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19 octobre 2014

Animaux de Paris. Le singe.

Classé dans : Littérature, Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 15:12


Street art.
Autres photos ici.
À propos de l’artiste.

Messieurs les beaux esprits dont la prose et les vers
Sont d’un style pompeux et toujours admirable,
Mais que l’on n’entend point, écoutez cette fable,
            Et tâchez de devenir clairs.
Un homme qui montrait la lanterne magique
            Avait un singe dont les tours
            Attiraient chez lui grand concours.
Jacqueau, c’était son nom, sur la corde élastique
            Dansait et voltigeait au mieux,
            Puis faisait le saut périlleux ;
Et puis sur un cordon, sans que rien le soutienne,
            Le corps droit, fixe, d’aplomb,
            Notre Jacqueau fait tout du long
            L’exercice à la prussienne.
Un jour qu’au cabaret son maître était resté
             (C’était, je pense, un jour de fête),
            Notre singe en liberté
            Veut faire un coup de sa tête.
Il s’en va rassembler les divers animaux
            Qu’il petit rencontrer dans la ville ;
            Chiens, chats, poulets, dindons, pourceaux,
            Arrivent bientôt à la file.
« Entrez, entrez, messieurs, criait notre Jacqueau,
C’est ici, c’est ici qu’un spectacle nouveau
Vous charmera gratis.  Oui, messieurs, à la porte
On ne prend point d’argent : je fais tout pour l’honneur. »
            À ces mots, chaque spectateur
            Va se placer, et l’on apporte
La lanterne magique ; on ferme les volets,
            Et par un discours fait exprès,
            Jacqueau prépare l’auditoire.
            Ce morceau vraiment oratoire
            Fit bâiller, mais on applaudit.
Content de son succès, notre singe saisit
            Un verre peint qu’il met dans sa lanterne ;
            Il sait comment on le gouverne,
Et crie, en le poussant : « Est-il rien de pareil !
            Messieurs, vous voyez le soleil,
            Ses rayons et toute sa gloire.
Voici présentement la lune, et puis l’histoire
            D’Adam, d’Ève et des animaux…
            Voyez, messieurs, comme ils sont beaux !
            Voyez la naissance du monde ;
Voyez… » Les spectateurs, dans une nuit profonde,
Écarquillaient leurs yeux et ne pouvaient rien voir,
            L’appartement, le mur, tout était noir.
« Ma foi, disait un chat, de toutes les merveilles
            Dont il étourdit nos oreilles,
            Le fait est que je ne vois rien. —
            Ni moi non plus, disait un chien. —
Moi, disait un dindon, je vois bien quelque chose ;
            Mais je ne sais pour quelle cause
            Je ne distingue pas très bien. »
Pendant tous ces discours, le Cicéron moderne
Parlait éloquemment, et ne se lassait point.
Il n’avait oublié qu’un point :
C’était d’éclairer sa lanterne.

Florian, Le Singe qui montre la lanterne magique.

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