Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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6 octobre 2005

Voisins de château

Classé dans : Littérature — Miklos @ 0:28

J’étais encore enfant quand j’ai découvert les ouvrages de Julien Gracq dans la bibliothèque de mes parents – nous habitions alors bien loin de la France – qui m’était ouverte sans restriction, ce dont je ne manquais pas de profiter. Pendant un temps, je l’ai confondu avec Julien Green – proximité des noms oblige – ou avec Horace Walpole, dont le romantique Château d’Otrante ne se trouvait qu’à quelques centimètres du Château d’Argol dans l’étrange géographie de cette bibliothèque merveilleuse qui forgea une bonne partie de ma vie. Ce livre, « drame de la fascination », me fascinait, non pas uniquement pour son intrigue (qui ne manquait pas de m’intriguer), voire ses qualités littéraires (que je commençais à peine à percevoir), mais aussi pour la dédicace, écrite et illustrée, à l’intention de ma mère. L’image me semblait faire partie intégrale du livre, et ce n’est que bien plus tard, jeune adolescent, que je compris qu’il y avait là une curieuse particularité que je retrouvais dans les autres livres que nous avions de lui et dont j’appris rapidement la raison. Je découvris alors avec délectation tout un fonds de lettres couvertes de son écriture si fine autant dans sa graphie que dans son style ; il avait suffi que je pose une question pour en avoir la réponse, mais si je ne l’avais fait, qu’en serait-il advenu ? Depuis, je ne peux m’empêcher de penser à lui comme à un être composé, personne-livres-lettres hors du temps commun mais intégré à mon univers personnel.

J’ai fini aujourd’hui L’amour du yiddish. Écriture juive et sentiment de la langue. 1830-1930, de Régine Robin (que j’avais commencé hier ; 288 pages sans compter les notes, tout de même). Très informatif, malgré les partis pris (idéologiques) sur lesquels elle ne sait s’asseoir (ou du moins distiller plus discrètement), les inégalités de traitement (Sutzkever en note uniquement !), les redites et les lourdeurs de syntaxe (pas de relecteur/éditeur ?). Dans le chapitre sur Kafka (qui vient un peu comme un cheveu sur la soupe), j’ai appris avec stupéfaction que Kafka voulait dire choucas (qu’elle écrit « chouca ») en tchèque, à propos de qui elle parle du Chasseur Gracchus en rapprochant ce nom de « Gracchio qui signifie “chouca[s]” ». Je n’ai pu m’empêcher de rapprocher le son de ce nom de celui de Gracq (pour lequel « Kafka n’est pas un de ses auteurs de chevet », même si « Le Procès [l]’a beaucoup marqué »), et Le Château de l’un au Château d’Argol de l’autre…

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Un commentaire »

  1. P.S. I forgot to add – in my answer to your review of NY City – how much I enjoy reading your blog. Always fascinating, so very perceptive, so well written – felicitations!

    Commentaire par Inga — 10 mai 2011 @ 14:22

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