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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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15 novembre 2020

Apéro virtuel II.14 – dimanche 15 novembre 2020

Classé dans : Arts et beaux-arts, Philosophie, Progrès, Sciences, techniques — Miklos @ 23:59

L’arrière-plan de Michel ayant suscité de l’étonnement chez Jean-Philippe (qui pense à Matrix) et Françoise (C.), il leur parle du premier ordinateur1 sur lequel il a travaillé professionnellement, à partir de 1972 (son premier cours d’informatique remontant à 1966) : alors qu’un ordinateur portable n’a que quelques centimètres d’épaisseur, et un téléphone portable se met dans une poche, cet ordinateur, d’une capacité de mémoire 100.000 fois moindre, nécessitait une armoire pour héberger ses circuits : à l’époque, la mémoire était composé de tores magnétiques, petits anneaux visibles à l’œil nu autour desquels étaient enroulés des fils électriques qui servaient soit à les magnétiser dans un sens ou dans l’autre (ce qui correspondait à un 0 et un 1, respectivement), soit à lire le champ magnétique qui y était présent. Ce type de mémoire était évidemment aussi très volumineux en taille en comparaison par exemple à une carte SIM actuelle, mais permettait d’y garder l’information enregistrée pendant plusieurs années sans aucune alimentation électrique… Faculté d’autant plus nécessaire que cet ordinateur ne possédait pas de disque dur, et qu’on chargeait le programme initial à l’aide d’une bande de papier perforée (chaque trou correspondant à 0 ou 1), à l’instar des télex de l’époque3, et ultérieurement des cartes perforées. Malgré la taille très réduite de sa mémoire et l’aspect « primitif » de cet ordinateur, il était extrêmement rapide et permettait de réaliser en temps réel des simulations graphiques complexes sur 6 écrans en interaction avec 6 personnes.

Michel continue en expliquant à quoi servent ces 0 et 1, en montrant comment ils peuvent servir à compter2 et à calculer tout aussi bien qu’avec les chiffres de 0 à 9 – c’est d’ailleurs le cas des bouliers, où chaque boule n’a qu’une position, en haut ou en bas, ou des doigts de la main (qui peuvent être soit pliés soit redressés). C’est ce qu’on appelle le système binaire, et il est encore utilisé dans tous les ordinateurs d’aujourd’hui (mais évidemment dans des circuits électroniques qui n’ont rien à voir avec ceux d’alors), et pas que pour coder des nombres, mais aussi des lettres et tout signe qui « entre » dans l’ordinateur. Françoise (C.) demande alors que veulent dire « 2 puissance 2, 4 puissance… », à quoi Michel répond que « 2 puissance 2 » (ou « 2 au carré ») est un raccourci pour dire « 2 multiplié deux fois par lui-même » (donc 2 x 2), « 2 puissance 3 » (ou 2 au cube ») voulant dire « 2 multiplié 3 fois par lui-même »(donc 2 x 2 x 2), « 4 puissance 2 » étant « 4 multiplié 2 fois par lui-même » (4 x 4), etc. Et 25 x 25 est donc appelé « 25 puissance 2 » ou « 25 au carré » (rappelant ainsi que la surface d’un carré de 25 cm de côté est de 25 x 25 cm²). Françoise (P.) dit avoir bien compris, mais ne sent pas qu’elle pourrait l’expliquer à d’autres, à quoi Michel répond que c’est normal pour tout apprentissage – il faut laisser du temps au temps pour qu’une fois appris on puisse restituer.

Jean-Philippe raconte alors que ceci lui rappelle son instituteur en 6e qui avait enseigné le système binaire à ses élèves à l’aide d’une petite boîte avec commutateurs et deux types de lumières qu’il avait fabriqué lui-même. Il rajoute que certaines de ces anciennes tech­niques deviennent obsolètes, à l’instar du Morse (pas l’animal, mais le code – binaire, lui aussi – permettant dans le passé de coder des messages télégraphiques) dont l’usage aurait été supprimé par une convention internationale signée l’année dernière4. Il rajoute que non seulement le Morse est un système binaire (il n’a que deux signes basiques, représentés par le point et le trait), mais le Braille aussi. Michel rajoute un autre exemple d’un « usage binaire » : les images dans la presse (ou ailleurs). Si on les regarde à la loupe, on voit qu’elles sont composées d’une alternance de points (microscopiques) blancs et noirs – donc, ici aussi, deux signes uniquement pour « coder » une image qui peut être très riche et semble tout à fait lisse.

