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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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19 novembre 2020

Apéro virtuel II.18 – jeudi 19 novembre 2020

Classé dans : Société — Miklos @ 23:59

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Jean-Philippe, puis Sylvie étant arrivés, la conversation s’engage sur le télétravail qui s’instaure de façon inexorable et, probablement, dans la durée, bien au-delà de la fin de la pandémie : sans même parler de ses aspects asociaux, on évoque les difficultés d’adaptation du lieu de vie au travail – espace, calme, mobilier de travail, rangements… et de l’accès périodique dont on peut avoir besoin aux documents (papier) du bureau (livres, archives, dossiers…).

Puis Jean-Philippe demande à Michel le sens profond de son image de fond d’écran. Réponse : aucun ; Michel ayant reçu d’un ami la photo de ce panneau à gauche, il voulait l’utiliser en fond d’écran. Mais comme son format est de type portrait alors que l’écran est plutôt paysage, il a rempli le vide avec une gravure de diable, en l’occur­rence celle du Diable d’argent, une parmi des dizaines de gravures satiriques de la finance, apparues après le krach de 1720.

Puis Michel montre un extrait du journal télévisé de France 2 de la veille, sur l’amitié bouleversante, qui s’est nouée sur le tard, entre Simon et Konrad, l’un juif rescapé de la Shoah, l’autre fils de nazi. Aujourd’hui, âgés de 86 et 88 ans, ils parcourent les écoles pour raconter leurs vies et délivrer des messages de paix et de tolérance aux plus jeunes.

Françoise (C.) et Françoise (P.) arrivent sur ces entrefaites.

À l’occasion de la journée mondiale des droits de l’enfant, qui a lieu annuellement le 20 novembre (date fixée en 1989 à l’ONU), Jean-Philippe montre la vidéo d’un témoignage saisissant de l’animateur Thierry Beccaro, devenu ambassadeur d’Unicef France en 2019, vidéo dans laquelle il relate les violences que son père, « ivre et triste », lui a fait subir et dont les effets l’ont poursuivi longtemps.

Françoise (C.) qui l’avait vue hier soir dit être très critique des services sociaux : une femme de sa connaissance essayait d’aider ses neveux, enfants maltraités par leur mère, et voulait les prendre en main et s’en occuper. S’adressant aux services sociaux, elle s’en­ten­dait dire qu’on ne pouvait rien faire, et que c’était aux enfants de venir se plaindre… À 18 ans, leur mère les a chassés et ils sont en train de devenir des voyous. Elle rajoute qu’on donne maintenant un numéro à appeler, mais y a-t-il beaucoup d’appels ? Et, demande Michel, ce numéro est-il seulement connu de ceux qui en ont le plus besoin, les enfants maltraités ?

Jean-Philippe rajoute qu’en sus l’enfant est construit pour « défendre » ses parents, et donc il est plausible qu’il n’aille pas les dénoncer, se croyant lui-même coupable d’une faute qui aurait attiré ces « punitions » et défendant ses parents. Dans la conversation qui s’ensuit, on mentionne que s’y rajoute l’ambiguïté de l’attitude du père de Beccaro, qui, en dehors de ses fréquentes crises de violence, exprimait son amour à son fils. Et qui d’extérieur au noyau familial serait à même de signaler ces violences par leurs manifestations physiques et/ou psychiques, parfois subtiles, dans le comportement des victimes – les compagnons de classe ? Mais peuvent-ils le voir (peut-être au vestiaire quand il se déshabille) ou le percevoir ? Les instituteurs  ? Donnent-ils aux élèves l’occasion d’exprimer, voire indirectement, leur for intérieur, par exemple par des dessins ou des fictions écrites ?

Françoise (P.) précise que, dans le film qu’elle avait vu hier, les maîtresses signalaient à l’administration ce type de problèmes, mais du fait de la lourdeur bureaucratique, rien ne se passait. Puis elle demande ce qu’on pense de ces enfants de djihadistes transformés en machines de guerre. Michel rajoute que l’on peut poser une question similaire pour ces enfants de tziganes qu’on voyait récemment dans son quartier (et ailleurs), entraînés à voler.

