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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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9 novembre 2020

Apéro virtuel II.8 – lundi 9 novembre 2020

Classé dans : Arts et beaux-arts, Lieux — Miklos @ 23:59

Hommes potelés. Cliquer pour agrandir.

Françoise (C.) ouvre la séance en racontant les péripéties de son voyage en Inde, en 1990, en tant que membre du chœur de l’Orchestre de Paris dirigé par Arthur Oldham, pour chanter à Calcutta et à Delhi : manque de chambres à l’hôtel le premier soir, départ le lendemain matin pour l’aéroport à 5 h au lieu de 9 h ; manque de places dans l’avion et donc attente de nombreuses heures pour l’avion suivant ; après le concert à Calcutta plus rien à manger à la réception en leur honneur à l’ambassade de France… Puis ils ont fait une collecte pour Mère Teresa et sont allé donner un concert a cappella très émouvant dans son couvent, dont les sœurs n’avaient évidemment pas pu venir assister au concert public. Au moment de décoller de Calcutta pour retourner à Delhi, ils aperçoivent, depuis l’avion, un gros charriot sur le tarmac chargé… des instruments de musique de leurs musiciens, qui auraient dû se trouver dans la soute. La fin du voyage, concert y compris, s’est bien passée. Bien d’autres voyages mémorables lui reviennent à l’esprit, tel celui à Carnegie Hall sous la direction de Daniel Barenboim et chantant La Damnation de Faust… Dans les pays où ils se rendaient, ils devaient chanter l’hymne national dans la langue locale et par cœur : elle nous entonne donc une partie de celui chanté en Inde avec les paroles idoines (on n’a pu vérifier) ou en Israël (Michel confirme !), Sylvie n’en connaissant que l’air sans les paroles. Ce qui rappelle à Michel cette histoire de l’élève de l’école primaire, qui, l’institutrice lui demandant de réciter la table de multiplication de 2, se met à chantonner la la laaaaaa, la, la ; la la laaaaaa, la. en disant qu’il ne se souvient que de l’air, pas des paroles.

Sylvie prend le relais et nous parle d’un autre voyage musical, celui où elle était allé chanter Le Messie de Händel au Royal Albert Hall à Londres dans le cadre des concerts Messiah From Scratch qui s’y donnent annuellement1 depuis 1974 par le Really Big Chorus, où l’on peut chanter (toujours la même œuvre) sans audition préliminaire. Cette fois-là, il y avait quelque 3500 chanteurs répartis (évidemment) dans la salle pour un public de 800 personnes, le chef étant sur une estrade sur la scène, qui se trouve au centre de la salle ovale, elle-même en gradins tout autour. Elle y a chanté avec les ténors. Ce qui a frappé Sylvie c’est l’acoustique très particulière du lieu (connu pour sa trop grande réverbération, qu’on tente de corriger avec des barres en verre suspendues au plafond !) : à certains moments, elle entendait des voix incroyablement pures, à d’autres un brouhaha de voix mêlées de façon indistincte. À l’entr’acte, elle a pu parler avec ses voisins – l’un de Cornouailles, l’autre au nord de Birmingham. Elle y a croisé d’autres Français, aussi. Sylvie devait aussi y participer l’année dernière, mais du fait des grèves ici elle n’a pu s’y rendre. Celui prévu pour cette année, le 15 novembre, a été annulé du fait de la pandémie. Jean-Philippe évoque alors le fameux concert du nouvel an à Vienne, où, là aussi, on joue quasiment toujours les mêmes œuvres, puis des concerts similaires dans d’autres villes européennes.