Enfin, à propos de miniaturisations, Michel mentionne son admiration pour des peintures miniatures du passé, faites à la main, où les détails – personnes, animaux, plantes, paysage…- font à peine quelque millimètres, ce qu’on retrouve pour la gravure sur des camées, précise Jean-Philippe.

Michel explique alors le choix de son arrière-plan : il avait brièvement mentionné hier une nouvelle dystopique d’Asimov, écrite en 1955, qui prédisait l’usage absurde des sondages pour déterminer le résultat de l’élection du président américain grâce à un superordinateur (cela ne s’appelait pas comme ça à l’époque) appelé Multivac (en écho du premier ordinateur commercial créé aux US, Univac). Cet arrière-plan illustre quelque peu ces monstres, réels comme fictifs. Il rajoute que la critique de la technique n’est pas récente, et a dû sans doute commencer avant même la Deuxième guerre mondiale (on pense aux Temps Modernes de Charlie Chaplin, ou à Metropolis de Fritz Lang), et mentionne l’incontournable Jacques Ellul (1912-1990), sociologue et théologien protestant, qui a écrit des ouvrages remarquables sur la technique, à l’instar de Le Système technicien5. ouvrage qu’il détient parmi d’autres d’Ellul. Jean-Philippe montre alors son exemplaire de Jacques Ellul, l’homme qui avait (presque) tout prévu de Jean-Luc Porquet. Bien qu’ayant enseigné longtemps en France, il est surtout célèbre… aux États-Unis et ailleurs.

Françoise (P.) demande à la cantonade ce qu’ils ont « visité » (virtuellement) dans la nuit des musées, à quoi Françoise (C.) répond : « Le musée Galliera » où se tient l’exposition Dior, qu’elle n’a regardée que d’un œil, ayant voyagé toute la journée en train de Milan à Paris.

Occupé qu’il était à écrire le compte-rendu d’hier, Michel n’avait pu participer à ces visites, et il avait donc décidé de présenter aujourd’hui sa visite (réelle) au musée Zadkine, il y a quatre ans.

En préliminaire, il identifie « La sentinelle » présente sur la première photo de l’album de Khor Virap (Arménie) qu’il avait montrée l’avant-veille, information que lui a fournie un ami arménien qu’il a interrogé : il s’agit de Kevork Chavush (1870-1907), milicien arménien dont l’action visait à améliorer le sort de la paysannerie arménienne face aux harcèlements des Turcs et des Kurdes (on le voit de plus près sur cette photo tirée de Wikipedia).

Puis au moment où il commence à montrer son album de photos du petit musée en question, Sylvie se joint à l’apéro et s’exclame qu’elle avait, elle aussi, prévu de parler du même musée… C’est donc à deux qu’ils commenteront les quelques photos sur lesquelles Michel s’attarde – en général de très expressives – et modernistes – sculptures de personnages dans des variétés de bois, mais parfois d’autres matériaux.

Sylvie souhaite alors montrer une vidéo (d’une durée de 4 minutes) du musée Antoine-Lecuyer à Saint-Quentin (Aisne, pas Yvelines), consacrée au portrait. Mais hélas, les capacités de sa connexion à l’internet ne lui permettent pas de partager le visionnage de la vidéo par Zoom. La voici donc :

Elle parle ensuite de l’excellente exposition consacrée à Pierre Dac au musée d’art et d’histoire du judaïsme, qu’elle a pu visiter quelques jours avant le début du confinement actuel. Le site du musée permet de visionner sept vidéos de, ou sur, Pierre Dac, avec, entre autres, Le Biglotron :

ainsi que Le Parti d’en rire :

_______________

1. C’était le modèle Sigma 2 de la marque SDS (ou Scientific Data Systems), dont on peut voir une photo ici.

2. Avec les chiffres de 0 à 9 on compte ainsi jusqu’à 999 (par exemple) : _ _ 0, _ _ 1, _ _ 2, …, _ _ 8, _ _9 – puis on remet le 9 à zéro et rajoute un chiffre à gauche : _ 1 0, et l’on recommence avec le zéro le plus à droite : _ 1 1, _ 1 2, …, _ 1 8, _ 1 9 – puis on remet le 9 à zéro, et augmente le 1 : _ 2 0, _ 2 1, …, _ 9 9 – et on remet tous les 9 à zéro et on rajoute un 1 à gauche : 1 0 0, 1 0 1… jusqu’à 9 9 9.

