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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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28 septembre 2026

Les dissonnances à Kreutzer

Cliquer pour agrandir. Source : ChatGPT

Alors que je recherchais dans Gallica l’origine de la chanson pour enfants Quand trois poules vont aux champs, s’affiche la première page du numéro du quotidien L’Union (« Tout pour la France et par la France ») daté du 21 mars 1857. Le texte recherché se trouve dans la rubrique Revue musicale (en bas de page), dont l’auteur est un certain Léon Kreutzer (tiens, tiens…). Première surprise : il le cite à propos d’Obéron de Weber (dans quel contexte ? pas clair…), dont il dit :

Et Dieu sait ce qu’en a engendré cette partition d’Obéron, imitée de l’Anglais Wieland par le grand poète allemand William Shakespeare !

Moi qui pensais que Shakespeare était un grand poète anglais… ! Quant à Wieland, que je ne connaissais pas, il s’avère que c’était un poète allemand né 169 ans après Shakespeare. Non seulement leurs origines ont donc été inversées, mais aussi leur temporalité…

Quant à Obéron (le poème), c’est bien Wieland qui en est l’auteur. Selon la version de Wikipedia que l’on consulte, il se serait inspiré « de la légende d’origine française traitée dans la grande chanson de geste, Huon de Bordeaux » (version française) mais aussi du Songe d’une nuit d’été de Shakespeare et du Conte du marchand de Chaucer (version anglaise). Quant à la version allemande de cette page Wikipedia, elle mentionne l’influence que ce poème a eue sur « Don Carlos de Schiller, Faust II de Goethe et la Flûte enchantée de Mozart ». À chaque culture ses références…

Ce n’est pas la seule surprise. J’ai voulu en savoir plus à propos de ce Léon Kreutzer. Voici ce que dit la page Wikipedia qui lui est consacrée : né en 1817, « il est le fils d’Auguste Kreutzer [...] et le neveu de Rodolphe Kreutzer ». C’est à ce dernier, violoniste (et compositeur), que Beethoven avait dédié la fameuse sonate pour violon et piano. À propos de Rodolphe, Wikipedia précise :

[S]on frère cadet est le violoniste et compositeur Auguste Kreutzer (1778–1832) — le fils de Jean Nicolas sera également compositeur et critique musical, Léon Kreutzer.

Qui est ce Jean Nicolas, qui n’est mentionné nulle part ailleurs dans cette page ? Quel rapport a-t-il avec Auguste ?

Et la réponse est : le père de Léon se prénommait Jean Nicolas Auguste, ce que précise la page de ce dernier. Il aurait été souhaitable que la page consacrée à son frère Rodolphe soit plus claire à ce sujet…

Pour en revenir aux Trois poules, j’espère que vous savez qu’on chante cette comptine sur le même air que la chanson Ah ! Vous dirai-je, Maman, qui daterait de 1740, mélodie sur laquelle Mozart a composé douze variations :

29 juin 2026

Strauss-Kahn au festival de San Remo

Cliquer pour voir la vidéo.

Le tube L’Italiano de Toto Cutugno (vous avez sans doute entendu parler des deux, moi non), qui a obtenu la 5e place au 33e festival de San Remo (oui, je connaissais) a déjà plus de 125 millions de vues sur YouTube (+1 si vous cliquez sur l’image ci-dessus).

Si, comme moi, vous n’en connaissez pas du tout les paroles et très peu l’italien, l’option « affichage des sous-titres avec traduction en français » est franchement utile.

Enfin, c’est ce qu’on se dit.

Et alors voici ce qui s’affiche pour le refrain et le premier couplet :

Ils le savent et le chantent
avec la guitare et les mains
Lasarte, ma chanson
Ce sont des Italiens
 
avec l’Italie et le spa perdant t
Je suis parti, il s’est autoproclamé président avec
L’auteur a toujours tendu main à
Strauss-Kahn va tourner

Interloqué, je recherche les paroles originales de la chanson. Les voici avec leur traduction (source) :

Lasciatemi cantare
Con la chitarra in mano
Lasciatemi cantare
Sono un italiano
 
Buongiorno Italia gli spaghetti al dente
E un partigiano come Presidente
Con l’autoradio sempre nella mano destra
E un canarino sopra la finestra

Laissez-moi chanter
La guitare à la main
Laissez-moi chanter
Je suis un italien
 
Bonjour Italie, et tes spaghettis al dente
Et un partisan comme Président
Avec l’autoradio toujours dans la main droite
Et un canari au-dessus de la fenêtre

À y regarder de plus près, on voit que l’outil de sous-titrage considère que cette chanson est en espagnol (même moi je sais faire la différence), mais de là à y entendre mentionner Strauss-Kahn…

Ah, voilà un bon exemple des capacités linguistiques de l’IA de YouTube !

