attribution. Une autre version, même dessin, autre texte – concernant la limitation de vitesse – avait été publiée quatre mois plus tôt, sans attribution elle non plus.

Le texte qu’on lira ci-dessous est une traduction datant de 1788 d’une partie d’un long poème en vers libres du poète britannique James Thomson, publié en 1730, poème consacré aux quatre saisons (et qui a, dit-on, aussi inspiré Haydn). Il y décrit la dégradation du climat en des termes qui peuvent faire penser à ce qu’on en dit de nos jours (pour d’autres raisons, évidemment, mais finalement il y a toujours l’homme à la base…). Il y parle aussi de la nécessité – éthique ou morale – du végétarisme : ne pas tuer, ne pas boire le sang, des animaux qui, de leur vivant, nous servent continûment avec patience. En passant , il fait allusion au premier adepte du végétarisme : Pythagore, qui l’eut cru ?

«Maintenant ces temps rapides et innocents, d’où les poètes fabuleux ont tiré leur âge d’or, ont fait place au siècle de fer. Les premiers hommes goûtaient le nectar de la vie, et nous en épuisons la lie. Les esprits languissants n’ont plus cet accord et cette harmonie, qui fait l’âme du bonheur ; notre intérieur a perdu tout équilibre ; les passions ont franchi leurs barrières ; la raison à demi éteinte, impuissante, ou corrompue, ne s’oppose point à cet affreux désordre ; la colère convulsive et difforme se répand en fureur, ou pâle et sombre elle engendre la vengeance ; La basse envie sèche de la joie d’autrui, joie qu’elle hait parce qu’il n’en fut jamais pour elle. La crainte découragée se fait mille fantômes effrayants qui lui ravissent toutes les ressources. L’amour même est l’amertume de l’âme ; il n’est plus qu’une angoisse triste et languissante au fond du cœur ; ou bien guidé par un sordide intérêt, il ne sent plus ce noble désir qui jamais ne se rassasie, et qui, s’oubliant lui-même, met tout son bonheur à rendre heureux le cher objet de sa flamme. L’espérance flotte sans raison. La douleur impatiente de la vie se change en délire, passe les heures à pleurer, ou dans un silence d’accablement. Tous ces maux divers, et mille autres combinés de plusieurs d’entre eux, provenant d’une vue toujours incertaine et changeante du bien et du mal, tourmentent l’esprit et l’agitent sans cesse. Tel est le principe de la vile partialité : nous voyons d’abord avec froideur et indifférence l’avantage de notre semblable ; le dégoût et la sombre haine succèdent et s’enveloppent de ruses, de lâche tromperie, et de basses violences ; tout sentiment sociable et réciproque s’éteint, et se change en inhumanité qui pénètre et pétrifie le cœur ; et la nature déconcertée semble se venger d’avoir perdu son cours.

Jadis le ciel s’en vengea par un déluge : un ébranlement universel sépara la voûte qui retenait les eaux du firmament. Elles fondirent avec impétuosité ; tout retentit du bruit de leur chute, elles fracassèrent tout. L’océan n’eut plus de rivage, tout fut océan ; et les vagues agitées se roulaient avec fureur au-dessus des plus hautes montagnes qui s’étaient formées des débris du globe.

Les saisons irritées depuis ont tyrannisé l’univers confondu. L’hiver piquant l’a affaissé de neiges abondantes ; les chaleurs impures de l’été ont corrompu l’air. Avant ce temps, un printemps continuel régnait sur l’année entière ; les fleurs et les fruits ornaient à l’envi la même branche de leurs couleurs variées ; l’air était pur et dans un calme perpétuel. Le souffle du zéphir agitait seul les plaines azurées ; les orages n’osaient souffler, ni les ouragans ravager ; les eaux limpides coulaient tranquillement ; les matières sulfureuses ne s’élevaient pas dans le firmament pour y former les éclairs, l’humidité malsaine, et les brouillards d’automne n’étaient pas suspendus, et ne corrompaient pas les sources de la vie. Maintenant elle est le jouet des éléments turbulents, qui passent du temps serein à l’obscurité, du chaud au froid, du sec à l’humide, concentrant une chaleur maligne qui change et affaiblit nos jours, les réduit à rien, et tranche leur cours par une fin prématurée.

