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28 mars 2005

Espérer (II)

Classé dans : Philosophie, Société — Miklos @ 20:18

Nous sommes entrés dans la nuit du siècle. Dans mon livre, je cite la phrase de Tarkovski, le père du grand cinéaste, qui est un grand poète : « Le destin nous suit comme un dément armé d’un rasoir ».

Certes, tout n’est pas perdu. Le pire n’est pas sûr. Je crois en l’improbable. […] En 1940-41, sous l’Occupation allemande, alors que les armées nazies dominaient de l’Atlantique au Caucase, il était « hautement improbable » que cette puissance soit détruite ! Elle l’a été ! Au moment du stalinisme triomphant, au moment où les Soviétiques sont entrés comme dans du beurre en Afghanistan, alors qu’ils avaient une mainmise dans la moitié du monde arabe et du tiers-monde, qui aurait pensé qu’ils allaient s’effondrer ? Qui aurait pensé, il y a deux millénaires, que l’énorme armée perse qui allait sur la petite Athènes, par deux fois aurait été refoulée ? Que cette petite cité minable, une fois sauvée, allait instituer la démocratie et la philosophie, l’héritage sur lequel nous vivons aujourd’hui ?

Je crois à l’improbable, parce que, si on en croit aux probabilités, nous allons vers le chaos démographique, le chaos économique, le chaos écologique, le chaos nucléaire… Mais l’improbable peut arriver.

Pourquoi peut-il arriver ? J’ai un deuxième principe d’espérance, le principe de Hölderlin : « Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve. » Le danger croissant amène à une prise de conscience qui provoque un sursaut. […] Nous n’avons pas encore eu ce sursaut en ce qui concerne, par exemple, notre civilisation qui se déshumanise de plus en plus, de plus en plus abstraite, mécanique, chronométrique. Mais ce sursaut pourra venir.

Donc, je crois que, d’une façon tragique, plus nous nous approcherons du danger, plus nous aurons des chances d’en sortir, mais plus aussi augmenteront les risques d’y plonger. C’est un deuxième principe d’espérance.

Et le troisième principe d’espérance, c’est ce que Hegel appelait la vieille taupe. Dans les profondeurs de l’humanité, dans l’inconscient, les forces de régénérescence travaillent, les forces qui veulent sauver. Ces forces, on ne les voit pas, mais un jour elles germent. Nous ne sommes donc peut-être pas condamnés.

Edgar Morin
Nul ne connaît le jour qui naîtra
Entretien avec Edmond Blattchen
Alice Éditions/Desclée de Brouwer

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  1. ton espace est toujours réconfortant..

    Commentaire par zopiros59 — 28 mars 2005 @ 22:48

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