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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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28 janvier 2008

L’amateur et le savant, le contributeur anonyme et l’auteur

Classé dans : Sciences, techniques, Société — Miklos @ 23:52

« La sotte occupation que celle de nous empêcher sans cesse de prendre du plaisir ou de nous faire rougir de celui que nous avons pris ! C’est l’occupation du critique. » — Diderot

« Des pensées sans contenu sont vides, des intuitions sans concepts, aveugles. » — Kant

Le séminaire du groupe Temps, médias et société de Sciences Po était consacré aujourd’hui à un média bien médiatique, Wikipedia, à l’occasion de la récente publication de l’ouvrage La Révolution Wikipedia. Les encyclopédies vont-elle disparaître ?, fruit d’un travail de cinq étudiants1 de Pierre Assouline qui leur avait suggéré le sujet et qui en a écrit la préface. La table ronde, animée par Jean-Noël Jeanneney (au centre sur la photo) réunissait Pierre Assouline et deux des auteurs, Béatrice Roman-Amat (à sa droite) et Delphine Soulas, ainsi qu’Agnès Chauveau (à la gauche de J.-N. Jeanneney) et Cécile Méadel, co-organisatrices du séminaire.

Pour résumer très schématiquement – et donc quelque peu cari­ca­tu­ra­lement – ce débat de deux heures, on pourrait dire qu’il dépar­tageait deux groupes d’âge. Les « moins jeunes » défen­daient des posi­tions cri­ti­ques, scep­tiques, voire carrément néga­tives, tandis que les autres – princi­pa­lement des étudiants, semble-t-il – faisaient fi de ces argu­ments et adop­taient une attitude prag­matique : c’est là, faisons avec. C’est en cela qu’on peut dire que Wikipedia dénote effectivement une (r)évolution dans les mentalités2 à propos des notions d’auteur et d’autorité et donc de responsabilité, de propriété et donc d’économie, de temporalité et donc du sens de l’histoire. C’est une éclipse – temporaire ou non – de la raison et des Lumières en faveur de la passion, qui se trouve encouragée par le seul « modèle économique » capable d’exploiter le désir en l’encourageant : la publicité.

Les participants au débat, quelle que soit leur opinion, ont déploré le manque d’études sur les usages de la Wikipedia. À en croire les statistiques (qu’il faut toutefois lire attentivement) et le battage médiatique, elle continue à se développer et est utilisée par un nombre important d’internautes, popularité démultipliée par l’adoption mimétique et acritique de Google comme moteur de recherche3 : ce dernier favorise les réponses qui proviennent de la Wikipedia4 tout en encourageant le choix de la toute première réponse, quelle qu’elle soit, celle de l’intuition de la machine (le bouton « J’ai de la chance »). Cette démarche de l’effort minimum – physique (il suffit d’un clic) et intellectuel (inutile d’effectuer un choix) – encourage le renforcement et la diffusion des idées reçues.

Cette solution de facilité, qui est de l’ordre de la satisfaction immédiate du désir, est à l’opposé de la réflexion critique, abolie devant la notoriété quasi universelle d’un label : on croit tout ce qu’on y voit, comme, auparavant, « c’est vrai puisque c’est dans le journal ». Or il s’avère que tout n’est pas « vrai » dans Wikipedia, ou, comme l’a dit Pierre Assouline dans son introduction, il s’agit d’une « vérité mouvante », au fil des corrections et des modifications qui y seront apportées. Même si les erreurs – intentionnelles ou non – sont corrigées rapidement (ce qui n’est pas toujours le cas, loin s’en faut), elles auront le temps de se propager sur l’internet, d’y être démultipliées à l’infini et d’y rester figées pour l’éternité (technologique) dans leur état de vérité temporaire, pour être, comble de l’ironie, reprises dans des ouvrages « de papier », comme l’a constaté Pierre Assouline à son propre propos.

