Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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20 juillet 2018

Life in Hell : Coïncidences

Classé dans : Actualité, Peinture, dessin — Miklos @ 9:29

Bartholomet Jo-Jo (dit Bart) ayant entendu Akbar parler, et pas qu’une fois ni in peto, de The Party, le fameux et hilarant film de Blake Edwards sorti en 1968 qu’il avait vu au moins deux fois mais il y a fort longtemps, remarque qu’il passe à Paris ces jours-ci au Grand Action (allez-y, courrez le voir). Il propose donc à Akbar de s’y retrouver à 16 heures après son quart (Bart dit plutôt « taf », mais Akbar traduit automatiquement en français).

1. Quelque peu avant l’heure dite, Akbar se rend à la station d’autobus – et remarque d’abord que celui qu’il doit prendre vient de lui filer sous l’nez. Le suivant devrait passer dans une douzaine de minutes. Ce n’est pourtant pas le week-end, ronchonne Akbar en se demandant ce qu’il allait faire en attendant. Et soudain il aperçoit, assise sur le banc dans la station, la Madone des réseaux, elle-même en personne ! Cela faisait un certain nombre d’années qu’ils ne s’étaient vus, alors qu’ils se fréquentaient, à une période, assez souvent : elle avait une tendance croissante à annuler leurs rendez-vous au dernier moment pour voyages et autres « causes imprévues ». Il l’interpelle, elle le regarde un instant d’un air interloqué puis le reconnaît. Et là, il n’y a plus de problème pour meubler les 12 minutes. Comme il s’avère qu’ils doivent prendre le même bus, ils continuent à bavarder à bâtons rompus – ils en profitent pour se fixer un rendez-vous déjeunatoire deux jours plus tard. Akbar se demande in peto s’il aura vraiment lieu1 – puis continuent dans le véhicule quand, enfin, il arrive. Pas trop tôt, se dit Akbar qui n’a pas envie d’arriver en retard au cinéma.

2. À la station suivante, nombre de passagers envahissent l’autobus. Et voilà qu’une dame approche d’un pas hésitant du quatuor de sièges où la Madone des réseaux et Akbar s’étaient installés. Akbar la reconnaît tout de suite : c’est une fort sympathique ex collègue d’un organisme parent au sien d’alors qu’il avait dû croiser pour la première fois il y a une bonne vingtaine d’années, puis de temps à autre, mais plus depuis une quinzaine d’années. Il lui tend la main pour l’aider à rejoindre le siège vide à ses côtés, et commence à lui parler en la tutoyant. Elle met un peu plus longtemps que la Madone à reconnaître Akbar, qui, élégamment, fournit mine de rien des éléments d’identification au cours de la conversation. Et clic, ça y est ! À part leurs noms respectifs qu’ils ont oubliés, le reste est là, et quand elle lui demande son numéro de téléphone avant qu’Akbar ne descende, cette lacune est comblée respectivement. Nul doute que la Madone des réseaux qui descend avec l’ex collègue à la station suivante, et dont le carnet d’adresse est aussi épais que l’Oxford English Dictionary (en 20 volumes), n’aura aussi obtenu ses coordonnées.

3. Akbar et Bartholomet Jo-Jo (dit Bart) se retrouvent comme convenu devant le cinéma. Comme il a encore un bon quart d’heure avant le début de la séance, le premier propose au second d’aller prendre un café au bistrot du coin, au nom très distingué : c’est le Royal-Jussieu, qui fait aussi « restaurant français spécialisé en viandes d’Aubrac », des affiches sur les murs en vantant la qualité. Ceci ne tombe pas dans l’œil d’un aveugle, en l’occurrence dans celui de Bart, originaire de l’Aveyron. Il se met à interroger le serveur qui l’informe que les patrons s’avèrent aveyronnaisContrairement à ce que l’on pourrait croire, les habitants de ce département ne sont pas tous juifs, du moins de la sorte de ceux pour lesquels leur judaïté s’avère au nez., eux aussi ; puis, discutant avec la caissière qui avoue être leur fille, arrive à bien mieux localiser leurs patelins respectifs. Quelle joie !

