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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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6 mai 2025

Ce que Victor Hugo n’a pas dit (ou aurait dit, mais autrement)

Classé dans : Littérature, Sciences, techniques, Société, Éducation — Miklos @ 22:59


École et mairie du Fidelaire.
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L’inscription que l’on voit sur un mur de ce bâtiment est souvent attribuée à tort à Victor Hugo – sans aucune mention de la source, et avec de nombreuses variantes – phénomène que les copier-coller en ligne intempestifs ne font que démultiplier (et ainsi « tromper » les IA, qui se convainquent de la véracité de la citation). Mais, comme on peut le voir ci-dessous, la multiplicité des attributions – Chopinet, Gambetta, Jules Ferry, Jean Macé, Jules Simon, Victor Duruy, Louis Jourdan, Lord Macaulay, Thiers, François Guizot, Condorcet, et même Jean-Jacques Rousseau – précède aussi la naissance de l’Internet, et remonte au XIXe siècle…

L’article – intéressant de par ailleurs – d’Armand Erchadi (2010), démonte ces erreurs tout en analysant la réflexion de Hugo sur « cette question sociale dont la pénalité et l’éducation sont les deux versants ». Quant à la source de la citation, il accepte l’attribution qu’en fait Pierre Larousse : ce serait Louis-Charles Jourdan (sans citer de source primaire). On a effectivement trouvé deux articles de Jourdan, datant de 1863, dans lesquels il exprime cette idée avec deux formulations différentes (celle du 13 octobre plus réaliste que l’autre).

Mais on a aussi trouvé des sources primaires de variantes remontant à 1838 (« Une école de plus, une prison de moins », – formulation la plus concise d’entre toutes celles qu’on a trouvées –, titre d’un mémoire primé de Louis-Clément Houry), voire à 1837 (« Ouvrir des écoles, c’est fermer les prisons »), cette dernière dans un recueil de Pensées et maximes de Félix Bogaerts.

En est-il l’auteur ? Mystère. Une page de Dicocitations affirme qu’« elle serait plutôt [de la plume] de Jules Simon et attestée sous la forme au singulier Ouvrir une école c’est fermer une prison in Pensées et Maximes de Félix Guillaume Marie Bogaerts. » Sauf que Bogaerts ne mentionne nulle part Jules Simon et qu’il (Bogaerts) semble bien être l’auteur de l’ensemble des pensées et maximes de son ouvrage…

Enfin, quant aux autres attributions mentionnées ci-dessus, on n’en a pas encore trouvé les sources premières, notamment celle de Guizot, .

On trouvera ci-dessous quelques-unes de ces attributions au fil des années. Enfin, on trouvera là notre « conversation » avec ChatGPT à ce propos.

On concluera en espérant que, une fois qu’on aura signalé à cette école l’attribution erronée, elle aura à cœur non seulement de la corriger, mais d’enseigner à ses élèves comment citer correctement en cette ère du copier-coller à l’aveuglette.

« Ouvrez une école et vous fermerez une prison ». Victor Hugo proclame ainsi, dans Les Misérables, sa confiance inébranlable dans les vertus de l’éducation au service du progrès.
Thomas Ernoult : « L’école depuis la Révolution : quelques jalons historiques », in Regards croisés sur l’économie, 2012/2 n° 12, pp. 50-53. [Disponible en ligne]

« Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons » : qui a fait mentir Victor Hugo ?
Titre d’un article de Natacha Poloni, in Le Figaro, 13 juin 2013. [Disponible en ligne]

« Ouvrir une école aujourd’hui, c’est fermer une prison dans vingt ans ! », disait François Guizot en 1832.
Josette Demory et al. : Les Palmes académiques. Une histoire de l’école publique, 4e de couverture. Altipresse, 2016. [source]

« Ouvrir une école, c’est fermer une prison », cette formule devenue slogan a suscité tout au long du XXe siècle l’interrogation des hugoliens, et pour cause, car elle ne se trouve nulle part dans l’œuvre de Victor Hugo. […] En réalité, la solution de ce problème se trouve sans doute dans le Grand dictionnaire universel du XIXe siècle de Pierre Larousse, qui, aux tomes VII (article « Ecole », 1870) et XIII (article « prison », 1875), donne cette citation de Louis Jourdan : « Ouvrir une école aujourd’hui, c’est fermer une prison dans vingt ans. » Larousse n’étant guère avare en citations hugoliennes, il semble bien que Louis-Charles Jourdan (1810-1881), rédacteur au Siècle, soit l’auteur véritable de la formule.
Armand Erchadi, « Retour sur la pensée éducative de Hugo: le pédagogue déguenillé et les enfants d’éléphant », communication au Groupe Hugo du 18 décembre 2010. [Disponible en ligne]

“Open a school and close a prison,” Horace Mann was fond of saying.
Samuel J. Braun & Esther P. Edwards: History and Theory of Early Childhood Education, p. 88. 1972. [Disponible en ligne]

