Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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29 mars 2005

L’homme

Classé dans : Littérature, Philosophie — Miklos @ 3:18

Mille prodiges par le monde…
Mais l’homme est le plus haut prodige :
Il passe la mer écumeuse,
Le vent du sud, en ses bourrasques,
Le porte : il passe au creux des lames qui se gonflent
Et le cernent de leurs abois.
Et la terre, divine et toute souveraine,
Impérissable, intarissable
D’année en année il l’éventre
Au va-et-vient de ses charrues où il attelle
Les bêtes dont il a peuplé ses écuries.
 
Les oiseaux à l’âme légère
Dans ses rets il les enveloppe :
Les hordes des bêtes sauvages
Et la faune océane en mer
Il les capture au fond des mailles du filet
Qu’il sait tresser, dans son astuce,
Lui, l’homme ! Et ses engins maîtrisent l’animal
Qui gîte aux champs, qui court les monts :
Sous le joug qui serre leur nuque
Le cheval offrira son col empanaché
Le taureau montagnard son inlassable effort.
 
À la parole, au souffle ailé de la pensée,
Aux sentiments sur qui se fonde
La vie civilisée
Il s’est initié lui-même.
Âpre gel qui, du haut du ciel
S’étend sur la campagne ? âpres flèches des pluies ?
Il sait leur échapper : bien armé contre tout
Et jamais désarmé devant ce qui l’attend —
Hormis la mort : c’est le seul mal qu’il ne pourra
Jamais se ménager le moyen d’éviter…
Et pourtant il a su mettre au point des remèdes
Pour bien des maladies qui semblaient sans ressource !
 
Industrieux, il a des ressources savantes
Qui dépassent tout espérance.
Mais on le voit marcher
Tantôt sur le chemin du mal
Et tantôt sur la voie du bien.
Si sa foi, engagée aux justes droits des dieux,
Broche sur le respect des lois de son pays,
À lui dans la cité le pavois ! Mais au ban
De la cité celui qui ose, par bravade,
S’abandonner à des actes infâmes !
Puissé-je ne jamais rompre avec lui le pain,
Ni partager avec cet homme ma pensée !
 
Sophocle : Antigone

Il se pourrait bien que Sophocle ait tout dit dans l’ode chorale sur l’homme dans son Antigone. La maîtrise de la pensée, de la mystérieuse vitesse de la pensée élève l’homme au-dessus de tous les autres êtres vivants. Mais elle le laisse étranger à lui-même et à l’immensité du monde.
 
George Steiner : Dix raisons possibles à la tristesse de pensée

Cette ode fait étrangement écho au Ps. 104, à tel point qu’elle semble avoir été écrite en parallèle. Et pourtant, elle en est l’antithèse : en une imagerie presqu’identique, l’une célèbre l’homme, l’autre Dieu.

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  1. Bon, moi je note tous ces textes et je les lirais à tête reposée. C’est une mine et je sens que j’en tirais le plus grand intérêt, et bienfait.
    Les Bassarides de Henze, qu’on prépare au Châtelet ont un beau livret, assez étrange. Il y a là un mélange d’ancien et de moderne assez séduisant. Mais pour nous, la production ne sera pas confortable à chanter, à défendre.
    Bonne nuit.

    Commentaire par hugoindigo — 30 mars 2005 @ 1:57

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