Cachez ce sein que je ne saurais voir

Cette publicité1 du site américain pour l’emploi CareerBuilder.com fait partie de la nouvelle vague de pubs vertueuses mais parfois amusantes, sortie à l’occasion du Super Bowl et qui supprime le danger de montrer toute partie (et certaines en particulier) de l’anatomie humaine, pour éviter le scandale qui a secoué l’Amérique, lors de la révélation, intentionnelle ou non, d’un coin du sein de Janet Jackson2, qui aura eu pour effet de déniaiser ces grands dadais qui n’ont vu d’autre poitrine que celle de leur mère nourricière, et les aura fait sortir, l’espace d’un instant, d’un puritanisme étouffant et pervertissant.
Pour mémoire, une autre affaire qui aura secoué les bases branlantes de cette démocracie-là :
René Magritte pinxit, Bill Clinton dixit
1 Qui ne manquera pas de rappeller à certains leur expérience quotidienne et à d’autres leurs fantasmes virtuels.
2 Quelle famille… !
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C’est la vérité de Nora, personnage principal de Rois et reine, le dernier film (2004) d’Arnaud Desplechin, qu’Emmanuelle Devos incarne de façon magistrale et intense, retenue et subtile, qui cache une profonde violence et des sentiments étouffés par l’éducation et qui n’ont jamais appris à s’exprimer. Cette belle indifférente, profondément égoïste (d’où cette vérité si commode pour elle et qui lui permet de tout esquiver) évolue telle une reine mante, en compagnie de son jeune fils innocent, entre son père mourant, son premier mari mort, son ex-compagnon fou et son amoureux si normal. A-t-elle su les aimer, eux qui l’aiment tant au-delà même de la haine et de la mort ? À ses côtés, le beau Joachim Salinger (jeune frère d’Emmanuel, le brun ténébreux découvert par Desplechin dans La Sentinelle et qui lui ressemble tant par son allure, ses regards, son mystère) tendre et attachant, et qui incarne le jeune père mort ; Mathieu Amalric (qui, comme Devos, est un familier de Desplechin), intensément fou, de la folie qui révèle parfois l’essence du monde dans des instants de lucidité qui peuvent faire comprendre qu’on veuille la perdre ; Catherine Deneuve, psychiatre froidement ironique (comme il se doit) qui s’humanise au fil du temps ; Hippolyte Girardot l’avocat juif sepharade hystérique et stone ; la plantureuse noire Elsa Woliaston campant une psychanalyste trop improbable… ils évoluent dans deux histoires parallèles qui s’entrelacent en un chassé-croisé polyphonique : la déchéance parfois cocasse de Mathieu Amalric et le parcours tragique d’Emmanuelle Devos, oscillant entre passé et présent, rêve et réalité, au travers de frontières parfois invisibles. La caméra (un peu trop souvent à l’épaule — ma seule critique) donne un caractère intimiste à cette comédie de la mort et de la vie. On aime (j’ai aimé) ou non (l’ex-femme de Desplechin et ses amis).
Nietzsche philosophait à coups de marteau. Émile-Augustre Chartier, dit Alain (1868-1951), eût choisi le fusain, quelque fin porte-mine ou une plume d’oie, si elle n’avait pas grincé. Tout lui était prétexte à faire de la philosophie, silencieuse et tranquille, mais il voulait — comme il sied à un danseur de ne pas laisser voir dans ses arabesques le travail à la barre qui les prépare — que rien n’apparût de ce qui rend la philosophie identifiable, l’appareillage conceptuel, les références, la systématisation des idées, le gymkhana de la pensée. Aussi, condensées d’écriture et grains de sagesse, l’a-t-il livrée en de célèbres Propos