Pour le binaire, exactement la même démarche, mais on n’utilise que 0 et 1, et donc on aura : _ _ 0, _ _ 1 – et comme on ne peut augmenter le 1 (puisqu’on n’a pas le droit d’utiliser d’autres chiffres), on le remet à zéro et rajoute un chiffre à gauche : _ 1 0, _ 1 1 – et encore une fois, on remet les 1 à zéro, rajoute un chiffre à gauche, et recommence à incrémenter à partir de la droite : 1 0 0, 1 0 1 – là on remet le 1 à droite à zéro et à sa gauche on passe à 1 : 1 1 0, 1 1 1.

On n’a pu écrire ainsi que 8 nombres, de 000 à 111 – ils correspondent donc aux nombres décimaux 0 à 7. En d’autres termes, 111 (par exemple) est le codage binaire de 7.

3. Les bandes servant à l’informatique étaient percées (ou non) de 8 trous en largeur, ce qui correspondait à un octet. Les bandes du télex étaient percées de 5 trous en largeur. On peut voir ici ces deux types de bandes.

4. On n’a trouvé nulle référence à une telle suppression, notamment sur le site de l’ITU.

5. Il aurait aussi fallu mentionner dans ce contexte L’Obsolescence de l’homme. Sur l’âme à l’époque de la deuxième révolution indus­trielle de Günther Anders, publié en 1956.

10 août 2020

Pourquoi les Américains à Paris souffrent moins de la canicule que les Français

Classé dans : Actualité, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 14:42

Hot Weather Sketches. Illustration du The Illustrated London News, 23 juillet 1881..

J’ai deux thermomètres qualifiés de vintage par leur vendeur (« néo-rétro » vend moins bien) : l’un accroché à l’ombre sur l’embrasure externe d’une de mes fenêtres, l’autre au centre de mon appartement.

Pour illustrer la grande diffé­rence de températures hier à 17h30 – 39,5°C sur rue, 28°C en intérieur (sans cli­ma­ti­sa­tion, je précise : je ferme volets et fenêtres), j’ai photo­gra­phié ces deux instru­ments, et ai mis côte à côte, à la même échelle (en alignant les deux gra­duations en Celsius), le résultat, que l’on peut voir ci-contre (cliquer pour agrandir).

C’est alors que j’ai remarqué que les graduations en Farenheit ne correspondaient pas l’une à l’autre, elles. Et si l’on fait un rapide calcul (C = (F-32) x 5 / 9), on constate que c’est le thermomètre de droite qui affiche une échelle plus basse de 10°F que les valeurs correctes.

En regardant de plus près l’ensemble de ce thermomètre (que l’on peut voir ci-contre à gauche, cliquer pour agran­dir), je m’aperçois que le mar­quage en Farenheit disjoncte au-dessus des 50°F : l’indi­cation suivante aurait dû être 70°C, puis 90°, etc. Soit dit en passant, il manque aussi le signe « moins » devant les mesures en-dessous du 0°F.

Et enfin, comble de la contre­façon contre lequel ce thermo­mètre avertit, si l’on compare cet objet à celui d’ori­gine (cf. photos ci-contre, cliquer pour agran­dir), on voit que sur ce dernier les tempé­ratures sont indi­quées en Celsius des deux côtés du tube central. Le rem­pla­cement du marquage de droite par l’échelle Farenheit est destiné, sans nul doute, aux touristes anglo­phones qui utilisent encore cette unité de mesure. On est très curieux de savoir dans quel pays ces contre­fa­çons ther­mo­mè­tres ont été fabriqués.

