Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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31 octobre 2015

Let’s go native, ou, Le sens (bien) caché…

Classé dans : Danse, Musique — Miklos @ 0:56


Ani’qu Ne’chawu’nani’, chant Arapaho (source)
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C’est en regardant sur Mezzo l’étonnante et souvent poétique et magique (et parfois curieusement kitsch) chorégraphie Voyageurs immobiles de P. Gentry et M. Underwood que j’ai été surpris d’entendre une chanson apprise dans mon enfance, sans que j’en aie compris alors les paroles : le web n’existait pas comme moyen universel de recherche de sens et de vérité.

Mais maintenant… Quelques clics m’ont permis de trouver deux sources francophones très estimées sur l’Internet – Wikipedia et YouTube – indiquant qu’il s’agissait d’une chanson en iroquois (langue que je ne pratiquais pas alors ; ni, d’ailleurs, maintenant, mais quoi doit être d’une ambiguïté extrême, les dites sources consultées en fournissant des traductions qui ne semblent pas avoir de rapport entre elles (sauf peut-être à en faire des analyses métaphysiques profondes pour en extraire les sens cachés) :

« Iroquois »

Traduction Wikipedia

Traduction YouTube

Ani’qu ne’chawu’nani’ (´2)

Awa’wa biqana’kaye’na (´2)

Iyahu’h ni’bithi’ti (´2)

Quand le soir descend au village indien

Le sorcier apparaît dans la vallée

Et le voilà qui arrive !

Père, aie pitié de moi,
Car je meurs de soif,
Tout a disparu – je n’ai rien à manger.

La source commune à ces citations – et à toutes celles qu’on a pu trouver – semble être un rapport scientifique datant de 1897 (cf. image ci-dessus) dans laquelle cette chanson est décrite comme un des plus tristes chants des danses des esprits des Arapahos – tribu amé­rin­dienne qui n’a rien à voir avec les Iroquois – et dont la signi­fication correspond à celle fournie dans YouTube. Quant à la Wikipedia, même le lien vers l’enregistrement sonore de la dite chanson ne fonctionne pas. Et pourtant, ce n’est pas si sorcier que ça.

Pour en revenir à la chorégraphie, j’y ai retrouvé une autre chanson de mon enfance aux paroles quelques peu mystérieuses : « Koukaboura rit dans l’eucalyptus… ». Si je savais alors ce qu’était un eucalyptus – il y en avait plein là où j’avais grandi – je n’avais aucune idée qui (ou quoi) était ce fameux Koukaboura. En tout cas, ça faisait très tribal.

Et là aussi les clics m’ont révélé qu’il s’agissait d’une chanson australienne composée un beau dimanche de 1932 par une professeure de musique, Marion Sinclair (et qui n’a donc rien de parti­cu­liè­rement tribal). Le K. en question (Kookaburra dans l’original) est un oiseau australien, sorte de martin-chasseur (ça m’éclaire bien, ça), appelé Dacelo en français (tout aussi clair comme explication). Que ce soit en anglais (langue utilisée dans cette chorégraphie) ou en français, il y a bien un côté rigolard dans l’affaire, en tout cas bien plus que notre triste mélopée iroquoise arapaho : pas étonnant, cet oiseau aime bien se fendre la poire.

5 août 2015

Life in Hell : un festin international

Classé dans : Actualité, Cuisine — Miklos @ 0:19


Akbar, Huascar, Sagat et Hrundi V. Bakshi.
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Prenant exemple sur son illustre voisin Nicolas Flamel, patron de l’auberge éponyme et, selon un mythe repris par Harry Potter, célèbre alchimiste, Akbar s’est lancé dans l’accueil gracieux de voyageurs : à la différence de son prédécesseur, il n’exige pas des gens qu’il héberge de dire une Patenôtre pour son salut éternel (quant à l’Ave Maria, nul besoin, vu sa situation personnelle).

Il a ainsi vu défiler au cours du temps un Mormon canadien, un Adventiste croato-australien, un Sikh britannique, un Indien Navajo, un Franco-australien, un Bulgaro-néerlandais, un Palestinien caïfaiote et bien d’autres représentants d’une quarantaine de pays et de tous les continents connus à ce jour, apportant avec eux un peu de leur cultures, de leurs langues et de leur cuisine.

