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11 février 2006

Lamento pour Andante

Classé dans : Musique — Miklos @ 15:11

Andante.com n’est plus, depuis le 1er février. Créé en 2001 par Pierre Bergé – dont l’implication généreuse dans la vie musicale française et internationale n’est pas à démontrer– et l’avocat Alain Coblence – lui-même à l’origine de la Fondation musicale France-USA et de la European Mozart Foundation – Andante s’était donné pour objectifs de documenter et de conserver le patrimoine musical classique enregistré, et de « devenir la source de référence absolue pour la musique et l’opéra ». Son ambition était d’éditer, en dix ans, un millier de disques compacts dans une présentation de luxe, comprenant des enregistrements historiques inédits remastérisés, et de fournir, au travers de son site Web, un fonds documentaire informationnel et pédagogique conséquent, des enregistrements numérisés, des services professionnels et un périodique.

Tout avait bien marché. Pendant un temps. Les contributeurs des contenus du site comptaient parmi les grandes plumes de la musicologie et de la musique : Jean-Jacques Nattiez (professeur de musicologie à l’université de Montréal et auteur d’ouvrages fondamentaux sur la musicologie et l’histoire de la musique), Henry-Louis de La Grange (fondateur de la médiathèque musicale Mahler, auteur de la biographie de référence sur Mahler ainsi que de Vienne. Une histoire musicale), Michael Gray (directeur de la bibliothèque de recherche et des archives sonores numériques de Voice of America, éditeur et auteur d’articles sur la production discographique)…Sous la direction d’une équipe éditoriale compétente, y est parue une foison de contenus riches – gratuits et payants – : informations, critiques, entretiens, accès aux grandes bases de données de référence dans le domaine de la musique.

L’édition discographique d’Andante était à la hauteur de ce qu’ils avaient annoncé : coffrets de 3 ou 4 disques compacts, accompagnés d’une brochure comprenant des textes de qualité commandés à des spécialistes ; choix intéressants, important travail de remastérisation d’enregistrements historiques (grands compositeurs, interprètes, orchestres et opéras)… Pour s’en faire une idée, il suffit de consulter la boutique en ligne MTD et y effectuer une recherche du label Andante (spécifier « andante » dans la case de recherche, et choisir « Label » dans le menu contigu).

Est-ce la prise de contrôle du site par le label français Naïve, sous forme d’un accord signé en 2003, qui a signalé le début du déclin ? Selon ses termes, Naïve, société de production et de distribution multiculturelles fondée en 1998 et elle-même éditeur d’Astrée, de Montaigne et d’Opus 111 – devait gérer le site Web et bénéficier de sa haute technicité, et reprendre la production des disques compacts de la marque Andante. L’équipe, qui comptait en 2002 plus d’une vingtaine de personnes, s’est réduite comme une peau de chagrin après s’être répartie entre la France et les États-Unis. Des problèmes techniques sont apparus peu après, la fréquence de mise en ligne de nouveaux contenus a diminué de façon dramatique, et le voici disparu. On peut en retrouver des traces dans l’Archive internet.

Finalement, il semblerait que la cause principale de cette disparition ait été l’ambition d’excellence – autant dans la production des contenus éditoriaux que dans le traitement (mastérisation) des enregistrements (et peut-être aussi celui des droits afférents). Ceux-ci ont dû nécessiter des moyens bien plus élevés que ceux dont ils ont probablement bénéficié, que ce soit de la part des fondateurs et/ou acquéreur, de la publicité et des ventes de disques (le prix n’était pas donné). Ce n’est pas tant le fait de produire des disques compacts – dont on annonce toujours pour bientôt la disparition (ce qu’il reste à voir) – que le coût de la production des contenus sonores et documentaires, celle du conditionnement final étant négligeable par rapport aux autres. Auraient-ils pu vivre d’une vente exclusivement numérique de ces mêmes produits ? J’en doute. Le numérique se prête-t-il à la vente d’œuvres classiques, voire d’anthologies comparatives et documentées, qui ne se réduisent pas à une piste de hit ? Ce n’est pas impossible : l’orchestre philharmonique de New York vient d’annoncer un partenariat avec le label Deutsche Grammophon pour la diffusion en ligne de quatre concerts par an. Il semblerait donc que les seules possibilités de survie pour ce type d’édition ne puissent se faire qu’avec un adossement financier externe : à l’aide de partenariats, de subventions ou de mécénat, dans un cadre institutionnel ou dans celui d’un production parallèle de contenus plus populaires. Il semble que ce n’ait pas été le cas d’Andante. Et c’est bien dommage.

Ici comme dans d’autres récentes disparitions, le silence de la presse française est (é)tonnant. Il n’y a que Le Devoir (canadien) qui en fait une courte mention en français, tandis que les principaux quotidiens américains New York Times, le Los Angeles Times et, plus brièvement, le Mercury News, en ont fait état, ainsi que Playbill Arts, une excellente ressource en ligne dans le domaine de la musique et de la danse, et l’éditeur italien Amadeus.

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