Ainsi, pour eux, il ne ferait, d’après ce thermomètre, que 92°F (ce qui correspond à 33°C, au lieu des 39,5°C = 102°F). Mais au vu des restrictions sur les vols internationaux du fait de la pandémie, ce type de touristes ne vient pas chez nous. Alors pourquoi ne pas revenir au vintage d’origine ?

3 août 2020

Un remède idéal contre le covid-19 : la poudre de perlimpinpin conspirationniste

Classé dans : Médias, Santé, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 12:30

Caricature d’Éric Paratcha. Cliquer pour aggrandir.

Je n’ai aucune expertise scientifique médicale, mais je suis sidéré par ce qu’affirme une généticienne (qui n’est pas épidémiologue) dont je tairai le nom – inutile d’en rajouter à sa visibilité – sur une vidéo YouTube vue sur la page Facebook d’une amie (ces deux sites étant des vecteurs reconnus de la pandémie de fake news et de conspi­ra­tion­nisme, soit dit en passant). J’y reviendrai.

Mais je ne devrai pas être sidéré – cette vidéo est diffusé sur une chaîne YouTube d’extrême-droite, à propos de laquelle Marianne écrivait en 2016 : « ce média alternatif fondé par des anciens du Front national s’est imposé dans la “réacosphère” depuis sa création en 2014. Sous ses allures de chaîne neutre et professionnelle, [cette chaîne] fustige les “commentateurs officiels” et défend une ligne réso­lument identitaire (…) Elle apparaît désormais comme le pendant télé­visuel de la vieillissante Radio Courtoisie, antenne tradi­tion­nelle de l’extrême droite, dont elle a d’ailleurs récupéré plusieurs ani­mateurs. » Cette généticienne « fréquente » aussi au moins deux autres chaînes YouTube, l’une plus confidentielle, dont l’orientation conspirationniste semble assez claire, et l’autre anti « mariage pour tous », PMA, etc.

Pour en revenir à cette généticienne, sa page LinkedIn indique qu’elle est directeur de recherche à l’Inserm – or le site de ce dernier ne la mentionne pas et d’autres sites en parlent au passé. Elle l’a donc bien été, mais il semblerait que les dernières mentions de l’Inserm la concernant datent d’il y a plusieurs années, et je n’ai pas trouvé ce qu’elle a fait depuis, scien­ti­fi­quement parlant. Je rajouterai que ce n’est pas parce qu’elle y aurait fait un travail reconnu dans le passé (dans un autre domaine que celui de l’épidémiologie, si je comprends bien) qu’elle ne pourrait pas disjoncter, comme l’avaient fait d’autres scien­ti­fiques reconnus à l’instar de Linus Pauling (prix Nobel de chimie) à propos de la vitamine C ou de l’immunologue Jacques Benveniste à propos de la mémoire de l’eau.

Dès le début de l’entretien dans la vidéo en question, on voit bien que, sous-jacents à ses thèses, il y a une conspiration – bien qu’elle n’utilise pas le mot explicitement – et des arguments contradictoires en soi, que ce soit à propos de l’origine humaine (dans le fameux laboratoire P4 en Chine) récente du virus (alors qu’elle mentionne en passant qu’il circulait bien avant chez des animaux, et des recherches récentes le montrent bien présent chez la chauve-souris depuis longtemps), le fait que ce ne soit pas une pandémie mais un « épisode », que la courbe en cloche montre bien que les chiffres d’infection et de mortalité n’augmentent plus (ce qui est contraire à ce qui se passe dans divers pays et régions du monde et de la France, que ce soit en Australie, en Afrique, en Belgique, en Espagne…), et que, s’il y a une croissance du chiffre des décès, c’est dû aux comorbidités (seraient-ils donc morts maintenant même s’il n’y avait pas eu de coronavirus?), et que de toute façon, il y a plus de morts de la tuberculose que du covid-19 (sauf qu’elle ne dit pas en combien de temps ! pour la tuberculose, ce sont des chiffres annuels, pour le covid-19, au plus semi-annuels), que le Plaquenil (nom de marque de l’hydroxychloroquine) a montré de l’efficacité (alors que de plus en plus de tests ne le démontrent pas), que les masques ne protègent rien de rien et voire pire (les mailles laissent passer le virus, affirme-t-elle ; or si un virus tout seul passerait partout, il n’est jamais « tout seul » mais transporté par des supports bien physiques ; ce que les masques visent à éviter, ce sont les gouttelettes porteuses du virus prin­ci­pa­lement émises en toussant ou éternuant) et que le confinement n’a que des effets négatifs sur la santé physique, psychique (ce qui n’est pas totalement faux mais il a eu un effet clair et démontrable sur la baisse des cas graves/mortels – je ne doute pas qu’elle l’attribuerait à la « courbe naturelle » de cet « épisode » et non pas à quelque action humaine) et sociale (la commu­ni­cation entre tous), et j’en passe.