Jean-Philippe rebondit sur le voyage en Inde de Françoise C. et parle des trois voyages qu’il y a faits (dans le sud ; du côté de Mumbai et le Gujarat ; dans le nord), en été (du fait de ses congés), lors de la fête nationale indienne, le 15 août. À chaque fois, c’était extraordinaire. Dans le sud, il s’est trouvé, avec le groupe dans lequel il voyageait, dans un collège ; dans la cour, on les a fait monter sur l’estrade près du proviseur qui a annoncé la présence de visiteurs français, alors que des jeunes en uniforme d’élèves faisaient des mouvements gymniques et leur ont chanté la Marseillaise après leur hymne national. Lors de son second voyage, c’est le maire de la ville où ils se trouvaient qui est venu à l’hôtel où ils séjournaient, avec un convoi de militaires ; dans la cour, ils ont envoyé les couleurs. Ailleurs dans la région, dans un autre collège, une centaine d’étudiants s’étaient mis aux fenêtres et ont chanté l’hymne indien, qui a ainsi entouré Jean-Philippe et son groupe. Lors du troisième voyage, au Rajastan, ils sont allés dans une école primaire, ils se sont répartis dans les classes, et ont répondu aux questions des enfants. Trois événements majeurs, c’est clair que pour ces jeunes il y avait la conscience de la nation indienne et le respect de ses institutions, ce qui devait exister ici du temps de la Troisième République mais s’est perdu depuis?. Est-ce que cela reviendra après ce qui est arrivé à Samuel Paty. Jean-Philippe termine sa présentation en nous montrant un livre qu’il n’a pas encore lu, Pérégrination1, de Fernão Mendes Pinto (~1511-1583) : l’auteur avait fait de nombreux voyages rocambolesques d’exploration et d’aventures, d’où ce livre de plus de 800 pages dont une moitié se passe en Inde, où il avait rencontré (entre autres) l’évangéliste François-Xavier.

Michel, dont l’arrière-plan représente un homme potelé (en fait, deux, pour mieux les voir), commence par montrer un très original produit de street art, celui du Gang des Potelets… qu’il avait découvert un jour de 2014 en passant rue des Blancs-Manteaux : 4 potelets décorés par le propriétaire d’un des magasins devant lequel se trouvent deux de ces potelets et qu’il a pu voir à l’œuvre. Ensuite, question voyage : Michel n’est encore jamais arrivé en Inde malgré son désir de voir le pays depuis son adolescence, mais il a tout de même fait un voyage dans les parages (enfin, vu d’ici) : au Vietnam (et un bout du Cambodge). Il montre donc quelques vues de l’extraordinaire baie d’Along, extraordinaires par ses couleurs, une symphonie de gris parfois éclaboussée par la couleur du vêtement d’un pécheur, extraordinaire par ses paysages de roche qu’on dirait en deux dimensions et découpées de façon malhabile et rangées comme un décor de théâtre, extraordinaire par ses animaux…

Françoise (P.) conclut brièvement l’apéro en disant garder, comme Françoise (C.) un souvenir extraordinaire de l’Inde, où elle s’est retrouvée face-à-face avec un éléphant dans la rue… et dont le grand souvenir est la visite du mouroir de Mère Teresa, et la collecte faite entre chanteurs et musiciens mentionnée – Françoise (C.) – lui a permis de construire trois salles d’hôpital.

En se séparant, Michel propose de rajouter aux thèmes précédents celui de cuisine, de gastronomie, d’un plat ou d’une recette remarquable (inspiré qu’il l’était par un bout de reportage sur le gâteau du marquis de Béchamel). Et comme toujours, libre à chacun de parler d’autre chose !

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1. Voici ce qu’André Clavel en disait dans L’Événement du jeudi : « La France a La Chanson de Roland, l’Italie a La Divine Comédie, l’Espagne a Don Quichotte. Et le Portugal ? Il a Pérégrination. En l’an 1537, un jeune moussaillon nommé Fernão Mendes Pinto s’embarque sur une caravelle portugaise. Il reviendra dans son pays vingt et un ans plus tard et racontera ses époustouflantes aventures dans cette Pérégrination, livre-culte qui nous entraîne aux confins du monde connu. Bravant typhons et épidémies, tour à tour géographe, naufragé, marchand, trafiquant, mercenaire, pirate, espion et diplomate, “treize fois captif, seize fois vendu”, le divin Pinto ressemble à un Marco Polo qui aurait lu Montesquieu et Jules Verne, décrivant d’une plume d’émeraude son odyssée rocambolesque. Le chef-d’œuvre de la littérature de voyage ? Il s’appelle Pérégrination ! »

8 novembre 2020

Apéro virtuel II.7 – dimanche 8 novembre 2020

Classé dans : Arts et beaux-arts, Lieux — Miklos @ 23:59

Cliquer pour agrandir.

