Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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5 janvier 2008

Une brève histoire d’amour (variante)

Classé dans : Humour, Récits — Miklos @ 1:49

« Don Juan, Don Juan
Ton nom sonne comme une menace
À chaque femme que tu enlaces
Don Juan. »
— Félix Gray

— « Je suis régisseur dans la danse », se présenta Roméo modestement.
— « Ah, que j’aime la danse, surtout contemporaine ! Ces dernières années, j’ai particulièrement été impressionné par les Ballets C de la B, tu vois qui c’est ?
— Non », répliqua Roméo.
— « Cherkaoui, Augustijnen, Platel… ?
— « Non. Tu sais, je travaille surtout à Bruxelles », répondit-il comme en s’excusant.
— « Mais ils sont belges ! J’apprécie beaucoup ce qui s’y fait, j’ai vu à plusieurs reprises l’extraordinaire Viviane de Muynck.
— Ça me dit vaguement quelque chose », marmona-t-il. Passant soudain du coq à l’âne, il demanda : « Qu’aimes-tu en musique ?
— Tant de choses… entre la musique élisabéthaine et le minimalisme, j’y trouve mon compte.
— Moi j’aime surtout les cantates de Bach », affirma-t-il simplement.
— Il y a de quoi ! Ma préférée est sans doute la BWV 106, Actus Tragicus. Et toi ?
— Celle que je préfère, c’est La Passion », répondit-il passionnément.
— « Mais… ce n’est pas une cantate, ça… et laquelle des Passions tu préfères ?
— Je ne me souviens plus des noms. » Et il se mit à l’embrasser fougueusement comme il savait si bien le faire, ce qui eut pour effet de lui clore le bec tout en lui ouvrant la bouche.

La morale de cette histoire, la rirette, la rirette, c’est qu’il ne suffit pas de porter un bel air, il faut aussi connaître les bonnes paroles. Ou sinon, comme l’a si bien résumé Jacques Schmitt : « Et malgré tout ça, la sauce ne prend pas. ».

4 janvier 2008

Une brève histoire d’amour (pas celle de Kieslowski)

Classé dans : Humour, Récits — Miklos @ 7:44

« Lundi matin, l’empereur, sa femme et le p’tit prince… » — Chanson populaire

« Gal, amant de la Reine, alla, tour magnanime
Galamment de l’arène à la tour Magne à Nîmes. »

— Victor Hugo

« Allô ! allô ! . . . . . . . . . . Je ne dis pas que tu mentes. Je dis : si tu mentais, et que je le sache. Si, par exemple, tu n’étais pas chez toi et que tu me dises . . . . . . . . . . » — Jean Cocteau, La Voix humaine

— Lundi soir, Tomek (appelons-le Tomek) avait un rendez-vous galant. Ne trouvant plus d’omnibus sur la ligne Clichy-Opéra à cette heure tardive, il ne s’y rendit pas.

— Mardi, Tomek rencontra son obscur objet du désir. Passons dis­crè­tement sur la danse des sept voiles suivie des longs moments langoureux que constitua cette découverte mutuelle, dont on dira seulement que, si les protagonistes y perdirent la tête plus d’une fois, ils la retrouvèrent à la fin. Redescendu de son septième ciel, Tomek déclara fougueusement son enchantement en des termes profondément poétiques : « J’aime tes grosses cuisses ! ». Les yeux dans les yeux, il exprima tendrement le souhait de reprendre date, ce qui fut fait pour le lendemain.

— Mercredi, Tomek parcourut le Gradus ad Parnassum plus rapi­dement : il commençait à en connaître le chemin et les portes s’en­trou­vraient plus facilement sur son passage. Il fut pratique : « On se revoit demain ? »

— Jeudi, Tomek envoya un pneumatique : « Je suis retenu ce soir. On reste en contact ? »

La morale de cette pré-histoire : l’homme du néant détale.

8 décembre 2007

Regards

Classé dans : Arts et beaux-arts, Photographie — Miklos @ 19:05

20 juillet 2006

Pire que les OGM

Classé dans : Cuisine, Humour — Miklos @ 21:09

Les agressions contre les fruits et légumes se poursuivent sans relâche. Sur la carte d’une brasserie boulevard Malesherbes, il est écrit en toutes lettres que leur salade norvégienne comprend des raped carrots. Quelle horreur ! Et dans le 8e, qui l’eût cru ! Quant à la Norvège, qui s’est opposée aux OGM, je ne peux la croire complice du forfait (bien qu’elle ait été responsable de la « prise » de nombre de baleines malgré le moratoire international sur leur chasse commerciale). J’espère que tout sera fait pour mettre fin au harcèlement sexuel insupportable d’un légume aux formes suggestives, au goût léger mais agréable, aux vertus si nombreuses et qui n’a pas manqué d’inspirer auteurs, réalisateurs et chercheurs. Est-ce justement pour ses qualités qu’on en abuse ainsi, comme pour se venger de sa perfection discrète ?