Parents have, perhaps unconsciously, fallen prey to the fallacy propounded by those intelligentsia who, to cover up their own reactionary theories, call themselves “progressives.” This group has led parents to believe that evil, sin and crime are due to ignorance, and that if we educate by imparting knowledge we will abolish crime. Typical of this was Guizot, who when non-religious education began said: “He who opens a school, closes a prison.”
Fulton J. Sheen: Seven Pillars of Peace, p. 80. 1944. [Disponible en ligne]

Un grand orateur a dit, il y a un mois passé, que « chaque fois qu’une école est créée, cela est une prison fermée »
« Encore une prison fermée à Porto-Novo », in Le Phare du Dahomey, 13 mai 1937, p. 1. [Disponible en ligne]

Education is a subject upon which everybody has had—and has—views from the days of John Bright’s famous “Open a school and close a prison”; but the author’s lucid account of the complicated machinery of Local Administration and the thousand and one other problems with which a Permanent Secretary is confronted may make critics of this particular Department at any rate feel that reforms are sometimes easier to advocate than effect.
The Publishers’ Circular and Booksellers’ Record, vol. 126, p. 599. 1927. [Disponible en ligne]

People liked repeating with Jean Macé, the founder of “La Ligue de l’enseignement,” that to open a school was to close a prison.
Paul Bureau: Towards moral bankrupcy, p. 455. London, 1925. [Disponible en ligne]

« Ouvrir une école, c’est fermer une prison », disait et répétait Thiers. On en est revenu, et quelques-uns disent : « Fermer un couvent, c’est ouvrir une prison », en songeant à Clairvaux, à la Santé, à Cherche-Midi, à Saint-Lazare et à la plupart des colonies pénitentiaires.
« En quête d’une conscience », in La Croix, 22 août 1925, p. 5. [Disponible en ligne]

We should like to subscribe to the famous saying of the French stateman, Leon Michel Gambetta: “Every time we open a school we close a prison.”
P. Corbinian: The Laurentianum: Its Origin and Work, 1864-1924, p. 54. 1924. [Disponible en ligne]

Avez-vous vu le dessin qu’un grand artiste comme Forain a publié dans le Figaro du 21 décembre [1923] pendant le procès Germaine Breton ? [...] D’abord, en haut, à gauche, en manchette, une pensée célèbre dont on connaît surtout la magnifique paraphrase que Victor Hugo en a donnée : « Ouvrir une école, c’est fermer une prison. » (Louis Jourdan)
Paul Crouzet : « L’Art, diffamateur de l’Ecole », in L’École et la vie, 12 janvier 1924, p. 5. [Disponible en ligne]

Pendant la première période, Victor Hugo avait dit : « Ouvrir une école, c’est fermer une prison ! »
Victor Brudenne : « Un péril pour la race française, un remède pour le conjurer », La Revue, vol. 113, p. 191. 1er – 15 octobre 1915. [Disponible en ligne]

Victor Hugo écrivait : « Toute école qui s’ouvre ferme une prison. »
J. R. : « Sanctions terrestres », in Le Mémorial des Pyrénées. Organe de défense sociale et religieuse, n° 89, 30/3/1914.

Or donc, ces jours derniers, le député Chopinet assistait, à Saintines, à l’inauguration d’une mairie et d’une école et, subitement, il parla. Il se laissa aller, naturellement, à exalter ses sentiments d’anticléricalisme. « Construire une école, dit-il, c’est le meilleur moyen de faire de la bonne défense laïque ! Ouvrir une école, c’est fermer une prison ! Pourquoi donc, les prisons regorgent-elles de jeunes gens ? Dans chaque commune, il y a une lumière : l’instituteur ! et un éteignoir : c’est le curé !
« Un muet qui parle. C’est M. Chopinet, député de l’Oise », in L’Éclair, 20/10/1913, p. 3. [Disponible en ligne]

Jules Ferry disait : « Ouvrir une école c’est fermer une prison. »
« Chronique locale », in Journal du Cher, 24/5/1912, p 2. [Disponible en ligne]

Criminality is not a natural result of illiteracy, since it does not follow that because a person knows how to read and write he is less apt to commit a crime. Such is the opinion of Signor Calojanni, a Sicilian investigator, who has sought to confute the axiom of the jurist Filangieri, that when a school is opened a prison is closed.
The Medical Times, v. 39, October 1911, p. 314. [Disponible en ligne]

It is cheaper to secure public order, respect for property and morality through the school than through the police court. Every time we open a school we close a prison cell. [...] – Mr. J. H. Yoxall, M.P.
J. M. Knight: “IV.–The Right Hon. John Burns, M.P., L.C.C.”, in The Milligate Monthly. A Popular Magazine Devoted to Association, Education, Literature, & General Advancement, vol. 1, no. 4, p. 199. January 1906. [Disponible en ligne]

Lorsque les législateurs, il y a vingt ans, proclamèrent l’instruction publique et obligatoire, ils étaient persuadés avec Condorcet, qu’« une instruction universelle est le seul remède aux maux des hommes », et qu’« ouvrir une école, c’est fermer une prison ».
Une Passante : « L’École où l’on s’amuse », in La Fronde, 3 octobre 1899, p. 1. [Disponible en ligne]

On nous avait dit, il y a vingt ans : Ouvrir une école, c’est fermer une prison.
G. L. : « Pour les écoles libres de Paris », in Le Moniteur universel – Gazette Nationale fondée en 1789, 3 mai 1899, [p. 2].