Françoise (P.) se joint à l’apéro, mais en langue des signes… on finit finalement par s’entendre respectivement via le téléphone de Michel.

Sylvie ouvre la séance avec un extrait de Paris. 10 balades sur les pas des compositeurs de Laurence Winthrop, qui fait donc le lien avec deux thématiques déjà évoquées – la musique et les balades dans Paris, tout en précisant qu’elle l’a souvent feuilleté mais jamais fait aucune des promenades qui y sont proposées… Elle nous fait parcourir celle évoquant Rossini et Offenbach, débutant aux Grands Boulevards, passant devant le Théâtre des Variétés, au travers du passage des Panoramas (que Michel avait précédemment évoqué), et s’achevant à l’Opéra-Comique, tout en évoquant leur histoire à l’époque. Les lieux ont, pour certains bien changé depuis ce temps révolu, et ces parcours s’apparentent à des pèlerinages…

Michel propose une déambulation différente dans Paris, non pas celle de son patrimoine visible, mais de son street art, éphémère de nature, fait clandestinement par principe mais de nos jours parfois accompli sur commande des mairies, comme le mentionne Sylvie pour le 20e arrondissement, et Michel pour le 4e (place Stravinski), le 13e (photos n° 32 et suivantes ici) et ailleurs. Après avoir montré deux références au grand écrivain Pierre Guyotat – son célèbre roman Tombeau pour cinq cent mille soldats et Rabia est un amour ?, phrase tirée de ses carnets – il montre brièvement trois séries de photos consacrées au street art qu’il a vu dans ses balades : des fresques de Mesnager vues sur la Petite Ceinture (il en a fait ailleurs aussi et se retrouve maintenant parfois dans des expositions…), une série consacrée aux animaux et finalement un pot-pourri, et qui comprend deux affichettes (n° 3 et 4) signées Paëlla et qu’il a découvert il y a déjà fort longtemps (il signait alors Paëlla Chimicos), aux contenus souvent reflétant un regard critique sur la société.

Françoise (P.) évoque une maîtresse en CM2, Madame Castex (qui ressemblait beaucoup au Castex que l’on connaît actuellement, dit-elle – et vérification faite, il s’avère qu’il est fils d’une institutrice, Nicole Castex, décédée en janvier) : c’est elle qui lui a donné le goût de la littérature et l’envie d’écrire, bien qu’à ce moment-là son orthographe était chancelante : au lieu de la critiquer, elle l’encourageait pour les bonnes idées qu’elle avait, ce qui lui a donné confiance et énergie pour apprendre à améliorer son écriture. Puis elle ajoute que sa propre cousine est devenue professeure de latin-grec parce qu’elle a eu comme professeure Jacqueline de Romilly. Par contre, son professeur d’histoire-géo en 4e ou 3e, était détestable : comme elle était bavarde, il lui ordonnait dès le début du cours de copier des pages du livre, et de ce fait elle ne pouvait suivre le cours. Michel raconte alors qu’en 8e, étant lui-même très bavard, l’instituteur M. Cabirol l’avait placé entre deux élèves chargés de le gifler s’il se mettait à parler… L’ayant dit à sa maman, elle est allé voir l’individu à la sortie des classes pour le sommer d’arrêter, et a raconté ultérieurement qu’elle l’aurait giflé devant les autres parents s’il avait récidivé.

