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7 août 2009

La Vénus de Milo en visite incognita à Paris

Classé dans : Photographie, Sculpture — Miklos @ 20:40

«Malraux faisait remarquer que l’absence des bras rend les Victoires grecques plus symboliques encore que ne les avaient conçues leurs créateurs, et donc que l’admiration qu’elles nous inspirent est en grande partie étrangère à leur style. Comme les statues achéïropoïètes d’Inde et de Byzance, la Victoire de Samothrace n’est plus une invention humaine. En art, tout peut faire sens, surtout les blancs et les vides à travers lesquels l’esprit vagabonde. « La valeur inestimable de ces choses retrouvées réside, je le crois, dans le fait que l’on puisse les considérer vraiment comme des inconnues ; on ne connaît rien de leur intention, et on ne peut – tout au moins le profane – y attacher rien de matériel ; nulle voix secondaire n’interrompt le silence recueilli de leur existence et leur durée est sans repentir et sans angoisse. […] elles sont, un point, c’est tout. » (R.M. Rilke, Lettre à Lou Andréas Salomé, 1903). Une étape décisive sera franchie lorsque, d’accidentelle qu’elle était, la mutilation deviendra essentielle, c’est-à-dire qu’elle deviendra une part essentielle de la vérité de la sculpture. D’aléatoire qu’elle était, la mutilation deviendra volontaire – nous le verrons plus loin avec Rodin –, car qu’est-ce que la sculpture sinon, de tous les arts, celui qui, par excellence, est en prise sur l’inachevé ? – quel mouvement s’y achève ? La métamorphose de la sculpture est la sublimation de la douleur en joie : pesanteur devenue légèreté. Car la mutilation en sculpture, qu’elle soit accidentelle (Vénus de Milo) ou intentionnelle (L’Homme qui marche), n’a rien à voir avec la mutilation réelle – laquelle dénote souffrance et laideur.» Ce seul fait suffirait à nous faire regarder d’un autre œil ces statues où nous croyons voir des corps. La Vénus de Milo a le charme de la jeunesse éternelle, L’Homme qui marche, celui de la santé et de la robustesse.

Christian Godin, La Totalité 4. La totalité réalisée. Les arts et la littérature. Éd. Champ Vallon, 1997.

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2 commentaires »

  1. Que fera-t-on quand on retrouvera les bras. Ils doivent être quelque part au Louvre, d’après les archives….

    Commentaire par francois75002 — 7 août 2009 @ 20:45

  2. On pourrait les rajouter à la Victoire de Samothrace ? Ou les confier à une entreprise en difficulté qui a besoin de bras ?

    Commentaire par Miklos — 7 août 2009 @ 20:47

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