Mais il fallait aller plus loin. Me Cortichiatto nous demandait de faire de la prison une école. Nous avons réalisé son désir. Je n’irai pas jusqu’à dire avec lui qu’ouvrir une école c’est fermer une prison, car si cet aphorisme était vrai, tous les coupables devraient être illettrés.
Discours de M. Conte, in Discours prononcés à la séance de rentrée tenue en la grand’chambre du conseil du tribunal le 21 janvier 1895, p. 22. [Disponible en ligne]

Ces faits peuvent se multiplier pour confirmer les paroles de Victor Hugo : « Quiconque ouvre une école, ferme une prison. »
Sir John Lubbock : « Discours d’ouverture », in Annales de l’Institut international de sociologie I. Travaux du premier congrès, Paris, 1895.

Rien de plus illusoire que l’adage « Ouvrez une école, vous fermerez une prison ». Peut-être même est-ce le contraire qui serait le plus vrai.
Jules Rochard (dir.) : Encyclopédie d’hygiène et de médecine publique. Tome premier, livre I, p. 297. Paris, 1890.

Sous le gouvernement de Juillet, on fit un pas en avant. Guizot s’était, un jour, écrié à la tribune : « Ouvrir une école aujourd’hui, c’est fermer une prison dans vingt ans. »
Edmond Neukomm : Mœurs et coutumes du bon vieux temps (temps présent, temps passé), p. 34. Paris, 1887.

J.-J. Rousseau écrivait : « Ouvrir des écoles, c’est fermer les prisons, c’est aussi fermer les hospices. » On a modifié cela. Chaque fois que l’on créera une école, il faudra, paraît-il, créer à côté un hospice pour y traiter les jeunes victimes du surménage intellectuel.
L’Abeille des Vosges, p. 2, 14 août 1887. [Disponible en ligne]

C’est encore à un lord, – lord Macaulay, si je ne me trompe, –qu’appartient la paternité de cette autre formule : « Ouvrir une école, c’est fermer une prison. »
Franck d’Avert : « L’École et la nation. Notes sur l’histoire nationale et pédagogique de la Suisse », in Revue internationale de l’enseignement, v. 12, p. 22. 1886. [Disponible en ligne]

Il est à présumer qu’en multipliant les écoles, on arrivera à diminuer le nombre des condamnations judiciaires : ouvrir des écoles, c’est fermer les prisons.
Eugénie Guinault, lauréat de la Société nationale d’Ecouragement [sic] au Bien : « L’influence des établissements philanthropiques sur la moralité du peuple », in Le Phare : autrefois la Prime : revue bi-mensuelle de la littérature, de l’industrie et des beaux-arts, p. 83, 1er janvier 1878.

Samedi, le citoyen Frébault, député de la Seine, a fait, au cercle du quinzième arrondissement, une conférence sur l’instruction publique aux États-Unis. […] Au point de vue moral, ouvrir des écoles, c’est fermer des prisons.
La Lanterne, journal politique quotidien, p. 4, 15 mai 1877.

Ouvrir une école aujourd’hui, c’est fermer une prison dans vingt ans. (L. Jourdan.)
Pierre Larousse : Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, t. 13, p. 169. Paris, 1875. [Disponible en ligne]

M. Louis Blanc vient de publier une remarquable lettre où il proteste contre la prétention étrange de mettre les républicains en dehors des gens de bien. [...] Et s’adressant à M. de Broglie : « Si M. le duc veut dire que nous croyons à la perfectibilité des sociétés comme à celle des individus ; que la société actuelle ne nous paraît pas fermée au progrès ; que nous y voudrions plus d’écoles afin d’y avoir moins de prisons  [...]
Pierre Véron : « Bulletin politique », in Le Charivari, 25 juillet 1873, p. 1. [Disponible en ligne]

Un philanthrope anglais a dit ce mot célèbre : « Ouvrez une école, vous fermez une prison. »
Gaston Lavalley : « Une Poignée de vérités »Mémoires de l’Académie royale des sciences, arts et belles-lettres de Caen, p. 218. 1871. [Disponible en ligne]

Déja, M. Duruy avait posé en fait, qu’ouvrir une école, c’est fermer une prison.
« Chronique économique », in Journal des économistes, t. 45, 1/1/1865, p. 489. [Disponible en ligne]

Ouvrir cent écoles aujourd’hui, c’est fermer dix prisons dans vingt ans.
Louis Jourdan : Le Siècle, 13 octobre 1863, p.1. [Disponible en ligne]

Nous l’avons dit bien des fois : ouvrir une école aujourd’hui, c’est fermer une prison dans vingt ans.
Louis Jourdan : Le Siècle, 8 août 1863, p. 2. [Disponible en ligne]