Alors, pourquoi « croire » à l’une ou l’autre thèse ? Je répondrai indi­rec­tement : pourquoi croire que la Terre est plate (ou ronde) ? Je ne suis pas vraiment en mesure de le vérifier moi-même (ou si indi­rec­tement que ce n’est pas une preuve). Se peut-il par exemple que toutes les photos de la Terre qui en montrent la rondeur (si je puis dire) soient en fait traficotées, comme l’auraient été celles des chambres à gaz nazies, selon les négationnistes de la Shoah, et donc où aurait-donc disparu une grande partie de ma famille ? Se peut-il que ce ne soit qu’une conspiration des scientifiques à la solde des laboratoires commerciaux qui visent ainsi à pousser la vente de leurs produits, médi­caments et masques ?

Eh bien, pour ma part, je ne « crois » pas un mot de ce que dit cette dame. Il y a des questions bien plus importantes (à mon sens) qui émergent au fil des découvertes scientifiques concernant ce virus, par exemple : on dit (une étude du King’s College de Londres) maintenant que l’immunité acquise par une personne qui aurait été exposée au virus ne durerait que quelques mois, quid de l’efficacité d’un quel­conque vaccin et/ou de l’immunité de groupe ? Et que signifie alors « immunité collective » si c’est le cas ? Réponse intéressante : « Les spécialistes font toutefois remarquer que l’immunité ne repose pas que sur les anticorps, mais aussi sur la réponse cellulaire. “Même si vous vous retrouvez sans anticorps circulants détectables, cela ne signifie pas néces­sairement que vous n’avez pas d’immunité protectrice parce que vous avez proba­blement des cellules mémoire immu­nitaires qui peuvent rapidement entrer en action pour démarrer une nouvelle réponse immunitaire si vous rencontrez à nouveau le virus. Il est donc possible que vous contractiez une infection plus bénigne” avance Mala Maini, (University College de Londres). »

Quant à un vaccin contre le coronavirus : il me semble (je répète, je n’ai aucune compétence dans les sciences de la médecine…) qu’il n’y a pas encore assez de savoir concernant la durée de l’immunité induite soit par la maladie elle-même soit par un éventuel vaccin (mais c’est vrai aussi – différemment – pour la grippe : le vaccin est efficace pendant un temps, et doit, lui aussi, évoluer pour correspondre autant que faire se peut aux mutations du virus). La course au vaccin a des motivations… variées : d’une part, contrer la pandémie et éviter ou réduire le nombre de malades et de morts, mais aussi, pour ceux qui le découvriraient, des rentrées commerciales non négligeables. Ce dernier facteur n’est pas une raison en soi de les suspecter de traficoter les vaccins, ni à l’inverse de faire de l’angélisme : c’est pourquoi il est plus que jamais nécessaire – voire vital – d’avoir des organismes de supervision indépendants (et, je rajouterai, de médias reconnus et indépendants), pour nous renseigner, nous fournir des éléments, qui nous permettraient de décider en meilleure connaissance de cause (le savoir absolu n’existe pas…), et pas selon des idéologies ou des peurs et des suspicions.

Pour finir : il est toujours plus facile de crier au mensonge (ou à la mani­pulation) – cela peut se faire même en quelques mots sur Twitter, comme le démontre le président américain – que de démontrer une thèse, processus bien plus complexe et long à exprimer. Il est donc compré­hensible pourquoi ces types de messages convainquent facilement : par facilité, et se transmettent tout aussi faci­lement – par un clic, même sans l’avoir lu. En ce sens, ils peuvent faire des dégâts réels : ceux qui y adhèrent ne se proté­geront pas et ne proté­geront pas les autres, contribuant ainsi à la (re)diffusion du virus. Et quel masque est efficace à leur encontre ? la vérification des sources.

