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24 juin 2011

L’homme-araignée et la professeur de piano

Classé dans : Littérature, Musique, Photographie — Miklos @ 0:18

Il est d’usage qu’on paye, dans un pensionnat,

un professeur d’histoire, par mois
un professeur de géographie
un professeur de littérature

50 fr.
25 »
40 »

Le professeur de piano a vingt francs par cachet, ou six cents francs par mois par élève ; ainsi, s’il a dix élèves, il gagne six mille francs par mois. Ses appointements sont donc cent vingt fois plus forts que celui du professeur d’histoire, deux cent quarante fois plus élevés que ceux du professeur de géographie et cent cinquante fois seulement plus forts que ceux du professeur de littérature. Ordinairement, le professeur de piano est un gros monsieur, qui a de gros favoris noirs, très épais, dont le commerce ne se borne pas seulement à vendre ses notes, car il vend aussi ses sonates et ses difficultés. Vendre des difficultés me semble prodigieux. De là à vendre des impossibilités, il n’y a qu’un pas. Ils finiront par vendre du vin. Il vendent aussi leurs pianos pour la bagatelle de dix mille francs.

Il est vrai qu’un élève d’un de ces célèbres professeurs peut au bout de trois ans déchiffrer ce qui suit et l’exécuter sur le piano.

Lieder

ZXQ – TTZ – VRR – BDF – HHFI.

C’est à mourir d’admiration.

Léon Gozlan, Aristide Froissart, « Ce que je pense du professeur de piano ». Paris, 1886.

Ma mère se rappelait la triste fin de vie de Monsieur Vinteuil, tout absorbée d’abord par les soins de mère et de bonne d’enfant qu’il donnait à sa fille, puis par les souffrances que celle-ci lui avait causées ; elle revoyait le visage torturé qu’avait eu le vieillard tous les derniers temps ; elle savait qu’il avait renoncé à jamais à achever de transcrire au net toute son œuvre des dernières années, pauvres morceaux d’un vieux professeur de piano, d’un ancien organiste de village dont nous imaginions bien qu’ils n’avaient guère de valeur en eux-mêmes, mais que nous ne méprisions pas parce qu’ils en avaient tant pour lui dont ils avaient été la raison de vivre avant qu’il les sacrifiât à sa fille, et qui pour la plupart pas même notés, conservés seulement dans sa mémoire, quelques-uns inscrits sur des feuillets épars, illisibles, resteraient inconnus.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

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