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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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21 mai 2005

Pourquoi lire (pourquoi écrire)

Classé dans : Littérature — Miklos @ 10:18

Il y a des livres que nous parcourons dans l’allégresse, oubliant chaque page lue sitôt tournée la suivante ; d’autres que nous lisons avec révérence, sans les oser ni approuver ni contester ; d’autres qui se bornent à nous renseigner et excluent d’avance nos commentaires ; d’autres encore que, parce que nous les aimons si fort et depuis si longtemps, nous ne pouvons que répéter, mot à mot, car nous les connaissons, au sens propre, par cœur. Et il y en a beaucoup encore qui tiennent de tous ceux-là et qui, au lieu de susciter le silence (respectueux ou ravi), nous aiguillonnent, nous prennent aux épaules, exigent de nous que nous réagissions par une opinion, une réflexion, une question, un souvenir, un désir.

La lecture est une conversation. Des fous se lancent dans des dialogues imaginaires, dont ils entendent l’écho quelque part dans leur tête ; les lecteurs se lancent dans un dialogue similaire, provoqué par les mots sur une page. Si, le plus souvent, la réaction du lecteur n’est pas consignée, il arrive aussi qu’un lecteur éprouve le besoin de prendre un crayon et de répondre dans les marges d’un texte. Ce commentaire, cette glose, cette ombre qui accompagne parfois nos livres préférés transpose le texte en un autre temps et une autre expérience ; il prête de la réalité à l’illusion qu’un livre nous parle et nous incite (nous, ses lecteurs) à exister.

Alberto Manguel,
Journal d’un lecteur.
Actes Sud, 2004

Écrire « nous permet à la fois de construire notre identité propre, notre “moi” et de nous ouvrir sur le monde »1 : le faire nous contraint à verbaliser et à organiser ce que nous voyons, ressentons ou pensons – autrement dit, ce que nous vivons, faisons ou subissons. En lui donnant forme, nous en prenons conscience ; en le fixant, nous enrichissons notre mémoire. L’écriture est un miroir qui nous renvoie, selon le moment ou la personne, une vision analytique et claire, confuse et fausse, poétique et imaginée, factuelle ou terre-à-terre ; tout, de la note télégraphique aux épanchements infinis, du journal structuré à la fiction romanesque, du cri éperdu dans la nuit à la réflexion lucide, de la citation à la création, participe à la construction de nos traces personnelles. Leur poids peut nous accabler et nous plomber sur notre chemin, ou, à l’inverse, nous aider à nous y hisser, parfois dans la douleur, parfois joyeusement. L’écriture ne peut manquer de nous affecter, et ainsi de se transformer elle-même au cours du temps qui passe.


1 Roger T. Pédauque, Les déplacements documentaires, document de travail du STIC-SHS-CNRS, 2005.

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9 commentaires »

  1. (un livre m’est une porte d’entrée dans les labyrinthes – de la culture, de l’imagniaire, d’un corps de puissance et de savoir, fantasmé. C’est un miracle, lorsqu’il parvient à rompre la trame ordinaire de ces circuits parallèles au quotidien. Brusque effet de réel, dans la consonnance inédite de deux idées éparses, ou dans la sollicitation de ma présence active dans l’ici-maintenant : complexification de l’imaginaire, ou brève remise à leur juste place de tous les labyrinthes.

    Trois fois mages, alors, les livres – lorsqu’ils me font parcourir, une fois de plus et sans ennui des chemins rebattus – lorsqu’ils ouvrent des perspectives inédites et révèlent, derrière les labyrithes, les horizons d’un autre – lorsqu’ils percent de l’ici-maintenant les plaisirs de toute errance.)

    Commentaire par kliban — 21 mai 2005 @ 11:30

  2. Le livre est aussi un dialogue. Celui dont parle Manguel, mais aussi celui qui relie deux personnes qui ont lu le livre et en parlent, chacune avec son point de vue, comme lorsqu’on a dégusté un plat ou une bouteille en compagnie, et qu’on en prolonge le plaisir en en parlant. De fil en aiguille, se tisse ainsi la trame de la vie ; seul et en société.

    Commentaire par miklos — 21 mai 2005 @ 18:32

  3. C’est l’ami Montaigne qui pourrait le dire aussi.. et accessoirement Cocteau qui commence son autoportrait "de la difficulté d’être" par "de la conversation".. C’est la lecture qui permet au livre de ne pas être un tombeau de connaissances.. mais le point de départ d’une nouvelle connaissance.. il s’inscrit dans notre mémoire.

    Question : quelle est l’amusante pianiste croquée sur la page du fond??

    Commentaire par zopiros59 — 22 mai 2005 @ 10:35

  4. Manguel, dont j’ai déjà parlé ici, est un lecteur – et essayiste (je recommande "Dans la forêt du miroir. Essai sur les mots et le monde"); il a fréquenté Borgès depuis l’âge de 16 ans, en étant d’abord un de ses lecteurs à deux égards: il a d’abord fait de la lecture pour lui qui ne pouvait plus lire, puis l’a lu. Ce passage est l’incipit d’un livre dans lequel il parle des lectures qu’il a effectuées au fil d’un an, et comment elles se traimaient avec sa vie.

    Commentaire par miklos — 22 mai 2005 @ 10:56

  5. À l’autre question, l’image de fond est l’une de celles que j’avais mises dans un article sur Gerald Hoffnung, caricaturiste musical génial (et qui a aussi fait un festival musical hilarant). Ce n’est pas une pianiste particulière, c’est toutes les pianistes du genre!

    Commentaire par miklos — 22 mai 2005 @ 10:58

  6. Voila , j’ai 17 ans , je suis arrivé sur ce site un peu par hasard ! Je fesais des recherches sur la litterature.
    Mon professeur de Français nous à donner un devoir : écrire une lettre ou un article dans le lequel vous persuderé les gens de lire !
    Je suis bien consciente que la lecture est une évidence , quel est un outils noble de conaissance . Mais voila, je dois persuader les gens alors que moi même ne le suis pas !
    La litterature c’est plus profond que des conaissances c’est une partie de l’ame des écrivains …
    C’est ici que je me répond : et alors ?
    Alors pourquoi lire ???
    Je vous pose directement cette question .

    désoler pour ce « hors sujet » … et pour toutes les fautes que j’ai du faire.

    Commentaire par Amandine — 27 mars 2007 @ 18:13

  7. Voici ce que j’en pense.

    Commentaire par Miklos — 27 mars 2007 @ 22:22

  8. aider moi! j’ai une compo a faire sur: porquoi lire? aidez-moi, laissez vos idées svp.

    Commentaire par eduardovillax — 18 octobre 2008 @ 17:59

  9. Mais les idées sont ici. Il suffit de les lire, justement…

    Commentaire par Miklos — 18 octobre 2008 @ 18:48

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