Jean-Jacques Rousseau disait : « Ouvrir des écoles, c’est fermer des prisons. » M. Jules Lecomte dit que c’est aussi fermer des hospices…
Pierre de l’Estoile : « L’Histoire en pantoufles », in La Presse, 17 mars 1861, p. 2. [Disponible en ligne]

[…] ouvrez des écoles afin de pouvoir diminuer le nombre des prisons […]
Émile Marco de Saint-Hilaire : Histoire des conspirations et des exécutions politiques, t. 4, pp. 128-129. Paris, 1849. [Disponible en ligne]

Je ne dirai pas avec Rousseau : « Souviens-toi, souviens-toi sans cesse que l’ignorance n’a jamais fait de mal, que l’erreur seule est funeste….. » Il suffit de répondre que le nombre des crimes croît en raison de l’ignorance. Mais il est vrai que certains crimes, et les plus dangereux, se multiplient aussi en raison de l’instruction. Je sais le mal de l’ignorance, mais je connais aussi la plaie du faux savoir et du demi-savoir. Oh ! que ce problème est difficile : ouvrir une bonne école, c’est fermer la porte d’une prison et d’un hôpital ; ouvrir une mauvaise école, c’est préparer le vice et l’émeute !
Augustin Cochin : Essai sur la vie, les méthodes d’instruction et d’éducation et les établissements d’Henry Pestallozi, p. 96, 1848. [Disponible en ligne]

Une école de plus, une prison de moins, par M. Houry.
M. Allard : « Livres pour tous les établissements d’instruction primaire », in Recueil méthodique des lois, ordonnances, règlements, arrêtés et instructions, relatifs à l’enseignement, à l’administration et à la comptabilité des écoles normales primaires, p. 270. Paris, 1843. [Disponible en ligne]

Une école de plus, une prison de moins, ou des Avantages de l’instruction primaire et de la fréquentation des écoles pendant toute l’année
Titre du livre de Louis-Clément Houry, Lons-le-Saunier, 1838. Mémoire primé par la Société d’émulation du Jura. [Disponible à la BnF] [À propos de l’auteur]

Ouvrir des écoles c’est fermer les prisons.
Félix Bogaerts, Pensées et maximes, p. 125. Bruxelles, 1837. [Disponible en ligne]

Grande nouvelle ! éclatante nouvelle ! incroyable nouvelle ! Si elle se confirme, ce sera, dans toute la Belgique, une fête nationale : le canon tonnera de ville en ville, et le carillon volera de clocher en clocher jusque sur les tours de la cathédrale de Bruxelles. Léopold sortira processionnellement de son palais, et marchera de sa personne jusqu’aux portes de sa capitale, suivi d’un brillant cortège. Il y aura, le soir, illumination générale et spectacle gratis. On ouvrira les prisons et on fermera les écoles. Bref, ce sera, dans tous les Pays-Bas, une jubilation universelle  et à cette occasion, tous les cœurs seront pleins et tous les pots de bière seront vides.
« Le neuf août a compté la dot de Léopold ? », in Le Charivari, 20 juin 1835, p. 2. [Disponible en ligne]

Quand le plus grand nombre de vos administrés aura reçu l’instruction primaire, il vous sera plus aisé de les gouverner, car alors ils comprendront mieux leurs devoirs aussi bien que leurs droits. Il vous faudra moins de gendarmes, moins de prisons, moins de dépôts de mendicité, car plus l’instruction se répand dans les classes inférieures, plus on voit diminuer la mendicité, les délits et les crimes
Le Patriote, 22 octobre 1831, p. 1. [Disponible en ligne]

Des écoles sont ouvertes pour l’enfant, pour l’adolescent et même pour l’adulte, encore plongé dans l’ignorance ; on attaque le vice sur toutes ses formes, on soulage la misère partout où elle se rencontre ; on sait tirer des châtimens mêmes un moyen de réforme morale, et la prison est transformée en école [...]
« Introduction », in Journal des missions évangéliques, 1 janvier 1826, p 9. [Disponible en ligne]

À ce stade, on concluera que Félix Bogaerts est, à ce jour, le premier auteur documenté (en 1837) de cette formulation concise d’un concept apparemment apparu (au moins) une dizaine d’années plus tôt (1826), selon lequel l’instruction réduirait la criminalité. Aucune preuve ne montre que Guizot l’ait ainsi exprimée en 1832, ni Hugo (avant ou après).

2 avril 2025

Apprendre à écrire avant de l’enseigner…

Classé dans : Langue, Médias, Éducation — Miklos @ 23:52

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Ne serait-il pas utile que Le Monde apprenne à écrire avant de vouloir nous l’enseigner (pour la modique somme de 1 500 €) ?

22 novembre 2020

Apéro virtuel II.21 – dimanche 22 novembre 2020

Deux jambières à spirales en bronze (fin du bronze moyen, vers 1250 avant J.C.).
Musée de l’archéologie nationale.

