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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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5 mai 2020

Apéro virtuel XLIV : les maux mots pour le dire : leurs formes, leurs prononciations, leurs origines étrangères ; la langue d’Einstein et l’autre Einstein.

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts — Miklos @ 0:54

Affiche annonçant ce dont parlera Michel. Cliquer pour agrandir.

Lundi 4/5/2020

Les deux premiers arrivants, Sylvie et Jean-Philippe, ont tenté de dé­crypter l’arrière-plan de l’écran de Michel, que l’on peut apercevoir ci-dessus. Après quelques fausses routes – notamment une assez créatrice de Sylvie, « Omo lave plus blanc le virus qui donne des statistiques encourageantes après avoir été enfermé dans les arènes » –, ce furent Sylvie et Jean-Philippe qui y parvinrent, la première en prononçant Homographes.un des deux mots sans même s’en rendre compte, le second en en devinant Homonymes (il s’agit d’une gravure des arènes de Nîmes).le second, révélant ainsi ce dont Michel allait parler.

Michel commença par montrer une liste – fort partielle – de mots se pro­non­çant à l’identique (ou quasiment), à l’instar de « l’ai, l’ais, l’ait, l’aient, lai, laid, laids, laie, laient, laies, lais, lait, laits, lé, lés, lès, les, lez » (le plus grand nombre d’homo­nymes dans cette liste : 18). Il a composé cette liste à partir de mots qui lui venaient à l’esprit, enrichis de diverses sources, et notamment d’un article de Ludovic Ferrand, « 640 homo­phones et leurs carac­té­ris­tiques » (publié dans L’Année psychologique en 1999) ainsi que du génial Trésor de la langue française. Ce faisant, il a découvert des mots dont il ignorait non seulement le sens, mais l’existence même : Coulée de laves scoriacées, constituant un terrain hérissé, rugueux et infertile (dans le Massif central).cheire (ce qui a fait dire à Sylvie qu’elle avait travaillé pour un endroit à proximité de Clermont-Ferrant, Les Cheires), 1. Manteau court. 2. Jupe d’acteur dans un rôle de personnage antique. 3. Petite brosse en soies de porc, utilisée par les orfèvres.saie ou 1. Visage. 2. Figure de cire soumise à certains mauvais traitements, que la personne représentée par cette figure est censée subir elle-même.voult, entre autres. Il a révélé le moyen mné­mo­tech­nique qu’il s’était inventé il y a fort longtemps pour ne pas confondre Flânerie, promenade sans but précis.balade et 1. Pièce vocale et instrumentale destinée à la danse. 2. Composition instrumentale qui illustre le sujet d’iun poème de même dénomination. 3. [Au Moy. Âge ou par imitation du Moy. Âge] Poème formé de strophes égales terminées par un refrain et d’iun couplet final plus court appelé envoi. 4. Poème ayant pour sujet une légende populaire ou un épisode historique.ballade : quand on se promène, on marche sur ses deux jambes, et donc, par esprit de contradiction, c’est le mot qui n’a qu’un l qui le dénote, ce pourquoi Sylvie l’a remercié, ayant elle aussi du mal à se rappeler lequel utiliser dans quel cas. À ce propos, Françoise (P.) a fait l’analogie sur une des méthodes pour se rappeler la diffé­rence entre le chameau et le dromadaire : dromadaire com­mence par d, mais il n’a pas deux bosses, mais une (et le chameau deux). [Saviez-vous qu’il existe une Ballade du chameau joyeux et qu’on peut faire des balades à dos de dromadaires dans l’Aveyron?] Jean-Philippe a remarqué que la ville de Sète manquait dans la liste des homonymes de « cette ». Sur ces entre­faites, Michel est passé aux mots qui s’écrivent à l’identique mais se pro­noncent diffé­remment (cf. ci-contre) et a lu quelques exemples bien tournés, celui d’Alphonse Allais étant son préféré, et avec un petit faible pour le passage d’un auteur inconnu qui joue sur bon nombre de paires d’homo­graphes. Il a rajouté que le sens, évident à nous tous, serait sans doute assez difficile à saisir par une « intelligence artificielle » (dont un participant avait chanté les louanges hier). Pour preuve, à la rédaction de ce compte-rendu, on a fourni le texte original au traducteur de notre AMI à tous, et le résultat a confirmé ces doutes : il lui a été impossible de distinguer les deux « couvent », les deux « ils », disant en somme que les poules du couvent étaient un couvent et que les fils (dans le sens d’enfant mâle, « son » en anglais) ont cassé les fils (idem, et non pas le pluriel de « fil »).