Comme l’ont souligné plusieurs participants, ce mode de fonctionnement, inhérent au « système », est contraire à la construction du savoir, non par son mode d’élaboration collaborative – les sciences, les arts ne s’enrichissent-ils pas de contributions successives ? — mais par son rejet de l’auteur responsable (la signature) et de l’autorité compétente (le jugement des pairs) :

«Vous connaissez tous le bel aphorisme de Bernard de Chartres cité par Jean de Salisbury dans son Metalogicon et disant que “nous sommes comme des nains juchés sur des épaules de géants”. Ce dicton résume très bien l’attitude de respect des scolastiques envers la tradition philosophique (…) qui a sa source dans une “ouverture sur le tout de la réalité et de la vérité”, dans l’idée que, ce tout transcendant l’individu, nous ne pouvons nous passer d’autrui dans les recherches individuelles. Cette recherche est une entreprise collective dans laquelle toute contribution est précieuse, même celle provenant d’un adversaire. Ainsi, saint Thomas dit-il dans sone commentaire sur la Métaphysique d’Aristote qu’“il faut aimer et ceux dont nous partageons l’opinion, et ceux dont nous rejetons l’opinion : car les uns et les autres se sont efforcés de rechercher la vérité, et tous nous y ont aidés”.

(…) [N]otre adage continue : “Bernard de Chartres a dit que nous sommes comme des nains juchés sur des épaules de géants, en sorte que nous pouvons voir des choses plus nombreuses et plus éloignées qu’eux…”. Donc le scolastique se rend compte qu’il n’est pas uniquement débiteur du passé, que la raison ne se réduit pas à son histoire,» mais que la ratio garde toujours la possibilité de s’élever au-dessus de l’auctoritas, tout en continuant d’en dépendre. Ratio et auctoritas sont strictement complémentaires.

Philipp W. Rosemann : « Histoire et actualité de la méthode scolastique selon M. Grabmann », in J. Follon et J. McEvoy (éds.), Histoire et actualité de la méthode scolastique, p. 98. Louvain-La-Neuve, 1994.

Cette complémentarité implique aussi, notamment en ce qui concerne les savoirs étrangers aux sciences dites dures, des analyses, des critiques et des prises de position pour en faire émerger le sens. Or celles-ci sont contraires à l’« éthique » de la Wikipedia, qui encourage la « neutralité des points de vue ». En conséquence, tout se vaut, et l’on peut, comme l’a donné un participant en exemple, mettre objectivement en balance les aspects positifs et négatifs du nazisme, ou fournir une liste de références sous forme de liste plate à l’ordre aléatoire, tout le contraire d’une bibliographie critique.

Ce dernier point soulève la question des sources, essentielle dans la constitution du savoir. Pour partie, Wikipedia référence des documents électroniques en donnant leur adresse sur le Web5. Mais au-delà même de leur autorité, le problème en est l’impermanence : les textes peuvent changer après qu’ils aient été consultés (ce qui est le cas des articles de la Wikipedia), voire disparaître, ce qui est loin d’être le cas des bibliographies mentionnant des livres – il est probable qu’on pourra toujours les retrouver (tant qu’il y aura des livres) et vérifier leur contenu inaltéré, même 24 ans après 1984.

Il est bon de se souvenir que le terme « encyclopédie », que revendique Wikipedia, est dérivé de l’expression grecque signifiant « ensemble des sciences qui constituent une éducation complète »6. Or la Wikipedia, malgré le nombre important de ses articles, n’est pas exhaustive : certains sujets n’y sont pas traités, d’autres ne le sont que sous forme d’ébauche. Il nous semble que ce genre de lacunes concerne surtout ce qui n’est pas présent sur le Web (et tout n’y est pas), les contributeurs se servant beaucoup du Web pour nourrir ce Moloch. À ce titre, on pourrait dire que la Wikipedia reflète, finalement, ce qui se trouve déjà principalement sur le Web, le meilleur comme le moins bon, sous forme de choix synthétique qui en facilite l’usage.

