Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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1 septembre 2005

Ce que je crois

Classé dans : Littérature — Miklos @ 23:34

Toute ma vie, je n’ai jamais pu me résigner au savoir parcellarisé, je n’ai jamais pu isoler un objet d’études de son contexte, de ses antécédents, de son devenir. J’ai toujours aspiré à une pensée multidimensionnelle. Je n’ai jamais pu éliminer la contradiction intérieure. J’ai toujours senti que des vérités profondes, antagonistes les unes aux autres, étaient pour moi complémentaires, sans cesser d’être antagonistes. Je n’ai jamais voulu réduire de force l’incertitude et l’ambiguïté.

Edgar Morin,
Introduction à la pensée complexe

L’homme libre est voué au prochain, personne ne peut se sauver sans les autres. Le domaine réversé de l’âme ne se ferme pas de l’intérieur. C’est « l’Éternel qui ferma sur Noé la porte de l’Arche », nous dit avec une admirable précision un texte de la Genèse. Comment se fermerait-elle à l’heure où l’humanité périt ? Y a-t-il des heures que le déluge ne menace pas ? La voilà l’intériorité impossible qui désoriente et réoriente les sciences humaines de nos jours. Impossibilité que nous n’apprenons ni par la métaphysique ni par la fin de la métaphysique. Écart entre moi et soi, récurrence impossible, identité impossible. Personne ne peut rester en soi : l’humanité de l’homme, la subjectivité, est une responsabilité pour les autres, une vulnérabilité extrême. Le retour à soi se fait détour interminable. Antérieurement à la conscience et au choix — avant que la créature ne se rassemble en présent et représentation pour se faire essence — l’homme s’approche de l’homme. Il est cousu de responsabilités. Par elles, il lacère l’essence. Il ne s’agit pas d’un sujet assumant des responsabilités ou se dérobant aux responsabilités, d’un sujet constitué posé en soi et pour soi comme une libre identité. Il s’agit de la subjectivité du sujet — de sa non-indifférence à autrui dans la responsabilité illimitée, — car non mesurée par des engagements — à laquelle renvoient assomption et refus des responsabilités. Il s’agit de la responsabilité pour les autres vers lesquels se trouve détourné, dans les « entrailles émues » de la subjectivité qu’il déchire, le mouvement de la récurrence (…). Mais il faut aussi penser l’homme (…) à partir de la responsabilité qui, appelant toujours au-dehors, dérange précisément cette intériorité ; il faut penser l’homme à partir du soi se mettant malgré soi à la place de tous, substitué à tous de par sa non-interchangeabilité même ; il faut penser l’homme à partir de la condition ou de l’incondition d’otage — d’otage de tous les autres qui précisément, autres, n’appartiennent pas au même genre que moi, puisque je suis responsable d’eux, sans me reposer sur leur responsabilité à mon égard qui leur permettrait de se substituer à moi, car même de leur responsabilité je suis, en fin de compte, et de l’abord, responsable. C’est par cette responsabilité supplémentaire que la subjectivité n’est pas le Moi, mais moi.

Emmanuel Lévinas,
Humanisme de l’autre homme

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie,
Et, sans dire un seul mot, te mettre à rebâtir,
Ou perdre d’un seul coup le gain de cent parties,
Sans un geste et sans un soupir.
Si tu peux être amant, sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
Et te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre.
Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter les sots
Et d’entendre sur toi, mentir leur bouche folle,
Sans mentir à ton tour d’un mot.
Si tu peux rester digne en restant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frères,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi.
Si tu peux observer, méditer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou détracteur,
Rêver, mais ne jamais laisser le rêve devenir ton maître,
Penser, sans n’être qu’un penseur.
Si tu peux être dur, sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave, et jamais imprudent,
Si tu peux être bon, si tu peux être sage,
Sans être moral ni pédant.
Si tu peux rencontrer triomphe après défaite,
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête,
Quand tous les autres les perdront.
Alors les rois, les dieux, la chance et la victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut bien mieux que les rois et la gloire,
Tu seras un homme, mon fils.

Rudyard Kipling

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