Sylvie a pris la parole pour proposer une suite aux devinettes d’hier. En première partie, elle a montré des mots français d’origine gauloise, et proposé trois sens possibles, il fallait deviner le bon : Portion de cours d’eau.bièvre, Un chiffon.drille et Un jeune saumon.tacon. Après avoir donné la répartition géographiques de quelque 4 000 mots en français, Sylvie nous a proposé de deviner le pays d’origine de quelques mots : Perse.pyjama, Turquie.cravache, Chine.kaolin, AllemagneBernard et Thibaud et Allemagnebordel. L’ouvrage où Sylvie a puisé ces curiosités est L’aventure des mots français venus d’ailleurs de Henriette Walter.

Jean-Philippe a alors proposé des mots anglais dont il fallait trouver l’origine française (disparue depuis) : Cabriolet (lui-même dérivé de cabri).cab, Quelque chose.kickshaw, Perruque.wig et Appentis.penthouse. La source de ces étymologies est Liaisons généreuses de Thora van Male cité la veille. Au cours de la discussion qui a suivi, sur les origines étrangères de mots (anglais en français et inver­sement), Sylvie a demandé si quelqu’un, à part Michel, con­nais­sait l’origine des mots L’hébreu, in Genèse I:2 (passage cité à plusieurs reprises par Michel lors de son intervention d’avant-hier sur les traductions de la Bible) qui parle de l’état de la Terre juste après sa création.tohu bohu et L’hébreu aussi : nom d’une localité près du lac de Tibériade signifiant « village de Nahum », que Jean-Philippe dit avoir visité.capharnaüm.

Françoise (C.) a survolé les langues sémitiques, leurs origines et leur place dans la famille des langues. Sylvie a alors affiché l’arbre linguistique de ces langues qui montre les rapports entre elles. Si quelques-unes de ses langues les plus connues sont toujours bien vivantes – telles l’arabe, l’amharique (en Éthiopie) ou l’hébreu… –, il y a aussi parmi elles l’araméen, qui était le verna­culaire des juifs exilés après la destruction du Premier Temple. De nos jours, il est encore parlé en diverses variantes par des petites communautés chré­tiennes et juives entre le nord du Liban et la Syrie (cf. aussi la confé­rence qui s’était donnée à son propos au musée d’art et d’histoire du Judaïsme en 2015). Françoise dit avoir entendu en Syrie un petit garçon chanter en araméen le Notre Père. L’araméen, à l’instar des autres langues sémi­tiques, se carac­térise par une prédo­minance de racines trilitères (trois lettres), toutes des consonnes. Ce qui reste un mystère pour Françoise, c’est l’évo­lution de ces langues à partir d’une même langue-mère, qui a produit des langues fort diffé­rentes d’un pays ou d’une région à l’autre. Michel a remarqué que toutes les langues ne cessent d’évoluer loca­lement surtout (ce qui contribue à la diffé­ren­tiation plus on s’éloigne de son centre de pouvoir – ainsi le latin de l’empire romain a donné « naissance » à nombre de langues latines diffé­rentes les unes des autres), et ainsi le français qu’il parlait enfant n’est plus vraiment iden­tique à celui que parlent les enfants d’aujourd’hui.