Françoise (P.) évoque alors un article du Monde qu’elle avait envoyé à Michel ce matin, concernant un nombre croissant d’ado­lescents ultraorthodoxes en Israël s’échappant de ce milieu étouffant – sans forcément renier entiè­rement leur pratique religieuse –, et, dans la plupart des cas, reniés alors par leurs parents. Sylvie en a rencontré un qui lui disait le courage qu’il fallait pour le faire. Michel évoque alors un film documentaire récent – il s’agit de M, réalisé par Yolande Zaberman et sorti en mars 2019 – qui relate le retour dans son ex communauté ultraorthodoxe d’un homme de 35 ans qui l’avait quittée à l’âge de 20 ans après y avoir été longtemps abusé, retour pour retrouver ses bourreaux et surtout son père, qui l’avait chassé quand il a appris que son fils avait été violé… Sa phrase : « J’ai commencé ma vie à vingt ans quand je me suis enfui » n’est pas réellement différente de Je suis né à 17 ans, titre du livre-confessions de Thierry Beccaro. Michel dit la chance qu’il a eu d’apprendre par son père que ses grands-parents (qu’il n’a pas connus du fait de la Shoah), juifs très orthodoxes dans un shtetl de Pologne orientale, étaient très respec­tueux des autres, y compris de leurs enfants, et ne leur ont rien imposé ; comme quoi on peut trouver du meilleur comme du pire dans quasi­ment n’importe quelle communauté.

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Apéro virtuel II.17 – mercredi 18 novembre 2020

Classé dans : Arts et beaux-arts, Langue, Lieux, Littérature, Peinture, dessin, Sculpture — Miklos @ 3:55

Bureau de Nikos Kazantsakis (détaii). Musée historique. Héraklion (Crète).
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Après les arrivées successives de Jean-Philippe, Sylvie et Françoise (C.), avec lesquels s’instaure un échange sur les coiffeurs et la disparition de ce métier des trains (avez-vous entendu parler de Tresse Express ?), Françoise (P.) apparaît et nous lit un texte très joli­ment tourné, si joliment qu’on vous le donne à lire ici. De qui est-ce ? Devinez… Jean d’Ormesson ? Eh non, essayez encore… Si vous renoncez, Enfin, là1, c’est-à-dire en bas de page. Trop facile de cliquer… !la réponse est ici.

Sylvie et Michel évoquent alors ce grand écrivain de petite taille ; Sylvie, ayant reçu son numéro de téléphone d’un proche, l’avait appelé pour lui demander de préfacer son ouvrage La vie à la retraite : mode d’emploi. Petit manuel à l’usage des jeunes retraités déboussolés (2015). Il répond, lui demande comment elle a eu son numéro personnel ; elle bredouille « Un ami d’ami » afin d’éviter à avoir à identifier le coupable, il lance « Eh bien, il a eu tort, mes hommââââges, Mâdâmeu ! » et raccroche. C’est Pierre Bellemare qui en fera la préface : « Je suis dans ma 86ème année et je n’ai toujours pas l’im­pres­sion d’avoir pris ma retraite. Pourquoi ? […]. » Michel, et François, eux, avaient dîné avec lui – enfin, à des tables pas si éloignées l’une de l’autre – au Grand Colbert, où il était en compagnie d’une très jeune (quelques générations après la sienne) femme, et il était évident (à leurs expressions respectives) qu’ils n’étaient pas apparentés. Françoise (P.) dit alors qu’il était très machiste et qu’elle ne l’aimait pas à cause de ce machisme, mais comme son mari l’adorait, ils avaient tous ses livres chez eux.

Pour continuer sur le thème de la littérature, Michel montre une brève vidéo (moins de deux minutes) dans la série La p’tite librairie qu’il avait vue sur La Cinq, dans laquelle François Busnel présente de façon simple, claire et synthétique l’essai Effondrement : comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie de Jared Diamond. Ce n’est pas un livre récent récent, puisqu’il a été publié en France en 2006, mais il est encore plus d’actualité en ces temps de discours sur la collapsologie. Cela donne vraiment l’envie de l’acheter (sans forcément passer par Amazon pour ce faire) et de le lire (on connaît trop bien ces livres qu’on achète et empile pour « plus tard »…).

Ensuite, Michel montre quelques photos (dans cet album, à partir du n° 43) d’œuvres – extra­or­dinaires à son avis – du lointain passé (plus de 6800 ans pour celle ci-contre) et pourtant si « modernes » ! et pour certaines assez drôles (telle ce vase en forme d’oiseau réalisé il y a quelque 4500 ans), qui se trouvent au musée archéologique d’Héraklion en Crète, où il avait été invité en 2011 pour une réunion profes­sionnelle.

À propos d’une photo où l’on aperçoit le bout d’un pied émergeant de dessous des plis d’une toge – il s’agit d’une statue de marbre du temple des dieux égyptiens, datant de la fin du IIe siècle –, Françoise (C.) dit qu’elle a constaté qu’il a la forme de ce qu’on appelle « le pied grec », où le second orteil est plus long que le gros orteil, et se demandait si c’était une coïncidence ou avait un sens particulier, à quoi Michel n’a pas de réponse. À ce propos, Sylvie révèle qu’elle a le pied grec, ce qui est déplaisant, le second orteil frottant le bout des chaussures… Celui de Françoise (P.) s’avère l’être aussi, et, paraît-il, cette forme de pied est bien plus belle que celle du pied « normal ».