Pour conclure, on pourrait d’abord se dire qu’il (Strauss-Kahn) aurait mieux fait d’y rester.

Plus sérieusement : comme cette IA parle de « chanter avec la guitare et les mains », je ne peux que vous conseiller très vivement de regarder et d’écouter cette chorale sicilienne gé-nia-le qui chante non seulement avec les mains et avec deux guitares, mais avec un entrain irrésistible :

4 juin 2026

Les Jacintas Zingers à la Fête de la musique

Classé dans : Actualité, Musique, Peinture, dessin, Progrès, Sciences, techniques — Miklos @ 18:17

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26 mai 2026

Le pinard c’est de la vinasse, ça réchauffe là où c’que ça passe…

Les 7e et 8e couplets de Vive le pinard !
Cliquer pour agrandir. Source : Firefly (corrigé)

Non seulement « le vin rouge français est souvent considéré comme le meilleur et le plus célèbre du monde » (source), mais, selon un récent sondage de l’Ifop, « plus de 9 Français sur 10 considèrent le vin “partie de l’identité culturelle de la Franceˮ ».

Actuellement, la consommation moyenne de vin en France est d’environ 36 à 40 litres par habitant et par an (calculée sur l’ensemble de la population, y compris les non-consommateurs, enfants et adultes – et donc bien plus élevée par buveur), alors qu’elle avait atteint un pic de 200 litres par an (source) – sans doute l’équivalent d’environ une bouteille par jour par buveur – dans les années 1930, quelques années après l’affirmation de Courteline selon laquelle « Mieux vaut boire trop de vin qu’un petit peu de mauvais », in La Philosophie de Georges Courteline.

Le général Charles de Gaulle durant la Ie Guerre mondiale.
Cliquer pour agrandir. Source : Flow modifié

Le site de chants militaires du ministère des armées et des anciens combattants relate : « C’est seulement en octobre 1914 que le vin entre dans la ration du soldat avec un quart de litre par jour. La ration est doublée en janvier 1916 et passe à trois quarts de litre en janvier 1918. »

On peut se demander à juste titre si les autorités militaires avaient oublié ce qui s’était passé à la bataille d’Azincourt :

La nuit du 24 octobre 1415, tandis que les archers anglais priaient en silence et aiguisaient leurs flèches dans le froid et la boue, les chevaliers français, certains de leur victoire, festoyaient bruyamment dans leur camp. Ivres de vin et d’orgueil, ils trinquaient à la santé du roi Charles, se vantaient des rançons qu’ils allaient exiger des nobles anglais faits prisonniers, et se disputaient même déjà entre eux pour savoir lequel d’entre eux aurait l’honneur de capturer le jeune Henri V. Les nobles avaient fait venir des tonneaux de vin de Bourgogne pour célébrer par avance leur triomphe inévitable, et les chants et les rires résonnaient dans la nuit. Au matin, les têtes lourdes et les jambes chancelantes, ces mêmes chevaliers revêtirent leurs armures pesantes et s’enfoncèrent en titubant dans les champs détrempés d’Azincourt — où les attendaient, sobres et déterminés, les arcs tendus des hommes d’Henri.1

Bataille que la France a perdu (mais probablement pour d’autres raisons que la vinasse !).

Le site du ministère dit aussi : « En 1916, la chanson de marche Vive le Pinard !, paroles de Louis Bousquet (célèbre parolier, entre autres de Quand Madelon…) et musique de Georges Piquet, est interprétée et enregistrée par Bach (non, pas JSB). »

Partition de Vive le pinard !. Cliquer pour agrandir.