Françoise (P.), continuant la lancée sur le thème des langues, nous a montré celle, célèbre, du non moins célèbre Albert Einstein et révélé pourquoi il l’avait tirée : « J’ai toujours eu de la difficulté à accepter l’autorité et, ici, tirer la langue à un photographe qui s’attend sûrement à une pose plus solennelle, cela signifie que l’on refuse de se prêter au jeu de la représentation, que l’on se refuse à livrer une image de soi conforme aux règles du genre. », aurait-il dit. Après sa mort, on aurait trouvé que les deux hémisphères de son cerveau étaient quasiment de la même taille, « signe de génie »… Il aurait eu un QI de 160, un des plus hauts jamais identifiés. L’homme le plus intelligent du monde de nos jours serait un mathématicien australien, dont le QI est « stratosphérique » : 230. À quoi Michel a demandé : mais est-ce que cela rend son détenteur heureux ? Il semblerait que le QI de Sharon Stone, belle et intelligente, donné comme étant à 159, aurait été quelque peu enflé… Différence de TVA ? Jean-Philippe a raconté une blague concernant Einstein et… Brigitte Bardot qui lui aurait proposé de faire ensemble un enfant, qui aurait sa beauté à elle et son intelligence à lui, à quoi il avait répondu, « Et si c’était l’inverse ? ». Sylvie dit l’avoir entendue à propos d’Alphonse Allais [je savais que BB était vieille, mais à ce point?]. Françoise (C.) se demande si la structure de son cerveau a quelque chose de particulier, du fait qu’elle possède l’oreille absolue. Michel a alors mentionné Alfred Einstein, très important musicologue de la première moitié du XXe siècle, auteur de nombreux ouvrages (pour certains traduits en français). On ne sait s’il était apparenté à Albert Einstein – même s’ils étaient quasiment contemporains et qu’Albert Einstein aimait la musique –, selon l’Encyclopædia Britannica ils étaient cousins germains, alors qu’Universalis indique « qu’aucun lien de parenté avec Albert Einstein n’est avéré ».

Sur ce, après avoir levé le coude, on leva la séance.

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4 mai 2020

Apéro virtuel XLIII : ah, cette marquise ! langues – origines, traductions, étymologies, homophonies

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts, Langue — Miklos @ 1:44

Hommes au phone – Homophones

Dimanche 3/5/2020

Une fois le quorum (50 % de Françoises) atteint, Michel a raconté comment il s’est rendu compte que la fameuse lettre de la marquise de Sévigné, si vibrante d’actualité qu’elle circule partout sur l’internet depuis deux ou trois jours, n’était pas de la plume de Marie de Rabutin-Chantal : il l’avait recherchée, à la date qu’elle indiquait pour sa rédaction, dans les volumineuses archives de la correspondance de la fameuse épistolière, en vain. Il s’avère donc que c’est un pastiche. Mais de quand date-t-il ? Il a montré aux trinquants une publication de cette même lettre datant du 30 avril 2003 (c’était en plein épidémie de SRAS), leur conseillant de lire le commentaire qui la suit. On ne peut que constater que toute « information » sur l’internet peut être faci­lement manipulée, transformée, voire inventée. Françoise (C.) a parlé de photos de gens faisant la queue devant un supermarché : selon l’angle de la prise de vue, on peut penser qu’ils sont collés les uns aux autres, alors qu’ils sont en fait à bonne distance les uns des autres.

Françoise (P.) avait choisi de parler de la langue dans les opéras. Par le passé, il était commun de traduire le livret d’opéras composés à l’étranger pour une production locale. Même si cette pratique existe encore dans certaines salles, il est bien plus commun de les produire dans leur langue d’origine, tout en projetant la traduction en surtitre ou sur des écrans latéraux (voire sur des petits écrans individuels), ce qui permet aux spectateurs de comprendre ce qui se chante. Les sur­ti­trages (ou leurs alternatives) sont aussi souvent projetés même quand le livret est écrit dans la langue locale, du fait de la difficulté de comprendre la diction de certains solistes (locaux ou étrangers…). Or le changement de langue de performance n’est pas neutre, toute langue ayant sa « musique » particulière : le même air ne rend pas de la même façon selon la langue dans laquelle il est chanté. Françoise l’a illustré par deux extraits de la plus que célèbre Habanera de l’opéra Carmen, l’une en allemand par Emmy Destinn (soprano tchèque, 1878-1930), l’autre en russe par Maria Maksakova (mezzo-soprano russe, 1902-1974), combinés de façon à ce que les cantatrices alternent les phrases. À ce propos, Michel a raconté avoir chanté en hébreu dans l’opéra comique H.M.S. Pinafore de Gilbert et Sullivan alors qu’il était au lycée, et dans Down in the Valley de Kurt Weill alors qu’il était au Technion (tous deux écrits à l’origine en anglais). Françoise (P.) ayant dit qu’à Bayreuth les opéras – tous de Wagner – étaient produits sans aucun surtitrage, Françoise (C.) a raconté qu’à l’English National Opera (à Londres) toutes ses productions – que ce soit Mozart, Verdi ou Strauss – sont en anglais quelle que soit l’origine de l’opéra. Elle a ajouté avoir entendu un Barbier de Séville chanté en russe à Saint-Petersbourg.