À ce propos, justement : voilà que se trouvent réunis sous le même toit à l’heure du déjeuner dominical l’Indien Hrundi V. Bakshi (dont on a précédemment parlé), le Péruvien Huascar (qui est en passe de devenir pour Akbar ce qu’Étienne de la Boétie était pour Montaigne : un ami), le Thaï Sagat (spécialiste entre autre de boxe thaï) et l’ineffable Akbar (leur hôte présent ou passé). Ils décident chacun de préparer un plat qui représente leur pays d’origine.

Le résultat, agrémenté pour certains de vin rouge et pour Hrundi de vin de Porto (c’est son faible), enchante l’excellente compagnie, qui décide de partager en exclusivité leurs savoureuses recettes.

Dont acte :

Pérou : Aji de Gallina (version végétarienne) – Huascar.

Tiempo de preparación: 20 minutos
Tiempo de cocción: 40 minutos

Temps de préparation : 20 minutes
Temps de cuisson : 40 minutes.

Ingredientes (para 4 personas):
- 2 cebollas
- 250 g. champiñones
- 4 trozos de pan de molde
- 300 ml. de leche
- 3 ajíes verdes
- ajo
- queso parmesano
- nueces (o maní molido a discre­ción)
- aceite
- pimienta
- sal
- hojas de laurel.

Ingrédients (pour 4 personnes) :
- 2 oignons
- 250 g. champignons
- 4 tranches de pain de mie
- 30 cl de lait 
- 3 piments frais (piquants à souhait)
- ail
- parmesan
- noix (ou cacahuètes moulues à volonté)
- huile
- poivre
- sel
- feuilles de laurier.

Pelar y cortar menudamente las cebollas y el ajo, retirar las semillas y venas de los ajíes y cortarlos.  En una sartén, verter agua salada y apimentada con una hoja de laurel; poner a hervir.

Retirar la costra del pan. En un pocillo, colocar la miga del pan trozada y dejar que remoje con leche, luego poner en la licuadora.

Cortar en pedazos largos los champiñones. En aceite de oliva freir los champiñones durante 5 minutos hasta que haya botado su jugo.

Calentar mas aceite en una olla grande, y verter la cebolla, los ajíes y el ajo. Añadir el jugo de champiñones, la cebolla ya cocida, los champiñones calientes, y la pasta de pan con leche.

Dejar cocer a fuego lento un promedio de 15 minutos, removiendo hasta que la mezcla sea uniforme. Juntar el queso parasen y las nueces/maníes, luego seguir con la cocción por 10 minutos mas.

Verter toda la mezcla sobre papas cocidas al vapor y dispuestas sobre algunas hojas de lechuga, con medio huevo duro y aceitunas negras para la decoración, acompáñese con arroz blanco.

Peler et couper menu les oignons et l’ail, enlever les graines et veines des piments et les couper. Dans une marmite, verser de l’eau salée et poivrée avec une feuille de laurier; porter à ébullition. 

Enlever la croûte du pain. Dans un bol, mettre la mie de pain émiettée et laisser tremper avec le lait, puis passer au mixeur.

Couper les champignons en morceaux longs. Avec de l’huile frire les champignons pendant 5 minutes jusqu’au leur jus est sorti.

Faire chauffer l’huile dans une grande poêle, et y faire revenir l’oignon, les piments et l’ail. Ajouter le jus de champignons, l’oignon déjà cuit, les champignons échauffés, la pâte de pain au lait. 

Laisser cuire au feu moyen 15 min, en remuant jusqu’à ce que le mélange devienne épais. Ajouter le parmesan et les cacahuètes/noix, puis poursuivre la cuisson encore 10 min.

Verser ce mélange sur des pommes de terre cuites à la vapeur et disposées sur quelques feuilles de laitues, avec un ½ œuf dur et des olives noires pour la déco, accompagné de riz blanc.

Thaïlande : ผัดเปรี้ยวหวาน / Sweet and Sour – Sagat.

