Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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8 septembre 2010

Exercices de style (IV), ou, cherche et tu trouveras

Classé dans : Langue, Sciences, techniques — Miklos @ 0:47

Voici quelques-unes des questions posées à des moteurs de recherche qui ont mené vers ce blog (on s’est permis d’en corriger l’orthographe) et les réponses que nous proposons pour leur éviter d’aller chercher plus avant (ils pourront toutefois le faire grâce aux liens fournis dans le corps des réponses) et dont la concision permet de les copier-coller sans coup férir.

1.      Art de la conversation.
Les traditions dans ce domaine se perdent, c’est un fait que nous avons constaté. À la conversation classique on préfère dorénavant le chat (sauf les souris).

2.      Pourquoi on lit un livre ; pourquoi lire ; pourquoi lire et écrire.
On peut se le demander : lire un livre demande du temps (qui en a encore ?) et de la concentration ; heureusement qu’il y avait le Reader’s Digest et maintenant la Wikipedia. Quant à l’écriture, sans correcteur automatique, il y a de ces pièges à tous les coins de ligne ! Heureusement, on trouve depuis un certain temps des services en ligne qui le font pour vous. Et puis, d’ailleurs, qui lira ce que vous auriez écrit ? Ce n’est pas parce qu’un livre se vend comme des petits pains qu’il est lu, il est en général posé en évidence sur la petite table d’un salon cossu jusqu’à ce que un autre best seller le remplace, et il part alors, encore tout neuf, sur eBay, puis sur une autre table dans une cuisine, cette fois, puis…

3.      Pourquoi écrire des lettres et à qui ?
Écrire une lettre est tout un art. En fait, même deux : la calligraphie d’une part (comment écrire une belle lettre) et l’épistolaire de l’autre (comment écrire une belle lettre) – à ne pas confondre avec les belles-lettres, un troisième art. Et, selon le principe de l’art pour l’art, on ne le fait donc pour personne. Si l’on veut envoyer un vrai message à un destinataire, on se sert du courrier électronique ou des SMS.

4.      Où sont les putes à Budapest ? Putes en exercice ?
Voyons, il n’est pas nécessaire de partir jusqu’à Budapest pour en trouver ! À Paris, par exemple, il y a même une rue qui porte leur nom. À cause de la pénibilité de leur métier, celles en exercice (puisque vous vous y intéressez) pourront prendre leur retraite bien avant 62 ans, avec1 les pilotes d’aeronefs et les poinçonneurs des Lilas (qui n’ont d’ailleurs jamais poinçonné des lilas, on se demande bien ce qui les fatigue tellement).

5.      Votre colis est arrivé sur son site de distribution.
Ne vous réjouissez pas trop vite : cela ne veut pas dire du tout qu’il arrivera jusqu’à vous, ni rapidement, ni lentement. Parfois jamais, s’il s’agit d’un Colissimo.

6.      Histoire du loup et du renard.
C’est l’histoire d’un très jeune politicien aux dents très longues qui veut devenir le chef. Il prend exemple sur l’impétrant. D’abord il s’y prit mal, puis un peu mieux, puis bien, puis enfin il ne manqua rien. Maintenant qu’il y est arrivé, un autre jeune politicien aux dents très longues… Mais c’est une histoire si commune

7.      Drôles d’animaux. Vidéo accouplement dromadaire. Vidéo bruit dromadaire. Écouter un dromadaire pas content.
Le dromadaire est effectivement un drôle d’animal, il a un caractère de chameau même s’il n’en a qu’une bosse (et pourtant, ce n’est pas faute de bosser). Il a de quoi être mécontent quand on le filme au téléphone portable en train de s’accoupler et qu’on le mette sur YouTube, vous ne le seriez pas, vous ? Entre ça et le happy slapping, il n’y a qu’un crachat de différence !

8.      Comment dit-on glace en anglais ? Mots Inuit pour la neige et la glace.
En fait, ce mot est entré tel quel de diverses façons dans la langue anglaise, selon l’endroit où on la parle. Au Japon, c’est le prénom que l’on donne à la belle princesse défunte du Rocher de Monaco et héroïne du crime qui était presque parfait. Dans la cuisine américaine, demi-glace désigne une sauce brune hautement concentrée qui sert de base à d’autres sauces. Ou alors pensiez-vous à Philip Glass (encore un problème d’orthographe, je vois) ? Mais si c’est en inuit que vous cherchez, il y a bien plus de réponses.