Sylvie a enchaîné en exprimant d’abord son étonnement que, lors de la présentation de Jean-Philippe de la veille concernant l’origine des langues, aucune mention n’ait été faite d’André Leroi-Gourhan (1911-1986) et de son ouvrage Le geste et la parole (1967). Il semblerait que « les modernes » ne le mentionnent pas [quoi qu’on trouve, par exemple en 1995, des critiques intéressantes de son approche]. Selon lui, le langage commence par les pieds – en fait, par la station verticale qui le distingue des animaux – , mais aussi de la descente du larynx [ce qui semble contesté aujourd’hui, cf. cet article] et du développement de la zone de Broca dans le cerveau humain. Michel est étonné par cette approche : les grands singes ont aussi la capacité de se tenir debout, les perroquets peuvent reproduire convenablement la parole humaine sans avoir les caractéristiques anatomiques suscitées. Enfin, l’acquisition du langage ne peut se faire que dans la plus tendre enfance, comme le démontre l’incapacité des « enfants sauvages » à (ré)apprendre à parler une fois rentrant dans la société humaine. Selon Sylvie, le singe peut se redresser mais n’a pas de posture verticale, et quant aux enfants sauvages, ils ont acquis le langage, une capacité à s’exprimer, très rapidement [ce qui est contredit par cet article]. Jean-Philippe a alors dit que ce qu’il avait présenté hier visait à montrer l’intérêt de la démarche de Chomsky et d’autres était d’aborder de façon transdisciplinaire la question du langage humain. Ensuite, le développement de l’intelligence arti­ficielle permet bien mieux de comprendre le langage. Selon Michel, les traductions automatiques échouent face à des textes complexes et riches (littéraires, par exemple), alors que les humains capables de faire de la traductions simultanée, chapeau !

Jean-Philippe propose alors un jeu linguistique, tiré de l’ouvrage Les liaisons généreuses. L’apport du français à la langue anglaise de Thora van Male : trouver l’origine française (disparue) d’un mot anglais : Atourner (assigner en justice).attorney, Fouaille (bois de chauffage).fuel, Bouteiller (officier servant de haut niveau dans la cour du roi, chargé de l’intendance du vin).butler, Mousseron (champignon comestible appartenant à la famille des Agarics).mushroom.

Michel a montré une brève liste d’homo­phones en français (voir ci-contre). Par exemple, au – aux – aulx – eau – eaux – oh – ho – ô – haut – hauts, ou encore chair – chairs – chaire – chaires – cher – chers – chère – chères – cheire – cheires (ces deux dernières dénotant dans le Massif central une coulée de laves scoriacées). Mais il a aussi montré un cas d’homophonie entre deux langues : le mot en hébreu affiché au milieu, signifiant « chance, probabilité », se prononce (comme Sylvie a pu nous le faire entendre)… « sikouy », que l’on épelle différemment en français, comme le fait si brillamment le poète Germain Nouveau (1851-1920) in Ignorant.

Sur ce, après avoir levé le coude, on leva la séance.

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3 mai 2020

Apéro virtuel XLII : langue(s), ou, Madame de Sévigné aurait mieux fait de tenir la sienne…

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts — Miklos @ 0:59

Expressions provenant du Trésor de la langue française, à l’exception de langue de bois qui, curieusement, en est absente.
Cliquer pour agrandir.