Autre révélation, celle de Jean-Philippe, aucun rapport avec le pied, si ce n’est qu’il a dû prendre le sien avec une boisson verte qui avait intrigué Françoise (P.) : c’est une boisson sans alcool, qu’il a réalisée en mixant radis, épinards et cornichons en quantités égales.

Ayant pris la parole, il poursuit avec une lecture d’un texte concernant l’eau et le feu. De qui est-ce ? Devinez… Bon, si vous renoncez, vous savez où se trouve la réponse. Jean-Philippe ayant mentionné Edgar Allan Poe dans son survol du contenu de cet ouvrage, Michel dit alors qu’ayant lu Poe très tôt et assez extensivement, la nouvelle qui l’a le plus impressionné alors et dont le souvenir est toujours aussi fort est Le Puits et le Pendule (dans l’original : The Pit and The Pendulum) datant de 1942 et publiée (dans son édition française) dans le recueil Nouvelles histoires extra­or­dinaires. Suspense quasi intenable – il est vivement déconseillé de lire l’argument de Wikipedia si l’on souhaite lire la nouvelle – , haletant, et bien que parlant du passé (bien avant Poe) il fait appel à ce qu’on qualifierait aujourd’hui de science fiction. On pourra le lire ici dans la traduction de Charles Baudelaire. Françoise (P.) se souvient d’avoir eu peur en lisant du Poe, ce qui n’est pas le cas de Sylvie.

Sylvie nous présente un livre qu’elle vient de finir de lire, Terre Ceinte (2015), du jeune romancier sénégalais d’expression française Mohamed Mbougar Sarr : c’est un roman qui se passe quelque part en Afrique, dans un territoire conquis par des islamistes. Malgré la difficulté de passer le cap des dix premières pages quelque peu étranges, Sylvie a trouvé cet ouvrage extrêmement bien écrit et un peu oppressant ; il décrit fort bien la logique – qui nous est étrangère –, le compor­tement cohérent et la jouissance de la violence du chef de la police, un fou de Dieu. Ce livre lui a été recommandé par sa cousine, qui parle non seulement le français, mais aussi l’anglais, le yiddish et le wolof (une des langues du Sénégal, pays où elle habite et dont elle détient la nationalité). Elle a fait des documentaires et écrit des livres, dont la trilogie Boy Dakar, Hivernage et Fouta Street. Sylvie conseille particulièrement la lecture de ce dernier ouvrage, écrit comme un roman policier sans l’être et qui se passe entre le Sénégal et New York et qui montre la confrontation des cultures.

Ce polyglottisme fait penser Michel à Claude Hagège qui, apparemment, connaît un grand nombre de langues sur le plan scientifique, mais sait-il en parler ? D’autre part, il faut dire qu’il n’apprécie pas vraiment ni l’œuvre – écrite dans un style parlé, comme s’il l’avait dictée sans même se corriger – ni le personnage, fort maniéré à son goût. Sylvie opine, disant son étonnement à la difficulté qu’elle a de le comprendre quand il parle de ces sujets…

Michel parle alors des discours de certains experts (non, pas la majorité) dont il lui arrive de détecter des erreurs – pour ceux des domaines qu’il lui arrive de connaître – dues à leur méconnaissance « profonde » de ces domaines ; c’est le cas de George Steiner, essayiste et critique fameux qu’il avait admiré après l’avoir découvert, et auquel il avait demandé (et reçu) l’autorisation de republier la version anglaise de son essai Dans le château de Barbe-Bleue. Notes pour une redéfinition de la culture dans son site anti-négationniste. Puis ce furent des erreurs factuelles ou des omissions dans ses écrits concernant le judaïsme (cf. une critique de Michel à ce propos), un roman, Le Transport de A.H. (il s’agit de Hitler) mal ficelé, et surtout, comme le remarquait l’historien Jacques Le Goff lors de l’émission Apostrophes en 1981 où Steiner présentait son roman, on ne pouvait qu’être « très gêné par la fascination face à Hitler que George Steiner vient d’exprimer », fascination qu’il n’a d’ailleurs eu de cesse d’éprouver pour la force et le mal absolus et leur manifestation dans de tels plumes que le maurrassien et royaliste Pierre Boutang ou les antisémites et collaborationnistes Louis-Ferdinand Céline et Lucien Rebatet. Pour conclure, en écoutant des discours d’experts, il faut être en mesure de se demander sur quoi ils sont « assis ». Françoise (P.) dit alors que ce n’est pas donné à tous, c’est la culture qui permet tout ça, d’où la nécessité d’apprendre.

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1. Texte tiré de La Tête en vrac (2014) de Patrice Métayer.