เครื่องปรุง + ส่วนผสม
* ผงปรุ่งรส
* เต้าหู้สำหรับทอด (หั่นเป็นชิ้นพอดีคำ)
* มะเขือเทศ 2 ลูก (หั่นเป็นชิ้นพอดีคำ)
* หอมใหญ่ 1 ลูก (หั่นเป็นชิ้น)
* แตงกวา 1 ลูก (หั่นเป็นชิ้น)
* พริกหยวก 2 ลูก (หั่นเป็นชิ้น)
* น้ำมันสำหรับทอด
* สัปรด 1 ลูก หั่นพอดีคำ

Ingredients:
- 1 hard tofu
- 2 tomatoes
- 1 onion
- 2 bell peppers
- 2 small cucumbers
- 1 small pineapple
- sweet-and-sour paste
- oil for frying

วิธีทำทีละขั้นตอน

1. นำเต้าหู้ไปทอดจนเหลืองกรอบ นำไปวางบนกระดาษซับมันและเตรีึยมไว้สำหรับขั้นตอนต่อไป

2. ใส่น้ำมันลงในกระทะและนำไปตั้งไฟ จากนั้นใส่แตงกวา, หอมใหญ่ และผัดจนเกือบสุกจึงใส่มะเขือเทศและสัปรดลงไปผัด

3. ใส่ผงปรุ่งรสที่ละลายน้ำแล้วและคนให้เข้ากัน ตั้งไฟไว้ 2 – 3 นาที

เพียงเท่านี้ก็พร้อมรับประทาน

Cooking:

1. Chop the tofy to bite size then fry the pieces until they are gold. Then, take them out and let them dry on the paper.

2. Chop the cucumber, onion and bell pepper to bite size then fry the pieces in a bit oil till they’re almost cooked; add the chopped tomato, pineapple and fried tofu.

3. Add sweet and sour paste which is mixed in a cup of hot water. Let it boil up for 2 or 3 minutes.

It’s ready to serve. Can be eaten with rice as a side dish.

Inde : ભીંડો / Okra curry – Hrundi V. Bakshi.

આ રેસીપી માટે જરૂરી વસ્તુઓ:
- 40-50 ઓકરા (ભીંડો)
- 4 ચમચી તેલ
- 1 ચમચી મીઠું
- 1 ચમચી રાઈ
- 1 ચમચી હળદર
- 1 ચમચી (જો તમે ગરમ ખોરાક ન ગમે તો અથવા ઓછા) મરચાંનો પાઉડર
- 2 ચમચી જમીન ખ્યાલ jeeru (પાવડર માં ધાણા અને જીરું જમીન મિશ્રણ)
- લસણ પ્રેસ લસણ છૂંદેલા 2-3 લવિંગ
- 2 ચમચી લીંબુનો રસ (વૈકલ્પિક)

Ingredients for two servings:
• about 40 tender okras
• 4 tbs oil
• 1 tsp salt
• 1 tsp mustard seeds
• 1 tsp turmeric
• 1 tsp chilly powder (or less if you don’t like hot food)
• 2 tsp ground dhana jeeru (a mix­ture of cori­ander and cumin ground into a powder)
• 2-3 cloves of garlic mashed in a garlic press
• 2 teaspoons lemon juice (optional)

પદ્ધતિ:

1. ઠંડા પાણી માં ઓકરા ધોવા અને દરેક ડ્રાય અને દરેક ઓકરા વ્યક્તિગત એક રસોડું ટુવાલ અથવા રસોડું કાગળ મદદથી.

2. દરેક ઓકરા ટોચ અને પૂંછડી કાપો અને તેને કાઢી નાખો. નાના રાઉન્ડમાં ટુકડાઓમાં ઓકરા બાકીના કાપો. ટીપ: તમારા હાથ અને છરી ભેજવાળા જેથી તમારા હાથ અને છરી સાફ કરવા માટે હાથમાં રસોડું કાગળ રાખશે. તમે બધા ઓકરા કકડો સમાપ્ત એકવાર – તમારા હાથમાં કેટલાક મીઠું ઘસવું અને તેમને કપડાં ધોવા સ્ટીકી લાગણી તેમને બંધ.

3. સૂકી શાક વઘારવાનું તપેલું માં ઓકરા પરિવહન કરે છે. ઓકરા માટે મીઠું, હળદર, મરચાંનો પાઉડર, મેશ્ડ લસણ અને ધન જીરું ઉમેરો અને સારી રીતે કરો.

4. નાના શાક વઘારવાનું તપેલું માં તેલ ગરમ અને તેલ રાઈના બીજ ઉમેરો. મસ્ટર્ડ બીજ ધાણી બંધ જાય, સમારેલી ઓકરા અને જગાડવો ટોચ પર તેમને ઉમેરો.

