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17 mars 2005

Ordo Mundi

Classé dans : Humour, Littérature, Sciences, techniques — Miklos @ 8:43

Une nouvelle guerre de religion modifie subrepticement notre monde contemporain. J’en suis convaincu depuis longtemps, et lorsque j’évoque cette idée, je m’aperçois qu’elle recueille aussitôt un consensus.

Ceci n’a pu vous échapper, le monde est aujourd’hui divisé en deux : d’un côté les partisans du Macintosh de l’autre ceux du PC sous MS-Dos. Eh bien, je suis intimement persuadé que le Mac est catholique et le Dos protestant. Je dirais même plus. Le Mac est catholique contre-réformateur, empreint de la ratio studiorum des Jésuites. Il est convivial, amical, conciliant, il explique pas à pas au fidèle la marche à suivre pour atteindre, sinon le royaume des cieux, du moins l’instant final de l’impression du document. Il est catéchistique, l’essence de la révélation est résolu en formules compréhensibles, et en icônes somptueuses. Tout le monde a droit au salut.

Le Dos est protestant, voire carrément calviniste. Il prévoit une libre interprétation des Écritures, requiert des décisions tourmentées, impose une herméneutique subtile, garantit que le salut n’est pas à la portée de tous. Faire marcher le système nécessite un ensemble d’actes personnels interprétatifs du logiciel: seul, loin de la communauté baroque des joyeux drilles, l’utilisateur est enfermé dans son obsession intérieure.

On m’objectera que l’arrivée de Windows a rapproché l’univers du Dos de la tolérance contre-réformatrice du Mac. Rien de plus exact. Windows constitue un schisme de type anglican, de somptueuses cérémonies au sein des cathédrales, mais toujours la possibilité de revenir au Dos afin de modifier un tas de choses en se fondant sur d’étranges décisions : tout compte fait, les femmes et les gay pourront accéder au sacerdoce.

Naturellement, catholicisme et protestantisme des deux systèmes n’ont rien à voir avec les positions culturelles et religieuses des usagers. J’ai découvert l’autre jour que Franco Fortini, poète sévère et tourmenté, ennemi déclaré de la société du spectacle, est un adepte du Mac. Cela dit, il est légitime de se demander si à la longue, au fil du temps, l’emploi d’un système plutôt que d’un autre ne cause pas de profondes modifications intérieures. Peut-on vraiment être à la fois adepte du Dos et catholique traditionaliste ? Par ailleurs, Céline aurait-il écrit avec Word, WordPerfect, ou WordStar ? Enfin, Descartes aurait-il programmé en Pascal ?

Et le langage machine, qui décide de notre destin en sous-main, et pour n’importe quel environnement ? Eh bien, cela relève de l’Ancien Testament, du Talmud et la Cabale. Ah, encore et toujours le lobby juif !

Umberto Eco : Comment voyager avec un saumon (extrait), Grasset (1994)

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  1. osé mais super intéressant et certainement loin d’être faux

    Commentaire par syldemon — 17 mars 2005 @ 11:07

  2. lol. Mais linux, et tous les UNIX (et que dire de défunt (?) VMS) sont hors la course. Ou bien ? La montée des Lumières ?

    Commentaire par kliban — 19 mars 2005 @ 0:41

  3. Il me semble qu’Unix (que je connais depuis 1979), et, avant, RT11 (par exemple) ne sont pas de ces systèmes d’exploitation connus du grand public en tant qu’utilisateurs de l’informatique (ce que je trouve tout à fait normal, comme le fait que la plupart des conducteurs n’ont aucune idée d’où vient leur moteur, et pour certains s’il est devant ou derrière…).

    Commentaire par miklos — 19 mars 2005 @ 12:03

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