2. Texte tiré du Miroir des idées (1996) de Michel Tournier, com­pre­nant de petits articles où « les idées s’éclairent en s’opposant deux à deux », comme l’écrit l’auteur lui-même.

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18 novembre 2020

Apéro virtuel II.16 – mardi 17 novembre 2020

Classé dans : Arts et beaux-arts, Humour, Lieux — Miklos @ 2:49

Le mur des lamentations, Jérusalem (1967-1968)

Jean-Philippe, premier arrivé, reconnaît immédiatement l’arrière-plan de Michel (ci-dessous), et s’écrie, bras levés, « Nous sommes à Jérusalem ! », à quoi Michel répond : « Nous étions à Jérusalem, c’était en 1967-8 », et Jean-Philippe de rétorquer : « L’an prochain à Jérusalem ! », ce qui rappelle à Michel une anecdote : peu après 1967, se trouvant à Londres en vacances dans une auberge de jeunesse, il conversait avec un autre occupant originaire d’Asie du sud-est. Ce dernier, apprenant que Michel habitait en Israël, lui demande quelle en est la capitale, et s’exclame stupéfait en entendant la réponse : « Comment, Jérusalem n’est pas une ville céleste ??? » Michel se dit alors in peto que tout aurait été plus simple si elle l’avait effec­ti­vement été…

Sur ces entrefaites, Sylvie apparaît, puis Françoise (C.) masquée, se trou­vant dans un train qui la ramène à Paris. Si l’on avait eu par le passé quelques zoomistes se trouvant ailleurs en France ou à l’étranger – Françoise (M.) à Montpellier, Françoise (C.) elle-même en Italie, Elsa à Beyrouth… – c’est bien la première fois qu’un(e) participant(e) est présent en cours de déplacement (à part les quelques apparitions de François marchant dans les rues de Paris).

Sylvie souhaite montrer les premières minutes d’une vidéo consacrée à l’expo­si­tion Raphaël au Domaine de Chantilly, organisée à l’occasion du 500e anni­versaire de sa mort. Cette vidéo est le fruit de la réalisation d’Olivier Magnan, blogueur Arts et Culture « Scribe Accroupi1 », et qui a produit des dizaines d’autres vidéos disponibles sur sa chaîne YouTube. Avant même le visionnage de la vidéo, Jean-Philippe interjette que cela lui rappelle un biopic qu’il a récemment vu, Michel-Ange, réalisé par Andrey Konchalovsky, et continue avec un développement sur les relations souvent difficiles entre Michel-Ange et Raphaël (qui y fait une brève apparition) qui avaient des tempéraments particulièrement opposés. Sur ces entrefaites, Françoise (P.) venant d’apparaître, on regarde le début de la vidéo en question.

Ensuite, Sylvie déclame à la Malraux un discours à l’occasion de l’avènement de Joe Biden, discours qui convient aussi au fait que le (second) pic de l’épidémie du coronavirus semble être passé. Le texte en a été écrit par André Isaac Pierre Dac en 1972 à l’occasion de l’inauguration du square qui porte son nom à Meulan. Après les applau­dis­sements des spectacteurs, Françoise (P.) évoque la couverture des Pensées de Pierre Dac (que l’on peut voir ci-contre), qui parodie les petits fascicules Larousse de l’époque. Elle mentionne aussi L’Os à moelle (dont une antho­logie vient d’être publiée), Signé Furax, dont la première saison s’intitulait Malheur aux barbus, Pierre Dac à la manière d’Hitchcock… Elle précise l’avoir découvert grâce à Francis Blanche, qui avait écrit des chansons ravissantes, à l’instar du Prisonnier de la tour.

flourish

Michel montre alors la photo du Mur des Lamentations et quelques trans­for­mations qu’il en a faites (les deux dernières photos de l’album dénotant bien l’instabilité croissante de la situ­ation dans cette ville et d’ailleurs dans toute la région). En ce qui concerne la photo elle-même, ce lieu était encore relativement dans son jus, même si la ruelle dans laquelle il se trouvait avait d’évidence disparu pour faire place à cette esplanade ; depuis s’y sont rajoutés toutes sortes d’objets et de meubles servant au culte qui s’y concentre.

Françoise (P.), catholique pratiquante, raconte être allée glisser un petit papier entre deux des blocs du Mur, sa mère étant très malade à l’époque, pratique destinée à exprimer un vœu (sorte d’ex voto transposé à ce contexte…). Son mari, qui voulait l’accompagner jusqu’au Mur, a dû mettre sur la tête une calotte (kippah, en hébreu) qu’on lui tendait ; puis, Françoise (P.) voulant le prendre en photo, des hommes en arme se sont approché d’elle, exigeant qu’elle leur remette la pellicule de son appareilAucun rapport avec les cheveux ; c’est ce sur quoi s’enregistraient les photos avant l’ère du numérique., il a dû s’exécuter… dommage pour les autres photos qui s’y trouvaient déjà.