4. Sortant du film où ils se sont fort réjouis des déboires de l’attachant Hrundi V. Bakshi joué par le génialement ineffable Peter Sellers, déboires (sans compter ceux du serveur qui sifflait tous les verres destinés aux invités) qui se termineront bien, on ne doute pas que Hrundi viendra chercher son caloquet, Akbar et Bart se rentrent à pied. Ils passent devant le fort impressionnant collège des Bernardins, et arrivent à jeter un coup d’œil à sa splendide nef gothique éminemment bien restaurée, puis s’offrent des glaces (chez Berthillon, voyons) et rejoignent la terre ferme sur la rive droite. Au feu, deux adultes et deux enfants semblent un peu perdus. Leurs échanges ne tombent pas dans l’oreille d’un sourd : c’est de l’hébreu pour Akbar, langue qu’il s’avère parler aussi couramment que possible après des décennies d’abstinence. Ils engagent la conversation. Les paumés désirent rejoindre Montmartre, et essayaient en vain d’arrêter les taxis qui passaient, mais aucun d’eux ne voulait s’arrêter. Akbar leur explique que ce n’est pas dû au BDSBoycott, Divestment and Sanctions, campagne de boycott organisée par des ONGs palestiniennes contre Israël. mais au fait qu’ils étaient tous pris, comme l’indiquait la lumière rouge sur leur toit… Aucun de libre ne passant, Akbar leur indique comment arriver en métro à leur destination. En passant, justement, ils échangent des informations biographiques respectives de façon fort sympathique.

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1. Eh bien non, la Madone des sleepings n’est pas venue au rendez-vous – faut-il s’en étonner ?, ronchonne Akbar – et n’a répondu que quelques heures plus tard aux messages d’Akbar en s’excusant de ne pas s’être réveillée…

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson, dont Bart est l’un des membres.

Life in Hell: Gribodine™ et garibolette™

Classé dans : Cuisine, Peinture, dessin — Miklos @ 0:33

Miklos faisant des crêpes sous l’œil admiratif de Bart.

Les grandes découvertes sont parfois le fruit du hasard, voire de l’accident, plutôt que celui de la recherche scientifique acharnée. C’est ainsi qu’ayant acheté par mégarde une bouteille de lait ribot à la place du lait « normal » dont Akbar se sert principalement pour faire des crêpes, il s’aperçoit de l’erreur après avoir mélangé les ingrédients et trouvant la pâte plus épaisse que d’habitude. Il vérifie s’il ne s’est pas trompé dans les volumes respectifs – que nenni. Ce n’est qu’en examinant la bouteille qu’il réalise la confusion.

« À Dieu vat ! », murmure-t-il in peto. Il finit la préparation, la laisse reposer et s’essaie à la première crêpe. Quelle surprise ! Légère, agréable, un vrai délice, ce que confirme Bartholomet Jo-Jo (dit Bart). Tartinée de cream cheese (Philadelphia ou Saint Moret ou équivalent), recouverte d’une tranche de saumon fumé (à défaut de gravlax), et parsemée d’aneth, c’est un caprice des dieux (aucun rapport avec le fromage du même nom). La fois suivante, il rajoute un peu de levure chimique, ce qui allège encore plus le résultat.

Et voici la recette intégrale de ce qu’il a baptisé du nom de garibolette (galette + ribot, vous suivez ?).

250 gr. de farine de blé 80

1/2 l. de lait ribot

2 œufs

1 c. à soupe d’huile (de tournesol, par ex.)

1 c. à café de levure chimique

1 pincée de sel

Mettre la farine dans un saladier, y mélanger levure et sel.

Creuser un puits. Y casser les œufs et verser l’huile.

Mélanger en rajoutant un peu de lait, puis battre en rajoutant le reste graduellement, de façon à ce que ne se forment pas des grumeaux.

Laisser reposer la pâte 1 – 2 heures.

Faire les crêpes en utilisant une poêle idoine bien chaude : l’huiler jusqu’à ce que l’huile commence à fumer, enlever alors l’huile (en la versant dans un verre, par exemple, pour les crêpes suivantes), et verser la pâte à crêpes. Cuire environ 45 sec. – 1 min. d’un côté, puis 30 sec. de l’autre.

Quant à la gribodine… Vous n’avez pas encore deviné ? Indice : boisson raffraichissante très agréable !

1/2 verre de lait ribot bien frais

1/2 verre de jus de grenade pur tout aussi frais

Bien mélanger, puis déguster.

 

 

Et surtout, ne pas confondre « jus de grenade » et « grenadine »…

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson, dont Bart est l’un des membres.

7 février 2018

Lis tes ratures !, ou, Une exposition à rater*


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* En clair : une exposition à ne pas rater.

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17 décembre 2017

Musée de l’Orangerie

Classé dans : Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 17:21


Claude Monet : Nymphéas (détail).
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Appartement de Paul Guillaume (détail). Modèle réduit au 50e.
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Pierre-Auguste Renoir : Yvonne et Christine Lerolle au piano.
On aperçoit à l’arrière-plan deux tableaux de Degas.
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Paul Cézanne : La Barque et les baigneurs.
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André Derain : Le Noir à la mandoline (détail).
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12 décembre 2017

En Brabant

Classé dans : Humour, Langue, Littérature, Médias, Peinture, dessin — Miklos @ 16:00

