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8 février 2009

Life in Hell: Swingin’ in the Snow

Classé dans : Cuisine, Musique — Miklos @ 2:20

Il neige. Akbar, enveloppé dans un long manteau gris qui descend jusqu’à ses chevilles, et Colomba, dont la jupette noire laisse admirer ses longues et belles jambes, entrent au Théâtre de la Ville. Samedi après-midi y est souvent le créneau des « concerts troisième âge » : pas trop tard pour pouvoir se coucher tôt, et programme classique (les favoris : Bach – Mozart – Beethoven – Schubert). Ils sont en général fréquentés par un public plus… enfin moins jeune ou bobo que ceux des soirées. Mais ce n’est pas une raison de les ignorer quand on n’est pas encore retraité : ils sont excellents, autant par le choix des œuvres que des interprètes : et même si Akbar n’y a pas apprécié la récente interprétation de Winterreise, il se souvient avec délectation des récitals de Christine Schornsheim au clavecin et au pianoforte ou du concert de l’ensemble Clément Janequin, par exemple.

Aujourd’hui, le programme est all-American et jazzy, c’est le moins qu’on puisse dire. Mais pour ne pas inquiéter les habitués, les compositeurs sont des grands noms du classique. Igor Stravinsky, dont les complexes Danses concertantes et Ebony Concerto démontrent, s’il en faut, la maîtrise d’une incroyable palette de styles et de genres, d’une écriture savante sans être ennuyeuse ou absconse pour un public non averti ; La Création du Monde de Darius Milhaud, chatoyante de couleurs et d’harmonies, aux sonorités chaudes et entraînantes, aux rythmes syncopés (dont les premières notes ne sont pas sans rappeler celles de Wenn mein Schatz Hochzeit macht de Gustav Mahler) ; le concerto pour clarinette d’Aaron Copland au très beau solo pour la clarinette et dont la seconde moitié, plus décoincée, a assuré une transition avec le clou du concert, le Prélude, fugue et riffs pour clarinette et ensemble jazz de Leonard Bernstein : une explosion sensuelle, joyeuse, déchaînée, haletante et paroxystique, œuvre écrite jusqu’à la dernière note mais qui semblait improvisée et spontanée et dont l’effet contagieux s’est propagé à la salle, avec l’encouragement du chef : plus d’une tête grisonnante se balançait au rythme de la musique que d’autres soulignaient en battant des mains, pour finir en une ovation soutenue au soliste – le clarinettiste Ronald Van Spaendonck –, à l’ensemble Les Siècles et surtout à son chef et fondateur, François-Xavier Roth, dont la valeur n’a pas attendu le nombre des années.

Les instrumentistes sont jeunes, doués et passionnés, et leur répertoire balaie quasiment toute l’histoire de la musique écrite ; Akbar remarque l’un des deux batteurs : à peine sorti de l’adolescence, coiffé à la Beatles, de grosses lunettes à la monture noire années 60 sur le nez, la chaussure mal lacée, il domine avec précision et intensité toute sa quincaillerie. Quasiment tous les musiciens sont debout, à l’exception du pianiste (qui n’est pas un Victor Borge), des violoncellistes, du contrebassiste et du jeune percus­sionniste, ce qui contribue à leur engagement physique dans la musique. Akbar remarque quelques imprécisions dans les attaques ou les fins de phrases chez Stravinsky ou dans les pizzicati chez Copland, mais il est emballé par le concert dans son ensemble.

Quant à Roth, de dire de lui qu’il est un musicien engagé est un euphémisme : il l’est dans son action musicale foisonnante, il l’est dans sa direction, il l’est dans tout son être. Complice de ses musiciens et toujours attentif à chacun d’eux, son visage expressif reflète les émotions que véhiculent la musique : tour à tour souriant, riant, coquin ou mutin, puis sourcils froncés, bouche en accent circonflexe de Pierrot triste, abattu, dans les rares moments plus graves. Parfois décontracté, parfois déjanté, il swingue, va jusqu’à héler le public, crier ou siffler dans le Bernstein, encourage la salle à participer et serait sans doute capable de faire danser un cul-de-jatte. D’ailleurs, sa gestique rappelle à Akbar celle de Bernstein, qu’il avait eu la chance de voir diriger (et de rencontrer) bien des années auparavant : cet immense musicien aurait pu battre le record de saut en hauteur lorsqu’il dirigeait du Mahler – on garnissait d’ailleurs le podium d’un tapis plus épais pour assourdir ses atterrissages – et sortait, tout aussi épuisé mais excité du concert que le jeune Roth, auquel Akbar souhaite de nombreuses et belles années de musique pour son ravissement et celui de tout le public.

Les entrées – et surtout les sorties – de scène de Roth sont aussi un plaisir pour les yeux : rapide, d’un pas souple, il passe près des musiciens qu’il interpelle d’un amical ça va ? et revient saluer avec le soliste qu’il gratifie d’un bravo retentissant. Profitant du changement de disposition des chaises et des lutrins entre le Stravinsky et le Milhaud, il s’adresse au public et lui parle brièvement du programme. Involontairement cocasse, il leur raconte que « Milhaud a vécu aux États-Unis de façon plus épistolaire que Stravinsky ». Akbar doute qu’il ait voulu comparer la correspondance de Milhaud avec Cocteau à celle, fort abondante, de Stravinsky, et pense qu’il s’agissait plutôt d’un lapsus épisodique.

Colomba, ravie, entraîne Akbar dans un troquet où ils sirotent un vin chaud. Rentré chez lui, Akbar prépare sa célèbre compote de pommes dont il décide enfin de confier la recette secrète à son lectorat intime :

1,5 kg de pommes (bio)
100 gr. d’abricots secs
100 gr. de figues sèches
100 gr. de raisins secs
100 gr. de lamelles de noix de coco sèche
1 gros citron (bio)
225 gr. de sucre
cannelle, clous de girofle
un peu de rhum (facultatif)
3 verres d’eau

Laver les pommes. Les couper en quatre, retirer la queue. Mettre les quartiers dans une casserole épaisse sans les éplucher ni enlever les pépins.
Couper le citron (sans l’éplucher) en fines rondelles et le mettre dans la casserole.
Rajouter les autres ingrédients secs, puis l’eau.
Couvrir la casserole, porter graduellement à ébullition.
Laisser mijoter pendant 30 minutes en mélangeant délicatement de temps en temps.
Servir chaud, ou froid avec crème fraîche ou yaourt de brebis.
Conserver au froid.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

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5 commentaires »

  1. vous avez conclu chez les Alsaciens ?

    Commentaire par francois75002 — 8 février 2009 @ 11:39

  2. Non. Colomba s’est donnée comme objectif Lord Sandwich, Akbar laisse Jeff prendre en charge Der Baeckeoffe.

    Commentaire par Miklos — 8 février 2009 @ 14:20

  3. j’espère que tout le contenu de ce blog est sauvegardé (on ne sait jamais…), avant publication.

    Commentaire par francois75002 — 8 février 2009 @ 18:46

  4. Il est régulièrement sauvegardé, mais pourquoi « avant publication » ?

    Commentaire par Miklos — 8 février 2009 @ 18:49

  5. je confirme que le « before » s’est terminé endiablé, que Colomba n’a pas eu froid aux jambes et que, vu de dos dans son long manteau couleur passe-muraille, son compagnon avait la fière allure d’un conspirateur… d’opéra !

    Commentaire par colomba — 9 février 2009 @ 0:04

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