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26 mars 2014

Quand ActuaLitté rature

Classé dans : Actualité, Livre, Médias — Miklos @ 12:45


Les bibliothèques d’Érik Desmazières

« Table ronde autours du PNB en Europe », « elle date ddu projet Gutenberg », « le rôle social de l’“e-bibliothèqe” », « Tout  ce que nous faisons à la librairie » (il s’agit évidemment de « bibliothèque », faux ami notoire), « Ll’idée de la bibliothèque virtuelle », « fichiers chronodégradable », « …pourquoi un ebook peut-être indisponible à un moment », « la bibliothèque de Grenoble a ainsi pu apprendre à maîtriser les outils numériques, tester les réactions des inscrits, voir les demandes », « la même signifation sociale », « les bibliothèques le plus ouvertes possible ».

Voici une sélection de phrases d’un article du site ActuaLitté – les univers du livre qui vise à rapporter le contenu d’une table ronde consacrée au prêt de livres numériques en bibliothèque, et qui s’était tenue en début de semaine au Salon du livre. Ce texte ne se contente pas de bafouer l’orthographe et la syntaxe – un comble, vous l’avouerez, dans le contexte du livre et de la lecture –, il en transforme aussi les faits. Voici quelques mises au point.

 « Le Centre National du livre a organisé une table ronde réunissant trois femmes ».

Non, c’est le service du livre et de la lecture au ministère de la culture qui l’a organisée, en réunissant quatre personnes, dont une n’était pas une femme (je peux en témoigner personnellement).

 « L’idée n’est pas jeune. Les intervenants ont rappelé qu’elle date ddu [sic] projet Gutenberg lancé à l’initiative de Michael Hart en 1971 ».

La confusion entre « livre électronique », « bibliothèque numérique », « prêt électronique de livres » est totale… L’intervenant, moi en l’occurrence, a dit en l’espèce que :

- le livre numérique, inventé vers 1949, existe de façon exploitable depuis le début des années 1960 ;

- la première bibliothèque numérique apparaît sans doute avec le projet Gutenberg qui démarre en 1971 ;

- le prêt de documents électroniques commence avec l’apparition du disque compact dans les années 1980 ;

- et enfin, le prêt en ligne de documents numériques (musicaux) démarre, lui, en 2003 au Danemark.

 Le journaliste cite Madame Andrea Krieg, qu’il intitule « directrice de la bibliothèque Karlsruhe en Allemagne », et lui fait dire : « Nous proposons maintenant 350 000 titres différents. Ils sont consultables sur tout type de support, ordinateurs, tablette ou smartphone, et sont chronodégradables. »

D’abord, il ne s’agit pas d’une quelconque bibliothèque nommée Karlsruhe, mais de la bibliothèque d’État de Karlsruhe (c’est un peu comme s’il appelait notre BnF « la bibliothèque Paris »).

Ensuite, là aussi confusion totale (et données erronées) entre la taille du fonds physique de la bibliothèque – 311 942 documents – et son fonds numérique disponible en ligne – 7204 documents.

 La relation que le journaliste fait de l’intervention de Madame Fiona Marriott de Luton Culture est aussi plus qu’approximative : elle ne mentionne pas qu’il s’agit d’un organisme à but non lucratif et d’utilité publique (en anglais, « registered charity ») récemment créé (en 2008), plutôt qu’un organisme d’État, à la différence des deux autres bibliothèques représentées ici.

Ensuite, l’article ne dit pas – information centrale, pour ce débat – que le fonds numérique (comparable en volume avec celui de Karlsruhe) est fourni par OverDrive, société américaine qui détient d’ailleurs quasiment le monopole du prêt électronique d’ouvrages aux États-Unis et dont l’offre ne correspond pas toujours aux besoins de bibliothèques britanniques.

Enfin, les problèmes avec Penguin ont commencé bien plus tard, quand OverDrive a fait affaire avec Amazon et permis le télé­char­gement d’ouvrages sur le Kindle, ce qui a causé le retrait de l’éditeur de son offre dans OverDrive en 2011 (et son retour en septembre 2013).

 En ce qui concerne la bibliothèque de Grenoble, aucune mention de Numilog, fournisseur d’un petit fonds de livres électroniques à cette bibliothèque municipale depuis 2005, puis les raisons de la réorientation vers le projet PNB passées sous silence. À ce propos, le journaliste semble confondre l’acronyme de ce projet – un nom propre, donc – avec l’expression « prêt numérique en bibliothèque » en tant que nom commun, qui décrit ces nouvelles modalités de circulation.

Enfin, il prétend que cette bibliothèque « désirait construire sa propre interface numérique » (mes italiques), ce qui est une incompréhensible incompréhension… : à ma question, Madame Brigant avait expliqué (en français, elle) que PNB, à l’encontre par exemple de la solution OverDrive, ne fournissait pas d’interface à ses services mais des APIs (méthodes de connexion informatiques) ce qui nécessitait ce développement.

Je ne peux qu’espérer que le reste du public de la table ronde aura compris, lui.

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