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17 janvier 2010

Un grand organiste

Classé dans : Musique, Sciences, techniques — Miklos @ 2:32

Helmut Walcha était, selon la Wikipedia de langue française, un « claveciniste allemand » et un « organiste classique ». On peut se demander pourquoi la nationalité est attachée au clavecin et la période à l’orgue, mais bon, passons. La Wikipedia en anglais est plus cohérente, le classant dans les catégories “German harpsichordists” et “German classical organists”. On peut encore se demander pourquoi il fallait spécifier “classical” pour l’orgue et pas pour le clavecin (instrument pour lequel il existe un répertoire contemporain fort respectable et des interprètes fameux, à l’instar d’Elisabeth Chojnacka). On ne peut que supputer que c’est destiné à distinguer l’orgue à tuyaux des orgues et claviers électroniques.

Encore une différence entre les deux versions : « Il devint aveugle à l’âge de seize ans » dans l’une, “Walcha was blinded at age 19” dans l’autre. C’est cette seconde version que fournissent les Wikipedias en allemand et en tchèque, tandis qu’un ouvrage, Musik mit Blinden (« musique avec aveugles ») de Fraujke Saupendahl s’accorde avec la version française. De quoi perdre son latin (mais la Vicipædia Latina n’en parle pas). C’était, pour l’organiste, tout à fait secondaire : un article du livret accompagnant le magnifique coffret d’Archiv Produktion L’œuvre pour orgue de J.S. Bach et qui comprend la seconde intégrale que Walcha en a effectué, précise :

Helmut Walcha a plus d’une fois donné à entendre le peu d’importance qu’il accordait aux conséquences de la cécité irrémédiable qui l’atteignit en son jeune âge. (…) Nous en serions resté là si, au cours d’un entretien radiophonique, Walcha n’avait déclaré que la maladie qui lui ravit à tout jamais la vue du monde extérieur, en revanche lui avait ouvert et facilité la voie de l’univers intérieur. Quiconque est protégé de cet excès d’impressions visuelles auxquelles l’homme moderne se trouve exposé sans contrôle, ressentira la primauté organique de son ouïe et la représentation auditive se changera chez lui en un univers intime d’une immense richesse. Si, de plus, il est, à l’instar de Helmut Walcha, doué d’un tempérament musical au-dessus du commun, il sentira naître cette faculté d’adaptation et de communion à l’égard de structures musicales complexes, bien différent en cela de celui qui, séduit par l’aspect visuel de l’exécution musicale – par exemple la fascination exercée par le chef d’orchestre ou par le virtuose – ne jouit que des beautés superficielles de la Musique, comme il en est dans les compositions d’une valeur douteuse. — Karl Grebe

La Wikipedia italienne a adopté la même approche discrète que ce texte, “Affetto fin da bambino da una grave malattia agli occhi” sans même parler de cécité.

La version française n’a pas fini de nous interpeller. On y lit : « Après la Seconde Guerre mondiale, il fonda l’Institut de musique religieuse (Institut für Kirchenmusik) ». Si l’on cherche des précisions sur cet institut, on constate qu’il y en a un certain nombre en Allemagne et dans les autres pays de langue allemande… La Wikipedia allemande d’ailleurs ne référence que l’un d’eux, celui de Mayence. En comparant de nouveau les pages consacrées à Walcha dans les diverses Wikipedias, on constate que l’italienne indique qu’il est nommé directeur de l’institut de musique religieuse au conservatoire de Frankfort sans préciser s’il l’a créé ou non, ce qu’indique la Wikipedia allemande. Est-ce un institut indépendant ou un département du conservatoire (où enseignait Walcha) ? L’a-t-il créé ou non ? Tant de questions, si peu de réponses…

C’est une collègue qui vient de me donner le fin mot de l’histoire. Elle me cite un extrait du livret accompagnant la première édition des œuvres pour orgue de Bach par Walcha chez Archiv (je possède la seconde) :

“He also taught at the local conservatory (German: Konservatorium), where he was appointed to a professorship in 1938. In 1947 he assumed direction of the Depart­ment of Church Music at the city’s Musik­hochschule (Kirchen­musik­abteilung der Frankfurter Hoch­schule für Musik)”. — Martin Elste

La Wikipedia en français est donc dans l’erreur : il s’agissait de la direction du département de musique d’église au conservatoire municipal de Frankfort (auquel je viens d’écrire pour demander les circonstances de sa création), et pas d’un institut d’ailleurs inexistant.

Et pour se consoler de ce marasme, écoutons Walcha au clavecin dans un extrait des Variations Goldberg ou à l’orgue dans le Prélude et fugue en sol majeur, BWV 550. Quel art de la registration, quelle lecture posée et claire sans afféteries ni « beauté superficielle », comme le dit si justement Karl Grebe et qui va ainsi à l’essentiel : la musique. Et quelle musique… !

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