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22 avril 2009

Mises en abyme

Classé dans : Arts et beaux-arts, Littérature, Musique, Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 22:52


Devant De Schilderkunst de Jan Veermer van Delft.
Kunsthistorisches Museum Wien.

Une femme à la chevelure auburn, vue de dos, peint un tableau ; c’est la copie d’un tableau représentant un homme peignant un tableau, qui est le portrait d’une femme à la chevelure auburn vue de face…

«Alice dreams of the King, who is dreaming of Alice, who is dreaming of the King,» and so on, like two mirrors facing each other, or like that preposterous cartoon of Saul Steinberg’s in which a fat lady paints a picture of a thin lady who is painting the picture of the fat lady who is painting a picture of the think lady and so on deeper in the two canvases.

Martin Gardner dans sa préface d’Alice’s Adven­tures in Wonderland (1865) and Through the Looking Glass (1872), Penguin, 1965, cité par May Farouk, Tahar Ben Jelloun. Étude des enjeux réflexifs dans l’œuvre, L’Harmattan, 2009.

«Han van Meegeren, le plus célèbre faussaire de notre siècle, n’avait au départ aucune intention criminelle en peignant ses Disciples d’Emmaüs à la manière de Veermer. Il voulait, une fois son tableau reconnu par les plus hautes autorités des Pays-Bas, comme étant l’œuvre du maître de Delft, clamer haut et fort : « Non, c’est moi, dont vous n’avez jamais reconnu le génie, qui ait peint cette toile. » C’est en constatant qu’on lui offrait plus d’un million de florins pour ce Vermeer inconnu qu’il abandonna sa première idée et qu’il continua par la suite à sortir de son atelier des Vermeer de son invention, que les spécialises accueillirent à chaque fois avec reconnaissance et applaudissements. Et lorsque le pot aux roses fut découvert, on obligea van Meegeren à peindre en prison un dernier « Vermeer », car les pontes de l’histoire de l’art ne voulaient pas admettre leur erreur.

Pour ceux qui ont suivi les démonstrations contenues dans ce texte, il peut être intéressant de savoir que le seul qui émit dès le début des doutes sur l’authenticité de ces peintures était un philosophe. Jan Huizinga, qui ignorait tout des techniques grâce auxquelles il est soi-disant» possible d’attribuer sans erreur une œuvre, déclarait, dès la découverte des « Disciples d’Emmaüs », que quelque chose d’indéfinissable dans la toile ne correspondait pas à l’esprit de Vermeer. Il savait que l’essence d’un tableau ne se trouve pas sur la surface plane…

Hansjörg Gisiger, De l’art, de l’artiste et de la création. Essai, L’Age d’homme, 2000.

« J’aime assez qu’en une œuvre d’art, on retrouve ainsi transposé, à l’échelle des personnages, le sujet même de cette œuvre. Rien de l’éclaire et n’établit plus sûrement les proportions de l’ensemble. Ainsi, dans tels tableaux de Memling ou de Quentin Metsys, un petit miroir convexe et sombre reflète, à son tour, l’intérieur de la scène où se joue la scène peinte. Ainsi, dans le tableau des Ménines de Velasquez (mais un peu différemment).» Enfin, en littérature, dans Hamlet, la scène de la comédie ; et ailleurs dans bien d’autres pièces. Dans Wilhelm Meister, les scènes de marionnettes ou de fête au château. Dans la chute de la Maison Usher, la lecture que l’on fait à Roderick.

André Gide, Journal 1889-1939, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, tome I, p. 41 (cité par Jean-Pierre Goldstein, Lire le roman, De Boeck Duculot, 1999.)

« La mise en abyme dont Ponge reste vraiment l’un des maîtres,» dans l’écriture et la composition, c’est une appropriation exaspérée du propre, une manière d’enrichir à l’infini la plus-value de la propriété et, dans le même temps, le renoncement au propre, l’abnégation, l’acceptation de la perte ou de l’expropriation.

Jacques Derrida, Déplier Ponge. Entretien avec Gérard Farasse, Septentrion, 2005.

« Le notturno avait connu sa mise en abyme : en 1780, Luigi Boccherini avait composé un « petit » quintette en ut majeur, op. 30 n° 6, G. 324, dit La Musica Notturna delle strade di Madrid (Musique nocturne des rues de Madrid) : en cinq mouvements, Boccherini, dans une musique qui se voulait descriptive, nous racontait en autant de tableaux sonores les bruits et les musiques de la ville :» les cloches de l’Ave Maria, le menuet des mendiants, les prières d’un rosaire, une passacaille des chanteurs de rue, la Retirata notturna di Madrid en forme de variations pour finir, que Luciano Berio en 1975 a transcrite en quatre versions légèrement différentes.

Françoise Escal, La musique et le romantisme, L’Harmattan, 2005.

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