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23 juin 2013

Deux portraits d’Ingres par Nadar

Classé dans : Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 7:17

«Il y avait des peintres qui avaient nom Heim, Picot, Hesse, Couder, que sais—je encore ? tous de génie à peu près égal, comme il convenait à gens venus de l’école des David, des Gérard et des Girodet.

Pendant que ces bons peintres se bornaient naïvement à faire leur peinture, l’un d’eux tira ses grègues à l’écart de ces braves gens, et se mit à peindre ses toiles avec un sérieux tout particulier et véritablement supérieur. Rien de plus profondément glacial et antipathique que cette atroce peinture et que cette méthode plus répulsive encore qui calculait machiavéliquement ses lenteurs, patiente jusqu’à l’énervement, sobre jusqu’à l’abstinence, avare jusqu’à la prodigalité. Mais, en revanche, — impérissable secret pour tout homme médiocre qui veut atteindre à toute grande fortune, — l’homme ne riait jamais, et quand il avait terminé un de ses enluminages archaïques, ce « Chinois égaré dans les rues d’Athènes, » comme a dit mon Préault, écrivait magistralement au bas : INGRES PINGEBAT, ROMA, et le millésime en romains.

Et la foule d’accourir pour contempler ce que venait d’accomplir l’homme grave, et comme il demeurait plus sérieux que jamais, cela était l’envie de rire aux autres.

— PINGEBAT !… lisait l’un.

— ROMA !!… relisait l’autre.

— Bigre !!!… disaient les deux en s’en allant, — celui-là est un homme fort !

Et, en effet, — cet homme dont l’œuvre n’est autre chose qu’une glacière dans laquelle un ou deux rayons de chaude lumière semblent perdus à regret, devant chaque tableau duquel il me semble qu’on me coule une clef dans le dos, — cet homme qui a créé la plus détestable école, dont le caractère personnel et impérieux repoussait toute sympathie, mourra comblé d’ans, d’honneurs et de biens, et traînera toute une nation spirituelle derrière lui le jour de ses funérailles.

PINGEBAT !!!

(Combien de nouvelles pierres, ô Nadar ! viens-tu d’ajouter ici au tas qui t’est réservé !) »

Nadar : À Terre & en l’air… Mémoires du Géant. E. Dentu, libraire-éditeur. Paris, 1864.

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Un commentaire »

  1. [...] Verne concernant l’immense ballon que Nadar avait fait construire en 1863.Indépendamment de l’infaillible procédé Pingebat que j’ai dit plus haut, en n’oubliant pas, dans les moyens de parvenir, la nécessité de la [...]

    Ping par Miklos » Conseils à tout jeune écrivain qui a sa place à se faire — 23 juin 2013 @ 10:05

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