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24 janvier 2008

Kilomètre Puntila

Classé dans : Théâtre — Miklos @ 1:22

C’est au théâtre de Sartrouville qu’on a découvert, en 2004, le travail original d’Omar Porras, qui y avait mis en scène le tour de chant d’Angélique Ionatos, Alas pa’ volar, consacré à Frida Kahlo. Mais c’est le Théâtre de la Ville qui nous a permis d’en apprécier à sa juste mesure la qualité de magicien dans des pièces de théâtre à la mesure de son talent : La Visite de la vieille dame, la pièce magnifiquement grinçante et discrètement tragique de Friedrich Dürrenmatt et L’Histoire du Soldat, féérique collaboration de Stravinsky et de Ramuz en 2004 puis avec El Don Juan d’après Tirso de Molina en 2005, qui nous a ravi tout autant que sa mise en scène de Pedro et le Commandeur de Lope de Vega à la Comédie-Française en 2007. Il nous était donc difficile d’éviter la montée d’un « plaisir anticipatif » tandis que se rapprochait la date de la représentation de Maître Puntila et son valet Matti de Bertold Brecht, création d’Omar Porras à la salle des Abbesses du Théâtre de la Ville. Que nous venons de voir.

Disons-le tout de suite et très vite : ce qui pèche, dans cette pièce, c’est le texte, qui ne trouve pas sa voix. Il y a là deux registres juxtaposés qui cohabitent mal : d’une part, la critique acerbe de la relation maître-valet que Porras illustre avec ironie et finesse autant par la mimique des acteurs (jeux de physionomie, gestes) que par la chorégraphie du spectacle qui déborde parfois dans la salle sans pour autant tomber dans un burlesque de comédie de boulevard (même s’il joue dangeureusement avec les limites du genre) ; d’autre part, un ton sentencieux, moralisateur et très réalisme socialiste sur la lutte des classes, d’une lourdeur que rien ne peut soulager et sur lequel se termine la pièce avec la libération du prolétariat du joug de l’impérialisme : impossible donc de l’oublier. Le spectacle dure 2h30 : pour un chef-d’œuvre ce serait l’espace d’un instant ou un moment d’éternité ; pour cette pièce mal fagotée, c’est loooooooong, malgré les efforts très louables de Porras. On en ressort avec le sentiment gêné d’avoir revu les interminables façades pondéreuses des édifices de l’ère communiste en Europe de l’Est repeintes de couleurs vives pour tâcher d’en soulager la pesante monotonie.

Quant aux acteurs, on ne peut manquer d’admirer leur performance physique : ils glissent, volent, tourbillonnent, dansent et parviennent ainsi à donner du rythme à la pièce. On a surtout aimé Jean-Luc Couchard dans le rôle de Maître Puntila, qui alterne de façon saisissante entre le débonnaire, amical et généreux quand il est saoul, et l’impitoyable, dur et glaçant quand il est sobre ; quant à Juliette Plumecoq-Mech, surprenante dans celui de Matti, on a bien apprécié son faux air de Pierrot désabusé : sous cette apparence, se cache un personnage lucide qui finira par se révolter. Par contre, la diction d’une partie des acteurs laisse à désirer (accents, débits, timbre, voix qui portent mal même à courte distance, masques qui bloquent le son), ce qui est un handicap dans une pièce où le verbe est très (trop) présent. On vous disait bien que le problème de cette pièce en était le texte…

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