5. એક ધાતુની પ્લેટ સાથે ઓકરા કવર અને પ્લેટ ટોચ પર કેટલાક પાણી ઉમેરો. હું મારા શાક વઘારવાનું તપેલું આવરી સ્ટીલ પ્લેટ ઉપયોગ થાય છે અને આ પ્લેટ પર અમુક પાણી ઉમેરી. આ મારી માતાએ તે સૂકી છોડી ઇચ્છતા કરી ઘણો રાંધવા ધીમી પદ્ધતિ છે. ઓકરા 10-15 મિનિટ માટે ઓછી ગરમી પર રસોઇ અને તપાસો અને ઓકરા નરમ અને રાંધવામાં લાગે ત્યાં સુધી રાંધવા પરવાનગી આપે છે. ઘનીકરણ દરમિયાન પ્લેટ તળિયે રચના પણ પાણી કરી પડો મંજૂરી આપતા નથી.

6. આ રીતે કોઇ ભેજ તેથી વગર ઓછી ગરમી પર ઓકરા કરી બનાવીએ. એકવાર કાઢી નાખો શાક વઘારવાનું તપેલું આવરી પ્લેટ રાંધવામાં આવે છે.

7. 20-30 મિનિટ પર ધીમા ગરમી પર રાંધવામાં કરી માઇક્રોવેવ માં 2-3 મિનિટ રાંધવામાં આવે છે એક કરતાં ઘણો વધુ સારી. આ okras રાંધવામાં આવે છે અને ઘટાડો અને બે લોકો માટે પૂરતું કરી છે મળે છે. મારી જેમ, તમે થોડો લીંબુ સ્વાદ ગમે છે, તો તમે કરી લીંબુનો રસ એક આડંબર ઉમેરી શકો છો. રોટીસાથે ગરમ કરી લો.

Method:

1. Wash the okras in cold water and dry each and every okra individually using a kitchen towel or kitchen paper.

2. Cut the top and tail of each okra and discard it. Cut the rest of the okra into small round pieces. Tip: your hands and the knife will get sticky so keep kitchen paper handy to wipe your hands and the knife. Once you finish chopping all the okra – rub some salt in your hands and wash them to stop them feeling sticky.

3. Transfer the okra into a dry saucepan. Add the salt, turmeric, chilly powder, meshed garlic and dhana jeeru to the okra and mix well.

4. Heat the oil in a small saucepan and add the mustard seeds to the oil. Once the mustard seeds stop popping, add them on top of the chopped okras and stir.

5. Cover the okra with a metal plate and add some water on top of the plate. I used a steel plate to cover my saucepan and added some water on the plate. This is the method my mum used to slow cook a lot of the curries she wanted left dry. Allow the okra to cook on a low heat for 10-15 minutes and check and cook until the okra feels soft and cooked. Do not allow any water formed on the bottom of the plate during condensation to fall in the curry.

6. This way the okra curry cooks on a low heat without loosing any moisture. Once cooked discard the plate covering the saucepan.

7. Curry cooked on slow heat over 20-30 minutes tasted a lot better than one cooked in 2-3 minutes zapped in the microwave. The okras get cooked and reduced and makes just enough curry for two people. You can add a dash of lemon juice to the curry if, like me, you like a slight lemony taste. Eat the curry hot with chappatis.

(Source)

France : tarte aux reines-claudes – Akbar.

Ingrédients :
- 250 gr. de farine
- 125 gr. de beurre salé ramolli
- un peu d’eau
- 1 jaune d’œuf
- 1 kg. de reines-claudes.
- poudre d’amandes.
- 100 gr. de sucre
- 20 cl. d’eau.

Faire un puits avec la farine et y déposer le beurre et rajouter un peu d’eau. Mélanger rapidement du bout des doigts jusqu’à ce qu’elle devienne homogène et élastique mais sans trop pétrir. Si la pâte colle au récipient, rajouter un peu de farine et former une boule. Vous pouvez couvrir et mettre la pâte au frais pendant que vous coupez les prunes.

Couper les prunes en deux et les dénoyauter. Mettre le sucre et l’eau dans une casserole et faire bouillir jusqu’à obtenir un sirop léger. Y plonger ensuite les prunes et les laisser pocher 2 à 3 minutes. Retirer les prunes et conserver le sirop.