Il n’y a donc pas lieu de s’étonner, comme l’ont fait certains, de l’absence des intellectuels dans les débats à propos de la Wikipedia, et probablement aussi dans sa constitution. Les causes en sont probablement multiples, mais au-delà des problématiques que nous venons de signaler, il nous semble que la technicité croissante requise pour y contribuer nécessite des compétences qui ne sont pas forcément les leurs. Ce n’est pas le cas lorsqu’il s’agit pour eux de fournir un texte, aussi savant soit-il, à un éditeur qui s’occupera, entre autres choses, de sa mise en page.

Reste à comprendre les motivations qui poussent à écrire dans Wikipedia. Selon certains, ce n’est certainement pas la notoriété, puisque les auteurs sont anonymes. Il nous semble que cet argument ne prend pas en compte un phénomène qui s’apparente à celui des jeux de rôles : les contributeurs se choisissent un pseudonyme – ou, ce qui en réalité virtuelle devient un avatar – dans la peau duquel ils se glisseront. Ce personnage pourra acquérir une notoriété parfois bien plus grande que celle de la personne qui se cache derrière ce masque : on se souviendra de l’un de ses principaux éditeurs, « titulaire d’un doctorat en théologie et d’un diplôme de droit canon, et qui avait écrit ou enrichi 16 000 articles », et qui s’est révélé être un jeune homme de 24 ans, qui ne détenait ni diplôme supérieur, ni chaire de religion. La chair est faible…

Au-delà de ces appétits (ou tout simplement du plaisir de se voir « imprimé » dans la Wikipedia), il y a un phénomène qu’on ne peut négliger ni rabaisser : celui de l’amateur. Intéressé ou même passionné, collectionneur ou non, souvent compétent et parfois éclairé, il peut chercher à partager avec générosité ses prédilections et ses connaissances ou à imposer sa vision du domaine qui a à ses yeux une valeur primordiale. Or la constitution du savoir n’est pas qu’une affaire de désir ou d’amour, et nécessite la maîtrise de méthodes (propres à chaque domaine) et la complexe validation de sa production – entreprise loin d’être sans faille, mais qui ne peut certainement pas être menée dans le cadre d’une démocratie participative, comme l’a indiqué pour finir l’un des participants.

Que peut-on alors conclure ? Certains ont émis le souhait de développer la lecture critique chez les utilisateurs de la Wikipedia (en clair : l’utiliser comme première source, puis chercher ailleurs), d’autres l’espoir que ce genre de discussions pourrait l’amener à évoluer. Mais Pierre Assouline a été bien plus radical : c’est l’essence même de l’entreprise qui est la cause de ses défauts. Ce qu’il souhaite voir, c’est l’arrivée des encyclopédies scientifiques, telles la Britannica et l’Universalis, sur le Web. On serait tenté d’adhérer à son affirmation tout en lui précisant que ces deux ouvrages s’y trouvent déjà7, en répondant aux premiers qu’il y a rarement chez les usagers du Web un recours à une seconde source, et en demandant aux seconds de compter le nombre de présents dans la salle du séminaire…


1 Pierre Gourdain, Florence O’Kelly, Béatrice Roman-Amat, Delphine Soulas et Tassilo von Droste zu Hülshoff.
2 Il reste tout de même à voir si les étudiants, une fois entrés dans des milieux professionnels intellectuels ou scientifiques, ne seront pas amenés à changer leur opinion.
3 Et parfois fataliste, comme s’il n’existait aucun autre moteur de recherche valable. Cette adoption de masse est surtout curieuse lorsqu’elle est le fait de personnes qui, dans bien d’autres domaines, tiennent, d’autre part, un discours critique sur les effets de foule…
4 Ce qui ne manquera pas de changer, une fois que Google aura mis en place Knol, son anti-Wikipedia.
5 Et il ne s’agit en général pas du « Web profond », des articles disponibles dans des bases de données, souvent payantes.
6 Trésor de la langue française informatisé.
7 L’Universalis est distribuée par la Britannica, qui n’a d’ailleurs rien de britannique, l’éditeur étant domicilié à Chicago…

