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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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26 mai 2010

Life in Hell: les petits hommes verts

Classé dans : Littérature — Miklos @ 23:50

Vive Henri-Quatre !
Vive ce roi vaillant !
Ce diable à quatre
A le triple talent
De boire et de battre
Et d’être un vert-galant.

Charles Collé, La partie de chasse de Henri IV, comédie en trois actes et en prose. À Paris, chez Delalain, 1783.

Germain-l’Auxerrois (rue St.-). (…) La proximité de la rivière a fixé dans cette rue beaucoup de teinturiers. Une aventure arrivée à une jolie femme de ce quartier a fourni dans le temps le sujet d’un grand nombre de chansons. Un teinturier avait surpris auprès de sa femme un abbé en chemise ; aidé de trois de ses ouvriers, il lui fit quitter ce dernier vêtement, et le plongea dans une chaudière remplie de couleur verte. Jamais le malheureux abbé ne put parvenir à faire disparaître cette couleur. Il ne survécut que deux ans à cette funeste aventure.

Antony Béraud et P. Dufey, Dictionnaire historique de Paris. Paris, chez J.-N. Barba, cour des fontaines, n° 7. 1828.

En arrivant à Lisieux, nous demandâmes si la ville était privée de spectacle ; mais l’aubergiste nous dit que, depuis trois jours, on avait l’homme vert qui faisait fureur, et qui précisément, demeurait dans son auberge.

— Qu’est-ce que l’homme vert ?

— C’est un très bel homme, de la couleur que je vous dit, et qui arrive du cap Vert ou des îles Canaries.

— Pourrions-nous le voir ?

— Oui, en payant ; il joue la comédie tous les soirs.

— Diable ! et nous qui venions pour la jouer aussi.

Il restera tant qu’il fera de l’argent.

— Et pourrait-on lui parler, à cet homme vert ?

— Tenez, le voilà qui descend pour dîner.

En effet, nous vîmes arriver un homme parfaitement vert et luisant…

Mémoires de Mlle Flore, artiste du théâtre des Variétés. Paris, au comptoir des imprimeurs-unis. 1845.

« Je voudrais bien demander », recommença Lady Joan, « comment vous expliqueriez le nom de l’auberge appelée L’homme Vert, que vous apercevez derrière ces maisons ? »

« Exactement, exactement ! » cria le Prophète de la Lune dans un état d’excitation presque folle, « le chercheur de vérité ne pourrait sans doute pas découvrir un plus parfait exemple de nos principes. Mes zamis, comment pourrait-il y avoir un homme vert ? Vous connaissez l’herbe verte, les feuilles vertes, le fromage vert, la chartreuse verte. Je vous demande si l’un de vous, un seul, si vaste que soit le cercle de ses relations, a jamais été mis en rapport avec un homme vert. Sûrement, sûrement, c’est évident mes zamis, il s’agit là d’une version imparfaite, mutilée, des mots originels. Qu’y a-t-il de plus clair que ceci : le mot, l’expression d’origine, l’expression raisonnable, l’expression hautement historique, c’était “le grand homme au turban vert”, par allusion à l’uniforme bien connu des descendants du Prophète… “Turban” est sûrement l’espèce de mot, exactement l’espèce de mot étranger et non familier, qui pouvait aisément être escamoté, et définitivement supprimé. »

« Il existe pourtant », dit Lady Joan fermement, « une légende locale selon laquelle un héros magnifique apprenant qu’on avait insulté la couleur tenue pour sacrée dans son île sainte, répondit en la répandant effectivement sur son ennemi. »

« Légende ! Fable ! », hurlait l’homme en fez non sans une nouvelle, rayonnante, et méthodique extension des mains. « Il n’est pas évident qu’aucune chose de cette sorte soit réellement arrivée. »

« Oh si, c’est arrivé vraiment »›, dit doucement la jeune femme. « Il y a peu de choses réconfortantes dans ce monde ; il y en a quelques-unes. Oh, c’est vraiment arrivé », et prenant gracieusement congé de l’assemblée, elle reprit sa promenade plutôt distraire sur la jetée.