9.      Conte Ah si j’étais Rothschild.
Conte de Rothschild ? C’était souvent un baron, il faut tâcher d’éviter certaines confusions. Mais si j’étais lui, je te donnerai (je peux vous tutoyer ?) mon frigidaire, mon armoire à cuillers, mon évier en fer et mon poêle à mazout, mon cire-godasses, mon repasse-limaces, mon tabouret-à-glace (cf. le point précédent) et mon chasse-filous ! La tourniquette à faire la vinaigrette, le ratatine-ordures et le coupe-friture2.

10.  L’autre côté du miroir, ou les nus de Lewis Carroll.
Vous confondez tout, petit voyeur : Lewis Carroll ne se cachait pas derrière un miroir sans tain pour regarder des petites filles prépubères légèrement vêtues, il ne faisait que les photographier innocemment par des jours de forte canicule. C’est l’une d’elles devenue grande, Alice, qui est passée derrière le miroir. Dans ce monde à l’envers, plus elle y avançait, plus elle reculait, et là-bas, c’est elle qui était habillée contrairement à Lewis Carroll (un peu comme sur le négatif de ses photos).

11.  Nudité homme entre homme gréco-romaine vidéo.
Au risque de vous décevoir, l’art de la vidéo n’avait pas encore été découvert chez les Grecs ou les Romains, même s’ils étaient assez découverts dans certaines circonstances. Les représentations des hommes (puisque vous posez la question à leur propos) ne nous sont parvenues que sous forme de statues, parfois copiées d’ailleurs (il n’y avait pas de droit d’auteur à l’époque : heureusement, c’est ce qui les a sauvées) ; ceux qui n’ont pas eu la chance de s’y voir rajouter une feuille de vigne (qui tenait comme par magie, le Velcro – ouch ! – n’ayant pas été encore découvert non plus) sous le dictat tardif de l’Église ont malheureusement souvent perdu leur Messire Jean Chouart (auquel la magie devait faire défaut).

12.  xnonkcacG.
Oups ! ce n’était pas dans cette case qu’il fallait taper votre mot de passe (à ne pas confondre avec l’hôtel du même nom, que ce soit à Paris, à Budapest ou à Tombouctou). Mais bon, on ne le dira à personne et on s’en servira comme mot de la fin de cette mini-série.

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1 Au même moment que. On ne suppute (vous avez l’esprit mal placé, vous…) pas qu’ils y partent (à la retraite) ensemble.

2 Boris Vian, La complainte du progrès.

7 septembre 2010

Qu’y a-t-il de commun entre AFGL 3068 et ce qui est arrivé à Baby Jane ?

Classé dans : Cinéma, vidéo, Langue, Littérature, Sciences, techniques — Miklos @ 9:04

Qu’est-il arrivé à Baby Jane (1962) est l’un des chefs-d’œuvre de Robert Aldrich, un long « crêpage de chignon entre deux stars hollywoodiennes vieillissantes et hystériques, Joan Crawford et Bette Davis » (source).

De son côté, AFGL 3068 est un « système binaire » fort curieux, situé à quelque 3000 années-lumière de la Terre : cette source de rayonnement infrarouge s’avère être une étoile vieillissante qui sème la mort dans son sillage (source).

Le rapport ? il suffit de faire le rapprochement entre star, étoile en anglais, au figuré pour la scène et au littéral pour le firmament : an aging star est joliment et parfai­tement ambigu dans la langue de Shakespeare (qui, pourtant, n’avait proba­blement pas de connaissances en astrophysique).

À propos de ces étoiles qui tombent de vieillesse, on ne peut s’empêcher de citer le célèbre et très beau poème de John Donne (1573-1631) qui parle du temps qui passe inéluc­tablement dans la recherche de la femme idéale, tâche aussi impossible que celle de se saisir d’une étoile filante (étoile tombante, en anglais), d’apprendre à écouter le chant d’une sirène, de retrouver le temps passé ou de résister à la morsure de l’envie :

Go and catch a falling star,
    Get with child a mandrake root,
Tell me where all past years are,
    Or who cleft the Devil’s foot.