Jean-Philippe, Françoise (C.), Sylvie, Léo et Françoise (P.) étant arrivés, Michel présente le musée de l’archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye, en diffusant la jolie petite vidéo décrivant brièvement son intéressante histoire, « de demeure royale à écrin de la préhistoire », suivie des photos qu’il y avait prises lors d’une brève visite (contrainte temporelle…) il y a 6 ans : objets extraordinaires par la « modernité de leur design », alors qu’ils datent, pour certains de plus de 3000 ans en marbre, bronze, verre… : la fluidité des corps, de la vaisselle décorée finement, la complexité des motifs géométriques (à l’instar des jambières ci-dessus ou des dodécaèdres, photo n° 30), l’humour – du moins pour nous aujourd’hui, alors cela avait peut-être un sens profond – (photo n° 31). Comme le montre ce musée, la sculpture quasi « abstraite » de l’époque a influencé des sculpteurs contemporains (image n° 34).

À une question de Sylvie concernant les tablettes zodiacales (photos n° 28 et 29) qui lui semblent être en bois alors que la légende indique de l’ivoire, c’est bien de l’ivoire, comme précisé sur le site du musée pour cet objet. Le lieu lui-même mérite la visite (terrasse, parc…), ajoute Jean-Philippe, qui mentionne, entre autres objets dont Michel n’a pas parlés, la Dame de Brassempouy (et non la Vénus de Brassempouy…), excep­tion­nelle œuvre d’art préhistorique (cf. à droite), datant d’il y a 20 000 – 22 000 ans… En ce qui con­cerne la préhistoire, Jean-Philippe signale aussi l’exceptionnel musée national de la préhistoire aux Eyzies (en Dordogne), à proximité des principaux sanctuaires de l’art pariétal inscrits au patrimoine mondial de l’humanité, et créé au début du XXe siècle.

La moitié des présents étant membres actifs de chorales, Michel cite alors quelques Petites vacheries entre musi­ciens, réunies dans un livre par le compositeur Jean-Yves Bosseur et édité par Minerve et Fluide glacial, genre : Quelle différence y a-t-il entre le chef d’une chorale et un chimpanzé ?Il est scientifiquement prouvé que les chimpanzés sont capables de communiquer avec les humains., ou encore : Comment fait-on chanter deux chanteurs à l’unisson ?On en descend un., voire Pourquoi les chanteurs ne disent-ils jamais du mal des musiciens ?Parce qu’ils sont trop occupés à parler d’eux-mêmes., et enfin Combien de chanteurs faut-il pour changer une ampoule ?Un seul. Il tient l’ampoule et le monde tourne autour de lui.. Françoise (C.), une des choristes, demande alors : Quelle différence y-a-t’il entre une soprano et un piranha ?Le rouge à lèvres.. Sylvie, autre choriste et bachelière en mathématiques, pose l’énigme suivante : Un orchestre de 120 musiciens exécute la 9e Symphonie de Beethoven en 40 minutes. Combien de temps durera l’exécution de cette œuvre par 60 musiciens ? Soit M le nombre de musiciens et T la durée de l’exécution…On vous laisse faire le calcul tout seul comme un grand.

De là, la conversation glisse de la règle de trois à son apprentissage parfois difficile à l’école, agrémenté, comme le rappelle Françoise (P.), de problèmes con­cer­nant des baignoires et des trains… Léo, lui, dit n’en avoir jamais fait, ce qui fait demander à Michel s’il était allé à l’école, à quoi il répond que oui, mais tardivement. Il se souvient d’un autre problème, « Quelle est la plus longue distance d’un point à un autre ? »

Puis l’on évoque (de nouveau) les divers systèmes de désignation des classes : 11e, 10e, 9e, 8e, 7e, 6e… ; CP, CE1, CE2, CM1, CM2, 6e… en France, alors qu’en Israël et les pays anglophones par ordre numérique croissant ; on peut voir comment cela se passe dans bien d’autres pays dans ce tableau. Le système français confusionne Michel (et il n’est pas le seul, sans pour autant avoir été un petit Suisse, comme l’indique Léo) qui n’a connu que la méthode numérique décroissante (11e, 10e,…) ; confusion idem pour les diplômes universitaires français (DEA, DEUG, DESS, Maîtrise…), alors que durant ses études en Israël puis aux US il n’a connu que trois niveaux clairement identifiés : Bachelor, Master, Doctor. « On est en France », répond Sylvie, et en plus du système universitaires, on a les grandes écoles… Elle dit ne pas être sûre que l’unification « LMD » soit une bonne chose. Pour en revenir aux appellations des classes en France, on n’a pas trouvé de quand elles datent, mais on trouvera ici un article intéressant sur Les grandes lignes de l’évolution des institutions scolaires au XXe siècle. De son côté, Léo consultera son exemplaire du Patrimoine de l’éducation nationale pour tenter d’y trouver quand ces cycles ont été créés.