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15 commentaires »

  1. J’ai personnellement un regard très critique sur les informations fournies par Wikipedia. Mais surtout, je pense que l’amateur contributeur à Wikipedia n’a pas les mêmes objectifs que l’auteur d’un blog comme moi : le premier veut contribuer à l’élaboration d’une vérité plus ou moins scientifique, plus ou moins reconnue. L’auteur de blog, lui, a une position, il n’est pas neutre et si, comme vous le dites aimablement, je partage avec générosité mes connaissances (comme Passou d’ailleurs), je ne prétends pas faire oeuvre scientifique dans le cadre de ce blog, ni constituer un savoir. L’amateur auteu de blog veut plutôt, je crois, offrir un regard que d’autres pourront suivre, apprécier ou contester à leur gré.

    Commentaire par Lunettes Rouges — 29 janvier 2008 @ 10:31

  2. Cher Monsieur,
    Merci pour votre intéressante réflexion autour du séminaire. Je suis tout à fait d’accord en particulier lorsque vous dites que WP reflète ce qui se passe sur le web; nombre de critiques portent plus largement sur l’internet et n’ont rien de spécifique.
    J’aurai toutefois une vision un peu moins duale des positions exprimées sur wikipedia et il me semble possible, comme l’a montré la discussion, d’échapper à l’alternative piégée: dénoncer les erreurs de wikipedia et diaboliser le dispositif (avec toutes les bonnes raisons que vous évoquez / s’en arranger en tentant de colmater les problèmes (par l’éducation principalement).

    Avec d’autres participants du séminaire, me semble-t-il, je n’ai pas envie de me situer dans cette alternative, mais plutôt d’interroger le dispositif et ses mécanismes.

    Il me semble en particulier important de comprendre non pas seulement les motivations individuelles des contributeurs de wikipedia (ou plus largement des contributeurs en ligne -même si cette question est tout à fait intéressante) mais aussi de comprendre ce que signifie cette participation massive de profanes à la production de contenus: cela pointe en partie des limites des discours experts et savants (ce que Pierre Assouline a parfaitement souligné en indiquant à Jean-Noël Jeanneney que sa position de savant était mise au défi), mais cela a aussi à voir, pour dire vite, avec l’évolution des connaissances, leur complexité croissante, l’incertitude sur les questions scientifiques, l’interrogation sur la position des experts, l’intervention de profanes dans l’espace public et leur production d’expertise propre…
    Vous dites que la production de connaissance ne peut pas être menée dans le cadre de la démocratie participative. Certes, est-ce bien cela dont il s’agit? Si j’ai bien compris, ce n’est pas le contenu qui fait l’objet de débat sur WP mais seulement la manière de le produire.

    L’autre erreur que prolonge, me semble-t-il cette alternative, porte sur la définition donnée à wikipedia, et plus largement à internet: WP n’est que très partiellement une encyclopédie (ou en tout cas dans sa version actuelle) du point de vue des usages; malgré les nombreux liens internes proposés par WP, la consultation à partir de moteur de recherche dont on sait le rôle déterminant, renvoie vers d’autres sites. Les pages consultées sur un thème donné ont donc toutes les chances d’être plurielles et hétérogènes (le contraire du projet encyclopédique). Il aurait sans doute été préférable d’inventer un mot nouveau pour décrire le projet WP.