Pour finir, Jean-Philippe nous parle d’un autre livre consacré à des balades dans Paris : Un Paris révolutionnaire – émeutes, subversions, colères aux Éditions Libertaires, par de nombreux contributeurs sous la coordination de Claire Auzias. C’est bien un guide de promenades sur quelques 150 lieux parisiens avec comme thématique les révoltes et révolutions (comme le précise le sous-titre) depuis François Villon jusqu’à peu avant les Gilets Jaunes. Structuré par arrondissements (ceux en usage actuellement), il est très richement illustré de dessins de gravures et d’affiches (mais pas de photos) et lieux, événements et personnages célèbres qui y ont été associés, français comme étrangers (par exemple : Karl Marx, Victor Serge, Walter Benjamin…, ce dernier auteur du célèbre Paris capitale du XIXe siècle, où il parle des fameux passages, dont Michel avait montré quelques vues avant-hier) et y suggère quelques balades. La plupart de ces endroits ne portent pas de plaque rappelant leur signification d’alors. Seul manque regrettable : un index des noms référencés dans le livre. Deux ouvrages de base ont servi de référence aux auteurs de celui-ci : le Dictionnaire historique des rues de Paris de Jacques Hillairet et le fameux Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et du mouvement social.

En se séparant, Michel propose de rajouter aux thèmes précédents celui du voyage. Et libre à chacun de parler d’autre chose !

6 novembre 2020

Apéro virtuel II.5 – vendredi 6 novembre 2020

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts, Lieux — Miklos @ 23:59

De la galerie Vivienne à Paris à la centrale thermique du Havre via la plage de Trouville.
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Après avoir levé ensemble (bon difficile à synchroniser parfaitement sur Zoom) le coude, Michel ouvre la séance par une brève pré­sen­tation de quelques galeries et passages couverts de Paris qui s’est terminée sur une vue de la plage de Trouville et, au loin, Le Havre (cf. photos ici, prises lors des différentes visites de Paris et de ses musées, monuments et autres lieux intéressants qu’il avait fait faire à des couchsurfeurs qu’il avait hébergés et nourris, le tout gracieu­sement).

Après, c’est le tour de Sylvie : ayant parcouru le très beau site dont François avait envoyé l’adresse et qu’il avait fait suivre, elle parle (et montre des photos) d’un des monuments qui y sont mentionnés, Saint-Germain-de-Charonne, l’une des plus anciennes églises de Paris, et de ses environs, rues et autres lieux intéressants (religieux ou non). Puis, pour faire le lien avec un thème d’un précédent apéro, l’enseignement, elle raconte son expérience entre autres à la FCPE (fédération des conseils de parents d’élèves). Jean-Philippe rappelle que cette église était devenue quelque peu mythique au cinéma, parce qu’on la voit entre autres dans Les Tontons flingueurs.

Françoise (C.) aurait voulu par exemple faire visiter les Navigli, quartier pittoresque en bordure de Milan (ville dans laquelle elle se trouve actuellement) où l’on trouve encore quelques restes des canaux artificiels construits au cours des siècles passés, mais ne sachant comment montrer les photos qu’elle en a fait, elle n’a pu préparer leur présentation pour l’apéro. Michel lui dit alors qu’il l’aidera pour ses prochaines présentations.

Enfin, Jean-Philippe présente un de ses livres, Paris déplacé. Du XVIIIe siècle à nos jours (architecture, fontaines, statues, décors) de Ruth et Gilles Fiori, qui relate plus de 200 « déplacements » du patri­moine parisien, dans Paris ou ailleurs en France, voire à l’étranger ; ainsi, l’édifice original de la Gare du Nord se trouve… à Lille.

On termine l’apéro sans pouvoir éviter d’évoquer la paire Trump-Biden.

8 mai 2020

Apéro virtuel XLVII : des labyrinthes de Borges – de l’auteur et de l’authenticité – des réseaux de Gengis Khan – du réseau social comme moyen de découverte de proches et d’amis

Gengis Khan, fondateur de l’Empire mongol, donne audience. Miniature persane du XIVe siècle. (source : Enclyclopédie Larousse)

