Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

This blog is © Miklos. Do not copy, download or mirror the site or portions thereof, or else your ISP will be blocked. 

4 mai 2020

Apéro virtuel XLIII : ah, cette marquise ! langues – origines, traductions, étymologies, homophonies

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts, Langue — Miklos @ 1:44

Hommes au phone – Homophones

Dimanche 3/5/2020

Une fois le quorum (50 % de Françoises) atteint, Michel a raconté comment il s’est rendu compte que la fameuse lettre de la marquise de Sévigné, si vibrante d’actualité qu’elle circule partout sur l’internet depuis deux ou trois jours, n’était pas de la plume de Marie de Rabutin-Chantal : il l’avait recherchée, à la date qu’elle indiquait pour sa rédaction, dans les volumineuses archives de la correspondance de la fameuse épistolière, en vain. Il s’avère donc que c’est un pastiche. Mais de quand date-t-il ? Il a montré aux trinquants une publication de cette même lettre datant du 30 avril 2003 (c’était en plein épidémie de SRAS), leur conseillant de lire le commentaire qui la suit. On ne peut que constater que toute « information » sur l’internet peut être faci­lement manipulée, transformée, voire inventée. Françoise (C.) a parlé de photos de gens faisant la queue devant un supermarché : selon l’angle de la prise de vue, on peut penser qu’ils sont collés les uns aux autres, alors qu’ils sont en fait à bonne distance les uns des autres.

Françoise (P.) avait choisi de parler de la langue dans les opéras. Par le passé, il était commun de traduire le livret d’opéras composés à l’étranger pour une production locale. Même si cette pratique existe encore dans certaines salles, il est bien plus commun de les produire dans leur langue d’origine, tout en projetant la traduction en surtitre ou sur des écrans latéraux (voire sur des petits écrans individuels), ce qui permet aux spectateurs de comprendre ce qui se chante. Les sur­ti­trages (ou leurs alternatives) sont aussi souvent projetés même quand le livret est écrit dans la langue locale, du fait de la difficulté de comprendre la diction de certains solistes (locaux ou étrangers…). Or le changement de langue de performance n’est pas neutre, toute langue ayant sa « musique » particulière : le même air ne rend pas de la même façon selon la langue dans laquelle il est chanté. Françoise l’a illustré par deux extraits de la plus que célèbre Habanera de l’opéra Carmen, l’une en allemand par Emmy Destinn (soprano tchèque, 1878-1930), l’autre en russe par Maria Maksakova (mezzo-soprano russe, 1902-1974), combinés de façon à ce que les cantatrices alternent les phrases. À ce propos, Michel a raconté avoir chanté en hébreu dans l’opéra comique H.M.S. Pinafore de Gilbert et Sullivan alors qu’il était au lycée, et dans Down in the Valley de Kurt Weill alors qu’il était au Technion (tous deux écrits à l’origine en anglais). Françoise (P.) ayant dit qu’à Bayreuth les opéras – tous de Wagner – étaient produits sans aucun surtitrage, Françoise (C.) a raconté qu’à l’English National Opera (à Londres) toutes ses productions – que ce soit Mozart, Verdi ou Strauss – sont en anglais quelle que soit l’origine de l’opéra. Elle a ajouté avoir entendu un Barbier de Séville chanté en russe à Saint-Petersbourg.

Sylvie a enchaîné en exprimant d’abord son étonnement que, lors de la présentation de Jean-Philippe de la veille concernant l’origine des langues, aucune mention n’ait été faite d’André Leroi-Gourhan (1911-1986) et de son ouvrage Le geste et la parole (1967). Il semblerait que « les modernes » ne le mentionnent pas [quoi qu’on trouve, par exemple en 1995, des critiques intéressantes de son approche]. Selon lui, le langage commence par les pieds – en fait, par la station verticale qui le distingue des animaux – , mais aussi de la descente du larynx [ce qui semble contesté aujourd’hui, cf. cet article] et du développement de la zone de Broca dans le cerveau humain. Michel est étonné par cette approche : les grands singes ont aussi la capacité de se tenir debout, les perroquets peuvent reproduire convenablement la parole humaine sans avoir les caractéristiques anatomiques suscitées. Enfin, l’acquisition du langage ne peut se faire que dans la plus tendre enfance, comme le démontre l’incapacité des « enfants sauvages » à (ré)apprendre à parler une fois rentrant dans la société humaine. Selon Sylvie, le singe peut se redresser mais n’a pas de posture verticale, et quant aux enfants sauvages, ils ont acquis le langage, une capacité à s’exprimer, très rapidement [ce qui est contredit par cet article]. Jean-Philippe a alors dit que ce qu’il avait présenté hier visait à montrer l’intérêt de la démarche de Chomsky et d’autres était d’aborder de façon transdisciplinaire la question du langage humain. Ensuite, le développement de l’intelligence arti­ficielle permet bien mieux de comprendre le langage. Selon Michel, les traductions automatiques échouent face à des textes complexes et riches (littéraires, par exemple), alors que les humains capables de faire de la traductions simultanée, chapeau !

Jean-Philippe propose alors un jeu linguistique, tiré de l’ouvrage Les liaisons généreuses. L’apport du français à la langue anglaise de Thora van Male : trouver l’origine française (disparue) d’un mot anglais : Atourner (assigner en justice).attorney, Fouaille (bois de chauffage).fuel, Bouteiller (officier servant de haut niveau dans la cour du roi, chargé de l’intendance du vin).butler, Mousseron (champignon comestible appartenant à la famille des Agarics).mushroom.

Michel a montré une brève liste d’homo­phones en français (voir ci-contre). Par exemple, au – aux – aulx – eau – eaux – oh – ho – ô – haut – hauts, ou encore chair – chairs – chaire – chaires – cher – chers – chère – chères – cheire – cheires (ces deux dernières dénotant dans le Massif central une coulée de laves scoriacées). Mais il a aussi montré un cas d’homophonie entre deux langues : le mot en hébreu affiché au milieu, signifiant « chance, probabilité », se prononce (comme Sylvie a pu nous le faire entendre)… « sikouy », que l’on épelle différemment en français, comme le fait si brillamment le poète Germain Nouveau (1851-1920) in Ignorant.

Sur ce, après avoir levé le coude, on leva la séance.

Bookmark and Share

2 commentaires »

  1. Bravo Michel.
    Saine lecture à 02h22. !!

    Commentaire par Courcel — 4 mai 2020 @ 2:23

  2. Ben dis-donc, tu es une couche-tard, Françoise !

    Commentaire par Miklos — 4 mai 2020 @ 8:11

Flux RSS des commentaires de cet article. TrackBack URI

Laisser un commentaire

XHTML: Vous pouvez utiliser ces balises : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

The Blog of Miklos • Le blog de Miklos