Après lecture de ce compte-rendu, Léo écrit ceci : « En ce qui concerne la distinction : CP, CE, CM, etc., pre­mières traces dans l’Arrêté sur l’orga­ni­sation péda­gogique et le plan d’études des écoles primaires publiques de Jules Ferry du 27 juillet 1882. »

D’accord, mais de quand date le décompte des classes de 11 à 1 (ce qui présuppose qu’il y avait déjà au moins onze classes à l’école) et (ensuite ?) le rajout d’une douzième, qui a dû s’appeler terminale pour éviter de renu­mé­roter toutes les classes précédentes ?

Puis on évoque la place de l’anglais aussi bien à l’école – où l’on commencerait de nos jours son étude bien avant la 6e, ainsi que, du temps de Michel, ce n’était pas le cas – qu’à l’université, où des cours se donnent parfois en anglais (surtout à destination d’étudiants étrangers). Mais est-ce que les jeunes Français maîtrisent-ils mieux cette langue qu’autrefois ?

Léo parle alors de l’introduction de la théorie des ensembles à l’école (en terminale, dans les années 1960) pour illustrer l’ambiguïté des langages – parlé (en l’occurrence par les élèves) et mathé­matique – et la difficulté que cela induit pour la compréhension : « Quel est l’ensemble des x tels que x est une voyelle ? » (mais x est une consonne, voyons !). Comme : « 3 fois plus » – est-ce qu’on parle ici de multiplication (« fois ») ou d’addition (« plus ») ? D’autres problèmes de compréhension concernent le contexte : « Votre père va au travail le matin, il prend le train à 8h16, qui a un retard de 10 minutes ; le trajet dure 30 minutes ; à quelle heure arrive-t-il ? ». Réponse : « Mon papa ne prend jamais le train ! Il prend sa voiture ! ». Il cite enfin une expérience dont parle Stella Baruk et qu’il a refaite qui montre comment l’autorité peut pervertir l’acqui­sition des connaissances : « Dans une classe, il y a 7 rangées de 4 élèves par rangée. Quel est l’âge de la maîtresse ? » 30 % des répondants disent : « Elle a 28 ans ». Pourquoi ? Parce que l’autorité a posé une question, il faut répondre, on s’accroche à toute information dans la question pour ce faire. Michel opine que, pour introduire l’abstrait, il faut savoir le faire à partir du concret, et peu d’enseignants savent procéder de cette façon : on enseigne (ou enseignait) plutôt à apprendre par cœur définitions et théorèmes que comprendre de quoi il s’agit. Sylvie parle alors de son expérience passée dans l’association Droit à l’école, où travaille aussi le beau-frère de Léo, à des jeunes (principalement d’Afrique sub-saharienne) et à qui manquent les bases de l’arith­métique (sans parler du fait qu’ils connaissent mal le français), ce qui fait dire à Françoise (C.) que le chauffeur de minibus qu’elle avait pris en Égypte pour 5 jours ne savait pas multi­plier son tarif quotidien par 5 – et contournait le problème en faisant 4 additions.

À propos de Stella Baruk : elle devrait en intéresser plus d’un(e) des zoomistes, puis­qu’elle est non seulement profes­seure de mathé­matiques et chercheuse en péda­gogie, mais aussi musicienne. On pourra l’écouter parler de la musique des mathé­matiques dans cette émission de France Culture, comme le signale Léo.

La conversation glisse alors sur les deux principaux systèmes de nommage des notes de musique : do, ré, mi… (issue de la première syllabe de chacun des vers de l’hymne à Saint Jean-Baptiste, datant du IXe siècle, avec ut pour le do), alors que dans le monde anglo-saxon la méthodes est bien plus simple : A (correspondant à notre la), B (ou H), C…, G. Ce dernier système a suscité chez nombre de compositeurs de composer des œuvres avec des mélodies construites sur un mot, à l’instar de B A C H, dénotant si, la, do, si (le H comme le B désignant le si), ou les Variations sur le nom « Abegg » pour piano de Schumann (Abegg étant sans doute le nom d’une dame que le compositeur avait rencontré et à laquelle il dédia cette œuvre – il n’avait que 20 ans et c’est son opus 1). Françoise (P.) raconte avoir utilisé ce principe pour faire réaliser des mélodies sur les prénoms de destinataires d’un cadeau d’anniversaire ou de mariage.

Pour finir sur une note plus légère, Léo fait écouter un monologue, sur une si belle soirée « au Théâtre-Français ou au palais de Chaillot, peut être ailleurs. En tout cas, c’était rudement bien joué. Une tragédie. C’était… de Racine ou de Corneille, je ne sais plus. En tout cas, c’était rudement beau. Tellement c’était beau, tellement on était ému. Ma femme surtout, était émue. D’ailleurs je dis ça, c’est des suppositions : ma femme, je ne l’ai pas revue depuis. Elle a dû rester au théâtre, tellement elle était émue. Sur son strapontin. Moi, je peux dire que je suis sorti du théâtre puisque je suis ici, n’est-ce pas ? Mais comment ça s’est fait, je ne peux pas vous le dire. J’ai dû suivre la foule, en somnambule. Je ne me suis réveillé que le lendemain, chez Paulette. C’était tellement beau !…  Le début surtout, on était sous le charme ! C’était… Parce qu’après, vous savez, les vers… On est tellement sous le charme quand ils sont beaux qu’au bout d’un moment on a tendance à s’assoupir. » Et la remémoration qui suit des beaux vers est tellement lacunaire (mais on arrive à compléter, si on connaît la pièce) qu’il en reste plus la mélodie ou le rythme que les paroles.