Teach me to hear mermaid’s singing,
Or to keep off envy’s stinging,
        And find
        What wind
Serves to advance an honest mind.

If thou be’st born to strange sights,
    Things invisible go see,
Ride ten thousand days and nights
    Till Age snow white hairs on thee;
Thou, when thou return’st, wilt tell me
All strange wonders that befell thee,
        And swear
        No where
Lives a woman true and fair.

If thou find’st one, let me know;
    Such a pilgrimage were sweet.
Yet do not; I would not go,
    Though at next door we might meet.
Though she were true when you met her,
And last till you write your letter,
        Yet she
        Will be
False, ere I come, to two or three.

Attrape une étoile filante / Fais qu’une Mandragore enfante, / Dis-moi ou sont les ans passes / Qui du Diable a fendu le pied, / M’enseigne à ouïr les Sirènes, / À parer les dards de la Haine, / M’apprends / Quel vent / Pousse un cœur honnête en avant (in John Donne, l’Age d’Homme, 1983).

27 août 2010

Facebook s’approprie le livre, ou, la raison du plus fort est toujours la meilleure

Classé dans : Actualité, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 7:54

Selon le Chicago Tribune, le méga réseau social, non content d’avoir voulu s’approprier les informations, toutes les informations (pour reprendre une expression non encore © par notre AMI à tous), concernant son demi milliard d’abonnés même après qu’ils s’en soient désabonnés (encore faut-il oser le faire, et le mouvement qui encourage à le faire n’a pas eu un franc succès), poursuit en justice une startup qui développe des outils à destination des instituteurs pour leur permettre de gérer leurs classes et de partager des ressources.

Où est le crime ? elle a eu le culot d’utiliser le mot « book » dans son nom : Teachbook.com. Où est la terrible menace pour Facebook ? C’est un concurrent potentiel, qui a (selon la victime) une activité de réseau social et donc la confusion nuira au monopole de Facebook.

Si ce signe des temps – les Molochs paranoïaques dévorant tout et étouffant ainsi l’initiative individuelle et citoyenne – n’était si triste, il ne manque pas d’ironie : cette entreprise compte deux employés et vingt abonnés…… Caveat, Google Books…

22 août 2010

Le poids d’un livre

Classé dans : Livre, Sciences, techniques — Miklos @ 8:25

Chaque livre possède deux poids différents : d’une part, un poids physique et, d’autre part, un poids subjectif qui se rapporte au contenu du livre, voire à son importance. Combien de fois nous retrouvons-nous, en quittant un lieu, devant ces décisions difficiles : quels livres aimerions-nous ou pourrions-nous emporter ? — Walter Benjamin, Je déballe ma bibliothèque.

Il entre dans la grande librairie, les mains dans les poches. Son regard embrasse les nombreuses étagères où se pressent les uns contre les autres, comme la foule dans le métro aux heures de pointe, des livres de toutes tailles. Sur les tables qui dessinent un labyrinthe qu’il parcourt tranquillement, ils sont disposés à leur aise, étalés comme des vacanciers sur une plage exhibant leurs belles couleurs.

L’un d’eux attire son attention, et pourtant – ou parce que ? – c’est le plus discret de tous : sur sa couverture jaune pâle, le nom de l’auteur est écrit en petites capitales ; plus bas, les quatre mots du titre sont disposés sur deux lignes comme un haïku, la première en romaine, la seconde en italique ; puis vient la rose des vents de l’éditeur entourée de sa noble devise, et enfin son nom et l’année. Il n’a rien d’aguicheur, il est posé là, patiemment, on ne sait depuis quand, comme hors du temps.

L’homme tend calmement la main gauche vers lui ; le livre n’a pas de geste de recul, au contraire, on dirait qu’il pressent que sa longue attente, qui n’a pourtant rien de pesant, va se terminer. Les doigts effleurent le carton fin et à peine ondulé de sa couverture sur laquelle on distingue des lignes horizontales presque imperceptibles. Ils se glissent sous la tranche et soulèvent délicatement le livre.

Son poids. La juste mesure : il se laissera lire sans se terminer trop rapidement ni en lasser le lecteur qui l’abandonnerait avant la fin, comme un plat trop copieux.