Jeudi 7/5/2020

À propos de labyrinthes, Françoise (C.) nous a montré quelques photos de celui créé en 2011 sur l’île San Giorgio Maggiore pour la fondation Cini à la mémoire de Jorge Luis Borges, décédé 25 ans auparavant ; elle y état allé dans le cadre de voyages Arts et Vie qu’elle accompagne depuis un certain nombre d’années. Ce labyrinthe avait été dessiné par l’architecte Randoll Coate dans les années 1980 (et réalisé d’abord en Argentine), inspiré par la nouvelle El jardin de senderos que se bifurcan (Le jardin aux sentiers qui bifurquent) écrit par Borges en 1941 ; ce dessin représente, outre le nom « Borges », un tigre, un sablier et un point d’interrogation. Jean-Philippe dit alors que Borges – dont il a vu par hasard la maison où il est décédé à Genève – est effectivement l’écrivain du labyrinthe. Citons un bref passage de cette nouvelle : « Le jardin aux sentiers qui bifurquent est une énorme devinette ou parabole dont le thème est le temps ; cette cause cachée lui interdit la mention de son nom. Omettre toujours un mot, avoir recours à des métaphores inadéquates et à des périphrases évidentes, est peut-être la façon la plus démonstrative de l’indicer. [...] Le jardin aux sentiers qui bifurquent est une image incomplète, mais non fausse, de l’univers tel que le concevait Ts’ui Pên. À la différence de Newton et de Schopenhauer, votre ancêtre ne croyait pas à un temps uniforme, absolu. Il croyait à des séries infinies de temps, à un réseau croissant et vertigineux de temps divergents, convergents et parallèles. » Sur l’éventuelle relation de ce texte (et de l’œuvre de Borges) avec la physique moderne, on pourra lire « De la citation apocryphe à la théorie cachée : ”Le jardin aux sentiers qui bifurquent” de Jorge Luis Borges » de Carolina Ferrer, qui précise entre autres que « Le temps et le labyrinthe sont des thèmes qui reviennent très souvent dans l’analyse de l’œuvre borgésienne ». Michel a alors évoqué Alberto Manguel – dont il a lu des ouvrages qu’il apprécie beaucoup, princi­pa­lement consacrés au livre –, qui avait été, jeune homme, lecteur de Borges devenu aveugle. Bien plus tard, il avait vécu un certain nombre d’années en en Poitou-Charentes où il possédait une bibliothèque comptant plusieurs dizaines de milliers de livres (il en est parti pour les États-Unis, puis en Argentine pour y diriger pendant 2 ans la bibliothèque nationale, poste dont il a démissionné en 2018 et est reparti à New York). Jean-Philippe mentionne alors l’exposition immersive réalisée à la BnF, « La bibliothèque, la nuit », imaginée et réalisée en 2015 par le metteur en scène Robert Lepage et sa compagnie Ex Machina, inspirée de l’ouvrage éponyme d’Alberto Manguel.

