Les Jacintas Zingers à la Fête de la musique
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Les 7e et 8e couplets de Vive le pinard !
Cliquer pour agrandir. Source : Firefly (corrigé)
Non seulement « le vin rouge français est souvent considéré comme le meilleur et le plus célèbre du monde » (source), mais, selon un récent sondage de l’Ifop, « plus de 9 Français sur 10 considèrent le vin “partie de l’identité culturelle de la Franceˮ ».
Actuellement, la consommation moyenne de vin en France est d’environ 36 à 40 litres par habitant et par an (calculée sur l’ensemble de la population, y compris les non-consommateurs, enfants et adultes – et donc bien plus élevée par buveur), alors qu’elle avait atteint un pic de 200 litres par an (source) – sans doute l’équivalent d’environ une bouteille par jour par buveur – dans les années 1930, quelques années après l’affirmation de Courteline selon laquelle « Mieux vaut boire trop de vin qu’un petit peu de mauvais », in La Philosophie de Georges Courteline.
Le général Charles de Gaulle durant la Ie Guerre mondiale.
Cliquer pour agrandir. Source : Flow modifié
Le site de chants militaires du ministère des armées et des anciens combattants relate : « C’est seulement en octobre 1914 que le vin entre dans la ration du soldat avec un quart de litre par jour. La ration est doublée en janvier 1916 et passe à trois quarts de litre en janvier 1918. »
On peut se demander à juste titre si les autorités militaires avaient oublié ce qui s’était passé à la bataille d’Azincourt :
La nuit du 24 octobre 1415, tandis que les archers anglais priaient en silence et aiguisaient leurs flèches dans le froid et la boue, les chevaliers français, certains de leur victoire, festoyaient bruyamment dans leur camp. Ivres de vin et d’orgueil, ils trinquaient à la santé du roi Charles, se vantaient des rançons qu’ils allaient exiger des nobles anglais faits prisonniers, et se disputaient même déjà entre eux pour savoir lequel d’entre eux aurait l’honneur de capturer le jeune Henri V. Les nobles avaient fait venir des tonneaux de vin de Bourgogne pour célébrer par avance leur triomphe inévitable, et les chants et les rires résonnaient dans la nuit. Au matin, les têtes lourdes et les jambes chancelantes, ces mêmes chevaliers revêtirent leurs armures pesantes et s’enfoncèrent en titubant dans les champs détrempés d’Azincourt — où les attendaient, sobres et déterminés, les arcs tendus des hommes d’Henri.1
Bataille que la France a perdu (mais probablement pour d’autres raisons que la vinasse !).
Le site du ministère dit aussi : « En 1916, la chanson de marche Vive le Pinard !, paroles de Louis Bousquet (célèbre parolier, entre autres de Quand Madelon…) et musique de Georges Piquet, est interprétée et enregistrée par Bach (non, pas JSB). »
Partition de Vive le pinard !. Cliquer pour agrandir.
Le site fournit aussi les paroles de cette chanson au célèbre refrain (« Le pinard, c’est de la vinasse ; ça réchauffe là où c’que ça passe… »), dont les 7e et 8e couplets ont inspiré deux des illustrations jointes à ce billet.
Les 7e et 8e couplets de Vive le pinard !
Cliquer pour agrandir. Source : Leonardo
Quand à l’interprétation de cette chanson, on a trouvé celle de Bach (non datée), formidable !, plus courte que la version (écrite) qu’en donne le site du ministère, et qui en diffère en style et en contenu :
I.
Sur les chemins de France et de Navarre,
Dans le soleil, la neige ou le brouillard,
Le soldat chante une chanson bizarre,
Intitulée « Le refrain du pinard ».Refrain
Le pinard, c’est de la vinasse,
Ça réchauffe là où c’que ça passe,
Vas-y bidasse, remplis mon quart,
Vive le pinard ! vive le pinard !II.
Aimer sa sœur, sa tante, sa marraine,
Jusqu’à la mort aimer son étendard,
Aimer son frère, aimer son capitaine,
Ça n’empêch’ pas d’adorer le pinard. (au refrain)III.