L’homme le retourne et parcourt du regard la liste des autres ouvrages de l’auteur chez le même éditeur qui en habille la quatrième de couverture. S’il osait – mais il n’est pas ici chez lui, dans l’intimité de sa bibliothèque –, il humerait alors le livre tel un tastevin un verre de vin de Loire, en espérant que les odeurs criardes de ses voisins ne l’aient pas imprégné.

Sa main droite sort finalement de sa poche. Le pouce sur la tranche, il l’entr’ouvre avec attention ; le livre est relié, mais il ne veut en casser le dos. D’ailleurs, c’est ainsi qu’il traite tous les livres qu’il a lus ; une fois refermés, ils reprennent leur aspect d’origine et, quand il y reviendra bien plus tard, ils seront comme neufs, peut-être à peine un peu fanés comme des amis qu’on avait perdus de vue sans pourtant les oublier, et ce sera une nouvelle découverte.

Le velin presque blanc a une texture agréable : il ne glisse pas sous les doigts comme une peau distendue et froide. Les lettres y semblent à leur aise, leur disposition est aérée, dans une même ligne comme d’une ligne à l’autre. Les paragraphes sont indiqués par un simple retrait, ou, quand ils sont plus conséquents, séparés de leurs voisins par un espace au centre duquel se trouve un astérisque.

Les pages ne sont pas massicotées, l’homme ne goûte qu’un peu du texte ici et là, il ne peut céder à la tentation de lire le livre là, tout de suite, ou dans la rue en sortant de la librairie : il ne s’effeuille pas ainsi. Quand il l’entamera vraiment chez lui, le coupe-papier à la main, il devra s’arrêter régulièrement pour se frayer un chemin plus avant. C’est en le dégustant ainsi qu’il en saisira mieux encore le poids, celui de son contenu.

*

Ce n’est pas un livre qu’il trouverait en ligne. Numérisé, il n’aurait ni poids, ni odeur, ni texture ; il n’aurait pas d’épaisseur, ne se laisserait feuilleter des doigts ; petit ou grand il s’afficherait de la même façon à l’écran. Il ne pourrait le mettre dans sa poche, le lire dans son lit ou en marchant dans la rue, le disposer ouvert sur la table auprès d’autres livres ouverts pour en comparer un passage. Quant à son bon vieux et ventripotent dictionnaire encyclopédique Larousse, qu’il aime lire enfoncé dans un fauteuil, l’un des volumes confortablement installé dans son giron, les yeux errant d’une définition à l’autre au hasard de sa curiosité, tout réduit à l’écran il en deviendrait illisible.

Une fois rangé dans sa bibliothèque, il peut retrouver chaque livre rien qu’en déambulant les mains dans les poches devant ses étagères les balayant du regard ; numérisé, ce sont ses doigts qui feraient le travail, ils n’effleureraient que quelques dizaines de touches, toutes les mêmes…

Et à la première panne, toute sa bibliothèque disparaîtrait d’un coup comme le carrosse de l’histoire à minuit, nulle lampe ni bougie pour lui permettre de lire dans l’obscurité.

*

C’est tout son corps qui lit.

11 août 2010

Admirer, imiter, plagier, copier

Classé dans : Actualité, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 7:59

« C’est vous qui êtes le nègre ? Eh bien, continuez ! » — Maréchal Mac Mahon s’adressant à un élève lors d’une revue à Saint-Cyr.

Nous sommes, selon Bernard de Chartres, comme des nains juchés sur des épaules de géants. On apprend soit en expérimentant soi-même – ce qui revient parfois à réinventer la roue – soit en imitant ceux qui savent déjà. Comme l’écrit si bien Diderot :

Imitation, s. f. Poésie. Rhétor. On peut la définir, l’emprunt des images, des pensées, des sentiments, qu’on puise dans les écrits de quelque auteur & dont on fait un usage, soit différent soit approchant, soit en renchérissant sur l’original.

