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10 janvier 2006

Mozart en Kit

Classé dans : Musique — Miklos @ 1:27

L’année Mozart commence, 250e anniversaire oblige (le 27 janvier). Il y aura d’autres « années Mozart », leur importance étant en rapport mathématique direct avec le diviseur (5, 10, 50, 100…) du quantième : à cette aune, c’est un pic relativement important. Indigestion promise en Autriche, du plus sérieux au plus futile. Chez nous, Abeille Musique diffuse un coffret de 170 CD comprenant toutes ses œuvres (certains enregistrements sont excellents) pour la modique somme de 99 €. Même Cuba va célébrer ce musicien bourgeois, dont l’anniversaire coïncide presque – quelle chance ! – avec celui de la création de l’Orchestre symphonique national par la Révolution cubaine, il y a 45 ans. La chaîne de radio britannique Radio 3, qui avait diffusé des intégrales Bach et Beethoven, a décidé de ne pas le faire pour Mozart, sous prétexte que cela ferait trop « bonbonnière de chocolat » (allusion aux célèbres Mozartkugel, dont 90 millions de pièces se vendent par an – bien plus qu’il n’y a eu d’auditeurs d’œuvres de Mozart dans l’année, probablement). L’empereur Joseph II l’avait dit avant, à Mozart en personne : « Trop beau pour nos oreilles, et trop de notes, cher Mozart ».

Au-delà des contraintes que le marketing impose à la culture, il y aura tout de même quelques nouveautés intéressantes. La British Library met en ligne le 12 janvier le Verzeichnüss aller meiner Werke (« catalogue de toutes mes œuvres »), le manuscrit de 30 pages dans lequel Mozart a répertorié les quelques 145 œuvres qu’il a composées de 1784 à 1791, quelques semaines avant sa mort, en en mentionnant l’instrumentation et citant les premières mesures. La réalisation sera remarquable : elle utilise un dispositif tourne-page qui permet de consulter des facsimiles de qualité de quelques trésors documentaires de cette bibliothèque, d’en tourner les pages (ou de le dérouler, comme dans le cas du Diamond Sutra, le plus vieux « livre » imprimé, datant de 868), de lire ou d’écouter des commentaires et des explications. Pour ce catalogue, on pourra aussi écouter des enregistrements sonores. Cette mise en ligne est conjointe à l’ouverture d’une exposition, Mozart’s Musical Diary, qui durera jusqu’au 10 avril.

La Mairie de Paris n’est pas de reste : le clou du Concert du Nouvel An qui s’est donné ce soir dans les grands salons de l’Hôtel de Ville comprenait une œuvre de Mozart. Ce qui a marqué l’audience (qui ne savait pas trop quand applaudir et surtout quand ne pas le faire) ce n’était pas tant l’œuvre (le concerto pour piano n° 19 en fa majeur, K. 459), ni l’orchestre (l’Ensemble orchestral de Paris, dirigé par John Nelson), mais le soliste : quand le chef l’a annoncé, personne ne l’a vu venir (sauf les spectateurs assis au premier rang)– et pour cause, Kit Armstrong est un petit garçon de 13 ans… qui a joué l’œuvre sans partition, s’il vous plait – il connaît déjà la moitié des concertos de Mozart par cœur, et son répertoire (limité surtout par la taille de ses mains, qui l’empêche d’aborder, par exemple, des œuvres de Rachmaninoff) va de Bach à Liszt, Debussy et Ravel. Il a commencé à se produire en public à l’âge de 8 ans, deux ans après qu’il ait commencé à composer. Son catalogue comprend une symphonie, un concerto pour violoncelle, un autre pour piano, quatre quatuors à cordes, un quintette à vents et un à cordes et de nombreuses pièces pour piano. Certaines de ses œuvres les plus récentes sont atonales. Il n’y a pas que la musique dans sa vie : passionné par les mathématiques, il en est à sa troisième année (universitaire), et va aborder la théorie des nombres (ce qui était mon domaine de prédilection) et les équations différentielles. Malgré cette précocité, c’est un enfant enjoué, qui aime rire et s’amuser…

Ce soir, assis au clavier comme un gentil petit garçon, sa chevelure d’ébène brillant comme le noir du piano, très attentif à la direction du chef, il a fait montre d’un jeu délicat, clair, précis, nuancé et musical, assuré, sans effets de manche – au contraire de celui de l’orchestre qui a manqué d’expressivité et dont le son net, énergique et parfois brutal et tonitruant couvrait par moments celui du piano et contrastait avec sa légèreté. Cette sonorité d’orchestre symphonique romantique – contraire à l’esprit d’une formation dite « de Mannheim » (orchestre de chambre tel qu’il en existait du temps de Mozart et de Haydn) – et qui n’a convenu qu’à l’œuvre qui clôturait le concert, l’Ouverture, Scherzo et Finale, op. 52, de Robert Schumann, étrange et quelque peu décousue, dont le premier mouvement semblait hésiter entre deux styles (les cordes plus classiques que romantiques, les vents bien plus schumanniens). La soirée avait débutée avec l’ouverture célèbre de L’Échelle de soie (La Scala di seta) de Gioacchino Rossini, légère et enlevée.

À écouter et voir : le site de la chaîne de radio publique américaine (NPR) offre un entretien (en anglais) avec Kit Armstrong (avec des extraits de ses performances) et une vidéo le montrant en répétition.

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