Dans le désert, on dit qu’ le dromadaire
N’a jamais soif – ça c’est des racontars.
S’il ne boit pas, c’est qu’il n’aim’ pas l’eau claire,
Il boirait bien s’il avait du pinard. (au refrain)IV.
Quand l’ président, il reçoit un monarque,
Il va l’attendre depuis le quai d’la gare,
Il lui présente les personnages de marque,
Puis il leur offre un verre de pinard. (au refrain)
Michel Simon, in Le Vieil Homme et l’Enfant (1967).
Voici deux autres interprétations, qui en diffèrent aussi en contenu (plus olé-olé), celles de Luc Barney (1962) et des Charlots (1977). On peux y entendre entre autres :
Sur le talus renverse ta bergère ;
De l’ennemi renverse le rempart ;
Dans les boyaux fiche-toi la gueul’ par terre,
Mais ne vas pas renverser le pinard.
Pour conclure, on remarquera qu’il y a quelque chose de contradictoire de trinquer à la (bonne) santé de quelqu’un avec un verre de vin…
Le président Charles de Gaulle après la 2e Guerre mondiale.
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_________________________
1. Aucune source historique sérieuse ne documente spécifiquement cette légende sous cette forme. Ce texte rédigé par Claude est une synthèse narrative construite à partir d’éléments dispersés :
Les festivités françaises la veille sont mentionnées dans certaines chroniques contemporaines (notamment des sources bourguignonnes), mais de façon sobre, sans insistance sur l’ivresse.
L’arrogance et la préparation du char de triomphe apparaissent dans des chroniques du XVe siècle, dont le Religieux de Saint-Denis.
L’ivresse proprement dite n’est, à ma connaissance (dixit Claude), attestée dans aucune source primaire ou secondaire fiable — c’est davantage une tradition orale ou une amplification populaire.

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«Le grand musicien français Saint-Saëns aimait beaucoup à voyager incognito, et à laisser libre cours à sa verve et à sa malice.
Il aimait surtout parler « musique » avec les uns ou les autres, et riait in petto des énormités qu’il entendait.
Un soir, il entreprit une longue discussion avec un Espagnol qui vantait la musique de Saint-Saëns (dont il était un admirateur fervent), sans se douter que le grand artiste était devant lui.
Par jeu, Saint-Saëns se mit à se dénigrer lui-même, faisant une critique acerbe de ses propres œuvres musicales, ce qui porta au comble l’indignation de son interlocuteur.
A la fin, celui-ci, furieux, voulant exiger une réparation, proposa que l’on échangeât ses cartes afin de régler le différend.
»Mais quelle ne fut pas la stupeur du pauvre Espagnol, admirateur de Saint-Saëns, de lire le nom de ce dernier sur la carte que lui tendit malicieusement son adversaire !
Almanach de Guignol, 1/1/1934
Production ImageFX. Cliquer pour agrandir.
La Baya – chanson chinoise, paroles de Marcel Heurtebise et musique de Henri Christiné, fut créée par Fragson en 1911. Elle eut un succès immédiat, et fut reprise par bien d’autres après lui : Charlus (1911), Elwel1 (1911), Paul Lack2 (1911), Alfred Nohcor3 (1916), Paul Roby (1956), Jean Parédès (1957), Suzy Delair (1958), Christian Borel (1961), Maurice Chevalier (1962), Aimé Doniat (1962), Paolo Poli (1967, en italien), Georgette Plana (1971), Guy Béart (1982), Karen Cheryl4 (1983), Danyel Dorgère et son orchestre (2010), Jules et son limonaire (2010)…
Il existe aussi un enregistrement d’Arletty, sur la même musique, mais avec des paroles tout à fait différentes, sans aucun rapport avec ce que raconte l’original, comme on peut le voir ci-dessous. Cette version est apparue en 1934 dans l’operette Le Bonheur, Mesdames ! de Francis de Croisset (d’après sa pièce éponyme représentée en 1905 au Théâtre des Variétés), musique du même Henri Christiné pour la musique et couplets d’Albert Willemetz, qui y a introduit des adaptations de chansons célèbres de Christiné.
