Miklos
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24 février 2006

C’est pour après-demain matin

Classé dans : Livre, Sciences, techniques — Miklos @ 19:32

Si l’avènement du papier électronique est, comme l’affirmait récemment Livres Hebdo, pour demain matin, amenant probablement dans sa foulée l’apparition d’un « vrai » livre électronique (cf. mon récent article), une autre invention est susceptible de s’y combiner et de produire un « vrai » livre interactif. Par « vrai » je veux dire un objet qui ressemble en tout au livre tel que nous le connaissons maintenant : un recueil relié de feuilles réfractives et souples.

Anoto, l’invention en question, consiste en un stylo-bille équipé d’un dispositif qui transmet à un ordinateur tout ce qui tracé par son intermédiaire sur le papier et son emplacement sur la page, ainsi que la pression exercée à chaque moment. Le papier n’a rien de particulier, si ce n’est qu’un réseau très dense (0,3mm d’espacement) de points presque invisibles à l’œil y est pré-imprimé, et qui sert au stylo à déterminer sa position sur la page. Mais ce qui est particulièrement intéressant dans cette invention, c’est la façon dont les points sont disposés par rapport à une grille (imaginaire) : elle permet au stylo de fournir des informations de disposition uniques non seulement sur la page en question, mais sur toutes les pages possibles et imaginables sur une surface de 60 millions de km2… En d’autres termes, c’est comme si chaque point était une sorte de code barre unique. Un imprimeur peut ainsi produire des cahiers vierges identiques d’apparence mais tous différents dans les codes affectés aux points – non seulement d’une page à l’autre, mais d’un cahier à l’autre. Ces pages peuvent contenir des zones pré-imprimées – par exemple, des cases pour y saisir des informations particulières ou pour effectuer un clic et envoyer l’information écrite dans un formulaire réalisé sur un tel papier vers un ordinateur hôte, tout en gardant le manuscrit original.

On peut ainsi imaginer un papier futur qui combinerait la technique d’affichage électronique avec celle de l’écriture électronique : le stylo n’écrirait pas avec de l’encre « physique » (comme le fait le stylo d’Anoto), mais ne ferait qu’envoyer l’information sur l’écriture à l’ordinateur hôte (qui pourrait en fait être dans le livre lui-même), qui se chargerait d’afficher sur la page le tracé effectué. Ainsi, on pourrait annoter ses propres livres électroniques. Mais il serait aussi possible d’obtenir d’autres fonctions interactives : imaginez un texte qui comprend un lien hypertextuel – il suffirait de cliquer dessus avec ce stylo pour que la page soit remplacée par celle indiquée par le lien. Ou, comme on le voit déjà dans bien de textes en ligne, on pourrait cliquer sur un mot pour voir sa définition, extraite d’un dictionnaire en ligne, s’afficher temporairement… On peut décliner à l’infini les potentialités techniques d’un tel dispositif et à peine imaginer ses implications sur l’écriture.

Tout ceci existe déjà ? Oui, mais pas sur du papier – ou du moins pas sur un matériau qui a l’aspect du papier et ses propriétés optiques, ni qui bénéficie de son regroupement sous forme de journal, de magazine, de brochure ou de livre. C’est là tout le potentiel que l’on pressent pour ce type d’invention. Il n’y a plus qu’à l’attendre…

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3 commentaires »

  1. La difference entre le papier electronique « a affichage dynamique » et le papier « a trace definitive » me semble cependant importante a souligner du point de vue des proprietes du papier, et donc du point de vue de l’interet d’Anoto. La fonction culturelle d’archivage du document manuscrit ne me parait pas negligeable. On voit deja que cette propriete disparait tres legerement avec le papier imprime’, puisque l’imprime’ peut etre re-imprime’. Une autre propriete du papier, objet banal et omnipresent, est celle de support temporaire, jetable…. mais temporaire seulement _a priori_ Car tout le monde a deja entendu l’histoire d’une invention ou d’une idee griffonee sur un coin de nappe en papier, et restee definitivement sous cette forme…

    Le papier electronique n’etant qu’un support d’affichage repond je pense a un besoin different. Une combinaison Anoto+e-paper serait certainement tres interessante du point de vue de la finesse de l’action interactive, mais ce serait un dispositif different.

    Commentaire par Catherine Letondal — 27 février 2006 @ 10:58

  2. Je suis tout à fait d’accord sur la permanence de l’impermanent : il suffit de voir les collections de journaux et d’affiches dans les bibliothèques, fort précieuses pour l’étude de l’histoire des cultures et des sociétés.

    Ce que je tentais de dire, c’est qu’enfin je perçois (surtout avec le e-paper, à vrai dire) la possibilité de lire réellement des ouvrages numérisés : jusqu’alors (en 1998-9, date de l’invention), je me demandais si quelqu’un lirait jamais des romans numérisés (par exemple) comme on les lit dans un livre, du début à la fin, à cause de la commodité « physique » de l’objet. Dorénavant, c’est envisageable. L’utilisation d’anoto électronique (c’est à dire qui ne laisse pas de trace physique sur le médium, mais dont le « geste » manuscrit est affiché électroniquement de la même façon que le texte imprimé ou l’image) permet d’y rajouter la possibilité d’annoter (comme certains le font) en lisant, de suivre des liens, etc.

    En résumé : un outil de « lecture active », sans pour autant être un outil de conservation.

    Commentaire par Miklos — 27 février 2006 @ 17:18

  3. [...] dans ce qui n’est, pour le moment, qu’un (bon) simulacre du physique. On peut imaginer (comme on n’a pas manqué de le faire) que cette tendance pourra se poursuivre jusqu’à la maté­ria­lisation dans un objet [...]

    Ping par Miklos » « Une horreur subalterne : la vaste Bibliothèque contradictoire » — 15 novembre 2009 @ 8:49

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