Samedi 2/5/2020

Le thème proposé étant celui de « langue(s) », Michel a d’abord affiché une partie de la pierre de Rosette (reconnue quasi instantanément par Jean-Philippe) de façon à apercevoir les trois langues qui la recouvrent, dont l’une n’a pas de mystère pour Françoise (C.), qui nous avait appris à déchiffrer les hiéroglyphes : il avait décidé de parler traduction, et plus spécifiquement, de quelques-unes des tous premiers versets de la Genèse, toutes de l’hébreu original vers le français, et à cet effet il avait affiché une partie des deux folios de la Bible de Souvigny (qui date du dernier quart du XIIe s.) illustrant ce passage. Il a d’abord cité celle d’André Chouraqui (1987) – plus littérale tu meurs –, puis une version automatiquement chtimisée de celle de Zadoc Kahn (1899) – intitulée « L’Gueule ed’ bois traduite deul’ nig’doul original par les membres deul’ quinquin français chous l’targniole ed’ M. Zadoc Kahn, grand rabbin » –, suivie d’un extrait de la traduction de Fabre d’Olivet – en rendant simultanément ce qu’il dit constituer les trois sens, « l’un propre, l’autre figuré, le troisième hiéroglyphique » (plus tarabiscoté tu meurs) – et enfin sa version favorite, celle de Sébastien Castellion (1555), dans une excellente édition de Bayard avec une préface de Jacques Roubaud, qui rend compte de l’extraordinaire (pour son temps) approche du traducteur visant à produire un texte compréhensible pour tous, et son non moins extraordinaire courage dans son opposition à Calvin, qui est le sujet de Conscience contre violence de Stefan Zweig. On trouvera ici ces extraits (et quelques autres).

Françoise (C.) nous a lu « une lettre de Madame de Sévigné à sa fille », parlant du confinement de tous à Paris par le roi et Mazarin du fait de l’épidémie et qui circulerait beaucoup sur l’internet ces derniers jours. Problème : quand on l’a recherchée dans diverses éditons des lettres de la célèbre marquise en rédigeant ce compte-rendu, il s’avère… qu’elle ne s’y trouve pas. Est-ce pour cela que cette prétendue lettre parle du Menteur de Corneille ? Trop « approprié » pour être vrai, comme nombre de citations courtes ou longues sur l’internet, ce pastiche ne manque ni d’humour ni de réussite médiatique. Tout de même, d’aucuns l’ont aussi identifiée pour ce qu’elle est, en en donnant la source (réelle ou non), et on signale en passant qu’il en existe une version datée du 30 avril 2003.

Sylvie a alors enchaîné sur la langue de serpent, pierre précieuse formée par la fossilisation d’une dent de requin qui avait pour fonction de détecter les poisons dans un breuvage. À ne pas confondre avec la langue de vipère – serpent qui aurait tenu son nom d’un Romain à la langue fourchue, Viperius. Ce dernier a bien existé, mais sa parti­cu­la­rité anatomique et la raison invoquée pour l’émergence de cette expression (et notamment le prénom de celle qu’il courtise, Angelina, étant d’usage récent) semblent produites par un proche de la susdite marquise de Sévigné.

Françoise (P.) a évoqué des expressions utilisant le mot « langue », à l’instar de la langue des signes, la langue de Molière, avoir une langue bien pendue, la langue de bois, la langue des fleurs, la langue du cœur… jusqu’à la langue de pute. Puis elle a mentionné les langues les plus parlées au monde : le chinois, l’espagnol, l’anglais, le hindi, l’arabe… Curieusement, le polonais serait la 15e langue parlée dans le monde, suivie par l’indonésien. Selon un article du Monde de 2018, le français pourrait devenir la langue la plus parlée en Afrique, voire dans le monde selon une autre source. Françoise a terminé en disant que ses langues préférées étaient celle du cœur et celle de la musique. Michel serait curieux de savoir comment, dans ces statistiques, sont définies des langues telles que l’arabe ou le chinois, qui ont de nombreux dialectes. Il en a profité pour citer la source des expressions de son fond d’écran que l’on peut voir en illustration ci-dessus. Françoise (P.) s’est demandée si l’on connaissait l’origine du nom de famille « Lang ». Outre le fait que c’était d’apparence un nom provenant d’Europe centrale, nul n’a su y répondre. En écrivant ce compte-rendu, on a trouvé sur le site de généalogie Geneanet qu’il proviendrait « d’Allemagne ou d’Alsace-Lorraine, ce nom est un sobriquet désignant un homme grand (lang = long) ».

