Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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13 décembre 2009

Life in Hell : une danse immobile, et une autre pour un grincement de fauteuil et un soupir.

Classé dans : Danse — Miklos @ 0:06

« Certes Hegel avait affirmé que “l’œuvre d’art est la réali­sation sensible du concept”, mais l’art contem­porain prétend venir lui-même après la philo­sophie, en lieu et place de celle-ci, pour s’affirmer dans son concept pur (…) L’idée de l’art et l’art seraient la même chose. » — Alain Cambier, « La démon­déi­sation de l’art et ses limites. De l’art moderne à l’art contem­porain », in Art et savoir : de la connais­sance à la conni­vence, Isabelle Kustosz (éd.). L’Harmattan, 2004.

Akbar et Jeff ne sont pas sûrs de ce que « démondéisation » veut dire, mais c’est sans doute ce que Boris Charmatz accomplit dans son hommage conceptuel à Merce Cunningham, 50 années de danse, au Théâtre de la Ville. « En cinquante minutes, rajoute Jeff. Heureusement. » Akbar, lui, a moins souffert que Jeff, il en a profité pour faire la sieste. Le chorégraphe français est parti de photos illustrant la longue carrière du maître américain disparu en juillet, et en a construit un spectacle (annoncé comme « concept ») décousu et anecdotique qui n’évoque en rien l’univers d’une pureté et d’une perfection quasi cliniques de Cunningham : statique et ennuyeux, il rappelle à nos compères quelques autres chorégraphies françaises du genre à la mode ici, la non danse ; c’est trop conceptuel pour eux, ils préfèrent le mouvement organisé et l’incarnation à l’idée pure. La photographie est un art en soi, il ne suffit pas de l’invoquer dans un autre domaine pour que ça fonctionne, de soi, et surtout dans la danse : il faut savoir articuler stase et mouvement, plat et volume, d’une façon qui fasse corps. Jeff et Akbar se souviennent avec émotion de Held, de la Garry Stewart Australian Dance Theater, où le travail de la photographe Lois Greenfield intégré en live à la chorégraphie était saisissant. De l’art, là.

Deux jours plus tard, ils assistent à la dernière œuvre de Cunningham, Nearly 90: par certains côtés, c’est une œuvre abstraite – il n’y a pas de récit, d’interprétation, de sentiment explicites – mais elle n’a rien de conceptuel, ce n’est pas qu’une œuvre de l’esprit de son créateur : ce qui se déroule à leurs yeux est d’une grande beauté formelle dans les formes, les lignes, les mouvements, les costumes et les lumières, et d’une complexité qui n’est pas sans rappeler le grand art du contrepoint. La musique, live, est purement électronique elle aussi, et si certains de ses grincements font un amusant écho involontaire à ceux des fauteuils de deux de leurs voisins qui s’en vont, outrés sans doute par la modernité de l’œuvre, elle en est une composante tout aussi organique que la lumière.

La danse moderne américaine est n’est pas ancrée dans une tradition classique américaine qui n’a jamais existé, du fait de l’histoire du pays. C’est sans doute l’un des facteurs qui lui ont permis, au cours du XXe siècle, de faire preuve d’une créativité extraordinaire. C’est ce qu’avait brossé Sonia Schoonejans avec brio, intelligence et compétence aux oreilles de Jeff et d’Akbar (et de quelques centaines d’autres auditeurs) lors d’une conférence d’une heure qu’elle avait donné plus tôt au Théâtre de la Ville, suivie de la projection de l’un de ses films dans la série Un siècle de danse. Si Akbar connaît ses principaux créateurs, de Martha Graham à Trisha Brown et Lucinda Childs, dont il a vu certaines des œuvres (il en parle régulièrement), il a découvert l’existence du Français François Delsarte (1811-1871), dont l’influence des études sur le rapport geste-émotion-sensation popularisées aux US par Genevieve Steebins ont influencé la danse américaine tout au long du siècle passé ; Ruth Saint Denis chez laquelle Martha Graham avait étudié ; Yvonne Reiner, élève de Graham et l’un des fondateurs du creuset de la Judson Dance Theater de New York, d’où Trisha Brown émergera ; Doris Humphrey, contemporaine de Martha Graham (« la seconde génération ») mais qui ne vécut qu’une soixantaine d’années… En une heure, la conférencière a su non seulement brosser une histoire, mais en montrer les filiations et les ruptures, les évolutions du style qui sont loin d’être uniquement linéaires, et de s’attarder surtout sur les noms moins connus ici mais qui méritent toute l’attention de l’amateur de danse.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

25 février 2009

Life in Hell: the ultimate torture

Classé dans : Cuisine — Miklos @ 7:50

« Peut-être le fumet délicat du chocolat ramène-t-il à la surface de vieux souvenirs d’enfance… ? » — Bernard Dubrulle et Dominique Auzias, Guide du chocolat et des confiseries. Petit futé, 2006.

Akbar et Jeff sont invités à dîner chez la Comtesse de Dieppe. En se rendant vers le métro, Akbar passe devant Lord Sand­wich. La Mama, sur le pas de la porte, s’écrie : « ne bougez pas ! », suivi d’un « Entrez, entrez ! ». Akbar est bien en mal d’obtem­pérer, vu les injonctions contra­dictoires, mais la curio­sité attisée il ignore la première qui l’avait saisi dans son vol comme la femme de Loth trans­formée en statue de sel, et obéit à la seconde. Il franchit le seuil. La patronne lui tend alors un plateau couvert d’une montagne de brownies tous plus appétissants les uns que les autres et dont le bouquet manque de le faire tomber en pâmoison. « La cuisinière m’a dit “C’est pour Monsieur Akbar” », précise-t-elle.