Il s’agit d’un texte tiré de Tragédie classique de Roland Dubillard, dit ici par André Dussollier, enregistrement disponible dans le livre CD Monstres Sacrés, Sacrés Monstres. Textes et poèmes, ou en ligne, dans cette émission de France Culture.

Chantal et François étant arrivés, on se sépare sur ces entrefaites.

29 novembre 2013

« Redonner un visage à l’homme. Repenser la centralité anthropomorphe. »

Classé dans : Histoire, Judaïsme, Langue, Littérature, Livre, Progrès, Shoah, Société, Éducation — Miklos @ 23:24

Lors du colloque « Permanence du yiddish » qui s’était tenu à l’Unesco il y a un an, l’allocution d’ouverture de Rachel Ertel, grande dame de la langue et de la culture yiddish s’il en est, a placé le propos spécifique de la confé­rence dans celui, bien plus général, de la place de l’homme – et donc de la langue, de l’histoire, de la culture, de l’iden­tité, de la transmission – dans, ou face à, la moder­nité. On trouvera ci-dessous le début de son inter­vention qui donnera, on l’espère, l’envie d’écouter (ici, où l’on peut aller directement à son intervention par le menu de droite) ou de lire () l’intégralité de sa communication.

Rachel Ertel est pessimiste : le yiddish est une « langue assassinée », elle ne redeviendra plus une langue populaire. Mais, dit-elle, « elle peut conserver et transmettre son infinie richesse en son propre idiome ou, comme dans la métaphore de Peretz par “la métamorphose de sa mélodie”, en d’autres langues », ce que sa propre activité de traductrice (vers le français) n’a eu de cesse de démontrer. Mais la tâche du traducteur est aussi celle de « témoin du témoin absent ».

Rachel Ertel a aussi œuvré à enseigner et faire enseigner le yiddish – j’en sais quelque chose personnellement – et pas uniquement à l’intention de ceux dont les parents maintenant disparus et leurs propres parents souvent assassinés parlaient cette langue, mais de jeunes générations parfois étrangères à cette filiation mais qui n’en montrent pas moins d’intérêt à l’étudier, à se l’approprier.

Et donc, en dépit de son pessimisme affiché, elle conclut ainsi : « En faisant jouer ensemble toutes ces strates on peut espérer qu’une sédimentation fertile verra le jour, dont il est impossible de prévoir les avatars et les configurations, mais qui peut, peut-être, redonner une fluidité, une capacité de métamorphose, bref une vitalité au yiddish qui lui donnera une forme de permanence. »

Nota bene : le terme yiddish de « Khurbn » qui revient à plusieurs reprises dans la seconde partie de son allocution provient de l’hébreu où il signifie « destruction », voire « destruction totale, catastrophique ». En hébreu, il est surtout appliqué aux deux destructions du Temple de Jérusalem. En yiddish, il dénote l’extermination des Juifs durant la Seconde guerre mondiale (en français, on tend à utiliser de nos jours dans ce contexte le mot hébreu de « Shoah », qui signifie « catastrophe »).

«La notion de permanence et sa définition, celle du dictionnaire, est la suivante : « Caractère de ce qui est durable, de ce qui dure, demeure, sans discontinuer, ni changer ». J’insiste sur le terme de « changer ».

La question qui se pose alors est d’ordre tout à fait général : est-ce le cas des langues, est-ce le cas des cultures ? Les langues et les cultures qui durent, qui demeurent sans discontinuer ni changer deviennent vite des langues et des cultures mortes. Il faut donc, pour être permanent, ne cesser de changer, de se transformer, et de se muer constamment. La réalité de la permanence est un flux constant, la seule permanence est la fluidité, la transformation, la métamorphose, l’ubiquitaire, le polysémique, la mutation, le polymorphe.

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, et pour certains même pendant une partie du XXe, nous vivions dans l’illusion du progrès illimité de l’humanité. La technique avance plus vite que jamais, mais le progrès n’est plus crédible. L’humanité toute entière a perdu la face, et l’histoire continue à nous montrer que, loin de la retrouver, elle ne fait que la bafouer et l’abolir de jour en jour.

Nous vivions dans des dimensions à échelle humaine – des familles, des régions, à la rigueur des États-nations –, nous vivons maintenant à l’échelle planétaire, autant dire nulle part.

Nous vivions dans l’illusion d’un axe du temps unilatéral qui nous menait vers des lendemains qui chantent. Pour certains, la rédemption était accomplie ; mais les faits l’ont démenti. D’autres attendent encore une rédemption qui semble de plus en plus hypothétique si nous nous en tenons aux faits historiques aux guerres, aux massacres, de plus en plu industriels, de plus en plus scientifiques. La science que l’on croyait la panacée universelle a dévoilé sa face d’ombre.

