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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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10 mai 2022

Attention aux invités qui s’incrustent… !

Classé dans : Langue, Sciences, techniques — Miklos @ 13:46

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Étant par hasard tombé sur la citation « Un invité est comme un poisson : au bout de trois jours, il commence à sentir mauvais. Â» j’en ai cherché l’origine.

Le Parisien le définit carrément à un « proverbe juif sur poisson Â», alors que Dicocitations en fait un proverbe arabe.

Le site Brainy Quote (l’adjective ne décrivant pas forcément ceux qui y mettent du contenu) l’attribue à Benjamin Franklin (pas moins!), en anglais évidemment : “Guests, like fish, begin to smell after three days.” Une version plus familiale est fournie par le Webster’s Nith New Collegiate Dictionary (1984) à l’article “FISH” : “Visiting relatives are like dead fish. After three days, they begin to smell.”

Mais quand on remonte en arrière dans le temps, cela se corse (aucun rapport avec l’île éponyme, du moins pour l’origine). Anthony Vieyra, dans son ouvrage A New Portuguese Grammar, Londres, 1800, le cite en tant que proverbe portugais : “O hospede e o peixe aos tres dias fede.”, qu’il traduit ainsi : “Fresh fish, and new-come guests, smell when they are three days old.”

Quelques années plus tôt, en 1789, Jean-Charles François Tuet (1742-1797) écrit, dans ses Matinées sénonoises ou Proverbes françois, suivis de leur origine ; de leur rapport avec ceux des langues anciennes & modernes ; de l’emploi qu’on en a fait en poésie & en prose ; de quelques traits d’histoire, mots saillans, & usages anciens dont on recherche aussi l’origine, &c. &c., ceci : « L’hoste & le poisson, passé trois jours, puent, dit le proverbe Espagnol. Â»

À l’inverse, John Ray, dans son ouvrage A Collection of English Proverbs Digested Into a Convenient Method for the Speedy Finding Anyone Upon Occasion; with Short Annotations. Whereunto are Added Local Proverbs with Their Explications, Old Proverbial Rhythmes, Less Known Or Exotic Proverbial Sentences, and Scottish Proverbs, publié en 1670, en donne une version accompagnée de sa source en français : “Fresh fish and new come guests smell, by that they are three days old. L’hoste & le poisson passé trois jours puent.”

Le tome III du Littré de 1873-1874 renvoie encore plus loin dans le passé, au Dictionarie of the French and English Tongues de Randle Cotgrave, publié en 1611, où l’on trouve : “L’hoste, & le poisson passé trois iours puent : Pro. A guest, and fish at three dayes end grow mustie.”, ce qui semblerait confirmer qu’il s’agit bien d’un proverbe français.

Pour conclure, s’il faut remonter au déluge (c’est à partir de ce moment-là qu’on peut parler de poissons), c’est sans doute bien, à l’origine des origines, un proverbe juif (même s’il n’apparaît pas dans les versions canoniques de l’Ancien Testament). Et quand à sa version française, vu l’ambiguïté de sens du mot hôte, on peut se demander qui des deux, celui qui reçoit ou celui qui est reçu, se mettra à puer.

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10 janvier 2022

Quand la Wikipedia masculinise une pianiste…

Classé dans : Musique, Sciences, techniques — Miklos @ 23:31

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L’excellente chaîne Radio Swiss Classic vient de diffuser une très belle interprétation (datant de 1998) du premier mouvement du concerto pour piano et orchestre n° 5 en mi bémol majeur op. 73 de Beethoven, avec Mitsuko Uchida au piano sous la direction de Kurt Sanderling. La page Wikipedia consacrée à la pianiste indique qu’elle a aussi étudié auprès de Maria Curcio, dernière élève d’Artur Schnabel (dont les enregistrements des sonates de Beethoven sont inégalées). Et lorsqu’on passe la souris sur « Maria Curio Â» pour apercevoir de qui il s’agit, on voit que c’était une pianiste classique italienne qui portait la moustache… En fait, la photo que Wikipedia affiche comme la sienne dans ce survol est celle de son maître Artur Schnabel. C’est clair ?

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17 août 2021

Akbar s’en va-t-en guerre, mironton, mironton, mirontaine….