Étaler la pâte et foncer un moule à tarte beurré et fariné. Badigeonner le bord de la tarte avec le jaune d’œuf délayé dans un peu d’eau. Piquer le fond avec une fourchette, et la recouvrir d’une bonne couche de poudre d’amandes. Recouvrir ensuite avec les prunes chair vers le bas, et mettre au four à thermostat 7 (210°C) environ 40 min.

Pendant ce temps remettre le sirop sur feu vif jusqu’à ce qu’il épaississe. Étaler ensuite ce sirop sur la tarte cuite (Akbar le verse en fait avant d’enfourner la tarte). Laisser refroidir avant de servir. Akbar propose aussi de la crème fraîche, et pour la prochaine fois fera de la chantilly. Ou une boule de glace.

(Adaptée à partir d’une recette du site Marmiton)

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

30 mars 2015

Life in Hell : La cerise sur le gâteau, ou, L’aventure de la banane disparue

Classé dans : Actualité, Cuisine — Miklos @ 0:46


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Après un séjour fructueux en France, Lucky Luke repasse par Paris pour s’envoler le lendemain vers son Far West, là où on est armé jusqu’aux dents et où l’on tire plus vite que son ombre. Il raconte à Akbar son grand plaisir à la découverte de la langue française et des mœurs, notamment culinaires, des autochtones, telle le rituel de trempette de la baguette beurrée dans le bol de café au lait, au p’tit déj.

En ce qui concerne sa pratique du français, Akbar l’avait précé­demment invité à participer à un pot amical en compagnie de Jeff et de Shéhérézade, à condition que tous parlent français et uniquement français. À son retour à Paris, dans le but de contribuer à la perfection de son expérience gastronomique, Akbar l’emmène d’abord prendre des glaces Berthillon, pour tenter de lui démontrer que les glaces texanes ne sont pas les meilleures du monde, contrairement à ce que Luke s’entête à affirmer mordicus. Puis il l’invite à dîner au restaurant de tartes flambées alsaciennes à volonté. Il propose à Hrundi V. Bakshi, qui y avait déjà mangé et apprécié la table, de se joindre à eux. Ils s’y rendent donc par un temps fort maussade qui n’arrive pas à entamer leur bonne humeur.

Bien qu’ils arrivent relativement tôt, les lieux se remplissant rapidement, les serveurs sont d’évidence dépassés par les événements et parcourent à grands pas les allées dans tous les sens, ne semblant s’arrêter à aucune table. Ce n’est qu’après avoir été hélés à nombreuses reprises que l’un d’eux apporte les cartes à nos compères. Akbar se charge de la traduction. Luke choisit la formule entrée + tartes à volonté – ce que fait aussi Akbar –, tandis que Hrundi décide de prendre des tartes à volonté + dessert. Ils arroseront cela avec un pichet d’Edelzwicker « Andante », que Hrundi avait fort apprécié lors de son précédent passage dans les lieux (ce qui, soit dit en passant, ne contredit pas son goût avéré pour le porto, constate Akbar in peto).

Nouvelle attente pour passer commande. Akbar se charge de le faire synthétiquement pour les trois afin de faciliter la tâche à la serveuse quelque peu égarée : la tarte végétarienne (naturellement) pour Hrundi, le velouté de potiron (qui n’a rien à voir avec le délicieux potage Aurore de Ginette Mathiot, qu’Akbar avait fait tout l’hiver) pour Luke, et la petite tatin d’oignons pour Akbar.

Une fois n’est pas coutume, l’Edelzwicker arrive avant les mets, ce qui permet aux trois larrons de trinquer à leurs santés respectives. Puis c’est le tour de la tarte de Hrundi.

Grand point d’orgue dans le service. Akbar et Luke essaient de convaincre leur compagnon de table de ne pas les attendre, son plat refroidirait, mais la bonne éducation de notre Indien ne le laisse pas se rendre à leurs arguments amicaux. La température de la tarte est en chute libre, et va se mettre au diapason de celles des deux entrées qui arrivent enfin : la petite tatin, qui aurait dû pour le moins être tiède, frissonne de froid, elle n’a pas encore eu le temps de se décongeler, tandis que le velouté de potiron est, lui, à peine tiédasse. Encore un long laps de temps passé à tenter d’interpeller la serveuse, qui reprend ces deux entrées indiquant qu’il y a eu un problème avec le four, d’évidence.