Enfin, Jean-Philippe, curieux de savoir quand, historiquement, s’était posée pour la première fois la question de l’origine des langues, a trouvé une controverse extraordinaire au tout début du IIe livre d’Hérodote, écrit au Ve s. avant J.-C. : celle où le pharaon Psam­mi­tichus voulait démontrer expérimentalement que les Égyptiens étaient le premier peuple et non pas les Phrygiens comme ils le reven­di­quaient, en remontant à l’origine des langues parlées : isoler deux enfants depuis leur naissance de toute personne parlante, et de voir quel serait le premier mot qu’ils prononceraient. Ce fut un mot phrygien… Jean-Philippe a ensuite fait un rapprochement (osé, dirions-nous) entre cette méthode et une théorie de Noam Chomsky – qu’il a lue dans L’instinct du langage de Steven Pinker –, selon lequel la langue n’est pas une construction culturelle se transmettant de génération en génération, mais que l’être humain est « précâblé » pour le langage – vocabulaire, syntaxe, grammaire (on trouvera ici une critique brève – et cinglante – de cette approche – trouvée lors de la rédaction de ce compte-rendu).

Sur ce, après avoir levé le coude, on leva la séance.

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2 mai 2020

Apéro virtuel XLI : voyons vert…

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts — Miklos @ 11:44

Vendredi 1/5/2020

Après que les arrivants aient admiré les muguets boostés aux stéroïdes de Sylvie, Michel a posé une devinette musicale : découvrir l’ins­tru­ment avec lequel était joué un bref extrait d’une chanson de Michael Jackson, instrument d’actualité quotidienne pour nous tous. Parmi les tentatives d’identification, certaines n’étaient pas si loin, d’une façon ou d’une autre, de la réponse : verres, flûte de Pan (Françoise (C.) nous en a même montré une), plusieurs instruments. Il s’agissait de bouteilles – d’actualité en ces apéros même si virtuels – dont jouaient avec virtuosité un groupe appelé les Bottle Boys. Et dans une église, même !Et la réponse fut… Françoise (B.) étant arrivée sur ces entrefaites en faisant remarquer qu’elle s’était coupée elle-même les cheveux, Michel a évoqué ceux, fort longs, de Sylvie, à l’époque où tous deux, étudiants en mathématiques, chantaient dans la chorale du Technion sous la direction de Dalia Atlas (avec laquelle il venait d’avoir eu un échange sur WhatsApp), lui dans les ténors, elle… dans les basses. Sylvie a alors raconté qu’au concert de fin d’année d’alors, tous étaient habillés avec un bas noir – pantalon pour les hommes, jupe pour les femmes –, et un haut blanc ; elle portait donc la jupe, et était placée juste à la frontière des basses et des alti. Elle faisait l’illusion de faire corps avec les femmes alors qu’elle chantait avec les hommes. Ce qui ne dérangeait pas plus que d’avoir une femme diriger l’orchestre et le chœur (alors qu’il était beaucoup plus « acceptable », à l’époque, d’avoir des contre-ténors chanter parmi les femmes).

Sylvie nous a alors parlé du vert dans la nature (il y serait la couleur la plus commune), dans le vocabulaire (cru, cynique, hardi, mordant, truculent), dans l’actualité (une classe verte), et surtout dans l’habillement – l’habit vert des préfets et des députés du passé et celui, encore actuel, des académiciens qui n’est pas entièrement vert, mais décoré de broderies de cette couleur (alors que les académiciennes pouvaient porter du bleu). Michel a exprimé son étonnement qu’elle n’ai pas parlé des toutes premières personnes qui aient porté un habit entièrement vert. Non, pas les martiens, ni les perroquets… Vous ne voyez pas de qui il s’agit ?