Classé dans : Actualité, Progrès, Sciences, techniques, Économie — Miklos @ 14:25

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Akbar se rend gare Saint-Lazare pour (évidemment) y prendre le train : il va rejoindre Jeff dans leur future maison de campagne. Avant le départ, il entre dans le petit magasin Relay qui se trouve sur le quai à proximité de la voie de départ. Il constate d’abord que plus de la moitié des étagères de livres ont disparu – le vendeur lui dit que ce n’est que le début – puis aperçoit un casque Scheider qui lui permet­trait d’écouter ses cours de russe dans le train sans déranger les voisins. Il l’achète.

Une fois installé dans la voiture (on lui a dit que « wagon Â», ce n’est pas pour les humains), il branche ledit casque sur son téléphone, et constate qu’il n’entend le son que d’une oreille – et pourtant il n’est pas encore sourd. Il traficote la connexion, rien n’y fait. À l’arrivée, il teste le casque de Jeff sur son téléphone : ouf, il n’est pas sourd. Il essaie sa nouvelle acquisition sur le téléphone de Jeff : oui, il y a un problème !

À son retour quatre jours plus tard, il essaie de rendre le casque au Relay où il l’avait acheté : refus du magasin de le reprendre. Il doit s’adresser au constructeur… ce qu’il fait. Celui-ci répond qu’il ne rembourse rien, qu’il faut s’adresser à… Relay, qui le renvoie alors vers Lagardère, leur maison-mère. Celle-ci confirme le refus de remboursement. Relay en remet une couche, écrivant que « Dans le cadre de nos conditions commerciales, nous ne sommes pas tenus de vous rembourser Â». Conditions écrites où ? Et la loi alors ?

Après trois semaines de va-et-vient entre ces « marques Â», et bien qu’il souffre en général de vertige en hauteur, Akbar se dit qu’il en a assez d’être manipulé comme une balle de ping-pong. Il décide d’escalader l’attaque : il s’adresse alors à SignalConso, un des services du Premier Ministre. Celui-ci lui répond rapidement, deman­dant une preuve d’achat, qu’il envoie par retour de mail.

Est-ce le début de la fin ? Que nenni : SignalConso lui répond « Je suis désolée mais nous ne répondons qu’aux questions relatives aux difficultés techniques rencontrées avec le site Â»… Encore un embrouillamini entre deux services, ronchonne Akbar : il avait pourtant bien répondu au mail qui lui demandait un justificatif, mais celui-ci provenait d’évidence d’une adresse destinée au support technique… Impossible de savoir comment répondre pour que la réponse arrive au bon service.

Plus tard, un nouveau mail de SignalConso lui demande s’ils peuvent l’appeler. Il répond par la positive et fournit son numéro : aucun appel ne viendra, ni aucune réponse à ses mails ultérieurs.

Le lendemain, en désespoir de cause, il appelle la DGCCRFDirection générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes, dont dépend SignalConso. Après une looooongue tirade de plus d’une minute, le répondeur lui annonce qu’il y a moins de dix minutes d’attente. Une minute plus tard, le répondeur lui annonce qu’il y a moins de dix minutes d’attente. Une minute plus tard, le répondeur lui annonce qu’il y a moins de dix minutes d’attente. Et ainsi de suite, jusqu’à la fin des dix minutes, où le répondeur lui dit que, puisqu’il y a plus de dix minutes d’attente, il est prié de rappeler. Et le répondeur coupe la communication…

Akbar ne renonce pas : il renseigne un formulaire de réclamation (pas facile) sur le site de la DGCCRF, et la réponse qui s’affiche dit (on abrège la réponse) que sa plainte sera examinée dans les 15 jours ouvrés, bla, bla, bla… et donc jamais, se dit Akbar in petto.

Voilà où il en est à cette heure. On verra bien quelle suite sera donnée à cette rocambolesque affaire.

Akbar commande au BHV Rivoli un beau, un grand, un confortable lit pour l’une des chambres de la future maison de campagne. Les vendeurs du service literie, très aimables, l’informent qu’il sera appelé la veille de la livraison pour en préciser le créneau horaires.