Michel a alors relaté l’enquête qu’il a menée ce jour-là pour comprendre l’attribution erronée à Diderot d’une citation sur l’amitié (on en a parlé dans les deux derniers comptes rendus) : elle appa­raissait ainsi partout sur l’internet, notamment dans le Dico­ci­tations du Monde et dans la Citation du jour sur le site d’Ouest-France. Il s’avère que sa première édition et la réédition qui a suivi (1761, 1764, 1775) ont été publiées sans le nom de l’auteur, alors qu’une (seule) édition, de 1770, porte comme titre Les œuvres morales de M. Diderot contenant son traité de l’amitié et celui des passions (voir ci-contre). Ayant consulté les catalogues de la Bibliothèque municipale de Lyon et de la bibliothèque nationale, il a pu y constater que les notices de toutes les éditions anonymes mentionnent bien comme auteur Marie Thiroux d’Arconville ; un seul exemplaire, celui portant le nom de Diderot dans le titre, se trouve à Lyon, et la notice ne mentionne pas l’auteur… La confirmation finale de l’attribution correcte est parvenue de la bibliothèque du Metropolitan Museum de New York, qui, elle, mentionne dans sa notice : « Erroneously attributed to Diderot ». Ayant contacté les sites du Monde et d’Ouest France, ils ont accepté cette information, l’un l’a déjà intégrée et l’autre a dit qu’il le ferait. Ce faisant, Michel a trouvé un article tout à fait passionnant sur l’auteure – fameux personnage ! – et son choix de publier anonymement : « Au fil de ses ouvrages anonymes, Madame Thiroux d’Arconville, femme de lettres et chimiste éclairée », par Élisabeth Bardez, in Revue de l’histoire de la pharmacie en 2009. Michel a conclu en disant que « l’information » peut être erronée partout, non seulement sur l’internet, mais sur des documents bien plus anciens ; de ce fait, la recherche de la « vérité » nécessite d’effectuer de tresser des réseaux de recherche, de choisir et de recouper des sources selon leur degré de fiabilité. Françoise (B.) a alors dit qu’on pourrait revenir sur la notion d’auteur, qui est fina­lement rela­ti­vement récente et qui a pris une importance croissante, non seulement pour l’écrit, mais aussi, par exemple, pour les arts plastiques : les ateliers de peintres, les attributions… Ce qui peut rendre la tâche plus complexe, c’est l’usage de pseudonymes (voire d’hétéronymes) : on connaît bien l’un de ceux qu’utilisait Romain Gary (né Roman Kacew…) – Émile Ajar – mais ceux de Fosco Sinibaldi (pour l’allégorie satirique L’Homme à la colombe) et Shatan Bogat (pour le polar Les Têtes de Stéphanie) ? Quant à Pessoa, on ne compte plus ses pseudonymes. De là, la discussion a glissé sur les limites parfois floues entre citations, variations sur un thème, plagiats, pastiches… non seulement en littérature et dans les arts plastiques mais aussi en musique. Françoise (B.) rappelle alors que tous les artistes ont appris leur métier en copiant des œuvres du passé. Mais après… On voit par exemple la concurrence entre Braque et Picasso qui travaillaient sur la même inspiration, à se demander pour certaines œuvres auquel des deux l’attribuer. Françoise (P.) ajoute alors que quand on monnaye les œuvres, c’est là que leur authenticité devient encore plus critique, et, rajoute Michel, que les grands faussaires sévissent. Françoise (B.) a alors raconté qu’une de ses amies est l’ayant-droit de Max Jacob, connu surtout pour son œuvre littéraire, mais qui avait beaucoup dessiné au trait. S’il n’a pas une cotte énorme en tant qu’artiste, il est incroyablement plagié et approprié par des faussaires qui font « à la manière de Max Jacob » des centaines de faux. Françoise (P.) mentionne un « usurpateur » d’un autre ordre dans le monde de la peinture : il s’agit de Boronali, un des premiers artistes d’art contemporain abstrait…

Jean-Philippe a finalement pu faire sa présentation sur le thème des réseaux. Il a parlé des Les Routes de la soie de Peter Frankopan, dont l’intérêt pour lui est qu’il démontre qu’on a tout à gagner à analyser l’histoire à travers les relations des pays entre eux, au fil de 25 chapitres dont l’intitulé commence par « La route de… ». Il s’est étendu sur l’un des chapitres, « La route de l’enfer », qui illustre bien selon lui la polysémie récemment vue du terme « réseau » : il décrit le chemin des invin­cibles Mongols – grands stratèges et commu­nicants (y compris en véhi­culant de fausses infor­mations) – depuis leur territoire d’origine en Chine vers l’Occident, qui sont arrivés à construire le plus grand empire de l’histoire, en 1241 – empire qui n’a pas duré longtemps. La « mondia­lisation » du commerce à l’époque a eu entre autres pour effet de commencer à produire des guides de voyage… Mais c’est sans doute à eux aussi qu’on doit la propa­gation de la peste dite noire à l’envergure incroy­ablement étendue. Cette épi­démie eut tout de même un effet béné­fique, celui de réduire quelque peu le fossé entre riches et pauvres, « car les propri­étaires étaient obligés de faire de meilleures condi­tions aux ouvriers métayers »… Cela ne nous rappelle-t-il pas quelques changements (qu’on espère durables) actuels ?