    Il me semble aussi intéressant d’analyser plus avant les dispositifs mis en place par WP pour tenter d’introduire un ordre dans son désordre. Encore une fois, non pas pour évaluer la réussite de ces dispositifs et la qualité finale du produit, mais pour comprendre les mécanismes de la production collective de connaissances profanes: quels types de dispositifs politiques invente-t-on qui respectent la définition du projet (écriture ouverte à tous, neutralité du point de vue, gestion consensuelle de la gouvernance…) et qui influencent pourtant les contenus. C’est par exemple le cas de leur organisation en « Projet » qui labellisent les articles (selon leur degré d’accomplissement et l’importance attribuée au sujet). Je ne sais pas s’il y a déjà des études qui portent sur ces dispositifs (à part peut-être la thèse de Julien Levrel).

    Merci encore de votre compte-rendu qui montre bien l’ampleur des questions soulevées par cette « encyclopédie » et plus largement par l’intrusion massive de l’internet dans la formation et la diffusion des savoirs.

    Commentaire par Cécile Méadel — 29 janvier 2008 @ 10:55

  3. Merci pour vos commentaires.

    @ Lunettes Rouges :

    Ce que je tentais de résumer du débat, c’est qu’il ne suffit pas d’être amateur (ou « profane », pour reprendre le terme – religieux ! – que Cécile Méadel utilise à plusieurs reprises) pour être capable de produire des contenus d’une validité scientifique (ce qui ne veut pas non plus dire qu’un amateur compétent est incapable d’en produire, l’amateur peut être savant – et inversement).

    Mais la question est peut-être (comme le suggère Cécile Méadel) que la WP n’est pas, dans son essence, une encyclopédie ou un référentiel scientifique de connaissances mais plutôt l’avatar contemporain de l’almanach (ou du compendium). C’est ce que je pense, mais force est de constater qu’elle est parfois utilisée en tant que référence savante (et fournie comme référence par des textes à prétention scientifique).

    Enfin, une précision : ce n’est pas moi qui ai dit hier que la production de connaissances ne pouvait être menée dans le cadre de la démocratie participative, mais l’un des participants, en fin de débat (sauf erreur de ma part, il me semble que c’était Jean-Noël Jeanneney).

    Commentaire par Miklos — 29 janvier 2008 @ 11:46

  4. On trouvera d’autres commentaires concernant cet article ici.

    Commentaire par Miklos — 5 février 2008 @ 11:18

  5. « la WP n’est pas, dans son essence, une encyclopédie ou un référentiel scientifique de connaissances mais plutôt l’avatar contemporain de l’almanach »

    Ne pensez vous pas qu’il serait plus conforme à la réalité de constater que l’encyclopédie de Diderot, qui contient par exemple des recettes de cuisines, est aussi un almanach ?

    Commentaire par Teofilo — 6 février 2008 @ 2:37

  6. Ah, l’argument choc tiré de la discussion interne à la WP sur la question du transfert des recettes de cuisine, c’est ça ?

    L’exemple donné dans cette discussion concerne le « miel violat ». Comme il fait partie d’un long article (qu’on ne peut que qualifier d’encyclopédique) sur le miel, je pense que c’est plutôt en tant que définition d’un terme et de l’explication du processus de sa production que Diderot l’a donné. C’est un « dictionnaire raisonné des arts et métiers », et – exemple pour exemple – dans l’article « chandelle » Diderot décrit son procédé de production par le Chandelier. Son encyclopédie est bien un référentiel scientifique et industriel reflétant les connaissances de son temps.

    Commentaire par Miklos — 6 février 2008 @ 8:31

  7. Je laisse à nos lecteurs le soin de juger par eux-mêmes : voici le miel violat, selon Diderot :

    « Prenez fleurs de violettes nouvellement cueillies, quatre livres ; miel commun, douze livres ; mélez-les ensemble, & les laissez en digestion pendant huit jours dans un lieu chaud : après cela, faites bouillir avec une pinte d’infusion de fleurs de violettes, jusqu’à la consomption du quart ; passez ensuite avec expression ; puis faites cuire la colature en consistance de sirop. On ôtera l’écume avec soin, & on gardera le miel pour l’usage. »

    Commentaire par Teofilo — 6 février 2008 @ 11:29

  8. « la Wikipedia reflète, finalement, ce qui se trouve déjà principalement sur le Web, le meilleur comme le moins bon »

    Par exemple prenez l’article de Wikipedia sur Guy Môquet. Où sur le web trouvez vous l’équivalent de cet article de Wikipédia ?