Quelques semaines plus tard, Akbar reçoit deux messages vocaux « urgents Â» en provenance du service de livraison, concernant l’enlèvement d’un matelas à Paris le jour-même.

Aucun enlèvement n’avait été demandé ni prévu – ni à Paris ni en province – et la livraison devait avoir lieu… en province. Akbar rappelle le service, le dit à la responsable qui lui répond que cette livraison en province n’est pas son affaire.

Le lendemain, les livreurs se présentent à la future maison de campagne sans qu’on en ait été prévenus, heureusement que Jeff était sur place. Ils avaient bien avec eux le lit qu’Akbar avait choisi et payé, mais, en sus, un matelas qui n’avait pas été commandé… Par honnêteté – ils auraient pu ne rien dire, garder le matelas et le donner à un proche –, Jeff le leur a signalé. Les livreurs repartent avec.

Plus tard, la même personne du service livraison qui avait appelé Akbar le rappelle, lui demandant si le matelas qui avait été livré par erreur en province avait été bien repris par le livreur… Le comble, se dit Akbar in petto : voilà que le service livraison ne sait pas ce qu’il livre et délivre.

Akbar et Jeff s’accordent sur le modèle de sèche-linge à acheter chez Ubaldi pour leur future maison. Quelques jours plus tard, le service livraison apporte la bête, la déposent emballée sur une palette devant la maison, ne font signer aucun papier et repartent. Tant bien que mal, Jeff l’installe avec l’aide de proches.

Une semaine plus tard, il est informé de la livraison imminente dudit sèche-linge. Perdu, il appelle Akbar. Ensemble mais à distance ils examinent la situation. Il s’avère finalement que le sèche-linge livré précédemment est légèrement différent de celui commandé : cela ne se voit pas à l’œil nu, ce n’est que le numéro du modèle qui est différent et quelques caractéristiques de performance.

Ils discutent entre eux de la conduite à adopter. Oui, ils pourraient ne rien dire, se retrouver avec deux machines pour le prix d’une et donner l’autre à un proche ou la revendre sur le Bon Coin, mais, comme pour le matelas superfétatoire (mot qu’Akbar apprécie), ils rejettent cette approche qui ne serait pas honnête. Ils s’accordent pour refuser la seconde livraison, et informer le vendeur qu’ils garderont la machine livrée précédemment (qui est légèrement moins chère que celle commandée et dont les performances sont plus que satis­fai­santes), lui demandant de leur fournir attestation et garantie pour ce modèle (et leur rembourser la différence). Accepteront-ils, n’accep­teront-ils pas (parce que peut-être ce modèle était destiné à un autre de leurs clients) ?

Voilà où ils en sont à cette heure. On verra bien quelle suite sera donnée à cette rocambolesque affaire.

Le Péruvien Huascar (qui est bien devenu pour Akbar ce qu’Étienne de la Boétie était pour Montaigne : un ami) s’est envolé avant-hier au Pérou avec Jaspe, sa compagne française. Quelques heures après son départ, il envoie un message à Akbar l’informant qu’ayant fait escale (prévue) à São Paulo, ils y restent bloqués : le Pérou interdit tout vol en provenance du Brésil, du fait de la situation sanitaire catas­tro­phique dans ce pays. Comment se fait-il qu’ils n’en aient pas été prévenus au départ de Paris ?, se demande Akbar.

Plus important : Huascar a besoin de l’aide d’Akbar : ayant quasi­ment vidé son compte en banque pour avoir des espèces pendant son voyage, voilà qu’il fait face à d’autres dépenses qu’il aurait à régler avec sa carte, ce qui mettrait son compte à découvert.

Ni une ni deux, Akbar se précipite sur le site de son compte bancaire, pour tenter de lui faire un virement immédiat. Mais voilà, le site de HSBC semble perclus de rhuma­tismes : le passage d’une page à l’autre, s’il a finalement lieu, prend plus d’une minute, et s’il n’a pas lieu, affiche que la destination n’existe plus, pour réappa­raître quelques minutes plus tard. Après de longs moments de frustration, Akbar appelle leur service télé­pho­nique qui, lui, ô miracle, s’exclame Akbar in petto, répond rapidement et aima­blement, et aide Akbar patiemment à finaliser le transfert.

