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30 mars 2005

De l’horreur de la barbarie humaine

Classé dans : Cinéma, vidéo, Littérature — Miklos @ 2:28

Deux extraordinaires romans américains (traduits en français) ont pour théâtre chacun l’une des deux guerres mondiales du xxe s. pour en montrer l’horreur absolue et l’outrage obscène qu’elles constituent pour le visage de l’homme, non pas au travers du sort atroce de leurs millions de morts, mais plutôt en dépeignant avec force et sensibilité le destin exceptionnel de deux survivants, jeunes hommes innocents pris malgré eux dans ces tourmentes apocalyptiques. Cette particularisation ne les rend que plus frappants.

Johnny s’en va-t-en guerre (en anglais : Johnny got his gun) est le coup de maître de Dalton Trumbo, qui deviendra, bien plus tard, un scénariste réputé (Exodus, Papillon). Poursuivi pendant les heures noires du maccarthysme comme l’un des « dix d’Hollywood », il n’a pu travailler sous son nom pendant de nombreuses années. Ce roman atroce et archétypal est l’une des plus impitoyables dénonciations de la folie destructrice de la guerre. Écrabouillé par un obus sur un champ de bataille durant la première guerre mondiale, Johnny est une épave humaine clouée sur un lit de souffrances qui implore qu’on l’achève. Mais la morale s’y oppose et Johnny se réfugie dans le passé tout en faisant des tentatives répétées pour communiquer avec son entourage. Ne disposant plus que d’un sens, le toucher, il y parvient néanmoins, au prix de bien des efforts ; mais cette victoire lui sera arrachée par la société, qui le condamne au silence alors qu’il veut témoigner.

Après avoir essuyé des années durant les refus des majors américaines, Donald Trumbo a finalement pu mener à bien l’adaptation de son roman, publié en 1939, et en a tiré un film d’une simplicité absolue et d’une modernité corrosive dans la description qu’il offre de ce cas clinique et dans lequel, sans s’attendrir, il dresse un constat à la limite du supportable. [D’après Arte]

Abattoir 5 (en anglais : Slaughterhouse 5, publié en 1969) relate l’histoire de Billy Pilgrim (mot signifiant pèlerin), double quasi autobiographique de Kurt Vonnegut. Né dans un patelin en 1922, il est appelé sous les drapeaux pendant la seconde guerre mondiale puis capturé par les allemands et fait prisonnier dans un camp à Dresde. Démobilisé en 1945, il surmonte une petite dépression nerveuse, se marie, a bientôt deux enfants et fait fortune. De retour d’un congrès, il est victime d’un accident d’avion dont il sera le seul survivant. Pendant qu’il est à la clinique, sa femme meurt. En sortant de l’hôpital, il participe à une émission de radio où il révèle avoir été enlevé par une soucoupe volante en 1967 et amené de force sur la planète Trafalmadore. Objet de spectacle, montré nu dans un zoo, les trafalmadoriens le feront s’accoupler avec une terrienne, ancienne actrice de cinéma, elle-même enlevée, avant de le relâcher. De retour sur terre, il comprend que les années qu’il a passées sur Trafalmadore n’ont duré que quelques secondes. Billy ayant atteint l’âge de quatre-vingt six ans, on le croit sénile. Mais il ne va plus cesser d’effectuer des sauts dans le temps, évoluant et vieillissant, ou régressant vers son enfance.

Ce sont les enchevêtrements de ces moments passés, présents et futurs, et principalement celui de la seconde guerre, de l’emprisonnement et du terrifiant bombardement de Dresde qui tissent la trame de ce roman étonnant où les épisodes se multiplient et s’enchevêtrent, mêlant ainsi passé, présent et futur en de constantes failles temporelles, flash-back et flash forward, dans lesquels le brave Billy erre, paumé, s’y débattant pour survivre au quotidien. Sous-titré La croisade des enfants, ce roman, un des plus étonnants chefs-d’œuvre de la littérature anti-militariste américaine, est une formidable dénonciation des tueries organisées par les hommes, et le plus souvent par des appelés de dix-huit ans à peine… Le film tiré du roman a été réalisé par George Roy Hill (auquel on doit entre autres Butch Cassidy et le Kid et L’arnaque), et a reçu le prix du jury à Cannes en 1972. [D’après l’éditeur français]

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4 commentaires »

  1. Slaughterhouse Five est disponible en DVD ? C’est un des rares films pour lesquels Glenn Gould avait enregistre la musique…

    Commentaire par Anaximandre — 30 mars 2005 @ 2:50

  2. Il y a un DVD (qu’Amazon France indique "actuellement indisponible" et qui est disponible, en zone 1, sur Amazon US).

    J’ai vu le film, mais je préfère de loin le livre que j’ai lu en anglais (idem pour Johnny s’en va-t-en guerre) – donc je ne connais pas vraiment la qualité de la traduction.

    Commentaire par miklos — 30 mars 2005 @ 3:05

  3. J’adore le 1er, même si les scènes de flash back sont un peu à l’eau de rose ; je n’ai pas de souvenirs du 2eme alors que d’après le résumé j’ai du le voir il y a un siècle.

    Commentaire par sorty — 30 mars 2005 @ 3:08

  4. [...] refroidissement climatique sur Trafalmadore avait affecté les éclosions : la population y baissait à vue d’œil, et la menace de la [...]

    Ping par Miklos » Naissance de l’art contemporain — 13 avril 2010 @ 2:02

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