    « Or la Wikipedia, malgré le nombre important de ses articles, n’est pas exhaustive »

    Certes, mais est-il juste de faire ce procès en exhaustivité à Wikipédia sans le faire aussi aux autres encyclopédies ? Cherchez Guy Môquet sur http://www.universalis.fr et dites-moi ce que vous trouvez !

    Pour Mme Méadel : ce n’est pas une étude scientifique générale, mais une analyse très intéressante d’un cas particulier montrant les « mécanismes de production de connaissance » sur Wikipédia : l’histoire de l’article Guy Môquet par Emmanuel de Chambost : http://edechambost.ifrance.com/guy_moquet/guy_moquet.htm

    Commentaire par Teofilo — 6 février 2008 @ 12:31

  9. Je dois m’avouer assez déçu de ce type de communication, qui n’apporte pas vraiment d’arguments constructifs au débat et qui véhicule nombres de préjugés. Je suis chercheur et contributeur à Wikipédia, et ne retrouve dans cet argumentaire qu’un avis superficiel de la part de quelqu’un qui ne comprends pas de ce quoi il parle, que ce soit sur le fonctionnement de Wikipédia ou sur le web en général. Je n’ai pas l’intention de répondre point par point, ça serait fastidieux et inutile.

    Ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’au contraire de Sciences Po, Wikipédia n’a aucune ambition autre que celle de fournir la meilleure encyclopédie en ligne, gratuite et libre, possible. Wikipédia n’a pas l’intention de dominer le monde, de dicter une idéologie majoritaire, de générer des profits ou de squatter la première place des recherches Google. Wikipédia est ce qu’elle est, point. En particulier, la page d’accueil indique « Bienvenue sur Wikipédia, projet d’encyclopédie … »: quiconque s’amuse à comparer Wikipédia avec une encyclopédie qui s’assume comme telle ne fait qu’enfoncer des portes ouvertes.

    Il est tout à fait envisageable que quelqu’un n’aime pas Wikipédia, et Internet étant ce qu’il est, chacun est libre de visiter les sites qu’il souhaite. Quelle est donc le but poursuivi par M. Assouline? Bloquer l’accès à Wikipédia? Modifier l’algorithme des moteurs de recherche? Personne n’a jamais pretendu que Wikipédia était fiable. Google n’a pas modifié son algorithme pour faire monter Wikipédia dans les réponse; Wikipédia, de manière naturelle, s’est rapidement retrouvée en tête des requêtes parce qu’elle apportait un contenu plus pertinent que les autres sites. Il existe une manière évidente de diminuer l’influence de Wikipédia, que certaines personnes abhorrent tant : il suffit de proposer des contenus alternatifs aussi pertinents. Personnellement, je n’en vois pas sur le site de Sciences Po. On me souffle que les étudiants de Sciences Po ne diffusent pas le résultat de leurs travaux sur le Web : ils le vendent. Voila parfaitement pourquoi Wikipédia existe : parce que nous n’avons pas la même conception de ce qu’est le partage de connaissances.

    Enfin, je ne peux que m’insurger face à ce mépris à peine voilé envers l’ »amateur ». Il faudrait déja essayer de regarder le monde en face; comparer par exemple la qualité de certains articles de Wikipédia avec celle du rapport des étudiants de Sciences Po qui est à l’origine de toute cette discussion. Il faudrait également comprendre que Wikipédia fourmille de spécialistes et de professionnels. Enfin, si certains articles de WP sont indigents, c’est justement parce que des « amateurs » ont dû s’y coller, tandis que les professionnels discutaillent entre eux, vendent leurs bouquins, fournissent au compte goutte quelques onces de préciseuse connaissance à la populace. Wikipédia sera ce que nous en faisons, c’est un bien public, commun. Libre à vous de l’utiliser ou non, mais je ne vois pas l’intéret d’en priver les autres.