Michel a alors montré et fait écouter sa réponse au défi de Jean-Philippe, composée d’une image de la couverture de trois livres dont certains mots du titre avaient été supprimés, accompagnée d’une piste son de la lecture d’un bref poème sur le mot « vert » et ses homonymes. Si deux des trois ouvrages ont été identifiés par le lanceur du défi, ce n’était pas le cas de l’auteur du poème. Le poème est – comme il se doit – Homonymes de Maurice Carême (source : site www.artpoetique.fr), et les trois ouvrages sont La pantoufle de vair de Mignon G. Eberhart, Abeilles de verre d’Ernst Jünger et Le rayon vert de Jules Verne.Et la réponse fut… À propos de nuances de vert, Françoise (B.) a cité le vert-tige, Françoise (P.) le vert-lent et François le vert-galant. Autres verts-tues ?

Françoise (P.) a commencé par féliciter Jean-Philippe à l’occasion du saint du jour, lui demandant s’il connaissait la prédication de Philippe à l’eunuque éthiopien, pays dont le drapeau actuel contient du vert. Puis elle a cité quelques chansons parlant de vert ou de ses homonymes, puis de la couleur elle-même et de ce qu’elle peut évoquer (pharmacie, nature, académiciens, soldats de la Deuxième Guerre). Elle a alors cité longuement un article concernant le vert selon Michel Pastoureau.

Jean-Philippe nous a alors lu le portrait d’un personnage assez extraordinaire, entre autres du fait qu’il ait eu 17 enfants de 17 femmes… brossé par Gabriel García Marquez dans Cent ans de solitude, ouvrage choisi par Jean-Philippe du fait de la couleur de la couverture de l’édition qu’il possède… Puis il a parlé de quelques autres personnages tout aussi extraordinaires de ce roman, à l’instar des gitans d’un coin perdu de la Colombie qui apportent de temps à autre des objets inattendus – appareil photo, gramophone… – que le chef du village achète à chaque fois.

L’apéro s’est terminé en trinquant le 1er mai.

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1 mai 2020

Apéro virtuel XL : voyons rouge.

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts, Médias, Sciences, techniques — Miklos @ 10:39

Rouges dans le répertoire des couleurs (cf. ci-dessous). Cliquer pour agrandir.

Jeudi 30/4/2020

Inspiré par l’actualité, Jean-Philippe nous avait proposé comme thématique du jour « rouge, vert ». Dont acte.

Françoise (P.) a commencé, annonçant qu’elle s’était cantonné au rouge pour aujourd’hui – se réservant le vert pour demain –, sujet quasi inépuisable (on ne parle pas de boisson, là) qu’elle a brossé : le rouge dans la religion (le fameux rouge cardinal, dérivée autrefois du carmin de cochenille), les robes de mariées (qui, à partir du Moyen-Âge et jusqu’au mariage de la reine Victoria, n’étaient plus blanches mais rouges, couleur qui tient longtemps et est symbole de richesse), le vin, les interdictions (à l’instar du feu de signalement), le sang, le maquillage, le cinéma et la littérature (comment ne pas citer Le Rouge et le Noir). Puis Françoise a mentionné le très intéressant Répertoire des couleurs pour aider à la détermination des couleurs des fleurs, des feuillages et des fruits, publié en 1905 par la société française des chrysanthémistes avec la collaboration principale de Henri Dauthenay. Dans la discussion qui a suivi, Michel lui a dit que, puisqu’elle se mettrait demain au vert, elle pourrait mentionner l’agréable vinho verde portugais, à quoi Françoise a répondu qu’en France, l’expression « vin vert » dénote un vin qui n’est pas si agréable que cela…

Sylvie, rappelant que demain était le 1er mai, a dit que le rouge était, pour elle, intimement associé à ce jour, qui est non pas la fête du travail, mais celle des travailleurs, dont elle s’est empressée de nous en relater l’histoire (la date du 1er mai fut fixée aux États-Unis en 1886) et pourquoi le rouge lui est associé (symbole du sang versé lors des premières manifestations accompagnés de répression violente à Chicago). Comme le rappellent Sylvie et Jean-Philippe, ce drapeau de la révolte apparaît aussi dans une scène des Temps Modernes de Chaplin (où il y a d’évidence confusion entre la couleur rouge du drapeau comme fanion signalétique de danger pendant des travaux ou comme signal de manifestation ou de révolte). De nos jours, nombre de calendriers qualifient ce jour de « fête du travail ».