Michel ayant demandé à Françoise (P.) si la lapidation dont la voiture dans laquelle elle se trouvait en entrant à Mea Shearim avait été la cible comme elle l’avait relaté hier – le fait de conduire une voiture étant interdit le Shabbat pour les pratiquants juifs, ils voulaient sans doute l’empêcher d’entrer dans leur quartier –, une discussion fournie s’engage entre Jean-Philippe et Sylvie sur l’histoire des pres­crip­tions religieuses du judaïsme.

L’apéro se termine par une évocation de prénoms (à l’instar de Barthélémy et d’Adolphe) et des noms (Connard/Cosnard, Cocu…) lourds à porter du fait de leur sens ou de leur histoire.

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1. Le Scribe accroupi est une merveilleuse œuvre se trouvant dans le département des antiquités égyptiennes du musée du Louvre.

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16 novembre 2020

Apéro virtuel II.15 – lundi 16 novembre 2020

Classé dans : Lieux, Musique — Miklos @ 23:59

Vue de Jérusalem. Die Heylighe Bevarden tot dat heylighe grafft in Iherusalem
(Le Saint Pèlerinage au Saint Sépuchre), de Bernhardt van Breydenbach (1440?-1497),
imprimé en 1488. (source). Cliquer pour agrandir.

À l’apéro de ce soir arrivent gradu­el­lement Jean-Philippe, Betty en compa­gnie de Charlot et de l’enfant (The Kid, 1921) assis sagement derrière elle, puis Françoise (C.). En attendant d’autres participants, on lève le coude allè­grement après qu’elle ait renversé donné à boire du vin à son télé­phone portable, vin qu’elle tire de cubitainersRécipient cubique, généralement en matière plastique, servant au stockage et au transport de liquides. (Larousse) de 2 litres, en carton, ce qui lui évite d’avoir à jeter des bouteilles en verre.

Sur ces entrefaites, Sylvie apparaît à l’écran alors que Michel explique à Françoise que Betty et lui ont fait connaissance, comme Sylvie et lui, sur les bancs d’une école (mais pas la même). Françoise dit alors être curieuse de savoir pourquoi ceux des présents qui avaient vécu longtemps en Israël avaient décidé de revenir en France.

Michel raconte ses tribulations entre la France (où il est né) et Israël du fait du métier de son père, puis son départ aux US pour ses études de doctorat et enfin la découverte fortuite d’un poste à l’Ircam à Paris qui lui fait abandonner ses études et partir à Paris, au lieu de revenir en Israël comme il pensait le faire.

Sylvie prend le relais avec ses tribulations en France (où elle est aussi née) – Paris, Châtellerault, La Rochelle, Paris –, puis son départ pour quelques mois en Israël en 1967 (année de la Guerre des Six jours) en tant que volontaire au kibboutz de Houlda (où le célèbre écrivain israélien Amos Oz avait vécu un temps), et enfin derechef en 1968 après les événements de mai, à la recherche d’indépendance (la sienne) et de nouveaux horizons. Elle obtient la nationalité israélienne à son arrivée en vertu de la Loi du retourLoi qui garantit à tout Juif le droit d’immigrer en Israël. et commence par y étudier les bases de l’hébreu dans un oulpanOrganisme d’enseignement intensif de l’hébreu en Israël., puis entre au Technion, l’institut technologique d’Israël, en deuxième année de mathématiques (après quelques errances dans d’autres départements) où elle fait connaissance de Michel. Quant au service militaire (obligatoire pour hommes et femmes), elle en a été dispensée : trop vieille (elle avait 20 ans…). Elle se marie en Israël et a deux filles. Quelques années plus tard, elle décide de rentrer en France « deux enfants sous un bras, deux valises sous l’autre ».

Les chemins de Sylvie et Michel se séparent à la fin de leurs études, et ce n’est que quelque 45 ans plus tard que Sylvie tombe fortuitement sur le profil de Michel dans LinkedIn qui le lui suggère comme ami (sans doute au vu de leur parcours technionesque commun). N’ayant pas de compte payant sur le site, elle ne peut l’y contacter, mais arrive finalement à le faire par un autre moyen, et c’est ainsi qu’ils se sont retrouvés.

À propos du service militaire en Israël, Jean-Philippe raconte que, lors de sa visite dans ce pays l’année dernière, il avait remarqué avec beaucoup d’étonnement qu’il y avait des soldats partout – non pas pour surveiller, mais très présents dans la société, dans les rues, dans les tramways, visitant des musées, attablés à des cafés, dans … – très jeunes, armés jusqu’au dents et en même temps très bon enfant.