Arletty y tient le rôle de Fernande. En épousant le marquis Adhémar d’Arromanches (Michel Simon, lors de la création), trop âgé pour elle, elle se rend compte qu’elle a fait une bêtise. Son dépit est d’autant plus vif que Georges (René Koval), le meilleur ami de son mari, ne cache pas sa félicité auprès de Paulette (Suzanne Dantès), épouse charmante et dévouée…
Quant au titre de la chanson, inchangé (pour les nombreuses publications de la version Arletty), il semblerait qu’il dénote « une grande dame, noble et distinguée, mais aussi confiante et autoritaire », ce qui pourrait correspondre aux deux personnages dont parlent ces deux versions – la petite Chinoise divine chez Fragson, la marquise dépitée chez Arletty.
| 1 |
| Un jeune officier de marine |
| Un soir rencontra dans Pékin |
| Une petite Chinoise divine |
| Qu’on promenait en palanquin, |
| En l’apercevant, la toute belle |
| Arrêta bien vite ses porteurs : |
| « Mon gentil petit Français, dit-elle, |
| Veux-tu connaître le bonheur ? » |
| Refrain |
| Chin’, Chin’, Chin’, Chin’ |
| Viens voir comme en Chine |
| On sait aimer au pays bleu |
| Chin’, Chin’, Chin’, Chin’ |
| Je serai câline |
| Si tu veux bien m’aimer un peu. |
| Tous deux nous ferons un joli duo |
| Oh ! Oh ! Oh ! |
| Timélou, lamélou, pan pan timéla |
| Paddy lamélou, concodou la Baya ! |
| Timélou, lamélou, pan pan timéla |
| Paddy lamélou, concodou la Baya ! |
| 2 |
| Dans une tour de porcelaine |
| Se rendirent les amoureux |
| Et pendant toute une semaine |
| Ils vécurent des jours heureux ! |
| La petite Chinoise folichonne |
| Savait très bien charmer son amant, |
| Et de sa voix la plus polissonne, |
| Elle répétait au bon moment : |
| Refrain |
| Chin’, Chin’, Chin’, Chin’ |
| Voilà comme en Chine |
| On sait aimer au pays bleu |
| Chin’, Chin’, Chin’, Chin’ |
| Extase divine, |
| Qu’il est charmant ce petit jeu, |
| Répétons encore ce joli duo : |
| Oh ! Oh ! Oh ! |
| Timélou, lamélou, pan pan timéla |
| Paddy lamélou, concodou la Baya ! |
| Timélou, lamélou, pan pan timéla |
| Paddy lamélou, concodou la Baya ! |
| 3 |
| Avant de partir pour la France |
| Le marin dit à la mousmé : |
| « Je suis ravi de ta science, |
| » De ton amour je suis charmé ! |
| » Dis-moi maintenant chère petite |
| » Qui donc aussi bien t’apprit l’amour ? |
| » Est-ce un Japonais, un Annamite ? » |
| – « Mais non » fit-elle sans détour : |
| Refrain |
| Chin’, Chin’, Chin’, Chin’ |
| Je n’suis pas d’la Chine |
| Je suis née au quartier latin |
| Et j’ai fait |
| La danse serpentine |
| Pendant six mois à Tabarin |
| C’est là que j’ai appris mon petit numéro |
| Oh ! Oh ! Oh ! |
| Timélou, lamélou, pan pan timéla |
| Paddy lamélou, concodou la Baya ! |
| Timélou, lamélou, pan pan timéla |
| Paddy lamélou, concodou la Baya ! |
Michel Simon et Arletty, in Le Bonheur, mesdames ! Cliquer pour agrandir.
