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15 août 2010

Google Books se mêle-t-il les pinceaux ?

Classé dans : Peinture, dessin, Santé, Société, Éducation — Miklos @ 15:48

Le Journal des demoiselles – dont les élégantes gravures de mode (ainsi que celles du Magasin des demoiselles ou du Musée des familles), maintenant jaunies, devaient faire rêver toutes les jeunes filles de bonne famille et leurs mères qui, à défaut d’en acheter les robes froufroutantes, les encadraient et en décoraient leurs murs – a eu une longue vie (de 1833 aux années 1920). Destiné à distraire, à faire sourire ou pleurer, à parfaire l’éducation de ces jeunes dames des classes oisives, en bref à les occuper, il leur proposait des poèmes, des nouvelles en feuilleton, des essais, des rébus, des gravures d’art et de mode, des travaux de crochet ou de broderie, sur des sujets pédagogiques, littéraires, musicaux ou historiques – et, bien entendu, d’économie domestique ; il n’hésitait pas à publier des poèmes en anglais (avec traduction en regard), à l’instar d’un fragment fort romantique – on était alors en 1838 – d’un Chant du ménestrel de Chatterton.

La rubrique Revue musicale de sa livraison de 1867 traite très sérieusement de la reprise d’Alceste de Gluck à l’Opéra, avec un échange de correspondance entre Hector Berlioz et François-Joseph Fétis, célèbre critique musical belge et auteur d’une importante Biographie universelle des musiciens. Plus pratique, dans la rubrique Économie domestique, la jeune fille peut lire attentivement la « Septième lettre d’une sœur aînée », destinée à lui faire part de ses réflexions sur La Science du ménage et du Pudding très-facile à faire, mais aussi du Quasi de Veau salé à la Flamande et du Poulet à la Tartare, tandis que la Huitième lettre parle d’œufs en gelée et de Volaille au gros sel.

Mais c’est la rubrique Correspondance de ce numéro qui a attiré notre attention, avec une lettre de Florence à Jeanne (ce n’est pas la première) : celle-ci, qui s’étend sur plusieurs pages comme il était d’usage avant l’invention de Twitter, comprend des conseils à la future mère sur la façon de s’occuper des babies. On y retrouve le même bon sens que dans un texte quasi contemporain publié dans Le Magasin pittoresque, sous forme d’un dialogue entre Florence et madame R., une jeune femme modèle, qui lui montre son baby nouveau né :

— Qu’il est gentil ! m’écriai-je en oubliant de modérer ma voix.

— Ne le réveilles pas, je vous en prie ! fit madame R… m’arrêtant et me rappelant vivement à la situation. Voici une heure, moi aussi, que je retiens mes baisers, car je ne veux pas être une de ces mères égoïstes qui, par des caresses intempestives et ne faisant plaisir qu’à elles, troublent un repos si salutaire : on ne doit jamais réveiller un enfant, pour votre gouverne !

(…)

— Dites-moi, pour parler d’autre chose, est-ce que votre enfant dort ainsi toutes les après-midi?

— Toutes sans exception. Et jusqu’à l’âge de dix-huit à vingt mois, j’espère bien qu’il en sera ainsi; à cette époque, par exemple, je tacherai de lui faire perdre cette habitude qui pourrait l’affaiblir; mais en attendant, ses heures de repos et ses heures de repas sont réglées comme cette pendule.

— C’est admirable ! Et comment êtes-vous parvenue à diriger si bien un si petit enfant ?

— L’habitude est une seconde nature, dit-on. J’ai obtenu cette régularité indispensable à la santé présente et future de mon fils, en le faisant manger ou boire et en le couchant toujours aux mêmes heures.

— Vous êtes forcée de l’endormir alors ? de le bercer ?

— Non, je le dépose tout simplement dans son berceau.

— Et la nuit ?

— La nuit, c’est exactement comme le jour.

— Cependant, s’il criait parce qu’il a besoin de quelque chose, le cher petit ?

— Oh ! dit madame R… avec un sourire dont je ne saurais te rendre l’expression de malice et de tendresse, soyez tranquille ! j’ai bien soin, avant de me cuirasser ainsi d’indifférence, de m’assurer que rien ne lui manque. Mais lorsqu’il est couché convenablement, qu’il n’a ni faim, ni soif, ni froid, ni trop chaud, ni besoin de changer de vêtements, oh ! alors, je suis inébranlable ! C’est qu’il trouverait charmant, le petit tyran en herbe, de se faire promener et bercer toute la nuit ! Par malheur, comme cela serait aussi mauvais pour l’enfant que pour la mère, je dois mettre bon ordre à ces exigences précoces, bien que mon cœur saigne chaque fois que je l’entends ainsi pleurer par ma seule faute, le pauvre ange ! Vous le voyez, chère madame, dès le berceau, l’œuvre d’éducation est pénible pour les mères !

Toutefois, la lecture de cette lettre n’est pas de tout repos et s’apparente à la traversée d’un labyrinthe ou à un jeu de piste : voici l’ordre des pages de cette livraison dans l’exemplaire numérisé par Google Books : …68, 69, 70, 75, 76, 77, 78, 79, 80, 73, 74, 71, 72, 89, 90, 87, 88, 81, 82, 83, 84, 85, 86, 91, 92, 93… Feuilletez, et vous verrez.

Est-ce l’ordre des pages dans l’exemplaire original – un nouveau jeu, peut-être ? – ou serait-ce que les gravures de jeunes filles en fleur aient égaré l’esprit de l’opérateur chargé de la numérisation, on ne le sait. Mais les logiciels tous puissants de notre AMI (Aspirateur Mondial de l’Information) à tous devraient pouvoir y remédier.

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