Banques, je vous hais, repense Akbar.

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15 janvier 2021

#TousAntiCovid grand corps malade

Classé dans : Actualité, Santé, Sciences, techniques — Miklos @ 11:20

Dès l’annonce de sa disponibilité, j’avais installé et activé cette application sur mon smartphone (Android, récent, à jour). Et voici les symptomes évolutifs que j’ai pu constater dans son comportement.

Catalepsies périodiques

Au fil du temps, j’ai constaté qu’elle se désactivait régulièrement, sans que je n’aie fait quoi que ce soit qui aurait pu expliquer ce comportement (éteindre le smartphone ou arrêter des applications, par exemple).

Raisonnements lacunaires et contradictoires

Puis, lundi dernier, en la réactivant, voici que :
  â€“ elle m’annonce en rouge que j’ai été cas contact « ces derniers jours Â» ;
  â€“ elle me recommande de me faire tester immédiatement et de m’isoler pour 7 jours « depuis le dernier contact Â» avec la personne en question  or comme elle ne fournit ni la date, ni l’heure, ni le lieu, impossible de savoir comment caler cet isolement et surtout quand y mettre fin ;
  â€“ et enfin, à l’issue du bref questionnaire qu’elle propose, elle me recom­mande de me faire tester à la fin de l’isolement… Donc deux fois ?

Du coup, après avoir discuté avec mon médecin traitant, je m’isole pour 7 jours depuis la réception de cette alarme ; je me suis fait tester à une date que je suppose être de 4 jours après l’éventuel contact (dans un laboratoire où j’avais attendu une prise de sang pour une autre raison ? dans une queue à la pharmacie du coin?), et me ferai retester à l’issue de cet isolement.

J’ai envoyé un mail sur ces problèmes à l’adresse indiquée pour l’appli, ai reçu un accusé de réception, puis plus rien.

Morts subites

Et voilà que hier soir, voulant vérifier si elle était activée, je constate qu’elle plante immédiatement au lancement, avec java.lang.NullPointerException: Attempt to invoke virtual method ‘boolean com.lunabeestudio.stopcovid.model.KeyFigure.isFeatured()’ on a null object referenceune erreur système (je précise : aucune mise à jour ou installation récente sur mon smart­phone). J’ai essayé à nombreuses reprises, sans succès.

J’ai envoyé les informations sur l’erreur à l’adresse mail indiquée pour l’appli, ai reçu un accusé de réception, puis plus rien.

Mort-vivante

Ce matin, l’appli démarre. La pro­cé­dure d’activation initiale est différente – est-ce une nouvelle version ? – et voilà qu’elle affiche en même temps (cf. image ci-contre, cliquer pour agrandir) qu’elle est DÉSACTIVÉE, tout en four­nis­sant un lien pour la désac­tiver ainsi que des infor­mations qui semblent indi­quer qu’elle est activée (« Pas d’expo­sition détectée Â», etc.)…

J’ai envoyé les informations sur ce compor­tement à l’adresse indiquée pour l’appli, ai reçu un accusé de réception, puis plus rien.

Diagnostic

De là à se poser des questions sur la santé de cet outil pourtant vital (est-ce lui qui devrait se faire vacciner en premier ?)… Phéno­mène typi­quement français : en théorie, c’est génial (mais la France n’a pas inventé la roue, d’autres pays avaient mis en place une telle appli­cation plus tôt), mais en pratique, ça laisse à désirer.

Mort et transfiguration

Par acquis de conscience, j’ai redémarré mon smart­phone (ce que la procé­dure d’instal­lation de l’appli ne demandait pourtant pas) et oh ! miracle, l’appli indique qu’elle est activée… Je la mets en observation pour voir si elle a vraiment guéri.

Rechute

Et voilà que, une heure plus tard, l’appli indique qu’elle est désac­tivée et ne donne aucun moyen pour se réactiver : le bouton pour ce faire (« ActiverTousAntiCovid Â») est aussi désactivé… Il s’avère que c’est dû au fait que l’appli ne peut plus accéder au BlueTooth, et pourtant elle le pouvait il y a une heure. Je lui ai signifié qu’elle pouvait, qu’elle essaie, elle verra bien. Eh bien elle m’a écouté cette fois, et j’ai pu la réactiver. Jusqu’à quand, je vous le demande ?