Nous avons perdu notre innocence. Pour ma génération l’univers entier est à repenser. Les mots ont perdu ou changé de sens. Nous vivons dans « le désenchantement du monde. » Et tout est à repenser. À commencer : redonner un visage à l’homme. À repenser la centralité anthropomorphe. À retrouver le sens des mots, les dimensions dans lesquelles l’être humain évolue, les espaces de vie.

Pour pouvoir vivre, le repenser non pas en termes de mondialisation, de globalisation, mais d’une proximité qu’aucun internet, le plus sophistiqué ne peut supplanter. Repenser le temps. Le temps, non plus comme un axe unilatéral, ni comme un cycle toujours recommencé. Le temps avance et recule par bonds, il oscille, il va et vient, il tangue, il bafouille, il bégaie.

Il faut peut-être repenser notre monde non plus par sa centralité, mais comme disait Richard Marienstras, par les marges.

Repenser de fond en comble la notion, nous dire que la permanence est mortifère, que la véritable dimension de la permanence c’est le mouvement, c’est le changement, c’est la transformation.

»Alors nous pourrons repenser la permanence dans ses multiples dimensions : linguistique, historique, culturelle, iden­titaire, transmissible, c’est-à-dire dans la vie avec tous ses aléas.

11 novembre 2013

Souvenir(s)

Classé dans : Actualité, Histoire, Littérature, Photographie, Éducation — Miklos @ 12:56


Verdun, novembre 2006. Cliquer pour agrandir.

Du temps où j’étais à l’école communale – temps que la modernité permanente a effacé –, on y inculquait le civisme de diverses façons, non seulement lors de cours spécifiques dont je me souviens plus de l’appellation (cours de morale ?), mais aussi par exemple lors de ceux de chant ou de littérature par l’entremise de chansons et poèmes qu’on apprenait par cœur.

C’est ainsi que me revient au souvenir un texte de circonstance en ce jour, à connotation particulièrement pédagogique – le poète, Raymond Richard, instituteur, y interpelle les « petits enfants » – que j’avais dû apprendre en 9e ou en 8e. Bien des années plus tard, en 1971, le septième prix de poésie Gustave GasserCréé en 1965 par Tristan Maya pour rendre hommage au père du régionalisme bourguignon, qui vivait ignoré à Chagny-en-Bourgogne, et décerné jusqu’en 1996. fut attribué à son auteur à titre posthume et à l’unanimité pour son recueil de poèmes Le Bout de la route. La Revue des Deux Mondes, qui rapporte cette information cette année-là, rajoute : « La veuve du poète Roland Thévenin recevra cent bouteilles de Saint-Romain-mon-Village. » On est après tout dans le Beaujolais et on se demande s’il s’agissait d’un prix de consolation de la veuve éplorée de cet autre poète ou plutôt une récompense tardive pour ses Rimes vineuses.

Raymond Richard est oublié de nos jours : on n’en trouve en ligne quasiment aucune trace hormis une brève notice à la BnF et quelques poèmes « pleins de grâce et de mélancolie » – Le Printemps, L’Automne, Trois feuilles mortes, Giboulées – qui seraient encore enseignés ici et là. Une raison de plus d’en évoquer le souvenir.

Souvenez-vous

Dans chaque village de France
Sous de vieux arbres pleins d’oiseaux
Près de l’église au long fuseau
Un humble monument s’élance.

Simple pierre où l’on a gravé
Des noms oubliés dans les herbes
Des noms effacés sous les gerbes
Parmi les rubans délavés.

Ô vous qui, d’une main distraite
Écartez les buis en passant
Souvenez-vous, petits enfants,
De nos douloureuses conquêtes.

Souvenez-vous de tous les morts
Ensevelis au long des âges
Pour que votre petit village
Demeure en son calme décor.

En ce jour gris de souvenance
Auprès du monument verdi
Souvenez-vous mes tout-petits
De ceux qui sauvèrent la France.

Dans un récent entretien de circonstance accordé à L’Express, l’historienne Annette Becker dit : « [C]ommémorons aussi les femmes et les enfants qui ont perdu un proche au combat, ceux qui ont contribué à l’effort de guerre à l’arrière, ceux qui au contraire vivaient près du front militaire ou encore les habitants de régions entières qui ont été occupées dans le nord ou l’est de la France… Associer les civils à la commémoration du 11 novembre nous donnerait une vision nouvelle de ce conflit et du siècle qu’il a ouvert. »

C’est d’une certaine façon ce que s’évertue à faire Jours de guerre (1914-1918) – les trésors des archives photographiques du journal Excelsior, que Jean-Noël Jeanneney vient de publier avec Jeanne Guérout. On doit noter aussi la vaste entreprise de collecte – et de diffusion – d’archives familiales et personnelles entreprise à cette occasion par les Archives de France, la Bibliothèque nationale de France, la Mission du Centenaire et Europeana 1914-1918.

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