| 1 |
| Je trouve cette histoire impayable |
| Quand je songe aux énormités |
| Qu’avec un culot d’tous les diables |
| Nous avons pu leur débiter |
| Le coup du goûter d’la chanoinesse |
| Qu’on a vue en train de se gaver |
| Ça manquait peut-être un peu d’finesse |
| Mais c’était assez bien trouvé |
| Refrain |
| Chin’ chin’ chin’ chin’ |
| Je vois que tu chines |
| C’est toi qu’as l’plus exagéré |
| Chin’ chin’ chin’ chin’ |
| Je r’vois leurs bobines |
| Je revois leurs yeux effarés |
| Y a surtout quèque chose |
| Qu’ils n’ont pas encore digéré |
| Le baba, le baba, y n’l’ont pas gobé |
| L’goûter qu’elle goûta, ils ne l’ont pas goûté |
| Le porto, le porto, ça n’a pas porté |
| Et les p’tits gâteaux, c’est ça qu’a tout gâté. |
| 2 |
| C’est marrant l’histoire du mariage |
| Mais où nous nous sommes fourvoyés ! |
| C’est quand j’ai parlé de d’son voyage |
| Je n’pensais pas qu’c’était l’dernier |
| Je suis sûre qu’à cette brave chanoinesse |
| Notre petit tour n’a pas déplu |
| N’avons-nous pas eu la gentillesse |
| De la faire vivre un jour de plus ? |
| Refrain |
| Chin’ chin’ chin’ chin’ |
| Oui tu t’imagines |
| Que t’es le seul à bien parler |
| Chin’ chin’ chin’ chin’ |
| Moi je suis plus fine |
| Mes boniments ont bien collé |
| Mais t’as dit quèque chose |
| Qu’ils n’ont pas encore avalé |
| Le baba, le baba, y n’l’ont pas gobé |
| L’goûter qu’elle goûta, ils ne l’ont pas goûté |
| Le porto, le porto, ça n’a pas porté |
| Et les p’tits gâteaux, c’est ça qu’a tout gâté. |
1. De son vrai nom Eugène Sylvain Besson, connu aussi sous les noms de Elwell, Elvel ou Elvell.
2. De son vrai nom Lucien Callamand.
3. De son vrai nom Alfred Rochon.
4. De son vrai nom Isabelle Morizet.
Illustration par ImageFX. Cliquer pour agrandir.
La complainte des caleçons, par Ray Ventura
Depuis qu’ je suis dans la marine
À bord du paquebot Pompadour
J’en ai marre de la marine
J’ maronne et je pleure tous les jours
Moi qui ne rêvais qu’abordages
Ciels nouveaux, cyclones et orages
Je suis, à bord, valet de chambre
Alors de janvier à décembre
Caleçons, chaussettes, souliers, gilets, chemises
Je brosse, je r’passe, j’ nettoie, j’ recouds, j’ reprise
Ça me neurasthénise
J’avais rêvé la vie des marins
Des tropiques aux banquises
D’Amérique et d’Asie aux sables africains
Porto, Tokyo, Valparaiso, Venise
Congo, Porto, noix de coco, Rio
Que la mer soit bleue ou grise
À fond d’cale, je répare les trousseaux
Caleçons, chaussettes, souliers, gilets, chemises
Aussi, un jour, à Buenos Aires
J’abandonnai la cargaison
Pour une fille de Madère
Que j’ai suivie dans sa maison
Mais moi qui rêvais aventures
Don José, Carmen et luxure
Je suis encore valet de chambre
Alors de janvier à décembre
Caleçons, chaussettes, souliers, gilets, chemises
Je brosse, je r’passe, j’ nettoie, j’ recouds, j’ reprise
Ça me neurasthénise
J’avais rêvé la vie des châtelains
Hélas, quelle méprise !
Pas d’amour, pas d’amis, partout le dédain
Gaby, Dolly, Suzy me martyrisent
Daisy, Marie, Nini m’ font faire leur lit
Le patron me terrorise
Et j’ m’occupe du linge des affranchis
Caleçons, chaussettes, souliers, gilets, chemises
Robert Desnos
On trouvera ici le manuscrit de Robert Desnos.
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