Et la réponse est…

Quelques jours plus tard, une réponse à mes mails arrive enfin :

Merci pour votre suggestion et d’être un acteur de la lutte contre l’épidémie.votre suggestion sera remontée au service développeur car l’application est en cours de développement.Nous avons identifié le problème ,c’est un soucis technique qui sera résolu prochainement.Nous vous rassurons que l’application est bien activée à ce moment là ,sachez que nous mettons tous en Å“uvre pour résoudre cette confusion.
L’application continuera d’être enrichie régulièrement de nouvelles informations et de nouveaux services.
Prenez soin de vous et de vos proches.
L’équipe TousAntiCovid.

Il est tout de même étonnant – voire décevant – d’apprendre que l’appli­cation est encore « en cours de développement Â» tellement de temps après le début de cette pandémie qui, elle, n’a de cesse d’être (malheu­reu­sement) en cours de déve­lop­pement…

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29 novembre 2020

Apéro virtuel II.28 – dimanche 29 novembre 2020

Sylvie, Jean-Philippe et Léo, ce dernier soutenu en arrière-plan par Superman, rejoignent The Emperor dont la présence fait écho justement à cet infâme prétendu sur­homme de papier, et, indi­rec­tement, à la dispa­rition hier de l’acteur anglais David Prowse qui avait incarné Dark Vador (sans la voix) dans Star Wars. Cette person­nalité partie et Michel arrivé, Léo change son arrière-plan en le remplaçant par une image de bande dessinée repré­sentant une femme armée tenant en joue un homme (cf. ci-contre). Il s’agit de Ms. June Justis, « la seule femme membre du FBI des US Â», parue dans le magazine G-Woman en décembre 1937 (alors que Wonder Woman, adulée par Sylvie et ses filles, n’a fait son apparition qu’en 1941) – et ce n’est que plus tard que les héros masculins ont évincé quasiment toutes leurs contreparties féminines de ce type de littérature.

Françoise (P.) arrivant, Léo et Sylvie mentionnent respectivement Little Orphan Annie, parue en 1924 (en anglais uniquement) et Fifi Brindacier (nom complet : Fifilolotte Victuaille Cataplasme Tampon Fille d’Efraïm Brindacier) en 1945 (en suédois puis en français et nombre de langues). Tous deux s’accordent pour avoir adoré Tartine Mariol, créée en 1955 – pastiche de Martine Carol… –, vieille grand-mère avec un menton en galoche, avec des poils, des gros godillots, mais balaise comme tout, qui avait du punch et mettait k.o. tous les méchants, que Sylvie avait dû lire en cachette. Lorsqu’elle a passé son bac avec succès, à la question de ses parents quel cadeau lui ferait plaisir, elle a répondu qu’elle aimerait avoir le tout premier volume d’Astérix (Astérix le Gauiois) de Goscinny. Jean-Philippe dit alors qu’il était assez mal dessiné par rapport aux versions suivantes, Sylvie rajoutant que c’est le cas pour beaucoup de bandes dessinées, par exemple celle de Mickey. Léo cite alors l’analyse de Stephen J. Gould concernant l’évolution du personnage de Mickey et de sa repré­sen­tation, turbulent, voire légèr­ement sadique à ses débuts, puis, au fur et à me sure de son succès populaire, il s’amadoue dans son compor­tement, ce qui se reflète aussi dans sa repré­sen­tation, devenant graduel­lement de plus en plus juvénile, puis enfantine malgré son âge inchangé (processus appelé néoténie), dans le but d’exploiter l’affection humaine profonde pour les jeunes. Et ainsi, le rapport tête – corps de Mickey, initialement celui d’un adulte, évolue vers celui d’un adolescent. Michel, quant à lui, n’a jamais aimé Mickey.