G. K. Chesterton, L’Auberge volante. Trad. Pierre Boutang. Éds. l’Âge d’Homme, Lausanne, 1990.

Le combat entre la nature et l’homme prit fin au haut Moyen âge, tandis que les bois reprenaient leurs droits sur les routes et les palais Romains. Ces bois étaient la demeure de l’Homme Vert, dont le visage couvert de lichen vous observe fixement du haut d’un renflement de toit de l’église. L’Homme Vert se déplace lentement comme le paresseux, recouvert d’algues vertes.

Derek Jarman, « La Main Verte », in Chroma : un livre de couleurs. Trad. Jean-Baptiste Mellet. Éds. de l’Éclat. Paris-Tel Aviv, 2003.

On désigne souvent les pilotes de soucoupes et les Martiens sous l’expression de petits hommes verts, little green men en anglais. D’où vient cette expression ? Quand passe-t-elle dans le langage soucoupique ?

L’expression vient de la science-fiction, puis passe dans le langage courant au milieu des années 1950. Commençons par l’origine du terme dans la science-fiction. Dans A Princess of Mars, le célèbre roman d’Edgar Rice Burroughs paru en 1912, la planète Mars est peuplée par des créatures géantes au corps vert et par un peuple d’humains, dont la belle Dejah Thoris, la princesse de Mars.

Avec l’arrivée des soucoupes, on change de registre, les Martiens verts passent à la rubrique des faits-divers. Au cours de l’été 1947, une série d’articles parus dans la presse quotidienne décrit le faux enlèvement d’un journaliste, Hal Boyle, par des « green men » venus de Mars qui le prennent pour Orson Welles. Dans un article paru en mai 1954 dans le magazine True, le capitaine Edward J. Ruppelt, qui dirigea en 1951-52 le Project Blue Book, le programme d’enquête officiel sur les ovnis de l’US Air Force, évoque une rumeur selon laquelle l’armée détiendrait les corps de pilotes de soucoupes : « Le projet à Dayton possède des pièces remplies de petits hommes (little men), conservés dans l’alcool. Ils ont atterri dans le Colorado, ou dans l’Arizona à moins que ce ne soit dans l’Oregon et le fait de respirer notre oxygène les a tués. Habituellement, les petits hommes sont verts, mais certains auraient viré au marron cramoisi quand notre atmosphère transforma leur soucoupe en grille-pain incandescent. » La couleur verte est donc attribuée aux extraterrestres, mais on ne trouve pas pour autant l’expression little green men sous la plume des spécialistes des ovnis. La situation va rapidement évoluer entre septembre 1954 et août 1955.

En septembre 1954, Astounding Science-Fiction publie Martians Go Home de Fredric Brown, où l’on retrouve à la fois Mars, l’expression exacte, et la représentation des petits hommes verts. Le récit de Fredric Brown va connaître un succès phénoménal. Toutefois, on est encore dans la science-fiction.

Quelques mois plus tard, un autre événement survient, qui n’a plus rien a voir avec la SF : en août 1955, des gnomes phosphorescents d’un mètre de haut, avec de grandes oreilles pointues et des yeux immenses débarquent dans la cour de la ferme de la famille Sutton à Kelly-Hopkinsville, dans le Kentucky, et sèment la panique pendant toute une nuit… C’est apparemment à cette occasion, dans le contexte soucoupique, que va s’opérer un glissement de l’expression little men vers celle de little green men.

Pierre Lagrange, Hélène Huguet, Sur Mars. EDP Sciences, Les Ulis, 2003.

“Grandma says the fairies are beautiful”, remarked Jamie. “Sometimes I cannot help thinking she believes in them. She dreams of them once in a while,—dreams all about their living in the flowers. She calls them the little green men. I’d like to see a little green man, wouldn’t you?”

Josephine Franklin, Martin. Taggard and Thompson, Boston, 1866.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

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Un commentaire »

  1. [...] il semblerait que ce petit animal étrange joliment illustré par Benjamin Rabier – serait-il venu de Mars, vu sa couleur ? –soit apparu dans une chanson à l’époque de la Révolution française, [...]

    Ping par Miklos » Une souris verte — 13 novembre 2010 @ 16:36

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