«Plusieurs lecteurs m’ont témoigné qu’ils goûtaient fort les échantillons de style belge qui leur furent soumis à plusieurs reprises ; en outre, lors d’un tout récent voyage à Bruxelles, j’ai pu me convaincre que ces citations ne laissaient point indifférents les sujets du roi barbu que l’aimable ballerine qui porte un bandeau de plus que l’Amour appelle « Sa Majesté Léopold II » et qu’ils nomment, eux, plus familièrement : « Popol. » Pour la plupart, d’ailleurs, ils accueillent de la meilleure humeur du monde nos innocentes taquineries et sont les premiers, «  Je dois une fois rire avec ça » , à se divertir de leurs belgicismes ; seuls, de rares grincheux crient à la diffamation et accusent de trahison les confrères bruxellois qui, ayant reproduit avec commentaires aimables les facéties sans fiel du Journal. Amusant, se sont rendus coupables d’introduire le loup dans la bergerie. Négligeons ces Stoeffer (« stouf-er ») Un vantard, quelqu’un qui aime se mettre en avant. Ex. : Ça c’est un vrai stoeffer tu sais ! De là vient aussi l’expression, faire de son stoef (« stouf ») !, action de se vanter, d’en remettre une couche. Ex. : Ça y est, il est encore en train de faire de son stoef ! Le féminin de stoeffer est stoefesse. (source)stoeffers pour ne retenir que leur plaisante formule de protestation :

« On veut pas fransquillonner ; mais on connaît quand même parler français. »

Voici l’Annonce brabançonne, gazette hebdomadaire. On y re­com­mande le sieur Léopold Messe, de la Vau, « pour tuer les cochons à domicile (sic) » ; on y loue la maison Joseph Bruy­ninckx « qui porte le numéro 50 et n’est pas sur un coin » (sic) pour la coupe irré­pro­chable de ses « uni­formes de gardes civiques, pompiers et tram­ways » ; je ne sais si l’on trou­verait, dans notre Paris tant vanté, un tailleur capable de vêtir, tour à tour, des mili­taires et des voitures publiques. La « prise des mesures » d’un tramway et l’essayage doivent être des opé­rations bien compliquées.

Le même journal annonçait pour le dimanche 15 janvier « un concours au jeu de cartes pour lapins et coqs, chez Mme veuve Maurice Laune, rue du Château ». Que dites-vous de ces matches entre animaux si diffé­rents ? quel dressage pré­ala­ble ils supposent et quelle intel­ligence chez ces humbles bêtes ! Ce ne sont point des galli­nacés vul­gaires qui peuvent ainsi cartonner ; et, quant aux lapins, ce sont de fameux lapins !…

Pour finir, revenons à ce manuel de conversation édité pur Bernardin-Béchet, dont nous avons donné l’autre jour de trop brefs essais : qualifié de « français-anglais, » il s’atteste « belge-anglais » indéniablement. Monsieur rentre à midi, pour se mettre à table ; Madame, d’humeur charmante, lui signifie qu’elle a préparé le repas à son intention :

J’ai soigné pour vous, dit-elle.

Et lui, satisfait :

— Mangeons, alors. Le temps passera entretemps.

Il explique ainsi son bel appétit :

Cela provient de se promener.

Après le repas, pour récompenser sa ménagère, il s’offre à lui lire le journal (j’espère que c’est l’Amusant) ; la proposition est acceptée avec enthousiasme :

Je suis très curieuse pour apprendre quelque chose.

La lecture terminée, le couple va se ba­lader dans la campagne ; monsieur témoigne de con­nais­sances botaniques :

— Voyez comme ces fruits sont beaux. Ce sont des pommes de terre en fleurs.

On arrive devant un château ; madame souhaite le visiter :

C’est une petite peine pour moi, assure monsieur (qui veut dire : « rien de plus facile »), parce que j’ai connaissance avec le jardinier.

À la servante accourue au coup de sonnette, il demande :

Ne serait-ce pas possible de causer avec le jardinier ?

Avec celui-ci s’engage une conversation au cours de laquelle on apprend que « le château date de monsieur son grand-père » (il a été question, un quart d’heure avant, du maître absent) et que « madame est de descendance noble », car « elle est une duchesse ». Cependant, on fait le tour du… jardinier, sinon du propriétaire, la visite se termine devant une volière qui contient « des oiseaux étrangers » et sur cette réflexion :

Cela sont des oiseaux chers.

Terminons, nous, sur celle-ci que le malheureux Anglais qui recourra au manuel Bernardin »passera bientôt aux yeux de nos compatriotes pour avoir étudié le français, non dans un ouvrage belge, mais à l’école d’une génisse espagnole.

Willy, « En Brabant », in Le Journal amusant : journal illustré, journal d’images, journal comique, critique, satirique, etc., 18/2/1905. Paris. Dessins de Benjamin Rabier.

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