Après un bref échange entre Françoise (P.) et Jean-Philippe à propos du « caractère bien trempé Â» de Françoise Giroud (évoquée en mentionnant le décès de Jean-Louis Schreiber hier) et de ses présumés actes (qu’elle a nié) à l’encontre des parents de JJSS qui s’était séparé d’elle, pour se marier à une (autre) jeune femme, Michel lit trois citations d’un même auteur, la première de circonstance vu le contexte :

– Vaurien, tu viens de prendre la taille à ma femme !
– Moi, Monsieur ? Fouillez-moi !

Alphonse Allais ? Non.

– Sais-tu pourquoi les sauvages vont tout nus ?
– Parce que Christophe Colomb les a découverts.

Tristan Bernard ? Non. Le dernier indice, plus long, est une fable en alexandrins, Bon conseil aux amants :

Un brave ogre des bois, natif de Moscovie,
Était fort amoureux d’une fée, et l’envie
Qu’il avait d’épouser cette dame s’accrut
Au point de rendre fou ce pauvre cœur tout brut.
L’ogre, un beau jour d’hiver, peigne sa peau velue,
Se présente au palais de la fée, et salue,
Et s’annonce à l’huissier comme prince Ogrousky.
La fée avait un fils, on ne sait pas de qui.
Elle était ce jour-là sortie, et quant au mioche,
Bel enfant blond nourri de crème et de brioche,
Don fait par quelque Ulysse à cette Calypso,
Il était sous la porte et jouait au cerceau.
On laissa l’ogre et lui tout seuls dans l’antichambre.
Comment passer le temps quand il neige en décembre.
Et quand on n’a personne avec qui dire un mot ?
L’ogre se mit alors à croquer le marmot.
C’est très simple. Pourtant c’est aller un peu vite,
Même lorsqu’on est ogre et qu’on est moscovite,
Que de gober ainsi les mioches du prochain.
Le bâillement d’un ogre est frère de la faim.
Quand la dame rentra, plus d’enfant. On s’informe.
La fée avise l’ogre avec sa bouche énorme.
— As-tu vu, cria-t-elle, un bel enfant que j’ai ?
Le bon ogre naïf lui dit : « Je l’ai mangé. Â»
 
Or, c’était maladroit. Vous qui cherchez à plaire,
Ne mangez pas l’enfant dont vous aimez la mère.

Pour bien comprendre le – double – sens de cette fable, il est bon de garder en mémoire le premier sens de marmotFigure grotesque décorant un élément architectural et, en partic., un heurtoir de porte. et celui de croquer le marmotAttendre longtemps en se morfondant.. L’ogre, un peu simplet, est passé du figuré au littéral.

Jean de la Fontaine ? Que nenni. Dickens ? Oh no! Jules Renard ? Eh non. Il s’agit de Victor Hugo, dont l’humour souvent féroce paraît dans ses écrits (on pense surtout aux Châtiments), à l’instar de ce petit quatrain à l’encontre de Louis Veuillot, journaliste, partisan passionné du catholicisme ultramondain :

O Veuillot, face immonde encore plus que sinistre,
Laid à faire avorter une femme, vraiment !
Quand on te qualifie et qu’on t’appelle cuistre,
                istre est un ornement.

Ces quatre citations sont tirées d’un livre que Michel n’a de cesse de parcourir depuis qu’il l’a acheté dans les années 1960 : Humour 1900, éd. J’ai lu.

C’est au tour de Françoise (P.) de poser quelques devinettes : avez-vous entendu parler de Victor Lustig ? Jean-Philippe répond du tac au tac : « Un escroc international Â». Françoise dit alors avoir cherché qui étaient les plus grands escrocs au niveau mondial ; Lustic a vendu la Tour Eiffel (en 1920)…

Et Anna Anderson ? Imposteuse s’étant faite passer, au début des années 1920, pour la princesse Anastasia, qui donc n’aurait pas été tuée avec son père, le tsar Nicolas II, et leur famille, en 1918. Si cette imposture est démontée à partir de 1927 – il s’agit en fait d’une ouvrière polonaise mentalement malade –, elle ne sera définitivement prouvée par des tests ADN en 1998 (ce qui n’a pas mis fin aux thèses soutenant l’affirmation d’Anderson). Michel et Sylvie mentionnent qu’il y a eu d’autres prétendues Anastasia…

Et Charles Ponzi ? Certains des présents ont entendu parler de la pyramide de Ponzi, d’autres non. Il s’agit d’un montage financier frauduleux inventé par cet Italien arrivé fauché aux US au début du XXe siècle, régulièrement utilisée jusqu’à nos jours et récemment rendue célèbre par l’affaire Madoff. Léo dit alors que David Lescot en a fait une pièce de théâtre (avec chÅ“ur). Jean-Philippe signale qu’une arnaque de ce type a eu lieu très récemment (durant la pandémie actuelle) par l’entremise des réseaux « sociaux Â».