    Commentaire par Arnaudus — 6 février 2008 @ 16:22

  10. Guy Môquet est justement le parfait exemple (ou un cas particulier ?) – merci de l’avoir signalé à mon attention – de ce en quoi la WP reflète pour beaucoup l’actualité (et personne n’a besoin de dessin).

    Quant à l’exhaustivité, je précise d’abord que ce n’est pas un procès que je fais à la WP (je n’attends pas ça d’elle) mais un constat. Et s’il faut aller à coup d’exemples et de cas particuliers (ce n’est pas à l’aide d’un exemple qu’on prouve une thèse, et je ne cherche pas à le faire), allons-y : je m’étonne qu’il n’y ait qu’une ligne et demi (selon la largeur de votre écran) de consacrée (à cette heure) à Gaveau (facteur de piano français) et aucune à son fondateur dans la WP française ; cette entrée est l’une parmi les centaines d’ébauches d’articles sur la musique classique (vous m’excuserez, mais je me sens moins compétent sur le miel) – ce qui est bien loin d’être exhaustif, en ce qui concerne certains de mes domaines d’intéret. Dans cette liste d’ébauches on trouve d’ailleurs de bien grands noms…

    Revenons à Gaveau : la WP française précise « Le premier atelier de fabrication a été installé à Paris en 1847 par Joseph Gabriel Gaveau, » tandis que sa version anglaise écrit « Gaveau of Paris was established by Etienne Gaveau in 1847 in Paris,France ». Quant au dictionnaire Grove de la musique, il indique que « Joseph Gaveau (b Romorantin, 1824; d Paris, 1893) founded the firm in 1847″. Selon le Grove, Etienne (mentionné dans la WP en anglais) était le fils de Joseph (et son successeur) ; né en 1872, il n’aurait pu fonder la firme en 1847, sauf dans un ouvrage de science fiction. D’autres précisions de la WP anglaise contredisent le Grove : « The original site of the factory is now a concert hall named Salle Gaveau », or le site original de la manufacture était rue des Vinaigriers, tandis que la salle est rue de la Boétie. Cette erreur est très probablement due au pompage brut de l’information dans la source belge (mentionnée en référence), qui donne l’adresse du siège social en 1907 rue de la Boétie, pompage effectué sans avoir lu quelques lignes plus bas que c’est l’année à laquelle il y a été transféré…

    J’ai aussi souvenir d’y avoir cherché des informations à propos d’un musicien indien dont j’avais vu la mention du nom dans quelque traité. Ne sachant rien à son égard, j’ai consulté les WP anglaise et française, chacune ne donnant qu’une information très succincte. Ce que j’ai constaté, c’est que l’une le présentait comme un homme, l’autre comme une femme (impossible pour moi de le déterminer d’après son prénom, ne connaissant rien aux noms indiens). Je ne connais qu’un seul cas de ce genre dans la musique : Walter Carlos (devenu Wendy Carlos), qui a rendu Bach populaire sur synthé avec le « Switched-On Bach ». Je n’ai pas conservé ce nom de côté, justement parce que je n’instruis pas un procès à l’encontre de la WP et ne cherche pas à accumuler des preuves.

    C’est la raison pour laquelle, quand je consulte le Grove (ou tout autre dictionnaire ou encyclopédie concernant mes domaines d’intérêt), je ne vais pas vérifier ce que j’y ai trouvé. Quand je tombe sur une information dans la WP, je le fais. C’est là toute la différence, pour moi. Et quand j’écris un texte sourcé, si je cite le Grove, cette information est datée et retrouvable et n’aura pas changé. Tandis que ceux qui auront cité la biographie d’un certain compositeur trouvée dans la WP et dont j’avais parlé dans un autre article auront bien du mal à la retrouver…

    Commentaire par Miklos — 6 février 2008 @ 16:40

  11. @ Arnaudus :

    1. Il n’a jamais été question de « modifier l’algorithme de Google » ni de « bloquer la Wikipedia ». Toute personne qui rêverait de le faire serait quelque peu mégalo, et toute personne qui le craint ne serait-elle pas quelque peu parano ?