11 mai 2006

Paris coquin

Classé dans : Lieux, Livre — Miklos @ 22:09

L’Institut national de l’histoire de l’art (INHA), dont la création s’apparente plus à une saga qu’à une simple histoire (et dont certaines parties du site, tel son organigramme, sont ancrées dans le passé plutôt que dans le présent), fédère divers sociétés et organismes de recherche spécialisés (associatifs, universitaires, rattachés au CNRS, à l’École pratique des hautes études ou à l’École des hautes études en sciences sociales). Sa bibliothèque, située dans la magnifique salle ovale de l’ancienne Bibliothèque nationale (rue Richelieu) doit réunir à terme un fonds fabuleux de près de 1,3 million de documents.

Pour le bonheur des curieux (et des chercheurs aussi, on l’espère), l’INHA constitue une bibliothèque numérique qu’il met progressivement en ligne : classiques de l’histoire de l’art (du 16e au 19e s.), catalogues du Musée du Louvre (antérieurs à 1920), des documents iconographiques, des manuscrits… La qualité de la numérisation et la facilité de la consultation des documents sont excellents.

Au temps que Ericonius regnoit sur les Troyens, dominoit es Gaules Paris, fils de Romus xviii° Roy des Gaulois, des­cendu successivement de Samothes, surnommé Dis fils de Japhet fils du vieil pere Noé. Celuy Paris donna le nom à la ville de Paris apres l’avoir fondée, environ soixante dix ans apres la premiere fondation de Troye, par Dardanus neuf cens ans apres le deluge, quatre cens quatre vingts dixhuict ans devant que Romulus donnât commencement à Rome, & quatorze cens dix sept ans avant l’incarnation de nostre seigneur Jesuschrist, selon Jean le Maire de Belges en ses illustrations de Gaule, fuyant Manethon d’Ægypte, & son commentateur Jean Annius de Viterbe. (Cette généalogie mythologique recoupe celle qu’on trouve dans les Chroniques d’Holinshed, publiées à Londres en 1577, et qui ont servi à Shakespeare de source pour son Macbeth).C’est en y flânant que je suis tombé sur Les Antiquitez, Chroniques, et Singularitez de Paris par Gilles Corrozet, publié en 1561. Ce livre fascinant de plus de 400 pages est une mine de renseignements sur Paris : son histoire (« les opinions diverses de la fondation de Paris selon plusieurs historiographies », qu’il présente objectivement tout en sachant qu’il y en a de fausses, comme il se trouvera autant de lecteurs qui en accepteront les thèses que d’autres qui s’y opposeront), les étapes de son développement urbain, sa géographie (la liste des rues et des principaux édifices, les faubourgs, les fontaines, les ponts et les portes de Paris) et son organisation (évêques, magistrats, juridictions, prisons…). La liste des rues est édifiante. On y trouve évidemment des noms en usage encore aujourd’hui avec des églises qui existaient alors et qui ont disparu, pour la plupart. Ainsi, rue S. Denys (St. Denis), se trouvait La chapelle des filles Dieu, ou il y a des religieuses qui donnent aux malfaicteurs la croix à baiser, & de l’eau beniste, pain & vin, dont ils mangent trois morceaux quand on les meine pendre à la justice.

Ce sont les nomenclatures qui ont changé ou disparu qui sont particulièrement intéressantes. Dans la première catégorie, on trouve par exemple la rue du renard qui prêche (l’actuelle rue du renard au nom plus prosaïque), la rue aux oues ( « oies », en vieux français, mais curieusement devenue rue aux ours), la rue brise miche, taille pain, & baillehou (dont il ne reste que la rue brisemiche, elle-même amputée d’un côté – mais heureusement qu’il y a Dame Tartine sur l’autre). Parmi les noms disparus, on trouve en vrac des noms pittoresques, populaires ou coquins ; des noms de personnes, d’événements, de lieux, de bâtiments ou de métiers d’antan :