Puis c’est au tour des deux Françoises de parler de leur « petite expérience » en Israël avec le chœur de l’orchestre de Paris. Françoise (C.) raconte que Daniel Barenboim, à l’initiative de qui ce chœur avait été créé en 1976, avait donné son cachet pour financer son voyage en Israël (avril 1986) – transport, hébergement et repas y compris – à Pâques pour chanter la Damnation de Faust d’Hector Berlioz. Les choristes purent y faire des excursions, notamment au lac de Tibériade. Puis derechef en 1986, toujours à l’initiative de Barenboim, cette fois-ci à Noël, pour chanter La Création de Haydn sous la direction de Zubin Mehta. À la répétition du matin avec les trois solistes – José van Dam, Barbara Hendricks et Chris Merritt –, il manquait un pianiste. Daniel Barenboim se trouvant dans les parages en tenue très décontracté, Mehta l’a sollicité pour ce faire, avec les répliques de quelques choristes qui assistaient à la répétition assis dans la salle. Durant ce voyage, certains en ont profité pour partir en excursion à Eilath, alors que Françoise (C.) a fait une marche de Beer-Sheva à Massada1. Puis, se plongeant en maillot de bain dans la Mer Morte et se badigeonnant de boue, son groupe a entonné le chœur des Buveurs2 de la Damnation de Faust. Enfin, le chœur est allé chanter la messe de minuit au monastère d’Abu Gosh (situé entre Jérusalem et Tel-Aviv). Bien des années plus tard, vers 2014-2015, Françoise a été sélectionnée par Arts et Vie pour accompagner deux voyages en Israël. Le but du second était d’aller écouter la Traviata à Massada par 45° à l’ombre, après quoi leur groupe est passé par le même monastère, où elle a rencontré un moine qui avait assisté à leur concert des années auparavant.

Quant à Françoise (P.), elle a « fait » Massada, de jour, avec José van Dam, si drôle et sympathique. Elle se souvient aussi très bien et avec beaucoup de plaisir de la messe de minuit à Abou Gosh. Mais son plus grand souvenir, c’est celui d’avoir fait le Chemin de croix. Une anecdote : lors d’une balade en voiture avec son mari et quelques amis un soir après la répétition, ils se sont égarés à Jérusalem et retrouvés dans le quartier ultra-orthodoxe de Mea Shearim ; et voilà qu’ils se sont fait lapider par ces intégristes, sans pouvoir même leur demander leur chemin3

Betty a dû aller 6-7 fois en Israël en touriste, souvent avec une proche amie. La dernière fois, en décembre 2018, elle s’est trouvé dans le très beau (et bobo, même) quartier de Neve Tsedek de Tel-Aviv, où siègent nombre d’organismes culturels, avec, entre autres, Yung Yidish TLV qu’anime Mendi Kahan. Lors d’un de ces voyages, elle a visité le quartier de Mea Shearim sans aucun problème.

Un échange s’engage alors entre les zoomistes autour de la question des fractures sociales croissantes qui affectent nombre de pays démocratiques – entre ultras (religieux mais pas que) et non ultras, entre gauches et droites, avec, comme le signale Sylvie, l’amalgame facile entre la politique d’un pays et son peuple, en l’occurrence avec l’identification de sioniste = juif, avec comme corrélat de l’utilisation d’une posture antisioniste qui est de fait de l’antisémitisme, alors qu’il est tout à fait possible d’être antisioniste sans être antisémite : certains juifs – et notamment les ultra orthodoxes, opposés à un pays juif laïc – le sont.

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1. Vu la distance, on se demande comment ils ont fait tout cela en un jour…

2. En en écoutant les paroles – « Oh ! Qu’il fait bon quand le ciel tonne […] se remplir comme une tonne dans un cabaret enfumé ! J’aime le vin… » – on peut comprendre que Françoise (C.) préfère des conteneurs de 2 l. aux bouteilles de 3/4 l.

3. Hypothèse : aurait-ce été un vendredi soir, début du Shabbat où, entre autres interdits, on ne peut utiliser de voiture ?

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15 novembre 2020

Apéro virtuel II.14 – dimanche 15 novembre 2020

Classé dans : Arts et beaux-arts, Philosophie, Progrès, Sciences, techniques — Miklos @ 23:59