4 juillet 2020

Libération en Chine ?

Classé dans : Médias, Sciences, techniques — Miklos @ 10:09


Cliquer pour agrandir.

Non, il ne s’agit pas d’une démocratisation inattendue de ce pays-là, mais de l’endroit où le site Web de ce brave quotidien serait hébergé.

Du fait d’un problème réseau généralisé ce matin, on s’était intéressé à suivre le chemin sur l’Internet depuis notre ordinateur jusqu’au serveur Web de Libération.

L’utilitaire « traceroute » (ou « tracert »), lancé sur l’ordinateur local, affiche – voir ci-dessous – toutes les étapes par lesquelles passent les données numé­riques, en montrant leur nom si disponible ou sinon uniquement leur identifiant numé­rique (« numéro IP »).


Traceroute de l’ordinateur local jusqu’au site de Libération. Cliquer pour agrandir.

Alors là, stupéfaction ! Tout d’abord, il s’avère que le nom du site « www.liberation.fr » est en fait un alias de « www.libe­ra­tion.fr.wtxcdn.com ». Et qui est donc wtxcdn.com ? Comme le montre un autre utilitaire (« whois »), il s’agit d’un nom de domaine (servant à désigner une famille de sites) appartenant à… « Alibaba Cloud Computing (Beijing) Co, Ltd », l’Amazon(e) chinoise :


Identification du titulaire du site hébergeant Libération.

Et enfin, ce qui semble bien confirmer la localisation de notre quotidien, l’avant-dernière ligne du traçage contient « Hong Kong » dans son nom. Cette étape, et celles qui les précèdent, font partie du domaine « cogento.com », appartenant à Cogent Communications, opérateur de télécommunications multinational américain et appa­rem­ment un des plus gros « véhiculeurs » de trafic internet au monde.

Ah, si Trump savait que cette société américaine héberge certains de ses serveurs… en Chine, dans la caverne d’Alibaba. Ou alors, serait-ce en fait une avant-garde de la libération de la Chine ?

10 mai 2020

Apéro virtuel XLIX : livres à lire et livres inexistants ; mémoires de l’humanité et mémoires d’ordinateurs

Classé dans : Arts et beaux-arts, Sciences, techniques — Miklos @ 3:25

Au centre : Mnémosyne (ou Lampe de la mémoire) de Dante Gabriel Rossetti (1828-1882), Delaware Art Museum. Arrière-plan : Sarcophage des Muses (première moitié du IIe s.), musée du Louvre.

Samedi 9/5/2020

Jean-Philippe a commencé par tenter d’identifier les composantes de l’arrière-plan de Michel (cf. l’image en exergue) : au centre un tableau préraphaélite (mais pas de Burne-Jones), en arrière-plan les neuf muses. Il s’est bien demandé si Mnémosyne se trouvait parmi elles, à quoi Michel a répondu qu’elle n’était pas une muse, mais une déesse. Tout s’éclaircira quand il abordera le sujet qu’il avait préparé.

Avant que de le faire, Michel a demandé à Jean-Philippe si les livres qu’il avait présentés la veille – chacun d’eux consistant en des listes de livres qu’il fallait avoir lu – offraient une repré­sentativité équi­table des cultures du monde, à quoi sa réponse fut que ce n’était pas vraiment le cas ; vu les périodes auxquelles ces choix avaient été effectués, ils concer­naient surtout la production écrite occidentale, à l’exception peut-être de celui de Boxall. du fait qu’il provient du monde anglo-saxon, qui est plus respectueux des œuvres d’expression non-occidentale. Il rajoute alors que l’Unesco, conscient de ce problème, a financé des projets similaires concernant les points de vue asiatique ou africain, mais auss ceux de nations minoritaires (à l’instar des Inuits) ; on peut trouver ces ouvrages à la bibliothèque de l’Unesco, que Jean-Philippe fréquente de temps en temps. [On signalera que l’Unesco a décidé de rendre accessible à tous et cela gratuitement sa bibliothèque numérique mondiale, comme le rapporte un article récent.] L’Unesco a aussi publié une Histoire de l’humanité, offrant aux lecteurs un vaste éventail des différentes cultures du monde et de leurs développements distinct, accordant à toutes les philosophies leur place légitime ; aucune civilisation ou période particulière n’est proposée comme modèle pour d’autres. Enfin, Jean-Philippe mentionne la gestion des listes du patrimoine culturel immatériel par l’Unesco (ce qui est connu de Michel qui travaille comme bénévole dans un projet visant à y faire inscrire le Pourim shpil).

