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13 janvier 2010

Les matches Google-Chine et Google-France (Europe)

Classé dans : Actualité, Livre, Sciences, techniques — Miklos @ 2:06

La presse s’est fait écho avant-hier des excuses que Google a présentés à l’association des écrivains chinois pour avoir numérisé des ouvrages de ses membres sans autorisation préalable. Dans son message, l’entreprise reconnaît que, « du fait des différences d’interprétation des systèmes chinois et américain de copyright, son comportement a déplu aux écrivains chinois » et regrette de le ne pas avoir assez communiqué avec eux.

On croit rêver. Ce n’est pas l’attitude que Google a adoptée face à La Martinière et aux autres éditeurs français dans un cas très similaire… Mais on peut en imaginer les raisons.

24 heures plus tard. Google annonce que des cyber-attaques massives en provenance de la Chine visent principalement à identifier les comptes de courrier électronique Gmail d’activistes chinois des droits de l’homme, et secondairement ceux de vingt grandes sociétés dans les domaines de la finance, des technologies, des médias et de l’industrie chimique.

Du coup, Google décide de ne plus filtrer les résultats que son moteur de recherche fournit aux internautes chinois, mesure mise en place pour satisfaire les autorités de l’empire du Milieu, quitte à devoir quitter le pays. C’est Baidu qui sera content : c’est le premier moteur de recherche en Chine (61,6% du marché en juin 2009), et c’est peut-être face à ce constat que Google réfléchirait à jeter l’éponge.

Ces démêlés ne sont pas sans rappeler ceux de Yahoo en 2007, selon la presse : filtrage de contenus jugés comme subversifs (concernant les mouvement indépendantistes taiwanais et tibétains), fourniture d’informations à la police chinoise concernant un journaliste qui utilisait un compte de courriel Yahoo pour communiquer avec l’étranger, avec pour conséquence son arrestation… Une différence, tout de même, avec Google : Yahoo Chine n’est pas une filiale de Yahoo (mais avait été vendue à une compagnie chinoise, Alibaba).

Ces récents développements inciteront-ils Google à assouplir ses exigences concernant l’exclusivité qu’il s’arroge sur les contenus numérisés dans le cadre de son projet Google Books ? C’est ce que souhaite Frédéric Mitterrand, en tout cas. Si un accord était trouvé, il permettrait à Google, sortant de Chine, d’entrer en force en Europe, d’abord par la France puis par Europeana.

Quoi qu’il en soit, on espère que les négociations ne concerneront pas uniquement l’accès ouvert aux fichiers en mode image résultant de la numérisation, mais aussi de la reconnaissance de leur texte (« océrisation »).

14 janvier. Selon le New York Times, la Chine vient de réagir indirectement à l’annonce de Google : lors d’une conférence de presse ordinaire, une porte-parole ministère des affaires étrangères a dit que la Chine accueillait volontiers des sociétés Internet étrangères, mais que celles-ci devaient opérer « selon la loi ». Google ayant supprimé ses filtres, il est possible que les autorités chinoises bloquent l’accès au moteur à partir de son territoire. Ainsi, Google n’aura pas quitté la Chine de son propre chef, mais en aura été expulsé. Bien que ce ne soit pas le Japon, c’est une façon de ne pas perdre la face.

Le même jour, VeriSign indique avoir identifié les ordinateurs ayant effectué les cyber-attaques à l’encontre de Google : selon eux, l’origine en est, sans l’ombre d’un doute, le gouvernement chinois. L’identification de ces serveurs laisse aussi supputer qu’une attaque massive à l’encontre d’un grand nombre de sociétés américains, effectuée juillet dernier, provenait de la même source.

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4 commentaires »

  1. Google contre le gouvernement chinois:  » Business  » ou  » Don’t be evil  » ?

    Un article de Tech Crunch qui fait le buzz s’interroge sur la sincérité de cette campagne: s’agirait-il plus de business que d’éthique ? En-effet, Google perd de l’argent sur ses opérations chinoises et ne ferait que profiter de cet incident pour revoir ses positions. Par ailleurs, d’une pierre deux coups, ses compromissions passées avec la censure chinoise avaient ces dernières années durement malmené son image de marque.

    Alors,  » Business  » ou  » Don’t be evil  » ?

    C’est la question du sondage trouvé sur Pnyx: http://www.pnyx.com/fr_fr/poll/493

    A votre avis, ce bras de fer, n’est-ce que par intérêt pour négocier de meilleures conditions d’exploitation en Chine, ou est-ce pour retrouver – tardivement, mais mieux vaut tard que jamais – les valeurs de son célèbre et humaniste slogan ? Ou les deux, tant qu’à faire !

    Commentaire par OrangeOrange — 13 janvier 2010 @ 16:27

  2. Comme je l’explique, je suppose que ce n’est ni pour l’une ni pour l’autre des raisons que vous invoquez, mais parce qu’ils ont constaté qu’ils ne perdraient pas beaucoup (sauf la face) en sortant de Chine. Avec cette justification de « droits de l’homme », ils pourraient s’en targuer pour entrer en Europe (et assouplir leur posture exclusive).

    Quant aux célèbres slogans de Google, vous faites allusion à celui de ses fondateurs à l’encontre de la publicité, hmmmm ?

    Ma lecture du don’t be evil est différente, d’ailleurs, de celle qu’on suppose…

    Commentaire par Miklos — 13 janvier 2010 @ 19:37

  3. Je pense qu’il y avait beaucoup d’ironie dans la déclaration de Google relative au copyright lorsqu’on connaît la liberté avec laquelle la Chine s’affranchit des brevets, licences et autres droits de prorpiété intellectuelle

    Commentaire par francois75002 — 15 janvier 2010 @ 23:31

  4. Ironie ? Non, opportunisme, semble-t-il. Des deux côtés : la société de droits d’auteurs chinoise (ça existe, semble-t-il) a accusé Google d’avoir numérisé 17.922 livres de 570 auteurs (y inclus des membres de l’Administration chinois) sans autorisation.

    Si Google s’est alors excusé et ne l’a pas fait en France dans des conditions similaires, c’était sans doute dicté par ses intérêts importants (alors) en Chine plutôt que pour des principes tels que le respect du droit des auteurs et des éditeurs, qui devient très relatif.

    Il se peut que Google ait changé d’avis, et se soit décidé (résigné ?) à quitter la Chine (en se faisant renvoyer pour avoir levé ses filtrages, qu’il avait établi pour satisfaire le gouvernement et pouvoir s’implanter en Chine – encore une question d’intérêt plus que de principe), et envisage de s’implanter en Europe, en faisant quelques concessions.

    Quant à la Chine, elle affirme combattre les violations de copyright, mais il semble surtout s’agir de CDs et de DVDs.

    Commentaire par Miklos — 16 janvier 2010 @ 0:12

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