L’arrière-plan de Michel ayant suscité de l’étonnement chez Jean-Philippe (qui pense à Matrix) et Françoise (C.), il leur parle du premier ordinateur1 sur lequel il a travaillé professionnellement, à partir de 1972 (son premier cours d’informatique remontant à 1966) : alors qu’un ordinateur portable n’a que quelques centimètres d’épaisseur, et un téléphone portable se met dans une poche, cet ordinateur, d’une capacité de mémoire 100.000 fois moindre, nécessitait une armoire pour héberger ses circuits : à l’époque, la mémoire était composé de tores magnétiques, petits anneaux visibles à l’œil nu autour desquels étaient enroulés des fils électriques qui servaient soit à les magnétiser dans un sens ou dans l’autre (ce qui correspondait à un 0 et un 1, respectivement), soit à lire le champ magnétique qui y était présent. Ce type de mémoire était évidemment aussi très volumineux en taille en comparaison par exemple à une carte SIM actuelle, mais permettait d’y garder l’information enregistrée pendant plusieurs années sans aucune alimentation électrique… Faculté d’autant plus nécessaire que cet ordinateur ne possédait pas de disque dur, et qu’on chargeait le programme initial à l’aide d’une bande de papier perforée (chaque trou correspondant à 0 ou 1), à l’instar des télex de l’époque3, et ultérieurement des cartes perforées. Malgré la taille très réduite de sa mémoire et l’aspect « primitif » de cet ordinateur, il était extrêmement rapide et permettait de réaliser en temps réel des simulations graphiques complexes sur 6 écrans en interaction avec 6 personnes.

Michel continue en expliquant à quoi servent ces 0 et 1, en montrant comment ils peuvent servir à compter2 et à calculer tout aussi bien qu’avec les chiffres de 0 à 9 – c’est d’ailleurs le cas des bouliers, où chaque boule n’a qu’une position, en haut ou en bas, ou des doigts de la main (qui peuvent être soit pliés soit redressés). C’est ce qu’on appelle le système binaire, et il est encore utilisé dans tous les ordinateurs d’aujourd’hui (mais évidemment dans des circuits électroniques qui n’ont rien à voir avec ceux d’alors), et pas que pour coder des nombres, mais aussi des lettres et tout signe qui « entre » dans l’ordinateur. Françoise (C.) demande alors que veulent dire « 2 puissance 2, 4 puissance… », à quoi Michel répond que « 2 puissance 2 » (ou « 2 au carré ») est un raccourci pour dire « 2 multiplié deux fois par lui-même » (donc 2 x 2), « 2 puissance 3 » (ou 2 au cube ») voulant dire « 2 multiplié 3 fois par lui-même »(donc 2 x 2 x 2), « 4 puissance 2 » étant « 4 multiplié 2 fois par lui-même » (4 x 4), etc. Et 25 x 25 est donc appelé « 25 puissance 2 » ou « 25 au carré » (rappelant ainsi que la surface d’un carré de 25 cm de côté est de 25 x 25 cm²). Françoise (P.) dit avoir bien compris, mais ne sent pas qu’elle pourrait l’expliquer à d’autres, à quoi Michel répond que c’est normal pour tout apprentissage – il faut laisser du temps au temps pour qu’une fois appris on puisse restituer.

Jean-Philippe raconte alors que ceci lui rappelle son instituteur en 6e qui avait enseigné le système binaire à ses élèves à l’aide d’une petite boîte avec commutateurs et deux types de lumières qu’il avait fabriqué lui-même. Il rajoute que certaines de ces anciennes tech­niques deviennent obsolètes, à l’instar du Morse (pas l’animal, mais le code – binaire, lui aussi – permettant dans le passé de coder des messages télégraphiques) dont l’usage aurait été supprimé par une convention internationale signée l’année dernière4. Il rajoute que non seulement le Morse est un système binaire (il n’a que deux signes basiques, représentés par le point et le trait), mais le Braille aussi. Michel rajoute un autre exemple d’un « usage binaire » : les images dans la presse (ou ailleurs). Si on les regarde à la loupe, on voit qu’elles sont composées d’une alternance de points (microscopiques) blancs et noirs – donc, ici aussi, deux signes uniquement pour « coder » une image qui peut être très riche et semble tout à fait lisse.

Enfin, à propos de miniaturisations, Michel mentionne son admiration pour des peintures miniatures du passé, faites à la main, où les détails – personnes, animaux, plantes, paysage…- font à peine quelque millimètres, ce qu’on retrouve pour la gravure sur des camées, précise Jean-Philippe.

Michel explique alors le choix de son arrière-plan : il avait brièvement mentionné hier une nouvelle dystopique d’Asimov, écrite en 1955, qui prédisait l’usage absurde des sondages pour déterminer le résultat de l’élection du président américain grâce à un superordinateur (cela ne s’appelait pas comme ça à l’époque) appelé Multivac (en écho du premier ordinateur commercial créé aux US, Univac). Cet arrière-plan illustre quelque peu ces monstres, réels comme fictifs. Il rajoute que la critique de la technique n’est pas récente, et a dû sans doute commencer avant même la Deuxième guerre mondiale (on pense aux Temps Modernes de Charlie Chaplin, ou à Metropolis de Fritz Lang), et mentionne l’incontournable Jacques Ellul (1912-1990), sociologue et théologien protestant, qui a écrit des ouvrages remarquables sur la technique, à l’instar de Le Système technicien5. ouvrage qu’il détient parmi d’autres d’Ellul. Jean-Philippe montre alors son exemplaire de Jacques Ellul, l’homme qui avait (presque) tout prévu de Jean-Luc Porquet. Bien qu’ayant enseigné longtemps en France, il est surtout célèbre… aux États-Unis et ailleurs.