Léo mentionne une arnaque très simple : une annonce parue dans un journal disait « Vous n’avez plus que 3 jours pour envoyer 1$ à Mr. Un Tel Â» (et l’adresse était fournie), sans autre précision ; le lendemain, « Vous n’avez plus que 2 jours… Â», etc. Et ce Mr. Un Tel avait tout de même récolté 1000 ou 2000$/ Ce type de procédé est dorénavant interdit.

Et quid de van Meegeren ? On avait effectivement entendu parler de ce grand arnaqueur dans le monde de la peinture (il « créait Â» des Veermer).

Quant à Frank Abagnale Jr., jeune escroc, faussaire et imposteur, il se reconvertit finalement en conseil et détection de fraudes. Sa vie – romancée, sans doute – a été l’objet en 2003 du film Arrête-moi si tu peux de Spielberg avec DiCaprio et Tom Hanks.

La conversation aborde alors le sujet des arnaques par courriel, et Michel met en garde contre des mails qui semblent venir d’amis ou d’organismes connus, et qui demandent (ou proposent) soit d’ouvrir une pièce jointe – celle-ci peut contenir un virus informatique –, soit de cliquer sur un lien menant vers un site Web – qui peut télécharger subrepticement des virus dans l’ordinateur –, soit enfin de répondre par mail au dit ami ou organisme, mais en fait l’adresse de réponse n’est pas celle de la personne à laquelle on pense mais en diffère si peu qu’on ne remarque pas cette différence…

Léo signale une plateforme Web utile pour lutter contre la désinformation dans des domaines aussi divers que les médias et la technologie (dont l’inter­net), la politique, l’envi­ron­nement, la santé (d’autant plus impor­tant ces temps-ci)… il s’agit de hoaxbuster.com.

Pour redétendre l’atmosphère, Michel lit une brève histoire tirée de Humour 1900, Old England de Mac-Nab (1856-1889), poète et chansonnier français. L’extrait ci-dessous est copié de l’édition des Poèmes mobiles * Monologues de l’auteur, publiée en 1886.

Jean-Philippe rebondit sur la mention qu’avait faite Michel, lors d’un récent apéro, de la Cantilène de Sainte Eulalie, datant de la fin du IXe siècle comme étant le premier document écrit en langue française. Ayant un vague souvenir de ses études d’antan et ayant effectué des recherches de son côté, il a trouvé ceci : peuvent prétendre être les premiers en français cinq textes écrits entre 842 – les Serments de Strasbourg1 – et 1050 – La Vie de Saint Alexis, tous sauf le premier étant des textes religieux, écrits pas uniquement en latin mais aussi en vernaculaire, afin que le vulgus pecum comprenne quand on leur en fait la lecture. Durant ces deux siècles, on a retrouvé dans les documents d’époque 11 000 mots en français d’alors (ou protofrançais), qui n’a vraiment été étudié que récemment dans sa structure : Jean-Philippe mentionne l’ouvrage Histoire de la phrase française : des Serments de Strasbourg aux écritures numériques de Gilles Siouddi qui vient de sortir chez Actes Sud, et en lit un extrait. Michel remarque que la diction et la prononciation de l’époque devaient être très différentes de ce qui est pratiqué aujourd’hui (il suffit de voir comment notre parlé diffère de celui d’avant-guerre…), ce que confirme Sylvie, ayant une bonne expérience du chant Renaissance.

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1. La version originale des Serments est perdue. Le texte que l’on en possède (par exemple à la BnF) est extrait du livre de Nithard, rédigé en latin, Histoire des fils de Louis le Pieux. Nithard est le petit-fils de Charlemagne.

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