    2. Il n’y a nulle part du mépris pour l’amateur, à propos duquel il est dit « souvent compétent et parfois éclairé ».

    3. Je prends bonne note que « Wikipédia n’a aucune ambition autre que celle de fournir la meilleure encyclopédie en ligne » et qu’en même temps « Personne n’a jamais pretendu que Wikipédia était fiable ». Ce n’est pas tant que « nous n’avons pas la même conception de ce qu’est le partage de connaissances » mais que nous n’avons pas la même conception de ce que sont les connaissances.

    4. À : « Il existe une manière évidente de diminuer l’influence de Wikipédia (…) : il suffit de proposer des contenus alternatifs aussi pertinents » : c’est justement ce que Pierre Assouline a suggéré en conclusion (et qui est rapporté dans le billet) – et non pas de fermer la WP. Vous voyez, vous êtes d’accord avec lui.

    5. Quant à Sciences Po, je ne connais rien à leur fonctionnement, donc j’éviterais d’émettre une opinion basée sur leur site Web, mais leurs séminaires sont ouverts au public et gratuits. Rien n’empêchait des wikipédiens d’y assister et d’y prendre la parole.

    Commentaire par Miklos — 6 février 2008 @ 19:32

  12. [...] du groupe Temps, médias et société de Sciences Po du 28 janvier 2008. Blog Miklos. <http://blog.le-miklos.eu/?p=480> 6. State of the Blogosphere : 2008, Technorati [...]

    Ping par Cours internet et BM: Outils De Publication — 14 octobre 2008 @ 8:21

  13. [...] who are not Wikipedia specialists but may be specialists in their domain (see e.g. this author’s discussion of a seminar about Wikipedia which took place in January [...]

    Ping par Miklos » “Wikipedia is heading for a bust?” So what else is new? — 11 août 2009 @ 0:23

  14. [...] sommes, selon Bernard de Chartres, comme des nains juchés sur des épaules de géants. On apprend soit en expérimentant soi-même [...]

    Ping par Miklos » Admirer, imiter, plagier, copier — 11 août 2010 @ 7:59

  15. La note n° 10 ci-dessus a attiré l’attention de la Wikipedia : si la première intervention dénote une intention fort louable (et qui correspond à l’esprit affiché de la Wikipedia), celle d’enrichir leur page consacrée à la maison Gaveau, celle qui suit – écrite par une « Mandarine » très acide – ne fait que distiller du fiel combiné à des erreurs de lecture de la note ci-dessus (on ne va pas passer du particulier au général en sautant sur l’occasion pour prétendre qu’ainsi va la Wikipedia, tout de même, et qu’entre l’esprit et la lettre… non) : cette mandarine, donc, parle de notre devoir de faire « bénéficier les autres de notre abonnement payant au Grove » qu’elle nous accuse de piller – facile de difâmer quand on est anonyme (et nous citons toujours nos sources dans ce blog, nous). Elle fait ainsi sans aucun doute allusion à la version électronique du fameux dictionnaire papier en 20 volumes, mais (i) avons-nous parlé de la version électronique, ci-dessus ? et (ii) la médiathèque que mentionne son prédécesseur – et d’autres – accueillent tout public, qui peuvent ainsi bénéficier non seulement de la version électronique mais de la version papier… Quant au reproche qu’elle nous fait de ne pas contribuer à la Wikipedia, (i) elle peut chercher, elle trouvera, et (ii) chacun ses domaines d’intérêt et de compétence.

    Commentaire par Miklos — 5 octobre 2010 @ 9:16

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