Françoise (P.) demande à la cantonade ce qu’ils ont « visité » (virtuellement) dans la nuit des musées, à quoi Françoise (C.) répond : « Le musée Galliera » où se tient l’exposition Dior, qu’elle n’a regardée que d’un œil, ayant voyagé toute la journée en train de Milan à Paris.

Occupé qu’il était à écrire le compte-rendu d’hier, Michel n’avait pu participer à ces visites, et il avait donc décidé de présenter aujourd’hui sa visite (réelle) au musée Zadkine, il y a quatre ans.

En préliminaire, il identifie « La sentinelle » présente sur la première photo de l’album de Khor Virap (Arménie) qu’il avait montrée l’avant-veille, information que lui a fournie un ami arménien qu’il a interrogé : il s’agit de Kevork Chavush (1870-1907), milicien arménien dont l’action visait à améliorer le sort de la paysannerie arménienne face aux harcèlements des Turcs et des Kurdes (on le voit de plus près sur cette photo tirée de Wikipedia).

Puis au moment où il commence à montrer son album de photos du petit musée en question, Sylvie se joint à l’apéro et s’exclame qu’elle avait, elle aussi, prévu de parler du même musée… C’est donc à deux qu’ils commenteront les quelques photos sur lesquelles Michel s’attarde – en général de très expressives – et modernistes – sculptures de personnages dans des variétés de bois, mais parfois d’autres matériaux.

Sylvie souhaite alors montrer une vidéo (d’une durée de 4 minutes) du musée Antoine-Lecuyer à Saint-Quentin (Aisne, pas Yvelines), consacrée au portrait. Mais hélas, les capacités de sa connexion à l’internet ne lui permettent pas de partager le visionnage de la vidéo par Zoom. La voici donc :

Elle parle ensuite de l’excellente exposition consacrée à Pierre Dac au musée d’art et d’histoire du judaïsme, qu’elle a pu visiter quelques jours avant le début du confinement actuel. Le site du musée permet de visionner sept vidéos de, ou sur, Pierre Dac, avec, entre autres, Le Biglotron :

ainsi que Le Parti d’en rire :

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1. C’était le modèle Sigma 2 de la marque SDS (ou Scientific Data Systems), dont on peut voir une photo ici.

2. Avec les chiffres de 0 à 9 on compte ainsi jusqu’à 999 (par exemple) : _ _ 0, _ _ 1, _ _ 2, …, _ _ 8, _ _9 – puis on remet le 9 à zéro et rajoute un chiffre à gauche : _ 1 0, et l’on recommence avec le zéro le plus à droite : _ 1 1, _ 1 2, …, _ 1 8, _ 1 9 – puis on remet le 9 à zéro, et augmente le 1 : _ 2 0, _ 2 1, …, _ 9 9 – et on remet tous les 9 à zéro et on rajoute un 1 à gauche : 1 0 0, 1 0 1… jusqu’à 9 9 9.

Pour le binaire, exactement la même démarche, mais on n’utilise que 0 et 1, et donc on aura : _ _ 0, _ _ 1 – et comme on ne peut augmenter le 1 (puisqu’on n’a pas le droit d’utiliser d’autres chiffres), on le remet à zéro et rajoute un chiffre à gauche : _ 1 0, _ 1 1 – et encore une fois, on remet les 1 à zéro, rajoute un chiffre à gauche, et recommence à incrémenter à partir de la droite : 1 0 0, 1 0 1 – là on remet le 1 à droite à zéro et à sa gauche on passe à 1 : 1 1 0, 1 1 1.

On n’a pu écrire ainsi que 8 nombres, de 000 à 111 – ils correspondent donc aux nombres décimaux 0 à 7. En d’autres termes, 111 (par exemple) est le codage binaire de 7.

3. Les bandes servant à l’informatique étaient percées (ou non) de 8 trous en largeur, ce qui correspondait à un octet. Les bandes du télex étaient percées de 5 trous en largeur. On peut voir ici ces deux types de bandes.

4. On n’a trouvé nulle référence à une telle suppression, notamment sur le site de l’ITU.

5. Il aurait aussi fallu mentionner dans ce contexte L’Obsolescence de l’homme. Sur l’âme à l’époque de la deuxième révolution indus­trielle de Günther Anders, publié en 1956.

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