Rien n’est plus permis que d’user des ouvrages qui sont entre les mains de tout le monde ; ce n’est point un crime de le copier ; c’est au contraire dans leurs écrits, selon Quintilien, qu’il faut prendre l’abondance & la richesse des termes, la variété des figures, & la manière de composer : ensuite, ajoute cet orateur, on s’attachera fortement à imiter les perfections que l’on voit en eux ; car on ne doit point douter qu’une bonne partie de l’art ne consiste dans l’imitation adroitement déguisée.

Laissons dire à certaines gens que l’imitation n’est qu’une espèce de servitude qui tend à étouffer la vigueur de la nature ; loin d’affaiblir cette nature, les avantages qu’on en tire ne servent qu’à la fortifier.

Denis Diderot, Encyclopédie, ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. 1782.

Un des sommets de l’imitation est l’hommage que rend un artiste à un autre :

On n’accusa point Euripide de plagiat pour avoir imité un chœur d’Iphigénie le second livre de l’Iliade ; au contraire, on lui sut très bon gré de cette imitation, qu’on regarda comme un hommage rendu à Homère sur le théâtre d’Athènes. Virgile n’essuya jamais de reproche pour avoir heureusement imité dans l’Énéide une centaine de vers du premier des poètes grecs.

Voltaire, « Épopée », in Questions sur l’Encyclopédie par des amateurs. 1775.

Ce genre d’hommage – de citation, mais aussi d’enrichissement, sans lequel il ne serait qu’un écho de l’original – se retrouve dans tous les arts.

Il existe d’autres types d’imitation, voire carrément de plagiat ou de copie, qui n’ont rien d’un emprunt. Ils ne visent pas à exprimer l’admiration ou à rendre hommage (ou, à l’inverse, à critiquer pour proposer une alternative), mais à s’approprier d’une façon ou d’une autre l’œuvre d’autrui pour des visées purement égoïstes : en obtenir des gains financiers, médiatiques ou honorifiques en s’attribuant ainsi la paternité de l’œuvre. Cela demande un certain effort, celui d’effectuer un choix judicieux, de changer un mot ici ou là… et pour ceux qui n’en n’ont ni le temps ni l’envie, il existe une solution éprouvée : la négritude. Non pas tellement celle d’Aimée Césaire1, mais celle à laquelle nombre d’écrivains, connus (à l’instar de Dumas, pour ne pas citer des contemporains et contemporaines réputés) et moins connu ont fait appel : une plume à laquelle on achète le texte et l’anonymat.

L’internet a facilité ces transactions, depuis la recherche d’un tel service jusqu’à la copie du produit en question, et notamment pour les étudiants en mal d’inspiration, nés fatigués ou incapables de produire des essais, des rapports, des dissertations voire des thèses de la qualité requise pour obtenir leur diplôme. Nous en parlions déjà en 1997 avec l’émergence de sites web idoines, et voici que leur promotion se fait par l’entremise des blogs : depuis un certain temps, des milliers de commentaires, tous identiques, apparaissent sur des billets, quel qu’en soit le sujet ou la langue :

Whenever i see the post like your’s i feel that there are still helpful people who share information for the help of others, it must be helpful for other’s. thanx and good job.

Écrits en mauvais anglais (syntaxe, grammaire, orthographe), ils fournissent l’adresse du site de leur « auteur » : il s’agit d’un service (basé au Royaume Uni) fournissant à la demande des dissertations sur tout sujet et pour tout niveau universitaire, de la licence au doctorat. Ils se défendent d’encourager le plagiat, non monsieur, c’est un service à la carte et de qualité. Payant, évidemment (au mot et au degré d’urgence requise pour la livraison), mais la mise en page, la bibliographie, les révisions, la vérification de l’orthographe (qu’ils sont incapables de faire dans leurs spams), tout ça c’est 100% gratuit et l’on peut bénéficier d’une remise de 20% sur le tout. Une affaire, une aubaine !

En 1997, on concluait ainsi : « À quand l’achat de diplômes sur le Web (par carte bleue et transactions sécurisées, évidemment) ? » Eh bien, cherchez et vous trouverez.

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Le sens de « nègre » dans la célèbre citation de Mac Mahon était spécifique à Saint-Cyr, et y désignait le premier de la promotion. Il semblerait que le « nègre » en question était aussi mulâtre et que l’injonction du maréchal-président l’ait poursuivi ultérieurement. (Source : Roger Alexandre, Les mots qui restent, 1901).

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