Plus tard. Un nouveau velouté, tout fumant, est rapporté, en compagnie d’une petite tatin à peine tiédasse. Akbar décide de ne plus protester pour que le repas puisse se poursuivre plus ou moins ensemble. Il n’en pense pas moins.

Lorsqu’il s’agit finalement de commander les premières tartes des deux autres compères et la suivante d’Akbar, la serveuse essaie de leur expliquer le système en vigueur selon lequel elle ne leur en apportera qu’une qu’ils se partageront à trois. Akbar lui rétorque avec son plus beau sourire que, du fait que deux d’entre eux étant végétariens et le troisième non, cela ne marchera pas, et que depuis les années qu’il fréquente ce restaurant (Jeff l’avait taxé de masochiste), cela ne posait pas problème.

Plus tard. Ayant mangé leur saoul de tartes bien arrosée de ce petit vin fort agréable, c’est au tour de Hrundi de commander son dessert. Ce n’est pas une mince affaire : se faire apporter la carte prend près d’une demi-heure. Avant même que la serveuse ne la pose sur la table, Hrundi lui commande un Banana split revisité (nouveau).

Le dessert se laisse désirer : plus d’une demi-heure s’écoule. Des banana splits sont servis aux alentours, mais pas à leur table. N’arrivant plus à attirer l’attention d’un serveur, Akbar se lève et va en interpeller un ailleurs dans le restaurant. Encore une longue attente avant que le dessert n’arrive : une masse de crème blanche recouvre le plat sous laquelle on distingue une boule de glace. Hrundi l’attaque, puis dit d’un air quelque peu dubitatif à Akbar qu’il n’arrive à en identifier le parfum. Il s’agirait, selon la carte, d’un sorbet passion. Admettons. Mais ce qui étonne le trio, c’est que dans ce banana split, pas plus de banana que de cheveu sur la tête à Mathieu. En réglant l’addition, Akbar le fait remarquer au patron de la salle, qui lui dit qu’effectivement, ils avaient un problème d’approvisionnement, et n’avaient pas de bananes, en conséquence de quoi il leur accorde généreusement une remise d’un Euro. Akbar, pas étonné pour un sou, résume succinctement la situation à l’intention de ses deux compères anglophones : “The banana split” (ce qu’on pourrait traduire par « La banane s’est cassée »).

Deux heures et demi après leur arrivée, le trio sort. Le temps, sans doute par empathie avec leurs mésaventures, est encore plus maussade qu’à leur arrivée.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

26 juillet 2014

Hajj, le pèlerinage à la Mecque.


Entrée de l’exposition Hajj, le pèlerinage à La Mecque à l’Institut du monde arabe.
Autres photos ici.

«Mecque (La) , ville de l’Arabie heureuse, célèbre pour avoir été le berceau du mahométisme. Mahomet n’est pas le premier qui l’ait illustrée. On prétend que c’est dans ce lieu qu’est placé le tombeau d’Abraham. Si l’on en croit Nicolas de Damus, le fameux chêne de Mambré, sous lequel ce patriarche conversa avec trois anges, était ce qui attirait à la Mecque ce concours de peuples voisins, païens, juifs et chrétiens. Les succès de l’islamisme n’ont fait que lui donner un nouveau lustre. Elle voit arriver tous les ans des caravanes nombreuses de pèlerins, dont une des plus belles est celle du Caire, et qui viennent dans ce sanctuaire de leur religion rendre leurs hommages à Mahomet. Ce concours cessera d’étonner, si l’on réfléchit que la loi de Mahomet fait un devoir rigoureux de ce pèlerinage ; et cette opinion est si fortement inculquée dès l’enfance, que les femmes même l’entreprennent avec leurs maris, et même seules. Toutes ces caravanes, se trouvant rassemblées, se rendent un certain jour, sur la montagne d’Arafat, à six lieues de la Mecque, où ils croient qu’Abraham offrit à Dieu le sacrifice de son fils lsaac. La fête qu’ils célèbrent dans cet auguste lieu se nomme Korban-bairam, ou le second Bairam ; mais les Arabes l’appellent Je al Korban, et Je al Adha, c’est-à-dire, la fête du sacrifice : parce que, dans ce jour, on immole une multitude prodigieuse d’animaux de toute espèce.