Le site fournit aussi les paroles de cette chanson au célèbre refrain (« Le pinard, c’est de la vinasse ; ça réchauffe là où c’que ça passe… »), dont les 7e et 8e couplets ont inspiré deux des illustrations jointes à ce billet.

Les 7e et 8e couplets de Vive le pinard !
Cliquer pour agrandir. Source : Leonardo

Quand à l’interprétation de cette chanson, on a trouvé celle de Bach (non datée), formidable !, plus courte que la version (écrite) qu’en donne le site du ministère, et qui en diffère en style et en contenu :

                          I.
Sur les chemins de France et de Navarre,
Dans le soleil, la neige ou le brouillard,
Le soldat chante une chanson bizarre,
Intitulée « Le refrain du pinard ».

                       Refrain
Le pinard, c’est de la vinasse,
Ça réchauffe là où c’que ça passe,
Vas-y bidasse, remplis mon quart,
Vive le pinard ! vive le pinard !

                          II.
Aimer sa sœur, sa tante, sa marraine,
Jusqu’à la mort aimer son étendard,
Aimer son frère, aimer son capitaine,
Ça n’empêch’ pas d’adorer le pinard. (au refrain)

                          III.
Dans le désert, on dit qu’ le dromadaire
N’a jamais soif – ça c’est des racontars.
S’il ne boit pas, c’est qu’il n’aim’ pas l’eau claire,
Il boirait bien s’il avait du pinard. (au refrain)

                          IV.
Quand l’ président, il reçoit un monarque,
Il va l’attendre depuis le quai d’la gare,
Il lui présente les personnages de marque,
Puis il leur offre un verre de pinard. (au refrain)


Michel Simon, in Le Vieil Homme et l’Enfant (1967).

Voici deux autres interprétations, qui en diffèrent aussi en contenu (plus olé-olé), celles de Luc Barney (1962) et des Charlots (1977). On peux y entendre entre autres :

Sur le talus renverse ta bergère ;
De l’ennemi renverse le rempart ;
Dans les boyaux fiche-toi la gueul’ par terre,
Mais ne vas pas renverser le pinard.

Pour conclure, on remarquera qu’il y a quelque chose de contradictoire de trinquer à la (bonne) santé de quelqu’un avec un verre de vin…

Le président Charles de Gaulle après la 2e Guerre mondiale.
Cliquer pour agrandir. Source : Flow modifié

_________________________

1. Aucune source historique sérieuse ne documente spécifiquement cette légende sous cette forme. Ce texte rédigé par Claude est une synthèse narrative construite à partir d’éléments dispersés :

  • Les festivités françaises la veille sont mentionnées dans certaines chroniques contemporaines (notamment des sources bourguignonnes), mais de façon sobre, sans insistance sur l’ivresse.

  • L’arrogance et la préparation du char de triomphe apparaissent dans des chroniques du XVe siècle, dont le Religieux de Saint-Denis.

  • L’ivresse proprement dite n’est, à ma connaissance (dixit Claude), attestée dans aucune source primaire ou secondaire fiable — c’est davantage une tradition orale ou une amplification populaire.

26 juillet 2025

Discussion musicale

Classé dans : Humour, Musique, Peinture, dessin, Progrès, Sciences, techniques — Miklos @ 22:37


Cliquer pour agrandir. Source : Whisk.

«Le grand musicien français Saint-Saëns aimait beaucoup à voyager incognito, et à laisser libre cours à sa verve et à sa malice.

Il aimait surtout parler « musique » avec les uns ou les autres, et riait in petto des énormités qu’il entendait.

Un soir, il entreprit une longue discussion avec un Espagnol qui vantait la musique de Saint-Saëns (dont il était un admirateur fervent), sans se douter que le grand artiste était devant lui.

Par jeu, Saint-Saëns se mit à se dénigrer lui-même, faisant une critique acerbe de ses propres œuvres musicales, ce qui porta au comble l’indignation de son interlocuteur.

A la fin, celui-ci, furieux, voulant exiger une réparation, proposa que l’on échangeât ses cartes afin de régler le différend.

»Mais quelle ne fut pas la stupeur du pauvre Espagnol, admirateur de Saint-Saëns, de lire le nom de ce dernier sur la carte que lui tendit malicieusement son adversaire !

Almanach de Guignol, 1/1/1934

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