La rue aux menestriers
La rue Bertault qui dort
La rue de cul de sac
La rue de l’autruche
La rue de la vieille tannerie des­cen­dante à l’es­cor­cherie
La rue des recommanderesses
(« Pendant me vient à souvenir / Que chez les recom­man­deresses / Est le lieu ou [sont] les addresses, / Pour trouver ser­vantes à louër. », in Chambrière a louer a tout faire de Christophe de Bordeaux)
La rue perdue
La rue saillie en bien
La vallée de misere
Rue de la court au vilain
Rue de la petite pusse
(fréquentée jadis par des femmes galantes, elle s’appelait alors Rue Pute y Mussemusser signifiant se cacher, se glisser, voir ci-dessous – et actuellement Rue du Petit Musc, ce qui fait dire à Victor Hugo dans Les Misérables : « qui a fait ce qu’elle a pu pour changer en bonne odeur sa mauvaise renommée »)
Rue de mauvaise parolles
Rue de merderet
(prob. désigne un chemin sale, boueux)
Rue de petit pet
Rue de poil de con
(devenue par transformation Rue du Pélican)
Rue de tireboudin (anciennement Rue tirevit du fait des activités libidineuses qui s’y tenaient, et qui devint plus tard la Rue Marie-Stuart par erreur)
Rue des estuves aux femmes
Rue du coup de baston
Rue Jean de l’espine
(poète du 15e s.)
Rue Jean pain mollet (« Je vous dis, reprenait son compagnon avec une langue épaisse, que je ne demeure pas rue des Mauvaises-Paroles, indignus qui inter mala verba habitat. J’ai logis rue Jean-Pain-Mollet, in vico Johannis-Pain-Mollet », Notre-Dame de Paris, Victor Hugo. « [J]’ai rencontré à Constantinople un de mes amis de Paris, garçon boulanger de la rue Jean Pain molet, de la Paroisse de…. de….. Je ne me rappelle plus le nom de la Paroisse, c’est bien dommage. », Le Balai, de Henri-Joseph Dulaurens, 1761)
Rue pavée d’andouilles (« Mais au changement de l’air, aussi par faulte de moustarde Baulme naturel & restaurant d’Andouilles moururent presque toutes. Par l’oltroy & vouloir du grand Roy feurent par monceaulx en un endroict de Paris enterrées, qui iusques à praesent est appellé, la rue pavée d’Andouilles », Le Quart Livre des faicts et dicts Heroïques du bon Pantagruel, Rabelais, 1552. Actuellement Rue Séguier. Les « andouilles » seraient des pavés non-conformes).
Rue putigneuse (contraction de « pute » et « teigneuse »)
Rue suceraisin
Rue trousse vache
(du nom d’Eudes Troussevache, qui devait avoir une sacrée réputation)
Une ruelle qui n’a que un bout

Sur les rues de Paris, on consultera aussi :
- Les rues et places de Paris, sur le site Paris pittoresque, d’après des ouvrages de la fin du 19e s.
- La nomenclature officielle actuelle des voies de Paris sur le site de la Mairie de Paris, et qui donne des renseignements physiques, géométriques et historiques.
- les listes de rues vers 1450 et vers 1760 sur le site de Frédéric Béziaud.
- Histoire des rues galantes, sur le très sérieux site de Batiweb (certifié OJD, hein !) destiné au monde du BTP.
- À l’Enseigne de la Pomme de pin de l’association Terre d’écrivains, qui mentionne quelques noms de rues pittoresques.

Et de Gilles Corrozet :
- Hecatongraphie. : C’est à dire les descriptions de cent figures & hystoires … de Gilles Corrozet dans la bibliothèque numérique de l’université de Virginie
- 17 œuvres de Gilles Corrozet sur le site Gallica.

MUSSER, verbe trans.
Vx ou région. (Centre et Ouest). Cacher, dissimuler. Tasie, sans répondre, bâillait, mussait sa tête au creux de son bras replié (GENEVOIX, Raboliot, 1925, p.8).
Le plus souvent en emploi pronom. réfl. Se cacher, se glisser. Un entour de vieux arbres, sous lesquels, dans l’ombre, se mussaient quelques logis de ferme (CHÂTEAUBRIANT, Lourdines, 1911, p.5). [Les cochons] avaient déjà appris à se musser sous les buissons quand passait au-dessus d’eux le froissement des grands vols de corbeaux (GIONO, Hussard, 1951, p.175):

… l’être qui reçoit le sentiment du refuge se resserre sur soi-même, se retire, se blottit, se cache, se musse, en cherchant dans les richesses du vocabulaire tous les verbes qui diraient toutes les dynamiques de la retraite, on trouverait des images du mouvement animal, des mouvements de repli qui sont inscrits dans les muscles.
BACHELARD, Poét. espace, 1957, p.93.

REM. 1. Mucher, verbe trans., var. région. (Normandie). Le Marquis : Il est là [le petit cheval]? Georget : Dame non! Je l’ai muché dans l’avenue (LA VARENDE, Trois. jour, 1947, p.112). 2. À musse-pot, à muche-pot, loc. adv., fam. et vx. En cachette. (Dict. XIXe et XXe s.).
Prononc. et Orth.: [myse], (il) musse [mys]. Ac. dep. 1694: musser, à musse-pot ou à muche pot; LITTRÉ: musser; ROB., Lar. Lang. fr.: musser, mucher ,,forme normanno-picarde« , à musse-pot, à muche-pot. Étymol. et Hist. 1119 (soi) mucier «se cacher» (PHILIPPE DE THAON, Comput, 1613 ds T.-L.). D’un gaul. *mukyare «cacher», formé sur un rad. de base mûc- d’orig. celt. (cf. a. irl. muchaim «je cache, je voile, j’étouffe», irl. mod. much- «étouffer»). Le verbe musser, usuel jusqu’au XIIIe s., disparaît de la lang. littér. au XVe s. au profit du verbe cacher*, mais il s’est maintenu dans de nombreux dial. (v. FEW t.6, 3, p.197, REW 5723 et DOTTIN, p.73, note et glossaire). Fréq. abs. littér.: 18. (Trésor de la langue française)

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