Quel supplice ! malgré qu’il en soit par l’odeur alléché, Akbar ne peut s’en saisir (dîner oblige) et répond, à l’instar de Jean-Jacques Rousseau à Madame la Baronne de Warens en 1732 : « pour moi, je me contente du fumet ». La Mama lui fournit alors toutes assurances que le trésor sera préservé à son intention (il compte bien y retourner incessamment sous peu) et le confie à l’Aïeul. Une consolation temporaire, tout de même : la Comtesse de Dieppe servira aux deux compères en guise de dessert un gâteau au chocolat.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

11 février 2009

Life in Hell: l’éternel retour

Classé dans : Cuisine — Miklos @ 21:45

Il faut toute l’amicale détermination de Colomba et de Heidi et la magie blanche de Mary Poppins (qui atterrit miraculeusement au beau milieu du trio droit venue de Patagonie) pour ramener Akbar chez Lord Sandwich, dont un mauvais coucheur l’avait écarté d’un coup de pied langue de vipère. Comment ne pas succomber au charme persuasif de ses trois amies ? Il se laisse faire de bonne grâce. Il faut dire qu’il avait pris ses précautions : l’avant-veille, il avait prévenu l’Aïeul de son retour – lequel Aïeul pensait qu’Akbar était, comme d’habitude, à l’étranger (Akbar, lui, se pensait surtout en exil) –, et en conséquence la 24 les attendait.

Le quatuor est accueilli par l’Aïeul et par le Faune dont le sabot s’est enfin ressoudé au prix d’une longue immo­bi­li­sation télévision-chips-bière (aïe-aïe-aïe !). S’ils retrouvent avec plaisir la carte, c’est surtout le personnel qu’ils sont contents de revoir. Akbar aimerait prendre du tartare de saumon en entrée, du tartare de saumon en plat et du tartare de saumon en dessert. Il se contente de n’en prendre qu’une portion – il s’en délecte – et le fameux pavé de chocolat pour dessert (il aurait bien pris aussi un brownie, mais ce sera pour la prochaine fois). Colomba choisit de manger à l’envers, Heidi le potage et Mary Poppins un plat consistant.

Les amis décident d’arroser ça. À défaut de Lambrusco frais, ils prennent un Gamay pétillant, plus doux limite vin de dessert, qui se laisse toutefois boire sans peine et contribue à leur bonne humeur et à leurs débats sans fin sur les sujets essentiels de la vie, sur les bons et les méchants et sur le sens profond de l’amitié. C’est chez Jeff qu’ils se retrouveront tous la prochaine fois, sans pour autant qu’Akbar oublie les promesses que la Danseuse lui a faites ni celles de la Mama.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

30 décembre 2008

Life in Hell: Terminal indigestions

Classé dans : Cuisine — Miklos @ 11:20

“There’s no good-bye, you just start walkin’
Out into the chill of the night
Wonderin’ if you timin’ was right
But you still can’t deny
It was good while it lasted”

— Sawyer Brown

- Der Baeckeoffe
- ¡Hola!
- Lord Sandwich
- The Pitbull

Who’s next?

(No relationship whatsoever with any current events anywhere on the globe)

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

12 décembre 2008

Life in Hell: “There is no sincerer love than the love of food” (G. B. Shaw)

Classé dans : Cuisine — Miklos @ 22:56

Akbar aime manger (il est bien élevé). Akbar aime bien manger (ça se voit). Ce qui l’empêche souvent d’essayer de nouveaux plats, c’est qu’il ne se lasse jamais de ceux qu’il connaît déjà : le tartare de saumon ou le saumon mariné sur galette de céleri chaude, par exemple. Aujourd’hui, Emma se rapproche avec un regard allumeur : « Nous avons un très bon potage aux poireaux et à la Fourme d’Ambert… », sussure-t-elle d’un air entendu. Akbar ne dit ni une ni deux, il dit oui. La Fourme d’Ambert, il aime. Il en fait d’ailleurs une excellente tarte, avec des cerneaux de noix (il ne révèle pas les autres ingrédients).

La soupe arrive, fumante. Elle a du corps, ce n’est pas le genre nouvelle cuisine (un peu d’eau tiède avec une pelure d’oignon disposée élégamment au centre, selon Akbar). La cuisinière est généreuse autant du légume qui épaissit que du fromage qui lie et ajoute une saveur persillée. Akbar fait chabrot. Il est ravi : le corps se réchauffe et ses papilles sont flattées. Les quelques tranches de pain légèrement grillé agrémentent la potée. Ce n’est pas de la grande cuisine, c’est de la bonne cuisine. Copieuse, elle suffirait pour un repas.

Mais c’est sans compter sur Mumu : « Nous avons mis les brownies à la carte », dit-elle d’un air faussement négligent. C’est le coup de grâce : elle avait fait goûter Akbar au prototype, quelques jours auparavant. Coup de foudre : immatériel, ce n’était presque que du goût pur, un goût qu’Akbar apprécie d’autant plus qu’il est fan de chocolat noir. D’ailleurs, ici, ils font le meilleur pavé au chocolat qu’il ait mangé. Mais ce brownie… un nuage de chocolat, un rêve ! Aujourd’hui, il se rend : adieu, veaux, vaches, calories, vivement le brownie. Et la saveur reste suspendue dans son palais bien après le déjeuner…

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

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