Cependant, au milieu de ce déluge de maux et d’erreurs, le remède le plus naturel se dérobe à nos connaissances bornées. Les Plantes médicinales utilisées telles qu’elles sont fournies par la nature. (TLFi)simples les plus salutaires meurent négligés, quoique abondamment douées de cette âme pure qui donne la santé, et rajeunit les organes de la vie ; don céleste et bien au-dessus de toutes les recherches de l’art. L’homme sanguinaire s’est rendu indigne de ces bienfaits naturels ; agité d’une ardeur dévorante, il est devenu le lion de la plaine, et pire encore. Le loup, qui dans la nuit vient enlever la brebis du troupeau, n’a jamais bu de son lait, ni fait usage de sa laine. Le bœuf, à la forte poitrine duquel le tigre s’attache, n’a jamais labouré pour lui. Ces animaux voraces et impitoyables par nature cèdent à la faim dévorante qui allume leur cruelle rage. Mais l’homme que la nature forma d’un limon plus doux, qu’elle doua d’un cœur propre à concevoir et nourrir les tendres émotions de la bienfaisance, à qui seul elle a enseigné à pleurer ; tandis que de son sein elle verse pour son usage mille douceurs, herbes et fruits aussi nombreux que les gouttes de pluie, ou que les rayons qui leur donnent naissance, l’homme, cette belle créature qui porte les doux souris, et dont les regards tendent naturellement vers le ciel, l’homme, hélas ! confondu avec les animaux carnassiers, ose tremper sa langue dans le sang ! Les bêtes de proie qui vivent de sang et de mort méritent la mort ; mais, vous brebis, qu’avez-vous fait ? vous, race paisible, en quoi avez-vous mérité la mort ? vous dont le lait abondant a ruisselé longtemps dans nos maisons, qui nous prêtâtes vos habits naturels contre la rigueur du froid ; et le bœuf simple, cet animal innocent, sans ruses et sans fiel, en quoi nous a-t-il offensé ? lui, dont le labeur patient et continuel orna la terre de toute la pompe de la moisson, gémira-t-il sous le couteau du laboureur cruel qu’il a nourri, et peut-être pour servir au repas d’une fête d’automne, où l’on consomme les fruits gagnés par son travail ? Telles sont les idées naturelles de la pureté première de notre cœur ; mais dans ces siècles calamiteux, il ne nous est permis que d’honorer de quelques regrets les principes du Pythagore, premier adepte du végétarisme.sage de Samos. Le ciel nous défend tout effort présomptueux. Sa volonté pleine de sagesse nous a fixé dans un état qui ne doit »pas encore aspirer à la pure perfection. Qui sait d’ailleurs par quels degrés d’existence l’homme doit s’élever peu-à-peu, et monter à un état plus parfait ?

Marie-Jeanne de Châtillon, « Le printemps » (extrait), in Les Saisons, poème traduit de l’anglais de James Thomson, 1700-1748.Thompson. Londres, 1783.

10 novembre 2018

Le charabia de la rubrique littéraire de Libé

Classé dans : Actualité, Langue, Littérature, Médias — Miklos @ 10:52

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Sans faire de paranoïa, on espère que la qualité du français de la traduction de cette œuvre de Nevo soit meilleure que celle, quelque peu perturbante (pour reprendre un de ses termes) de la critique de Libé la louant…

La machine à traverser le temps, ou, On n’arrête pas le progrès

Classé dans : Actualité, Histoire, Médias — Miklos @ 8:55

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L’innovation technique n’a pas de limites : on vient d’apprendre qu’un attentat à l’encontre du président a été évité par l’arrestation des complo­teurs le lendemain de la date prévue pour sa perpétration.

L’étape logique et souhaitable suivante serait l’arrestation de Gavrilo Princip, ce qui aurait un double effet : rétroactif, celui d’éviter a posteriori le déclanchement de la première guerre mondiale et ses millions de morts ; prospectif, celui de rendre caducs les cérémonies du 11 novembre et le débat sur Pétain qui n’aurait donc plus rien à son actif ; il serait resté colonel jusqu’à son arrivée funeste au pouvoir en 1940, ce qui ne lui aurait sans doute pas évité la peine de mort en 1945.

30 octobre 2018

Ironie ou aveuglément ?

Classé dans : Actualité, Médias, Société — Miklos @ 9:02

Extrait de l’article de BFM TV du 29/10/2018 concernant la demande de suspension provisoire de Mélenchon du Grand Orient de France. Cliquer pour agrandir.

Dans un article publié hier sur son site, BFM TV rapporte une information de l’Express, selon laquelle le Grand Orient de France a voté à une « écrasante majorité de 3 voix contre 3 » la saisine du cas Mélenchon dans le cadre d’une procédure de suspension provisoire, suite au comportement non républicain de ce dernier lors des récentes perquisitions dont il a fait l’objet.

Or ce qu’en disait l’Express dans son article, c’est que « la décision de saisine de la justice maçonnique a été prise à une écrasante majorité de 30 voix contre 3 »…

Il faut savoir citer sans cécité. Ou, comme le disait Julien Green dans son discours de réception à l’Académie française en 1972, « J’hésite à citer, car citer c’est tronquer ». À quoi on rajoutera que, même si 0 = rien, tronquer ce rien ce n’est pas toujours rien (même si, mathématiquement parlant, les zéros de gauche – on ne parle pas de Mélenchon en l’occurrence, mais de nombres entiers – n’ont aucune valeur, c’est à droite qu’ils comptent, comme ici).

Extrait de l’article de L’Express du 29/10/2018 concernant la demande de suspension provisoire de Mélenchon du Grand Orient de France. Cliquer pour agrandir.

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