Sylvie étant arrivée sur ces entrefaites, elle a raconté comment, grâce à Facebook, elle a pu retrouver une branche de sa famille paternelle et des personnes issues de la même ville où il était né – Żelechów en Pologne (à une cinquantaine de kilomètres au sud-est de Varsovie) – et avait vécu jusqu’en 1939 (parti alors vers l’Est, en URSS, pour échapper aux armées hitlériennes). Sa fille avait trouvé qu’il y avait, sur Facebook, un groupe privé consacré à Żelechów, créé en 2017 par David Lukowiecki, un jeune (28) Colombien dont le grand-père, qu’il n’avait pas connu, y était né ; pour en savoir plus, il avait consulté le livre mémoriel de la communauté juive disparue de cette ville, intitulé (en yiddish, langue qu’il a dû apprendre, avec l’hébreu, pour lire diverses parties de l’ouvrage), Yisker-bukh fun der Zhelekhover yidisher kehile. Ayant aussi creusé dans des archives diverses concernant cette ville, il a pu constituer une liste de noms de personnes – et donc de familles – qui y vivaient alors, et a pu retrouver des descendants vivant de nos jours. Sylvie et David ont fait connaissance, et de fil en aiguille elle a étendu son cercle d’amis à certaines des personnes dont la famille est issue de cette ville. La fille de Sylvie est entrée en contact avec une homonyme vivant à Iekaterinbourg (ville de Sibérie occidentale), qui s’avère être la petite-fille d’un cousin du père de Sylvie resté en Union soviétique. Cette histoire illustre un des côtés positifs des réseaux sociaux.. Michel a brièvement parlé du site JewishGen, qui sert à retrouver des informations sur des proches, notamment en Europe de l’Est, et fournit de nombreuses ressources numérisées et des liens pour ce faire. À propos de réseaux sociaux, il a rappelé aussi comment Sylvie l’a retrouvé – quelques bonnes dizaines d’années après qu’ils aient étudié ensemble sans se revoir après – grâce au réseau LinkedIn. Enfin, il a raconté comment, grâce à une liste de diffusion de bibliothécaires, il est tombé – par le plus grand des hasards – sur une amie de jeunesse de sa mère et a noué des liens d’amitié avec ses descendants (on trouvera ici la relation de cet épisode). Jean-Philippe a alors évoqué la théorie selon laquelle entre n’importe quelles deux personnes sur Terre il y aurait un petit nombre de personnes les « reliant ». Il s’agit en fait de ce qu’on appelle « les six degrés de séparation » (ou « théorie des six poignées de mains ») établie par l’écrivain hongrois Frigyes Karinthy, igure mythique de la littérature hongroise et dont le fils, soit dit en passant, Ferenc arinthy, écrivain lui-même, est l’auteur du saisissant roman Épépé, que Michel, qui l’a reçu de Françoise (B.) apprécie beaucoup.

Sur ce, après avoir levé le coude, on leva la séance.

23 avril 2020

Apéro virtuel XXXII : Al Jolson, suite et fin – de Couronnes à Belleville – des Marx Brothers et de Casablanca – illétrisme et cinéma

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts, Lieux, Société — Miklos @ 1:42

Mercredi 22/4/2020

Michel a d’abord démontré comment faire pour que les masques (sauf ceux en plexiglas) ne cachent pas les sourires de ceux qui les portent. Puis il a diffusé le quatrième extrait du Chanteur de jazz, celui où Al Jolson chante en blackface (qu’il n’avait pu montrer hier pour des « raisons techniques »), suite à quoi il a cité un court documentaire sur Al Jolson (et mentionné l’existence de Al Jolson The Real Story, documentaire de fond sur Al Jolson, qui brosse sa vie), qui raconte comment il s’était investi activement pour l’égalité des Noirs et contre leurs discriminations, sans hésitation et avec générosité. Ce documentaire précise d’ailleurs que les Noirs avaient apprécié dès ses débuts ses performances blackface, et que ce sont les Blancs qui l’ont critiquée comme raciste bien ultérieurement. Cette façon de montrer aux Blancs certains aspects de la culture des Noirs en se grimant en noir mais d’une façon qui ne faisait pas illusion, a rappelé à Michel, toutes proportions gardées, les deux principaux acteurs du film La Cage aux folles, qui montraient aux Française ce qu’étaient les homos, tout en n’étant d’évidence pas des « vrais » homos. Jean-Philippe a alors mentionné une évolution des 30 dernières années chez les Noirs (ou Afro-américains) refusant d’être caricaturés par des Blancs, ce qui s’est traduit par une politique de quotas « raciaux » au cinéma qui a sombré dans des extrêmes absurdes. Sylvie a évoqué ces tweets racistes à l’encontre de la jeune métisse choisie pour incarner Jeanne d’Arc dans les fêtes johanniques à Orléans en 2018. Qui peut, qui a le droit, d’incarner, de jouer le rôle d’un « autre » ? Insoluble…  Le sujet de la soirée étant le cinéma, Michel a ensuite montré une courte vidéo, réalisée par la Société américaine des projectionnistes, brossant l’histoire de ce qui est le plus invisible au cinéma : la caméra.