C’est dans ce lieu que les pèlerins: se rasent la tête et le visage, et prennent le bain. Après avoir fait leurs prières, ils s’en retournent à la Mecque. Ils visitent la maison d’Abraham, qu’on appelle la Kaaba et les autres lieux consacrés par la religion des mahométans. On place dans la grande mosquée le pavillon nouvellement apporté du Caire, et on en retire le vieux, qu’on remet entre les mains de l’émir-hadgi.

La ville de la Mecque n’étant pas assez grande pour contenir une multitude si prodigieuse d’étrangers avec leurs équipages, les caravanes sont obligées de camper aux environs de la ville, et séjournent sous des tentes pendant l’espace de neuf à dix jours. Il se tient là une foire des plus considérables du monde, et le commerce qui s’y fait est prodigieux. On admire surtout le silence et la tranquillité qui règnent dans ce concours étonnant de marchands et de pèlerins.

Ceux qui avaient, avant Mahomet, la présidence du temple de la Mecque, étaient d’autant plus considérés, qu’ils possédaient, comme aujourd’hui, le gouvernement de la ville. Aussi Mahomet eut la politique, dans une trêve qu’il avait conclue avec les Mecquois ses ennemis, d’ordonner à ses adhérents le pèlerinage de la Mecque. En conservant cette coutume religieuse qui faisait subsister le peuple de cette ville, dont le terroir est des plus ingrats, il parvint à leur imposer sans peine le joug de sa domination.

La Mecque est la métropole des mahométans, à cause de son temple ou kiabé, maison sacrée, qu’ils disent avoir été bâti dans cette ville par Abraham ; et ils en sont si persuadés, qu’ils feraient empaler quiconque oserait dire qu’il n’y avait point de ville de la Mecque du temps d’Abraham. Ce kiabé, que tant de voyageurs ont décrit, est au milieu de la mosquée, appelée haram par les Turcs ; le puits de Zemzem, si respecté des Arabes, est aussi dans l’enceinte du haram.

La ville, le temple, la mosquée et le puits, sont sous la domination d’un shériph, ou, comme nous l’écrivons, chérif, prince souverain comme celui de Médine, et tous deux descendants de la famille de Mahomet ;» le grand seigneur, tout puissant qu’il est, ne peut les déposer qu’en mettant à leur place un prince de leur sang.

Fr. Noël, Dictionnaire de la fable, ou mythologie grecque, latine, égyptienne, celtique, persane, syriaque, indienne, chinoise, mahométane, slavone, scandinave, africaine, américaine, iconologique, rabbinique, cabalistique, etc. Quatrième édition. Paris, 1823.

Voir aussi les articles (liste générée automatiquement) :

31 octobre 2013

Comment se préparer à la grande panne

Classé dans : Histoire, Peinture, dessin, Progrès, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 22:29


« Dites-donc, Duschmoll, c’est ce que vous appelez réseauter ? »
Source : Publicité IBM, Network World, 4 décembre 1989.

Pour ceux qui identifient l’internet avec le Web, on rappellera que l’émergence du premier, accompagnée de fonctions de courrier électronique, de forums, de chats et de transferts de fichiers, précède d’une vingtaine d’années l’invention du second au début des années 1990.

Ce qu’on sait un peu moins, c’est que le streaming audio a été développé dans les années 1920, bien avant l’apparition des réseaux informatiques, pour diffuser de la musique de fond à des grands magasins ; cette technologie, appelée ulté­rieurement Muzak, utilisait le multi­plexage de lignes télé­phoniques pour ce faire. Et si l’on remonte un siècle plus tôt, c’est en 1836 que Morse (et d’autres) invente le télé­graphe électrique.

Quant aux plus récents moyens de communication rapide, le tout premier SMS a été envoyé en décembre 1992 et Twitter a été créé en 2006.

Mais comment ferons-nous pour com­muniquer quand il n’y aura plus d’élec­tricité (d’autres questions se poseront alors aussi, mais on les laisse pour de futurs billets) ? À défaut de télé­pathie, on pourra évi­demment utiliser la méthode illustrée ci-dessus, mais sa portée est limitée. On rappellera donc d’autres technologies éprouvées : le sémaphore (1806), le porte voix (vers les années 1650), le pigeon voyageur (il y a environ 3000 ans) et les signaux de fumée (utilisés depuis l’antiquité en Chine sur la Grande Muraille jusqu’aux derniers Indiens d’Amérique avant leur colo­ni­sation). Faites vos réserves !


(
source)

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