Michel a répondu par une devinette au défi du « rouge vert », en montrant l’image ci-contre (cliquer pour agrandir), constituée de deux lignes en rouge et trois en vert, sur un fond où l’on aperçoit des lettres sur de l’herbe (verte) formant des mots dont manquent… les voyelles, remplacées par des pots de fleurs. La réponse à la devinette se trouve ici. À propos de jeu avec des mots, Françoise (P.) fait remarquer que « souche à virus » est l’anagramme de « chauve-souris » (comme le fait entre autres l‘historienne Catherine Malaval).

Jean-Philippe nous a d’abord montré les livres dont il ne lira pas des extraits : une édition du Coran à la couverture verte, le roman Mon nom est Rouge d’Orhan Pamuk… Il a préféré lire un long extrait de L’intelligence collective de Joseph Henrich, qui décrit comment la connaissance, ou la perception des couleurs s’est manifestée dans diverses langues, certaines (sans préciser lesquelles) n’ayant dans leur vocabulaire que deux ou trois mots (voire aucun) pour dénoter des couleurs de base, d’autres beaucoup plus. Dans l’ordre de « préséance » : le noir et le blanc, le rouge, le jaune, le vert-bleu. Dans le débat qui a suivi, Michel s’est étonné de ce manque : la variété des couleurs existant partout – d’abord par les arcs-en-ciel, mais aussi dans de nombreuses autres facettes de la nature – comment se fait-il que des humains ne se soient donné aucun moyen d’en parler ? En sus, quelles distinctions faire entre nuances d’une même couleur, et couleurs distinctes, et tout l’entre-deux ? À ce propos, on voit bien la richesse des termes dans le dictionnaire qu’avait cité Françoise (P.), vid. sup. et dont l’index pour les termes dénotant la variété des rouges illustre ce compte-rendu. Du fait de son métier dans l’impression, elle a beaucoup travaillé avec les couleurs, et connaît donc bien des deux gammes de quatre couleurs de base – la GEU (gamme européenne unifiée), et la GFU (gamme française unifiée). Les affiches mises sur la voie publique (par exemple, les publicités dans les abribus) ayant tendance à tourner au bleu-vert, du fait que, au soleil, le rouge est la couleur qui passe le plus rapidement (Michel a mentionné qu’on peut aussi le voir sur les tapisseries d’antan), elle les faisait imprimer avec un léger surcroît de rouge.Le nuancier Pantone sert à décrire précisément les nuances souhaitées par les clients, les verts étant le couleurs les plus difficiles à reproduire en combinant les quatre couleurs de base, ce qui était un défi pour les publicités de Fleury Michon… : il était nécessaire de créer une encre verte spécifique pour ce faire. À l’époque du passage à l’informatique, s’il était plus facile de transmettre les demandes et les propositions de conception numériquement, à l’impression il pouvait y avoir des différences du fait de la diversité des supports (écrans – qui génèrent la lumière, et différant entre eux par leurs technologies –, papiers – de consistance et surface variées – qui la reflètent, etc.), d’où la nécessité de faire valider des épreuves sur le support final souhaité avant son impression finale.

Durant la levée de coudes finale, Françoise (P.) a remarqué que Jean-Philippe avait de la chance ces temps-ci : anniversaire, Saint Jean, Saint Philippe, à défaut de Saint Jean-Philippe… à quoi il a rétorqué que ces jours n’existaient pas pour lui, bien qu’il avait un faible pour la Saint-Jean et ses feux.

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Et la réponse est… Ces cinq lignes sont extraites du poème Les Voyelles d’Arthur Rimbaud – d’où la photo en arrière plan, qui est celle du jardin des voyelles, au domaine de Chaumont-sur-Loire –, et dont le premier vers est : « A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu ». On peut voir le poème en entier dans l’image ci-contre (cliquer pour agran­dir). Cette association de couleurs et de lettres fait penser à la synesthésie.

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