Sylvie nous a alors parlé du MOOC (formation à distance pour grand nombre de participants) qu’elle avait suivi : proposé par l’École des Gobelins, il enseignait comment faire de la vidéo avec son smartphone. Suite à une proposition de la médiathèque Marguerite Duras concernant l’histoire de Belleville, elle a réalisé en 2018 en binôme la vidéo De Couronnes à Belleville : la fin d’un quartier populaire, résultant d’interview de commerçants du quartier qu’elle n’a pu nous montrer suite à des problèmes de mauvaise bande passante de sa connectivité au réseau. Une discussion sur certains aspects techniques s’en est ensuivie.

Françoise (P.) nous a alors parlé des Marx Brothers : précocément mauvais élèves, ils ont été poussés tôt vers le music hall, et sont devenus des « petits chanteurs à la Torah de bois ». Mais c’est l’humour qui a pris le dessus et lancé leurs carrières : Chico (pianiste, joueur et dragueur), Harpo (harpiste, le farfelu des cinq), Groucho (qui, trois jours avant de mourir, aurait demandé à son fils d’être enterré au-dessus de Marilyn Monroe), Gummo (devenu agent d’artistes, et seul des cinq à n’avoir eu qu’une seule femme) et Zeppo (lui aussi devenu homme d’affaires), à une riche filmographie. Un film leur a causé des problèmes pour son titre, Nuit à Casablanca, du fait du récent Casablanca (avec Humphrey Bogart et Laureen Bacall). Françoise a cité leur joliment insolents réponse à Warner Bro. qui voulait leur interdire cet usage. Elle nous a alors montré deux de ses livres de chevet : Mémoires capitales et les croustillantes Mémoires d’un amant lamentable, tous deux de Groucho Marx. Elle a terminé en citant deux jolies répliques de Groucho. Lors de la discussion qui a suivi, on a évoqué le film Casablanca.

Enfin Jean-Philippe nous a lu un extrait de La Galaxie Gutenberg face à l’ère électroniqueles civilisations de l’âge oral à l’imprimerie (1967) de Marshall McLuhan, qui développe une thèse de John Wilson (publiée en 1961 sous le titre Film literacy in Africa dans la revue Canadian Communications, 1(4), 7–14) selon laquelle, sans un bon entraînement, les illettrés (en l’occurrence : en Afrique) sont incapables de percevoir le contenu de films, en l’occurrence : ils ne peuvent en saisir l’ensemble de chacune des images, ne sont pas capables de focaliser leur vue à la bonne distance, et donc de comprendre ce qui est projeté sur un écran devant eux : c’est un problème d’analphabétisation. La discussion qui a suivi, abrégée du fait du peu de temps qui restait, a fait ressortir qu’il s’agissait plus généralement, à un très jeune âge, d’éducation à, et/ou d’immersion dans,  les « nouvelles » technologies – que ce soit celle de la lecture, du film, de la tablette, etc. que spécifiquement de l’alphabétisation – qui faisait la différence sur les capacités à percevoir les nouveaux médias à chaque époque.

Sur ce, après avoir levé le coude, on leva la séance.

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