Toujours à propos des livres proposant de choix de livres à lire, Michel mentionne La bibliothèque du XXIe siècle par l’écrivain polonais Stanislas Lem, publié au XXe siècle, et pour cause : s’il y propose des critiques de livres et de leurs auteurs… ce sont des livres et des auteurs inexistants. N’ayant pu retrouver son exemplaire de cet ouvrage (pourtant il existe bien, lui), Michel a montré un autre ouvrage dans cette veine, le Dictionnaire des mots inexistants d’Aristote et Nicos Nicolaïdis.

À propos de la création de néologismes, Françoise (B.) mentionne qu’il y a des modes pour les suffixes. à l’instar de -terie (exemple : déchetterie ; liste complète ici). Au sujet de livres inexistants, Françoise révèle que les éditeurs – métier dont elle fait partie – rajoutent toujours dans les bibliographies savantes une fausse référence, un ouvrage inexistant, qu’ils inventent ainsi. De là, la discussion a évoqué certaines des fautes de français, écrites et orales, communes, et leur éventuelle entrée ultérieure dans les dictionnaires (comme évènement pour événement). C’est aussi de cette façon que les langues vivent leur vie…

Michel a finalement expliqué le sens de son arrière-plan : s’agissant de Mnémosyne, déesse de la mémoire, et de ses filles, les neuf muses. il allait parler mémoire… d’ordinateur, la finalité étant de faire comprendre pourquoi sa bibliothèque personnelle ne tiendrait pas sur une clé USB, contrairement à ce qu’avait affirmé Sylvie la veille pour l’ensemble des bibliothèques des présents à l’apéro.

Il a commencé par expliquer les unités de mesure (bit, octet, kilooctet, méga­octet, giga­octet, téraoctet), puis a expliqué la différence dans l’espace requis pour stocker dans l’ordinateur un livre numé­rique et un livre numé­risé : ce dernier nécessite beaucoup plus d’espace, car ce qui est enregistré consiste essentiellement en des images de chaque page, plutôt qu’uniquement du texte avec quelques infor­mations de mise en page. Ainsi, il estime que sa biblio­thèque personnelle pourrait néces­siter jusqu’à 4 téra­octets, ce qui dépasse largement la capa­cité d’une clé USB actuelle. Il a fini en décrivant briè­vement les mémoires utilisées par les ordi­nateurs – mémoire vive, disque dur et SSD, mémoire externe – leurs finalités, leurs capa­cités et rapi­dité d’accès.

À une question de Françoise (C.) concernant le fait de vider la corbeille, Michel a expliqué d’abord que le fait de mettre un fichier dans la corbeille ne l’effaçait pas du disque, mais le rendait uniquement invisible à l’écran ; si on vide la corbeille, tous les fichiers qui s’y trouvent seront en effet effacé du disque (dur ou SSD), y libérant de la place. En prenant l’analogie d’une étagère de bibliothèque d’où on aurait retiré plusieurs livres ici et là, si l’on veut maintenant y rajouter un livre plus gros qui ne pourrait entrer dans chacun des espaces qui se sont libérés, il faut repousser les livres présents les uns vers les autres, et ainsi « réunir » tous les espaces vides. Pour le cas du disque dur, ceci s’appelle défragmentation.

Enfin, Michel a expliqué ce en quoi consiste la compression d’un fichier – avec ou sans perte d’information – opération destinée à réduire la place qu’il occupe sur le disque, mais puisse toujours être utilisé. La discussion a ensuite concerné la sécurisation de fichiers – à l’aide de mots de passe – et le fait que tout logiciel a des défauts (« bugs »), vu sa complexité. On a terminé en évoquant le fameux bug de l’an 2000, réel ou imaginaire.

Sur ce, après avoir levé le coude, on leva la séance.

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